DEPUIS ROI DE PRUSSE
De l'usage de la science dans les princes. ( 17 36.)
X RINCE, il est peu de rois que les Muses instruisent;
Peu savent éclairer les peuples qu'ils conduisent:
Le saug des Antonins sur la terre est tari;
Car, depuis ce héros de Rome si chéri,
Ce philosophe-roi , ce divin Marc-Anrele ,
Des princes, des guerriers ,des savants le modèle.
Quel roi , sous un tel joug osant se captiver,
Dans les sources du viai sut jamais s'abreuver.^
Deux ou trois tout au plus , prodiges dans l'histoire,
Du nom de philosophe ont mérité la gloire;
Le reste est à vos yeux le vulgaire des rois ,
Esclaves des plaisirs, fiers oppresseurs des lois ,
Fardeaux de la nature, ou fléaux de la terre.
Endormis sur le trône , ou lançant le tonnerre.
Le nioudeanxpieds des rois les voit sous un faux jour :
Qui sait régner sait tout, si l'on eu croit la cour.
Mais quel est en effet ce grand art politique,
Ce uleat si vauté dans un roi despotique ?
Tranqnille sur le trône . il parle, on obéit ; S'il sourit, tout est gai ; s'il est triste, on frémit. Quoi! régir d'un ccmp-d'œil une foule servile, Est-ce un poids si pesant , nu art si diflîrile ? !Non ; mais fouler aux pieds la coupe de l'erreur Dout veut vous enivrer uu ennemi flatteur ; Des prélats courtisans confondre l'artifice ; Aux organes des lois enseigner la justice ; Du séjour doctoral chassant l'absurdité.
Dans son sein ténébreux placer la vérité ; Eclairer le savant , et soutenir le sage : Voilà ce que j'admire, et c'est là votre ouvrage. L'ignorance en uu mot flétrit toute grandeur.
Du dernier roi d'Espagne un grave ambassadeur De deux savants anglais reçut une prière : Ils voulaient, dans l'école apportant la lumière. De l'air qu'un long ciystal enferme en sa hauteur Aller au haut d'un mont marquer la pesanteur. Il pouvait les aider dans ce savant voyage ; 11 les prit pour des fous : lui seul était peu sage. Que dirai-je d'un pape et de sept cardinaux, D'un zèle apostolique unissant les travaux , Pour apprendre aux humains, daus leurs augustes
codes.
Que c'était un péché de croire aux antipodes? Combien de souverains, chrétiens et mtisulmans. Ont tremblé d'une éclipse, ont craint des talismans ! Tout monarque indolent , dédaigneux de s'instruire , Est le jouet honteux de qui veut le séduire : Un astrologue, un moine, un chymiste effronté, Se font un revenu de sa crédulité; pr od igue au dernier son or par avarice ; il demande au premier si Saturne propice , D'un aspect fortuné regasdant le soleil , L'appelle à table , au lit , à ia chasse , au conseil : |1 est aux pieds de l'autre, et d'une aine soumise
Par la crainte du diable il enrichit l'église.
Un pareil souverain ressemble à ces faux dieux ,
"Vils marbres adorés, ayant en vain des yeux;
Et le prince éclairé que la raison domine
Est un vivant portrait de l'essence divine.
Je sais que dans un roi l'étude, le savoir. N'est pas le seul mérite et l'unique devoir ; Mais qu'on me nomme enfin dans l'histoire safcrce Le roi dont la mémoire est le plus révérée : C'est ce bon Salomon que Dieu même éclaira. Qu'on chérit dans Sion , que la terre admira , Qui mérita des rois le volontaire hommage : Son peuple était heureux , il vivait sous nn sage ; L'abondance , à sa voix passant le sein des mers , Volait pour l'enrichir des bouts de l'univers, Comme à Londre , à Bordeaux , de cent voiles suivie , Elle apporte au printemps les trésors de l'Asie. Ce roi , que tant d'éclat ne pouvait éblouir , Sut joindre à ses talents l'art hsnreux de jouir. Ce sont là les leçons qu'un roi prudent doit suivre; Le savoir en effet n'est rien sans l'art de vivre. Qu'un roi n'aille donc point, épris d'un faux éclat. Pâlissant sur un hvre, oublier son état; "
Que plus il est instruit plus il aime la gloire.
De ce monarque anglais vous connaissez l'histoire : Dans un fatal exil Jacques laissa périr Son gendre infortuné , qu'il eût pu secourir. Ah ! qu'il eût mieux valu, rassemblant ses armées. Délivrer des Germains les villes opprimées , "Venger de tant d'états les désolations , Et tenir la balance entre les nations , Que d'aller , des docteurs briguant les vains suffrages , Au doux enfant Jésus dédier ses ouvrages ! Un monarque éclairé n'est pas un roi pédant ; Il combat en héros , il pense en vrai savant. Tel fat ce Julien méconnu du vulgaire.
EPITRES. «j-j
Philosophe «t guerrier , terrible et populaire. Ainsi cegiand César, .soldat, prêtre , orateur, l'"nt fin peuple romain l'oiac'ie et le vainqueur. On sait qu'il lit eucor bien pis dans sa jeunesse ; Mais tout sied au héros, excepté la faiblesse.