IV. A MADAME DE MO N T B R UN - VILL E- FRAIVCHE
i'j- o >' T B R r N , par l'Amour adoptée ,
Di^ne du cœur d'un demi-dieu , Et, pour dire encor plus, digne d'être chantée
Ou par l'"errand , ou par Chaulieu :
Minerve et l'enfant de Cythere Vous ornent à l'envi d'un charme séducteur: Je vois brdier en \ous l'esprit de votre mère,
Et la beauté de votre sœur :
C'est beaucoup pour une mortelle.
.Te n'en dirai pas plus : songez bien seulement A vivre, s'il se peut, heureuse autant que belle j Libre des préjuj^és que la raison dément. Aux plaisirs où !e monde en foule vous appelle
Abandonnez vous prudemment.
Vous aurez des amants; vous aimerez, sans doute: .le vous verrai , soumise à la commune loi , Des beautés de la cour suivre l'aimable route ,
Douner , reprendre voti'e foi.
Pour moi , je vous loùrai , ce sera mon emploi. Je sais qne c'est souvent un partage stérile,
Et que La Fontaine et Vir-^ile Recueillaient rarement le fruit de leurs chansons: D'un inutile dieu malheureux nourrissons , Nous semons pour autrui. J'ose bien vous le dire : Mon cœur de la Duclos fut quelque temps charmé; L'amour en sa faveur avait monté ma lyre ; Je chantais la Duclos , d'Usez en fut aimé :
C'était bien la peine d'écrire!
Je vous loùrai pourtant; il me sera trop doux De vous chanter , et même sans vous plaire;
Mes chansons seront mon salaire :
N'est-ce rien de parler de vous ?
y. A M. LE DUC DE LA FEUILLADE. ( 1714.)
K^ oNSERVEz précieusement L'imagmation fleurie Et la bonne plaisanterie.
Dont vous possédez l'agrément , An défaut du tempérament.
Dont vous vous vantez hardiment.
Et que tout le monde vous nie.
La dame qui depuis long-temps Connaît à fond votre personne , A dit : Hélas ! je lui pardonne D'en vouloir imposer aux gens; Son esprit est dans son printemps.
Mais son corps est dans son automne.
Adieu , monsieur le gouverneur, IVoB plus de province frontière, Mais d'une beauté singuhere , Qui , par son esprit , par son cœur ,
Et par son humeur libertine , De jour en jour fait grand honneur Au gouverneur qui l'endoctrine.
Priez le Seigneur seulement Qu'il empêche que Cythérée Ne substitue incessamment Quelque jeune et frais lieutenant Qui ferait sans vous son entrée Dans un si beau gouvernement.
VI. A M. l'abbé de * * *, • qui pleurait la mort de sa maîtresse. ( 1715. )
J. 01 qui fus des plaisirs le délicat arbitre, Tu languis, cher abbé : je ^ois, malgré tes soins , Que Ion triple menton, l'honneur de ton chapitre,
Aura bientôt deux étages de moins.
Esclave malheureux du chagrin qui te domte. Tu fuis un repas qui t'attend; Tu jeûnes comme uu pénitent* Pour un chanoine queLe honte !
Quels maux si rigoureux peuvent donc t'accabler.' Ta maîtresse n'est plus , et de ses yeux éprise Ton ame avec la sienne est prête à s'envoler ! Que l'amour est constant dans un homme d'église, Et qu'un mondain saurait bien mieux se consoler .' Je sais que ta fidèle amie Te laissait prendre en liberté De ces piaisirs qui font qu'en cette vie On désire assez peu ceux de l'éternité :
Mais suivre au tombeau ce qu'on aime , Ami , crois moi , c'est un abus :
Quoi ! pour quelques plaisirs perdus Voudiais-tu te perdre toi-même?
EPITRES. i3
Ce qu'on perd en ce inoi*de-ci Le rctrouvera-t-on dans une nuit profonde ?
Des mystères de l'autre inonde
On n'est que trop tôt éclairci.
Attends qu'à tes amis la mort te réunisse,
Et vis par amitié pour toi :
Mais vivre dans l'ennui , ne chanter qu'à l'office ,
Ce n'est pas vivre, selon moi :
Quelques femmes toujours badines,
Quelques amis toujours joyeux ,
Peu de vêpres, point de matines.
Une fille, en attendant mieux;
"Voilà comme l'on doit sans cesse
Faire tête au sort irrité ;
Et la véritable sagesse
Est de savoir fuir la tristesse
Dans les bras de la volupté.