‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 68 sur 134 · LXXXT^II. A HENRI IV · texte numérisé non relu

LXXXT^II. A HENRI IV

sur ce qu'on avait écrit à l'auteur que plusieurs citoyens de Paris s'étaient mis à genoux devant la statue équestre de ce prince, pendant la maladie du dauphin, père de Louis xvi. ( 1766.)

XiîTRÉpiDE soldat , vrai chevalier , grand homme , jRon roi , fidèle ami, tendre et loyal amant , Toi que l'Europe a plaint d'avoir fléchi sous Rome , Sans qu'on osât blâmer ce triste abaissement , Henri , tons les Français adorent ta mémoire ; Ton nom devient plus cher et plus grand chaque jour ; Et peut-être, autrefois quand j'ai chanté ta gloire, Je n'ai point dans les cœurs affaibli tant d'amour.

Un des beaux rejetons de ta race chérie , Des marches de ton trône au tombeau descendu, Te porte en expirant les vœux de ta patrie, Et les gémissements de (on peuple éperdu.

Lorsque la mort sur lui levait sa faux tranchante, On vit de citoyens une foule tremblante Entourer ta statue, et la baigner de pleurs ; C'était là leur autel, et dans tous nos malheurs On t'implore aujourd'hui comme un dieu tutélaire. La fille qui naquit aux chaumes de Nanterre, Tieusement célèbre en des temps ténébreux, N'entendpointuos regrets, n'exauce point nos vœiix, De l'empire français n'est point la protectrice.

C'est toi , c'est ta valeur , ta bouté , ta justice

Qui préside à l'état raffermi par tes mains :

Ce n'est qu'en t'imitant qu'on a des jours prospères.

C'est l'encens qu'on te doit -jles Grecs et les Romains

Invoquaient des héros, et non pas des bergères.

O si de mes déserts, où j'achève mes jours , .Te m'étais fait entendre au fond du sombre empire! Si, comme au temps d'Orphée, un enfant de la lyre De l'ordre des destins interrompait le cours! Si ma voix.... mais tout cède à leur arrêt suprême; Ni nos chants, ni nos cris, ni l'art et ses secours, ' Les offrandes, les vœux, les autels, ni toi-même,. Rien ne suspend la mort. Ce monde illimité Est l'esclave éternel de la fatalité:

A d'immuables lois Dieu soumit la nature.

Sur ces monts entassés, séjour de la froidure , Aux creux de ces rochers, dans ces gouffres affreux, Je vois des animaux maigres, pâles, hideux. Demi-nus, affamés, courbés sous l'infortune: Ils sont hommes pourtant; notre mère commune A daigné prodiguer des soins aussi puissants A pétrir de ses mains leur substance mortelle. Et le grossier instinct qui dirige leurs sens , Qu'à former les vainqueurs de Pharsale et d'Arbelle; Au livre des destins tous leurs jours sont comptés: Les tiens l'étaient aussi. Ces dures vérités Epouvantent le lâche, et consolent le sage. Tout est égal au niontle ; un mouraul n'a point d'âge : Le dauphin le disait au sein de la grandeur, Au printemps de sa vie, au comble du bonheur; Il l'a dit en mourant, de sa voix affaiblie , A son 111s, à son père, à la cour attendrie. O toi, triste témoin de son dernier moment, Qui lis'de sa vertu ce faible monument, ,3Ne me demande point ce qui fonda sa gloire. Quels funestes exploits assurent sa mémoire,

Quels peuples malheureux on le vit conquérir, Ce qu'il fit sur la terre il t'apprit à mourir.

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