‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 32 sur 134 · XLIV. A Mme la marquise DU CHATELET · texte numérisé non relu

XLIV. A Mme la marquise DU CHATELET

sur la pliilosopliie de Newton. (lyBS.)

X u m'appelles à toi , vaste et ptiissant génie, Minerve de la France, immortelle Emilie; Je m'éveille à ta voix, je marche à ta clarté Sur les pas des Vertus et de la Vérité, .le quitte Melpomene et les jeux du théâtre. Ces combats, ces lauriers dont je fus idolâtre; De ces triomphes vains mon cœur n'est plus touché. Que le jaloux Rufus, à la terre attaché, Traîne au bord du tombeau la fureur insensée D'enfermer dans un vers une fausse pensée ; Qu'il arme contre moi ses languissantes mains Des traits qu'il destinait au reste des humains ", Que quatre fois par mois un ignorant ZoJe Elevé en frémissant une voix imbécille : .le n'entends point leurs cris que la haine a formés, Je ne vois point leurs pas dans la fange imprimés : Le charme tout-puissant de la philosophie Elevé nn esprit sage au-dessus de l'envie; TrauquilleauhautdescieuxqueNewton s'est soumis. Il ignore eu effet s'd a des ennemis : Je ne les connais plus. Déjà de la carrière L'auguste Vérité vient m'ouvrir la barrière ; Déjà ces tourbillons, l'un par l'autre pressés, Se mouvant sans espace, et sans règle entassés,

Ces fantômes savants à mes yeux disparaissent. Un jour plus pur lue luit ; les mouvements renaissent. L'espace qui de Dieu contient l'immensiié "Voit rouler dans son sein l'univers limité. Cet univers si vaste à notre faible vue, Et qui n'est qu'un atome, un point dans l'étendue.

Dieu parle, et le cliaos se dissipe à sa voix; V^rs un centre commun tout fjravite à la fois. Ce ressort si 23uissant , l'ame de lu nature , Etait enseveli dans une nuit obscure ; Le compas de Newton, mesurant l'univers, Levé enfin ce grand voile, et les cieux sont ouverts.

Il découvre à mes yeux par une main savante De l'astre des saisons la i-obe étincelante ; L'émeraude , l'azur, le pourpre, le rubis. Sont l'immortel tissu dont brillent ses babits; Chacun de ses rayons dans sa substance pure Porte en soi les couleurs dont se peint la naiure; Et confondus ensemble i's éclairent nos yeux , Ils animent le monde, ils empJissent les cieux.

Confidents du Très- Haut, substances éternelles, Qui brûlez de ses feux , qui couvrez de vos ailes le troue où votre maître est assis parmi vous, Parlez ; du grand JVevvlon n'étiez-vous point jaloux?

La mer entend sa voix. .ïpvois l'humide empire S'élever, s'avancer vers le ciel qui i'ailire: Mais un pouvoir central arrête ses efforts; La mer tombe, s'affaisse, et roule vers ses bords.

Comètes que l'on craint à l'égal du tonnerre. Cessez d'épouvanter les peuples de la terre: Dans une ellipse immense achevez votre cours; Remontez, descendez près de l'astre des jours; Lancez vos feux, volez, et , revenant sans cesse. Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Et toi , sœur du soleil , astre qui dans les cieux Des sages éblouis trompais les faibles yeux ;

Newton de ta carrière a marqué les limites : Marche, éclaire les nuits ; tes bornes sont prescrites

Terre, change de forme: et que la pesanteur En abaissant le pôle élevé l'équateur.

Pôle immobile aux yeux , si lent dans votre course , Fuyez le char glacé des sept astres de l'Ourse: Embrassez dans le cours de vos longs mouvements Deux ceuts siècles entiers par-delà six mille ans. *

Que ces objets sont beaux ! que notre ame épurée "Vole à ces vérités dont elle est éclairée ! Oui, dans le sein de Dieu, loin de ce corps mortel ' L'esprit semble écouter la voix de l'Eternel.

Tous à qui cette voix se fait si bien entendre , Comment avez-vous pu , dans un âge encor tendre , Malgré les vains plaisirs, ces écueils des beaux jours, Prendre un vol si hartU, suivre un si vaste cours, Marcher après Newton dans cette route obscure Du labyrinthe immense où se perd la nature.' Puissé-je auprès de vous, dans ce temple écarté, Aux regards des Français montrer la vérité ! Tandis qu'Algarotti , sûr d'instruire et de plaire, "Vers le Tibre étonné conduit cette étrangère. Que de nouvelles fleurs il orne ses attraits, Le compas à la main j'en tracerai les traits : De mes crayons grossiers je peindrai l'immortelle ; Cherchant à l'embellir, je la rendrais moins belle: Elle est, ainsi que vous, noble, simple et sans fard. Au-dessus de l'éloge , au-dessus de mon art.

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