LXXXV. A MADEMoisEtLE CLAIRON
Xje sublime en tout genre est le don le plnsrare ; C'est là le vrai phénix ; et , sagement avare , La nature a prévu qu'en nos fail)les esprits Lebean , s'il -est commnn, doit perdre de son prix. La médiocrité couvre la terre entière; Les mortels ont à peine une faible lumière. Quelques vertus saus force, et des talents bornés. S'il est quelques esprits par le ciel destinés A s'ouvrir des chemins inconnus au vulgaire, A franchir des beaux arts la limite ordinaire, La nature est alors prodigue en ses préseuls; Elle égale dans eux les vertus aux talents. Le souffle du génie et ses fécondes flammes ]N"ont jamais descendu que dans de nobles anies: Il faut qu'on en soit digne, et le cœur épuré Est le seul aliment de ce flambeau sacré ; lin esprit corrompu ne fut jamais sublime.
Toi que forma Vénus, et que Miuerve anime, Toi qui ressuscitas, sous mes rustiques toits, L'Electre de Sophocle aux accents de ta voix , ( Non l'Electre française à la mode soumise, Pour le galant Itys si gaLimment éprise ; ) Toi qui peins la nature en osant rcnibeilir. Souveraine d'un art que tu sus ennoblir, Toi dont uu geste , un mot m'attendrit et m'enflamme. Si j'aime tes talents, je respecte ton ame. L'amitié , la grandeur , la fermeté , la foi , Les vertus que tu peins je les retrouve en toi. Elles sont dans ton cœur; la vertu quej'eucenss N'est pas des voluptés la severe abstinence. L'amour, ce don du ciel, digne de sou auli-ur, ^
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Des malheureux liura.iins est le consolateur : iui-même il fut un dieu dans les siècles antiques; On en fait un démon chez nos vils fanatiques: Très désintéressé sur ce péché charmant, J'en parle en philosophe, et non pas en amant. Une femme sensible , et que l'alnour engage, Quand elle est honnête homme ^ à mes yeux est un sage.
Que ce conteur heureux qui plaisamment chanta Le démon Belphégor et madame Honesta , L'Esope des Français, le maître de la faLle, Ait de la Cha.'upmêlé vanté la voix aimable, Ses accents amoureux , et ses sons affétés , Echo des fades airs que Lambert a notés : Tu n'étais pas alors : on ne pouvait connaître Cet art qui n'est qu'à toi, cet art que tu fais naîti'e.
Corneille , des Romains peintre majestueux , T'aurait vue aussi noble, aussi romaine qu'eux. Le ciel , pour échauffer les glaces de mon âge , .Le ciel me réser^'ait ce flatteur avantage ; Je ne suis point surpris qu'un sort capricieux Ait pu nièler quelque ombre à tes jours glorieux. L'ame qui sait peuser n'en est point étonnée; Elle s'en affermit, loin d'être consternée: C'est le creuset du sage ; et son or altéré Eu renaît plus brdlant, en sort plus épuré. En tous temps , en tous lieux le public est injuste: Horace s'en plaignait sous l'empire d'Auguste. La malice, l'orgueil, un indigne désir D'abaisser des talents qui fout notre plaisir - De flétrir les beaux arts qui consolent la vie : Voilà le cœur de l'homme ; il est né pour l'envie. Al'éghse, au barreau, dans les camps, dans les cours. Il est , il fut ingrat , et le sera toujours.
Du siècle que j'ai vu tu sais quelle est la gloire : iCe siècle des taîeuts vivra dans la mémoire. ÉrÎTRES, etc. I ■)
Mais vois à quels dégoûts le sort abandonna
L'auteur d'Ipliigénie, et celui de Cinna ,
Ce qu'essuya Quinault, ce que souffrit Slolierc,
Eénéloii dans i'exii terminant sa carrière,
Arnaud , qui dut jouir du destin le plus beau,
Arnaud manquant d'asyle, et luênie de tombeau.
De l'âge où ûous vivons que pouvons-nous attendre '.
La lumière, il est vrai, commence à se répandre :
Avec moins de talents on est plus éclairé ;
Mais le goàt s'est perdu, l'esprit s'est égaré.
Ce siècle ridicule est celui des brochures,
Des chansons, des extraits, et sur-tout des injures.
La barbarie approche : Apollon indigoé
Quitte les bords heureux où ses lois ont régné ;
Et, fuyant à regi'et son parterre et ses loges ,
Melporaene avec toi fuit chez les AUobroges.
L XX XVI. A M. l'abbé DE LA POKTE. (1765.)
JL V pousses trop loin l'amitié.
Abbé , quand tu prends ma défense ; Le vil objet de ta vengeance Sous ta verge me fait pitié.
Il ne faut point tant de courage Pour se battre contre un poltron, IVi pour écraser un Fréron Dont le nom seul est un outrage.
Un passant donne au polisson Un coup de fouet sur le visage ; Ce n'est que de cette façon Qu'oa corrige un tel personnage, S'il pouvait être corrigé.
Mais on le hue , on le bafoue ,
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On l'a mille fois fustigé :
Il se carre encor dans la boue ; Dans le mépris il est plongé.
Sur chaque théâtre on le joue :
Ne suis-je pas assez vengé ?