‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 35 sur 134 · XLVII. AU PRINCE ROYAL DE PRUSSE, (i · texte numérisé non relu

XLVII. AU PRINCE ROYAL DE PRUSSE, (i

Vous ordonnez que je vous dise

Tout ce qu'à Cirey nous faisons :

Ke le voyez-vous pas sans qu'on vous eu instruise.' Vous êtes notre maître, et nous vous imitons; Nous retenons de vous les plus belles leçons

De la sagesse d'Epicure.

Comme vous , nous sacrifions

A tous les arts, à la nature ;

Mais de fort loin nous vous suivons.

Ainsi, tandis qu'à l'aventure

Le dieu du jour lance un rayon

Aufond de quelque chambre obscure,

De se* traits la lumière pure

T peint du plus vaste horizon

La perspective en miuiature.

Une telle comparaison

Se sent un peu de la lecture

Et de Kirker et de TNewton.

Par ce ton si philosophique.

Qu'ose prendre ma faible voix,

Peut-être je gâte à la fois

La poésie et la physique :

Mais cette nouveauté me pique,

Et du vieux code poétique

Je commence à braver les lois.

Qu'un autre , dans ses vers lyriques ,

Deptiis denx mille ans répétés , .^^\ Brode encor des fables antiques;

Je veux de neuves vérités.

Divinités des bergeries ,

Naïades des rives fleuries ,

Satyres , qui dansez toujours ,

Vieax enfants , que l'on nomme Amours ,

Qui faites naître eu nos prairies

De mauvais vers et de beaux jours,

Allez remplir les hémistiches

De ces vers pillés et postiches *

Des rimailleurs suivant les cours.

D'une mesure cadencée

.Te connais le charme enchantenr :

L'oreille est le chemin du cœur ;

L'harmonie et son bruit flatteur

Sont l'ornement de la pensée;

Mais je préfère avec raison

Les belles fautes du génie

A l'exacte et froide oraison

D'un puriste d'académie.

Jardins plantés en symiaétrie.

Arbres nains tirés au cordeau ,

Celui qui vous mit au niveau

En vain s'applaudit , se récrie

En voyant ce petit morceau ;

Jardins , il faut que je vous foie ;

Trop d'art me révolte et m'ennuie:

J'aime mieux ces vastes forêts;

La nature libre et hardie ,

Irréguliere dans ses traits,

Saccorde avec ma fantaisie.

Mais dans ce discours familier

En vain je crois étudier

Cette nature simple et belle;

Je me sens plus irrégnlier.

Et beancoup moins aimable qu'elle.

Accordez-moi votre pardoa Pour cette longue rapsodie ; Je l'écrivis avec saillie, Mais peu maître de ma raison , Car j'étais auprès d'Emilie.

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