RUE DES SAINTS-PÈRES
Tous d\
Un rôle important a été attribué de tout temps à l'abus des plaisirs sexuels dans la production des troubles nerveux et les maladies en résultant. La raison en est toute simple : le sens erotique étant fixé dans le cerveau et le centre génital localisé dans la partie inférieure de la moelle épinière, dont émanent directement les nerfs présidant à la fonction sexuelle, ils ne peuvent manquer d'en être immédiatement influencés et surexcités. De là les douleurs locales, l'affaiblissement et la lour deur des membres inférieurs, avec atonie et paralysie consécutives aux excès vénériens.
Les abus contre nature sont les plus dangereux et redoutables à cet égard, comme on Ta constaté depuis des siècles. Telles sont l«s excitations manuelles ou par frottement, coïts incomplets, ona-
nisme conjugal, pédérastie active, succion et les diverses autres pratiques anormales décrites en détail dans Y Onanisme seul et à deux^ sous toutes ses formes et leurs conséquences. Afin de mettre ces troubles nerveux de plus en plus en évidence, une neuvième forme d'onanisme est même ajoutée à la nouvelle édition, augmentée et refondue, de cet ouvrage qui vient d'être publiée.
Il est logique d'admettre, en effet, dans ces différents cas, l'existence d'un trouble anticipé, une perversion du sens erotique, pour rechercher et se livrer à ces excitations contre nature. Le terrain est donc préparé d'avance pour favoriser l'éclosion des accidents nerveux résultant de ces abus dès qu'ils se prolongent. Nos 230 observations, relatées dans les Anomalies sexuelles y en sont une démonstration péremptoire dans la plupart des cas.
De là notre insistance croissante à mettre en relief cette action directe et essentielle du système nerveux cérébro-spinal, afin d'attirer et de fixer de plus en plus l'attention des médecins et du public sur cette fonction prééminente de la génération. On s'occupe de toutes les autres avant elle sans y penser. C'est seulement quand le mal
ek rendu évident parl'anaphrodisie, Tépuisemenl, rimr)uissance, la stérililé ou les maladies locales que force est absolument d'en parler et d'y regarder. Les rééditions récentes et successives de Vimpuissance physique et morale et la Stérilité humaine signalent ce système comme la cause des plus graves excès et des plus dangereux effets. L'étude et l'observation constante de cette influence nocive sur les aberrations et les perversions génitales nous a conduit à réagir ainsi contre l'opinion des médecins qui en font généralement des actes d'aliénation ou de folie.
Il s'agit de montrer actuellement ici comment l'épuisement nerveux de l'appareil génital, le trouble de l'esprit et des fonctions sexuelles en résultent. Ce sujet est aujourd'hui à l'ordre du jour en Europe par l'importation récente des idées et des travaux du médecin américain, G. Beard, sur la Nervous exhaustion ou épuisement nerveux, qu'il croyait spécial à ses compatriotes. Il l'appelait ^mcr2can wen?oi«5ne55, nervosité américaine, comme, un demi-siècle avant lui, Gheyne en faisait la maladie anglaise. Preuve de l'unité ae race et de vues personnelles des deux pays.
Ce terme d'épuisement nerveux était pourtant
communément employé et usité en France, dès le commencement de ce siècle. Belliol en fit ainsi le synonyme d'impuissance prématurée dans ses Conseils aux hommes affaiblis. Mais le peu de crédit scientifique accordé à ce volumineux el fastidieux in-octavo ne permit pas de fixer l'attention sur ce mot. Il était dès lors oublié quand l'auteur américain le ressuscita sous le nouveau titre de Neurasthenia. Sa traduction facile en français: Neurasthénie ou affaiblissement nerveux, le fil aussitôt accepter partout; tandis que sous le litre allemand de NervenscJiwacJie^ employé dès 1845 par le médecin hanovrien Reinbold, il était passé inaperçu. Néanmoins, nous l'avons employé dès 1889 dans les Anomalies sexuelles avec dix observations inédites à Tappui.
La découverte de la maladie désignée sous ce nom est due évidemment à l'attention spéciale accordée aux affections nerveuses depuis une trentaine d'années. Les diverses éludes et les nombreux travaux suscités partout à ce sujet, pour en découvrir la nature et le siège, ont contribué à débrouiller le chaos du nervosisme français, à en élucider quelques points. Notre Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médi-
:ales * en offre surtout le témoignage frappant et authentique.
Neurasthénie n'étant pas encore un mot vulgarisé, est remplacé ici par son équivalent. La neurasthénie est, en effet, une altération fonctionnelle et :;énérale du système nerveux, se manifestant pari ^ut par l'appauvrissement, la débilité el une failesse générale des divers organes. En s'exerçanl . t agissant par une sorte d'élection et avec la plus «rande intensité dans l'acte de la génération, elle y marque spécialement son empreinte par les abus et es excès qui en sont faits sur tout l'appareil génital des deux sexes. D'où la Neurasthénie sexuelle, désignée ici par le titre d'Épuisement nerveux génital ; simpleloealisation spéciale delà neurasthénie générale. De là l'indication de faire connaître préalablement celle-ci dans ses principaux traits distinctifs par une sorte d'introduction.
L'afférence de ce nouveau sujet avec nos précédents ouvrages sur l'hygiène de la génération, m'a conduit à m'en occuper spécialement. Que cet épuisement nerveux génital soit la cause, laconsé-
« 24 vol. ia-l2 de 1864 à 1887 chez Tauteur.
quence ou î'elTet de ces divers étals, leur indication ou leur contre-indication, ses rapports immédiats ou éloignés, directs ou indirects, sont si intimes avec eux qu'il en est presque inséparable dans la Génération humaine. Traiter de ce sujet spécial sera donc une revue condensée de tous les autres, montrant leur connexité avec cet épuisement. La raison en est que tous les abus, les défauts et les vices sexuels se tiennent dans cette aire restreinte de Tappareil génital et son fonctionnement.
Mais, distinction capitale et rassurante : il ne s'agit ici ni d'impuissance, d'anaphrodisie et encore moins de stérilité réelles. Tout en les simulant parfois, l'épuisement nerveux est moins fatal, sombre et triste. L'apparence s'évanouit bientôt par la restauration du système nerveux local et général. Celle maladie est toujours susceptible de guérison. C'est faute de la connaître, de la distinguer et en la confondant avec ces infirmités qu'elles se sont trouvées souvent guéries par hasard.
Afin de le mettre clairement en évidence, l'épuisement nerveux génital doit être précédé de détails préliminaires sur la Neurasthénie générale, dont il
est une des principales formes. Ces généralités, empruntées aux divers et récents ouvrages de plusieurs jeunes médecins français, serviront ainsi de préface à sa connaissance, l'interprétation de ses causes spéciales, ses dangers et ses signes particuliers.
Il sera ainsi mieux compris, en le montrant ensuite sous son aspect original, d'après la Sexual neurastJienia de Beard, avec ses exemples et les nôtres à l'appui. L'hygiène et le traitement à suivre termineront cet ouvrage, qui continuera, nous l'espérons, l'immense succès de ses aînés.
P. Garnier.
Paris, avril 1805.
GENERALITES