‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 131 sur 134 · XYUI. SUR LE PASSE ET LE PRESENT · texte numérisé non relu

XYUI. SUR LE PASSE ET LE PRESENT

^i la main des rois et des prêtres

Ebranla le monde en tout temps,

Et si nos coupables ancêtres

Ont eu de coupables enfants,

O triste muse de l'histoire ,

Ne grave plus à la mémoire

Ce qui doit périr à jamais !

Tu n'as vu qu'horreur et délire.

Les annales de chaque empire

Sont les archives des forfaits.

La fable est encor plus funeste; Ses mensonges sont plus cruels.

Tantale , Atrf e , Egiste , Oreste , N'épouvantez plus les mortels.

Que je hais le divin Achille, Sa colère eu malheurs fertile.

Et tous ces ridicules dieux Que vers le ruisseau du Scamandre Du haut du ciel ou fait descendre Pour inspirer un furieux !

Josné, je hais davantage Tes sacrifices inhumains :

Quoi ! trente rois dans un village Pendus par tes dévotes mains!

Quoi ! ni le sexe, ni l'enfance, De ton exécrable démence N'ont pu désarmer la furear !

Qnoi ! poar contempler ta conquête A ta voix le soleil s'arrête !

Il devoit recaler d'horreur.

Mais de ta horde vagabonde Détournons mes yeux éperdus.

ô Rome ! à maîtresse du monde !

A^errai-je en toi quelques vertus.' Ce n'est pas sous l'infâme Octave; Ce n'est pas lorsque Rome esclave Succombait avec l'univers, Qa quand le sixième Alexandre Donnait dans l'Italie en cendre Des indulgences et des fers.

L'innocence n'a plus d'asyle :

Le sang coule à mes yeux surpris Depuis les vêpres de Sicile Jusqu'aux matines de Paris.

Est-il un peuple sur la terre Qui dans la paix ou dans la guerre Ait lamais vu des jours heureux.'* Nous pleurons ainsi que nos pères, Et nous transmettons nos misères A nos déplorables neveux.

C'est ainsi que mon humeur sombre Exhalait ses tristes accents ; La nuit , me couvrant de son ombre, Avait appesanti mes sens:

Tout-à-coup un trait de lumière Ouvrit ma débile paupière Qui cherchait en vain le repos; Et , des demeures éternelles , Un génie étendant ses ailes Daigna me parler en ces mots :

i84 ODES.

Contemple la Lrillante aurore

Qui t'annonce enfin It- s beaux iours ;

Un nouveau monde est près d'éclore;

Até disparaît pour toujours.

Vois l'auguste philosophie.

Chez toi s. long;-teujps poursuivie,

Dicter ses triomphantes lois.

La hérité vient a\ ec elle

Ouvrir la carrière iranfortelle

Où devaient marcher tous les rois.

Les cris affreux du fanatique jN "épouvantent plus la raison; L'insidieuse politique N"a plus ni masque ni poison.

La douce , l'équitable Astrée S'assied, de grâces entourée, Entre le trône et les autels ; Et sa fille, la bienfaisance, Vient de sa corne d'abondance Enrichir les faibles mortels.

Je lui dis: Ange tutélaire.

Quels dieux répandent ces bienfaits ?

— C'est un seul homme. — Et le vulgaire

Méconnaît les biens qu'il a faits !

Le peuple, en son erreur grossière,

Ferme les yeux à la lumière.

Il n'en peut supporter l'éclat.

Ne recherchons point ses suffrages ;

Quand il souffre , il s'en prend aux sages;

Est-il heureux .** il esc ingrat.

On prétend que l'humaine race.

Sortant des ma.ns du Créateur, Osa , dans son absurde audace,

ODES. aJ6

S'élerer contre son auteur.

Sa clameur fut si téméraire.

Qu'à la tin Dieu , dans sa colère , Se repentit de ses bieniaits.

O vous, que l'on voit de Dieu même Imiter la bonté suprême.

Ne vous en repentez jamais.

Page 1