CVI. A Madame DE SAINT-JULIEN
NÉE COMTESSE DE LA ToCR-DU-PiN.
Jt iM.E de ces dauphins de qui l'extravagance S'ennuva de régner pour obéir en France, Femme a mable, bonne te homme, esprit hbre et hardi, Qui, n'aimant que le vrai , ne suis que la nature. Qui méprisas toujours le vulgaire engourdi
Sous l'empire de l'imposture.
Qui ne conçus jamais la moindre vanité
Ni de l'éclat de la naissance
Ni de celui de la beauté.
Ni du faste de l'opulence ; Tu quittes le fracas des villes et des cours. Les spectacles , les jeux , tousles riens du grand monde,
Pour consoler mes derniers jours
Dans ma solitude proifonde :
En habit d'amazone, au fond de mes déserts. Je te vois arriver plus belle et plus brillante Que la divinité qui naquit sur les mers. D'un flambeau dans tes mains la flamme étincelante
t92 ËPITRES.
Apporte un jour nouveau dans mon obscurité:
Ce n'est point de l'amour Je flambeau redoutable. C'est celui de la vérité ;
C'est elle qui t'instruit , et tu la rends aimable. C'est ainsi qu'auprès de Platon, Auprès du vieux Anacréon, Les belles nympbes de la Grèce Accouraient pour donner leçon Et de plaisir et de sagesse.
La légende nous a conté '
Que l'on vit sainte Tecle , au public exposée. Suivant par-tout saint Paul, en bomme déj;ui.sée. Braver tous les brocards de la malignité.
Cet exemple de piété
En tout pays fut imité
Chez la révérende prêtrise;
Chacun des pères de l'église
Eut une femme à son côté;
Il n'est point de François de Sale ■* Sans une dame de Chantai :
Un dévot peut penser à mal.
Mais ne donne point de scandale.
Bradez donc les discours malins; Demeurez dans mon hermitage , Et craignez plus les jeunes saints Que les fleurettes d'un vieux sage.