‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 19 sur 134 · XXV. A Mademoiselle LE COUVREUR · texte numérisé non relu

XXV. A Mademoiselle LE COUVREUR

JLi' HEUREUX talent dont vous charmez la France Avait en vous brillé dès votre enfance; Il fut dès lors dangereux Je vous voir , Et vous plaisiez même sans le savoir.

Sur le théâtre henreuicmeut conduite , Parmi les vœux de ceat cœurs empressés. Vous récitiez, par la nature instruite : C'était beaucoup , ce n'était point assez ; Il vous fallut encore un plus grand maître. Permettez-moi de faire ici connaiire Quel est ce Dieu de qui l'air euohaatcur

Vous a donaé votre gloire suprême :

Le tendre Amour me l'a coûté lui-même ;

On me dira que l'Aniour est menteur:

Hélas ! je sais qu'il faut (ju'on s'en délie;

Qui mieux que moi connaît sa perfidie?

Qui souffre plus de sa délovauté?

Je ne croirai cet enfant de ma vie ;

Mais cette fois il a dit vérité.

Ce même Amour, Vénus, et Melpomene,

Loin de Paris faisaient voyage un four ;

Ces Dieux charmants vinrent dans ce séjou':

Où vos appas éclataient sur la scène ;

Chacun des trois avec étonnement

A'it celle grâce et simple et naturelle.

Qui faisait lors votre unique ornement:

Ah ! dirent-ils, cette jeune mortelle

Mérite bien que sans retardement

Nous répandions tous nos trésors sur elle.

Ce qu'un Dieu vent se fait dans le moment.

Tout aussitôt la tragique déesse

Vous ins])ira le goût , le sentiment ,

Le patliétique , et la délicatesse :

Moi, dit Vénus, je lui fais un présent

Plus précieux, et c'est le don de plaire ;

Elle accroîtra l'empire de Cythere ,

A son aspect tout cœur sera troublé ,

Tous les esprits viendront lui rendre hommage;

Moi , dit l'Amour , je ferai davantage ,

Je veux qu'elle aime. A peine eut-il parle

Que dans l'instant vous devîntes parfaite;

Sans aucuns soins , sans étude , sans fard ,

Des pissions vous fiîles l'interprète:

O de l'Amour adorable sujette,

Woubliez point le secret de votre art.

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