‹ Épreuve du bleu de méthylène et perméabilité rénaleChapitre 24 sur 46 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Le bleu de méthylène injecté sous la peau d’un sujet même normal, est toujours — du moins pour les doses habituelles — réduit par le sang et transformé en un leucodérivé. C’est le rein qui se charge ensuite de transformer en substance colorante ce dérivé incolore du bleu. L’élimination de la matière colorante par l'urine, est uniquement facteur de l’état anatomique ou fonctionnel du rein, et jamais de l’activité réductrice des humeurs. Si la substance colorante n’est pas éliminée en nature, mais sous forme de chromogène, si elle ne colore pas lPurine dans les délais normaux, ou avec son rythme habituel, c’est le rein qu’il faut incriminer.

L’expérimentation, la clinique et anatomie pathologique nous ont appris que lélimination retardée, lente et prolongée, indique un trouble fonctionnel ou une altération des glomérules et des vaisseaux. Le passage rapide et massif du bleu dans les urines, quand il existe en même temps des symptômes de néphrite, coïncide le plus souvent avec des altérations profondes des épithéliums nobles du rein. L’élimination du bleu sous forme presque exclusive de chromogène, mais dans les délais normaux, se rencontre en général dans les troubles fonctionnels passagers du rein; Pépreuve du bleu peut donc, si elle est bien interprétée, renseigner non seulement sur la perméabilité rénale proprement dite, mais encore sur la fonction des épithéliums rénaux et le pouvoir oxydant du rein.

L'étude de la perméabilité rénale dans les diverses maladies a donné des résultats dont les Accoucheurs ont déjà profité pour interpréter le degré de gravité de Palbuminurie pendant la grossesse et pour rectifier la pathogénie de l’éclampsie, qui semble ne pas devoir être attribuée à une lésion primitivement rénale.

Les Chirurgiens ont demandé à l'épreuve du bleu, associée ou non au cathétérisme de luretère, de leur indiquer comment fonctionne un des reins, quand Pautre est atteint de tuberculose, de pyo-néphrose, de cancer, etc.; ils arrivent ainsi à poser des indications opératoires beaucoup plus précises.

Dans les maladies médicales, l'étude systématique de la perméabilité rénale nous à permis de montrer que:

a) Dans les néphrites interstitielles, Pélimination du bleu de méthylène est en général retardée et prolongée, notion qui a été confirmée, à lPheure actuelle, dans quatre ou cinq cents observations venant de tous les points du monde médical.

b) Dans les néphrites parenchymateuses, l’état de la perméabilité du rein a donné lieu à de nombreuses discussions ; pour nous, d’après nos observations, il ne nous semble pas douteux que certaines néphrites cliniquement parenchymateuses présentent une élimination rapide et massive du bleu.

Mais, dans d’autres cas, où le diagnostic clinique est le même, l'élimination est cependant tardive et longtemps prolongée, avec passage de la matière colorante presque exclusivement sous forme de bleu. On ne peut pas dire, cependant,

dans ces cas, qu'il s'agisse de néphrites parenchymateuses, devenues secondairement interstitielles, car nous avons vu des néphrites parenchymateuses éliminer le bleu de cette façon, dès le début de leur évolution. Nous croyons done que,

jusqu’à présent tout au moins, la division en néphrites épithéliales et interstitielles doit être basée exclusivement sur la chnique, et qu'il n’est pas plus juste de Pétayer sur la physiologie pathologique que sur l'aspect des lésions.

c) Les néphrites aiguës s'accompagnent presque toujours de troubles de la perméabilité rénale variant, sans doute, selon que les lésions portent principalement sur les glomérules ou sur les épithéliums. L'épreuve du bleu de méthylène pratiquée systématiquement pendant la convalescence permet de savoir comment évoluent les lésions rénales et quel régime on peut permettre au malade.

d) L'étude de la perméabilité rénale dans les infections, les intoxications et les maladies les plus diverses, nous a permis de montrer que la perméabilité rénale décelée par l'épreuve du bleu, met en relief un élément de pronostic indépendant des autres facteurs de gravité étudiés, en général, dans les toxi-infections, et que les troubles de la perméabilité rénale ne varient nullement d’une façon parallèle à la fièvre, à la dyspnée, à linsuffisance cardiaque, à Palbuminurie, etc.

Si maintenant nous cherchons à résumer à grands traits les services qu'a déjà rendus et que peut rendre Pépreuve du bleu, nous voyons que :

Au point de vue pathogénique, elle a mis en relief deux constatations bien inattendues : à savoir que toutes les lésions du rein ne s’accompagnent pas de troubles de la perméabilité rénale, et qu’en revanche, les fonctions d’excrétion du rein peuvent être entravées en dehors de toute lésion rénale; il s’agit là de troubles fonctionnels et passagers dont nous croyons avoir bien démontré lPexistence. C’est encore l'épreuve du bleu de méthylène qui a contribué à mettre en relief ce point essentiel de la pathogénie des urémies tant aiguës que chroniques, à savoir que limper-

méabilité rénale n’était qu’un des nombreux facteurs qui concourent à la production de l’urémie. C’est lui qui donne au syndrome sa signature pathogénique, mais quelquefois il peut cliniquement passer au second plan.

Au point de vue clinique, épreuve est un excellent moyen de diagnostic des néphrites interstitielles latentes ou masquées par une Cardiopathie. Elle permet aussi d’interpréter la valeur pronostique des différents types d’albuminurie, de surveiller l’évolution des lésions de la néphrite aiguë et des congestions rénales survenues au cours des maladies infectieuses. Si les troubles de la perméabilité rénale persistent longtemps après le début de la convalescence, on doit même, en l’absence d’albuminurie, redouter le passage des lésions à Pétat chronique.

Le régime alimentaire doit de même être modifié d’après l’état de la perméabilité du rein; si elle est normale ou exagérée, il est imutile, malgré une albuminurie abondante, de maintenir les malades au régime lacté exclusif. Si Pélimination du bleu est prolongée sans qu’il y ait de retard dans l'apparition du bleu, on pourra encore permettre un régime lacté mitigé; que si, au contraire, le retard et la prolongation sont associés, on doit redouter l’apparition de l’urémie à la moindre cause d'intoxication surajoutée et surveiller par conséquent de très près le régime.

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