II. A MADAME LA COMTESSE DE FONTAIINE
sur «on roman de la comtesse de Savoie. ( lyiS.)
J iA Fayette et Segfrais , couple sublime et tendre , Le modèle avant vous de nos galauts écrits. Des champs élysiens sur les ailes des Ris
Vinrent depuis peu dans Paris.
D'où ne viendrait-on pas , Sapbo . pour vous entendre.' A vos genoux tous deux humiliés, Tons deux vaincus et pourtant pleins de joie,
Ils mirent leur Zaïde aux pieds
De la comtesse de Savoie.
Ils avaient bien raison ; quel dieu , cliarmant auteur , Quel dieu vous a donné ce langage enchanteur,
La force et la délicatesse,
La simphcité , la noblesse ,
Que Fénélon seul avait joint ; Ce naturel aisé dont l'art n'approche point .•' Sapho, qui ne croirait que l'Amour vous inspire.* Mais vous vous contentez de vanter son empire; De Mendoce amoureux vous peignez le beau feu.
Et la vertueuse faiblesse Dune maîtresse Qui lui fait en fuyant un si charmant aveu. Ah ! pouvez-vous donner ces leçons de tendresse,
Vous qui les pratiquez si peu .■' C'est ainsi que Marot sur sa lyre incrédule' Du dieu qu'il méconnut prôna la sainteté: Vous avez pour l'amour aussi peu de scrupule ; Vous ne le servez point , et vous l'avez chanté.
Adieu ; malgré mes épilogues ,
Puissiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre synagogues î
III. A M. L'ABBi SERVIEN, prisonnier au château de Vincennes.( i7i4-)
Aimable abbé, dans Paris autrefois
La volupté de toi reçut des lois ;
Les Ris badins, les Grâces enjouées ,
A te servir dès long-temps dévouées ,
Et dès long-temps fuyant les yeux du roi,
Marchaient souvent entre Phlhppe et toi,
Te prodiguaient leurs faveurs hbérales.
Et de leurs mains marquaient dans leurs annales.
En lettres d'or, mots et contes joyeux ,
De ton esprit enfants capricieux.
O doux plaisirs, amis de l'innocence, Plaisirs goûtés au sein de l'indolence , Et cependant des dévots inconnus !
() jours heureux ! qu'ètes-vous devenus Hélas ! j'ai vu les Grâces éplorées , Le sein meurtri, pâles, désespérées; J'ai vu les Ris tristes et consternés •Teter les fleurs dont ils étaient ornés ; Les yeux eu pleurs et soupirant leurs peines, Ils suivaient tous le chemin de Vincennes , Et regardant ce château malheureux, Aux beaux esprits , hélas ! si dangereux , Redemandaient aux destins en colère Le tendre abbé qui.leur servait de père.
N'imite point leur sombre désespoir :
Et puisqu'eulin tu ne peux plus revoir Le prince aimable à qui tu plais , qui t'aime , Ose aujourd'hui te suffire à toi-même.
On ne vit pas au donjon comme ici :
Le destin change , il faut changer aussi ;
Au sel attique, au riant badinage
Il iaut mêler la force et le courage ;
A son état inesuraul ses désirs,
Selon les temps se l'aire des plaisirs.
Et sui\ re ealin , conduit par la nature ,
Tantôt Socrat(',et tantôt Epicure.
Tel dans son art uu pilote assuré.
Maître des flots dont il est entouré ,
Sous un ciel pur où brillent les étoiles
Au vent propice abandonne ses voiles,
Et, rpiand la mer a soulevé ses Ilots,
Dans la tempête il trouve le repos:
D'une ancre sûre il fend la molle arène,
Trompe des vents Timpétueuse haleine ; .
Et, du trident bravant les rudes coups,
Tranquille et lier, rit des dieux en courroux..
Tu peux, abbé , du sort jadis propice Par ta vertu corriger l'injustice ; Tu peux changHr ce donjon détesté Eu un palais par Minerve habité; Le froid c'iuui, la sombre inquiétude, Blonstres affreux nés dans la solitude.
De ta prison vont bientôt s'exiler.
A'ois dans tes bras de toutes parts voler L'oubli des maux , le sommeil désirable , L'indifférence au cœur inaltérable.
Qui, dédaignant les outrages du sort, Voit d'un même œil et la vie et Ja mort; La paix tranquille, et la constance altiere. An front d'airain , à la démarche fiera, A qui jamais ni les rois ni les dieux La foudre en main n'ont fait baisser les yeux.
Divinités des sages adorées.
Que chez les grands vous êtes ignorées .' I/C fol amour , l'oigueil présomptueux.
Des vains plaisirs l'essaim tumultueux ,
Ti'oupe Tolage à l'erreur consacrée, De leurs palais vous défendent l'entrée. Mais la retraite a pour vous des appas; Dans nos roalheurs vous nous tendez les bras ; Des passions la troupe confondue A votre aspect disparaît éperdue.
Par vous, heureux au milieu des revers, Le philosophe est libre dans les fers.
Ainsi Fouquet, dont Thémis fut le guide, Du vrai mérite appui ferme et solide.
Tant regretté, tant pleuré d(s neuf sœurs. Le grand Fouquet, au comble des malheurs, Frappé des coups d'une main rigoureuse, Fut plus content dans sa demeure affreuse , Environné de sa seule vertu , Que quand jadis, de splendeur revêtu, D'adulateurs une cour importune Venait en foule adorer sa fortune.
Suis donc , abbé , ce héros malheureux ; Mais ne va pas, tristement vertueux.
Sous le beau nom de la philosophie Sacrifier à la mélancolie , Et, par chagrin plus que par fermeté, T'accoutumer à la calamité.
Ne passons point les bornes raisonnables. Dans tes beaux jours, quand les dieux favorables Prenaient jdaisir à combler tes souhaits , Nous t'avons vu, méritant leurs bienfaits, Volaptueux avec délicatesse.
Dans tes plaisirs respecter la sagesse : Par les deslins aujourd'hui maltraité, Dans la sagesse aime la volupté; D'un esprit sain , d'un cœur toujours tranquille ^ Attends qu'un jour de ton noir domicilç On te rappelle au séjour bienheureux ; Que les plaisirs , les grâces et les jeux ,
Quand , dans Paris , Us te verront paraître.
Puissent sans peine encor te reconnaître :
Sois tel alors que tu fus autrefois ;
Et cependant que Sulli quelquefois
Dans ton château vienne par sa présence
Contre le sort affermir ta constance.
Rien n'est plus doux , après la liberté ,
Qu'un tel ami dans la capti\ité:
Il est connu chez le dieu du Perniesse ;
Grand sans fierté, simple et doux sans bassesse,
Peu courtisan, partant homme de foi.
Et digne enfin d'an oncle tel que toi.