‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 78 sur 134 · DU LIVRE DES TROIS IMPOSTEURS · texte numérisé non relu

DU LIVRE DES TROIS IMPOSTEURS

Ansipide écrivain, qui croisa tes lecteurs Crayonner les portraits de tes Trois Imposteurs, D'où vient que, sans esprit, tu fais le quatrième f Pourquoi , pauvre ennemi de l'essence suprême, Confonds-tu Mahomet avec le créateur, Et les œuvres de l'homme avec Dieu , son auteur ?. . . Corrige le valet, mais respecte le maître; Dieu ne doit point pâtir des sottises du prêtre : Reconnaissons ce Dieu , quoique très mal servi.

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De lézards et de rats mon logis est rempli Mais l'architecte existe , et quiconque le uie Sous le manteau du sage est atteint de manie. Consulte Zoroastre , et Minos , et Solon , Et le martyr Socrate, et le grand Cicéron ; Ils ont adoré tous un maître, un juge, un père. Ce système sublime à l'homme est nécessaire; C'est le sacré lien de la société , Le premier fondement tle la sainte équité, Le frein du scélérat, l'espérance du juste.

Si les cieux, dépouillés de son emj)reinte auguste , Pouvaient cesser jamais de le manifester, Si Dieu n'existait pas , il faudrait l'inventer. Que le sage l'annonce, et que les rois le craignent. Rois, si vous m'opprimez, si vos grandeurs dédaignent Les pleurs de l'innocent, que vous faites couler. Mou vengeur est au ciel; apprenez à trembler. Tel est au moins le fruit d'une utile croyance.

Mais toi , raisonneur faux , dont la triste imprudenCf; Dans le chemin du crime ose les rassurer. De tes beaux arguments quel fruit peux-tu tirer.'' Tes enfants à ta voix serout-ils plus dociles :' Tes amis au besoin, plus sûrs et plus utiles ? la femme, plus honnête? et ton notiveau fermier, Pour ne pas croire en Dieu , va-t-il mieux te jjayer?... Ah .' laissons aux humains la crainte et l'espérance.

Tu m'objectes en vain l'hypocrite insolence De ces fiers charlatans aux honneurs élevés ,\ INourris de nos travaux , de nos pleurs abreuvés ; Des Césars avilis la grandeur usurpée , •

T'n prêtre au capitole où triompha Pompée , Des faquins en sandale, excrément des humains , 1 rempant dans notre sang leurs détestables mains ; Ont villes à leur voix couvertes de ruines , Et de Paris «anglant les horribles matines : Je connais mieux que toi ces affrcTix monuments ;

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Je les ai sous ma plume exposés cinquante ans.

JMais de ce fanatisme ennejui formidable ,

J'ai fait adorer Dieu quand j'ai vaincu le diable.

Je distinguai toujours de la religion

Les malheurs qu'apporta la superstition.

L'Europe m'en sut gré ; vingt tètes couronnées

Daignèrent applaudir mes veilles fortunées ,

Tandis que Patouillet m'injuriait en vain.

J'ai fait plus en mon temps (fue Luther et Calvin. On les vit opposer, par une erreur fatale. Les abus aux abus, le scandale au scandale ; Parmi les factions ardents à se jeter , , Ils condamnaient le pape et voulaient l'imiter. L'Europe par eux tous fut long-temps désolée. Ils oui troublé la terre, et je l'ai consolée. J'ai dit aux disputants l'nn sur l'autre acharnés : Cessez, impertinents , cessez, infortunés; Très sots enfants de Dieu , chérissez-vous en frères. Et ne vous mordez plus pour d'absurdes chimères. Les gens de bien m'ont cru : les frippons écrases En ont poussé des cris du sage méprisés ; Et dans l'Europe enfin l'heureux lolérantisme De tout esprit bien fait devient le catéchisme.

J-e vois venir de loin ces temps, ces jours sereins, Où la philosophie éclairant les humains Doit les conduire en paix aux pieds du commun

maître :

Le fanatisme affreux tremblera d'y paraître ; On aura moius de dogme avec plus de vertu.

Si quelqu'un d'un emploi veut être revêtu. Il n'amènera plus deux témoins à sa suite Jurer quelle est sa foi , mais quelle est sa conduite ; A l'attrayante sœur d'un gros bénéficier Un amant huguenot pourra se marier; Des trésors de Lorctte, amassés pour Marie, On verra l'indigence habillée et nourrie ;

Le« enfants de Sara, que nous traitons de chien», Mangeront du jambon fumé par des chrétiens; Le Turc, sans s'informer si l'imau hii pardonne. Chez l'aLbé Tamponet ira boire en Sorboune ; Mes neveux souperont sans rancune et gainient Avec les héritiers des frères Porapignan; Ils pourront pardonner au pincé la lîlitrie D'avoir coupé trop tôt la trame de ma vie; Entre les beaux esprits on verra l'union ; Mais qui pourra jamais souper avex; Fréron :'

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