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Oeli, E Daphné , peintre de la nature.
Tous l'imitez et vous l'embellissez.
La voix , re.^prit, la grâce , la figure,
i36 EPITRES.
Le sentiment n'est point encore assez : Vonsnous rendez ces prodiges d'Athene Que le génie étalait sur la scène.
Quand dans les arts de l'esprit et du goût On est sablime, on est égal à tout; Que dis-je? on i-egne, et d'un peuple fidèle On est chéri . sur -tout si Ton est belle. O ma Dftphné ! qu'un destin si flatteur Est différent du destin d'un auteur J
Je crois vous voir sur ce brillant théâtre Où tout Paris , de -votre art idolâtre , Porte eu tribut son esprit et son cœur : Vous récitez des vers plats et sans grâce , Tous leur dounez la force et la douceur ; D'un froid récit vous réchauffez la glace ; Les contre-sens deviennent des raisons ; Tous exprimez, par vos sublimes sons, Par vos beaux yeux, ce que l'auteur vent dire ; Tous lui donnez tout ce qu'il croit avoir; Tous exercez un magique pouvoir Qui fait aimer ce qu'on ne saurait lire : On bat des mains, et l'auteur ébaudi Se remercie et pense être applaudi.
La toile tombe ; alors le charme cesse : Le spectateur apportait des présents Assez communs de sifflets et d'encens ; Il fait deux lots quand il sort de l'ivresse. L'un pour l'auteur, l'autre pour son appui , L'encens pour vous, et les sifflets pour lui.
Tous cependant , au doux bruit des éloges Qui vont pleuvant de l'orchestre et des loges, Marchant en reine , et traînant après vous A^ingt courtisans l'un de l'autre jaloux. Tous admettez près de votre toilette Du noble essaim la cohue indiscrète ; L'un dans la main vous glisse un billet doux;
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L'autre à Passy vous propose une fête ; Josse avec vous veut souper tète à tête ; Caudale y soupe, et rit tout haut d'eux tous: On vous entoure, on vous presse, on vous lasse. Le pauvre auteur, est tapi dans un coin, Se fait petit . tient à peine une place. Certain marquis l'appercevant de loin , Dit: Ah! c'est vous; bon jour, nionsieurPancrace, Bon jour ; vraiment votre pièce a du bon. Pancrace fait révérence profonde.
Bégaie un mot, à quoi nul ue répond , Puis se retire, et se croit du beau monde.
Un intendant des plaisirs dits menus.
Chez qui les arts sont toujours bien venus, Grand connaisseur, et pour vous plein de zèle, Vous avertit que la pièce nouvelle Aura l'houneur de paraître à la cour.
Vous arrivez conduite par l'amour ; On vous présente à la reine , aux princesse!! , Aux vieux seigneurs , qui dans leurs vieux propos Vont regrettant le chant de la Duolos : A'^ous recevez compliments et caresses; Chacun accourt, chacun dit, La voilà ; De tous les yeux vous êtes remarquée, De mille mains on vous verrait claquée Dans le salon, si le roi n'était là.
Pancrace suit ; un gros huissier lui ferme La porte au nez : il reste comme un terme, La bouche ouverte et le front interdit : Tel que le Kranc qui , tout brillant de gloire, Ayant en cour présenté son mémoire.
Crevé à la fois d'orgueil et de dépit.
Il gratte , il gratte , il se présente , il dit, .Te suis l'auteur. . . . Hélas ! mon pauvre hère C'est pour cela que vous n'entrerez pas. Le maDieureux, honteux de sa misère,
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S'esquive en hâte , et murmurant tout bas De voir en lui les neuf muses bannies. Du temps passé regrettant les beaux jours, Il rime encore, et s'étonne toujours Du peu de cas qu'on fait des grands génies.
Pour l'achever, quelque compilateur, Froid gazetier, jaloux d'uu froid auteur, Quelque Fréron , dans l'Ane littéraire , Vient l'entamer de sa dent mercenaire ; A l'aboyeur il reste abandonné Comme un esclave aux bètes condamné.
Voilà son sort. Et puis cherchez à plaire!
Mais c'est bien pis , hélas ! s'il réussit ; L'Envie alors, Euniénide implacable.
Chez les vivants harpie insatiable.
Que la mort seule à grand'peine adoucit; L'affreuse Envie , active , impatiente.
Versant le tiel de sa bouclie écumautC', Court à Paris, par de lonfjs sifflements. Dans leurs grenieis réveiller ses enfants. A cette voix les voilà qui descendent.
Qui dans le monde à grands flots se répandent , En manteau court, en soutane, en rabat, En petit maître , en petit magistrat : Ecoutez-les : Cette œuvre dramatique Est dangereuse, et l'auteur hérétique ; Maître Abraliam \a sur lui distillant L'acide impur qu'il vendait sur la Loire ; Maître Crevier, dans sa pesante histoire Qu'on ne lit point, condamne son talent.
Un petit singea face de Thersite, Au sourcil noir, à l'œil noir, au teint gris, Bel esprit faux qui hait les bons esprits, Fou sérieux que le bon sens irrite, Echo des sots, trompette des pervers , En prose dure insulte les beaux vers,
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Poursuit le sage, et noircit le mérite.
Mais écoutez ces pieux loups-garOus, Persécuteurs de l'art des Euripides , Qui vont lieui'laut en phrases insipides Contre la scène et même contre tous.
Quand vos talents entraînent au théâtre Un peuple entier, de votre art idolâtre. Et font valoir quelque ouvrage nouveau.
Un possédé , dans le fond d'uu tonneau Qu'on coupe en deux, et qu'un vieux dais surmonte.
Crie au scandale , à Tliorreur, à la honte , Et vous dépeint au public abusé Comme un démon en fille déguisé.
Ainsi toujours unissant les contraires Nos chers Français, dans leurs tètes légères Que tous les vents font tourner à leur gré , Yont diffamer ce qu'ils ont admiré.
O mes amis, raisonnez , je vous prie; Un mot suffit. Si cet art est impie , Sans répugnance il îe faut abjurer; S'il ne l'^st pas , il le faut honorer.
L XX XI IL A Madame DENIS, sur l'agriculture. ( 1761.)
V^ u ' 1 1, est doux d'emploVer le déclin de son âge Comme le grand Yirgile occupa sou printemps .' Du beau lac de Mautoue il aimait le rivage; 11 cultivait la terre et chantait ses présents; Mais bientôt, ennuyé des plaisirs dn village, D'Alexis et d'Aminte il quitta le séjour , Et malgré Mévius il parut à la cour.
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C"esllacour qu'on doit fuir, c'est aux champs qu'il faut vivre.
Dieu du jour, dieu des vers, j'ai ton exemple à suivre : Tu «ardas les troupeaux , mais c'était ceux d'un roi : Je n'aime les moutoiis que quand ils sont à moi ; L'aibre qu'on a planté rit jilus à notre vue Que le parc de Versailie et sa vaste étendue. Le normand Fontenelle, au-milieu de Paris, Prêta des agréments au chalumeau champêtre; Mais il vantait des soins qu'il craignait de couuaitre , Et de ses faux bergers il fit de beaux esprits. Je veux que le cœur parle, ou que l'auteur se taise: Ne célébrons jamais que ce que nous aimons. En fait de sentiment l'art n'a neu qui nous plaise; Ou chantez vos plaisirs, ou quittez les chansons ; Ce sont des faussetés, et non des fictions.
Mais quoi ! loin de Paris se peut-il qu'on respire .' Me dit un petit-maitre amoureux du fracas. Les plaisirs dans Paris voltigent sur nos pas; ; On s'oublie . on espère, on jouit . on désire ; Il nous faut du tumulte , et je sens que mon cœur, S'il n'est pas enivré, va tomber en langueur.
Attends ,bel étourdi, que les rides de l'âge Mûrissent ta raison, sillonnent ton visage. Que Ganssin tait quitté, qu'un ingrat t'ait trahi. Qu'un Bernard t'ait volé, qu'un jaloux hypocrite T'ait noirci des poisons de sa langue maudite , Qu'un opulent frippon , de ses pareils hai. Ait ravi des bonneurs qu'on enlevé au mérite ; Tu verras qu'il est bon de vivre enfin pour soi, Et de savoir quitter le monde qui nous quitte.
]Mais vivre sans plaisir , sans faste , sans emploi .' Succomber sous le poids d'un ennui volontaire .'
De l'ennui .' penses-tu que , retiré chez toi , Pour les tiens , pour l'état , tu n'as plus rien à faire .' La nature t'appelle, apprends à l'observer;
EPITRES. i4r
La France a des déserts , ose les cultiver j Elle a des malheureux; un travail lueessaire, Ce partage de l'homme et sou consolateur. En chassant l'iudigence amené le bonheur; Change en épis dorés, change en gras pâturages Ces ronces, ces roseaux, ces affreux marécages. Tes vassaux languissants qui pleuraient d'être nés , Qui redoutaient sur-tO|it de former leurs semblables, Et de donner le jour à des infortunés , Vont se lier gaiment par des nœuds désirables. D'un canton désolé l'habitant s'enrichit ; Turbilli dans l'Anjou t'imite et t'applaudit. Berlin, qui dans son roi voit toujours sa patrie. Prête un bras secourable à ta noble industrie. Trudaine sait as.sez que le cultivateur Des ressorts de l'état est le premier moteur , Et qu'on ne doit pas moins , pour le soutien du trône, A la faux de Céres qu'au sabre de P)elloiie.
.T'aime assez saint Kenoit : il prétendit du moins Que ses enfants tondus , chargés d'utiles soins , Méritassent de vivre en guidant la charrue. En creusant des canaux , en défrichant des bois ;
, Mais je suis peu content du bon-homme I'"rançois: Il crut qu'un vrai chrétien doit gucuser dans la rue,
\ Et voulut que ses fds, robustes fainéants,
I Fissent serment à Dieu de vivre à nos dépens.
' Dieu veut que l'on travaille, et que l'on s'évertue ;
I Et le sot mari d'Eve au Paradis d'Eden Reçut un ordre exprès d'arranger sou jardin ; C'est la première loi donnée au premier homme Avant qu'il eût mangé la moitié de sa ponime. Mais ne détournons point nos mains et nos regards ]Vi des autres emploi», ni sur-tout des beaux arts. Il est des temps pour tout; et lorsqu'en mes vallées, , Qu'entoure un long amas de montagnes pelées, De quelques malheoreux ma main sèche les pleurs,
Sur la sfbene à Paris j'en fais verser peut-être; Daus Versaille étouné j'attendris de grands cœnrs ^ Et, sans croire approcher de Racine, mon maître. Quelquefois je peux pkire, à l'aide de Clairon. Au fond de son bourbier je fais rentrer Fréron. L'archidiacre Trublet prétend que je l'ennuie, La représaille est juste; et je sais à propos Confoadre les pervers et me moquer des sots. En vain sur son crédit un délateur s'appuie ; Sous son bonnet quarré, que ma main jette à bas. Je découvre en riant la tète de Midas. J'honore Diderot malgré la calomnie; Ma voix parle plus haut que les cris de l'envie ; Les échos des rochers qui ceignent mou désert Répètent après moi le nom de d'Alembert. Un philosophe est ferme et n'a point d'artifice; Sans espoir et sans crainte il sait rendre justice; Jamais adulateur , et toujours citoyen, A son prince attaché sans lui demander rien , Fuyant des factions les brigues ennemies Qui se glissent par fois dans nos académies. Sans aimer Loyola , condamnant saint Médard, Des billets qu'on exige il se rit à l'écart, E^t laisse aux parlements à réprimer l'église. Il s'élève à son Dieu quand il foule à ses pieds Un fatras dégoûtant d'arguments décriés, Et son ame inflexible au vrai seul est soumise. C'est ainsi qu'on peut vivre à l'ombre de ses bois. En guerre avec les sots, en paix avec soi-même, Gouvernant d'une main le soc de Triptolème , Et de l'autre essayant d'accoi'der sous ses doigts La lyre de Racine et le luth de Chapelle.
O vous, à l'amitié dans tous les temps fidèle , Tous qui, sans préjugés, sans vice, sans travers. Embellissez mes jours ainsi que mes déserts , Soutenez iiies travaux et ma philosophie :
Tons cultivez les arts . les arts vous ont suivie. Le sang du grand Corneille, élevé sous vos yeux. Apprend paj" vos leçons à mériter d'en être. Le père de Cinua vient ni'instruire en ces lieux ; Son ombre entre nous trois aime encore à paraître; Son ombre nous console, et nous dit qu'à Paris 11 faut abandonner la place aux Seudéris.