‹ Epuisement nerveux génital, causes et remèdesChapitre 2 sur 21 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Littéralement francisé, le mot anglais de Neurasthenia n'indique pas bien clairement, à Toreille française, la nature de la maladie qu'il désigne. La priorité de l'adjectif sur le substantif, selon la règle grammaticale anglaise, contrairement au français, suffit à produire l'imbroglio. « Ici, Ton voit toujours venir d'abord, dit Fénelon, un nominatif substantif qui mène son adjectif comme parla main. » Neurasthénie est l'expression la plus significative de la sensibilité nerveuse, selon son auteur. Asthénie nerveuse se comprendrait mieux; cet état constitutionnel ou maladie chronique et fonctionnelle du système nerveux n'est pas autre chose que son affaiblissement, son appauvrissement ou la débilité de la force nerveuse. Telle est la signification réelle de ce mot.

Avant de décrire cette maladie locale, appliquée

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aux organes sexuels et leurs fonctions, il est indispensable de montrer préalablement qu'elle atteint le système nerveux partout ailleurs. Elle se manifeste même de préférence dans ses principaux centres : le cerveau, contenu dans le crâne, et la moelle épinière, en dépendant, placée dans la colonne vertébrale. La variété génitale, pour en être une des plus graves et fréquentes, si elle se montre primitive et isolée, peut aussi être produite directement par les autres et coexister simplement avec elles. D'où la nécessité de quelques explications démontrées par la planche cicontre pour l'intelligence du sujet.

Deux grands centres nerveux donnent naissance à tous les nerfs qui président aux actes et aux fonctions de l'organisme humain. Ce sont : le cerveau, organe de la pensée, l'intelligence, l'esprit, l'imagination, la mémoire, la volonté, la parole même, et la moelle épinière qui en dépend. Formés d'un tissu pulpeux, blanc au milieu et gris à la surface, ces centres sont renfermés dans des membranes minces et souples les enveloppant de toutes parts sous les os.

De là émanent tous les cordons ou filets nerveux qui, en se divisant et se subdivisant à l'infini, se distribuent aux divers organes et président à leur fonctionnement. Les sens de la vue, l'ouïe, le goût ont ainsi leurs nerfs spéciaux, comme le mouvement et le sentiment de tout l'organisme. La moelle épinière donne ainsi naissance à vingt-quatre paires de nerfs

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qui, en passant de chaque côté par les trous latéraux de la colonne vertébrale, se divisent en deux branches à leur sortie : l'une se dirigeant en arrière, l'autre en avant. Celle-ci, naissant le plus profondément de la substance blanche, préside au sentiment, à la sensibilité, tandis que l'autre, née de la substance grise, est essentiellement dédiée à la motricité, au mouvement des organes. Ces propriétés spéciales dépendent donc de la nature différente de leurs éléments.

A mesure qu'ils s'éloignent de la moelle centrale, ces deux espèces de nerfs finissent par s'épanouir en fibrilles imperceptibles à l'extrémité des organes et des tissus, en distribuant partout le mouvement et la sensibilité. Telle est la base du système nerveux cérébro-spinal.

De l'anastomose ou réunion des filets nerveux de ces deux centres à l'intérieur du corps, un autre système nerveux mixte en résulte : c'est le grand sympathique distribuant par ses branches le mouvement et la sensibilité aux divers organes internes. Cœur, estomac, foie, poumons, reins et vessie sont innervés de la sorte, comme tous les autres viscères internes, pour remplir et exécuter chacun séparément leurs fonctions distinctes et particulières: circulation, digestion, assimilation, respiration, sécrétions et excrétions. Les organes génitaux et leur fonctionnement participent ainsi à cette innervation mixte, quand l'imagination, le désir émanant du cerveau viennent à leur secours. Il est donc probable et près que assuré que ce système nerveux interne et unique du grand sympathique participe aux diverses

variétés de neurasthénie et souffre de la même manière que les deux centres dont il émerge par défaut de réserve de la force nerveuse.

Cet aperçu sommaire permet do juger, sans détails plus techniques, comment l'intégrité du système nerveux général est la base du fonctionnement régulier de tous les organes indistinctement et comment aussi le moindre trouble qui y est apporté, en plus comme en moins, suffit, en altérant son harmonie, à produire la souffrance et la maladie. Le cœur même, centre de la vie par le sang qu'il envoie dans tout l'organisme et distribue par milliers de vaisseaux accompagnés partout de nerfs, ne pourrait pas plus l'entretenir que la respiration et la digestion, qui font le sang même, si le système nerveux ne venait à leur secours pour leur fonctionnement normal. L'innervation précède la circulation et les hypérémies ou stase du sang dans la neurasthénie sont aussi l'effet de l'affaiblissement nerveux local ou général. D'où l'extrême importance de son équilibre pour la santé et la vie, compromises dès qu'il est troublé, altéré, ici ou là, dans son parcours, à sa source comme à ses extrémités, par le fonctionnement irrégulier ou nul des organes atteints.

Il est aisé de comprendre dès lors que le cerveau, organe central de tant de fonctions multiples et diverses, soit le plus exposé à être troublé et altéré. Excès inlfllectuels, violentes émotions morales, chagrins et ppÎHPs, comme les joies et les jouissances extrênDes. les passions ardentes, la contention d'esprit,

de la pensée, de l'imaginalion et du cœur, tous les sentiments vifs en un mot, en agissant directement sur ce centre, tendent à le surexciter ou à l'opprimer, à le fatiguer et le surmener, en altérant les sens qui en émanent, la vue et l'ouïe en particulier.

A défaut de connaître cette distribution générale des nerfs par tout le corps et leur action sur tous les organes, les effets divers en étaient encore confondus, au xvn° siècle, sous le nom d'esprits animaux et même de vapeurs. Impossible dès lors de prévenir ni combattre ces entités imaginaires par les moyens rationnels employés actuellement.

Le surmenage (Jes forces musculaires par un travail forcé, exagéré, prolongé et continu, se faisant aux dépens du système nerveux du mouvement de la moelle épinière, l'affaiblit et l'épuisé spécialement. Tout effort de travail manuel, ouvrier, vient de là et si l'on a le soin d'en réparer les fatigues par le repos nécessaire, et les pertes par une alimentation tonique, une nourriture réconfortante, proportionnée aux dépenses, aux pertes de chaque jour, les forces décroissent rapidement et Ton se sent arrêté bientôt parleur épuisement. Cet effet sera encore plus rapide si l'on cherche surtout à les réparer dans les intervalles, en s'excitant par des liqueurs et des boissons alcooliques. Cette excitation instantanée est plus nuisible qu'utile et promptement suivie d'une dépression plus considérable du cerveau.

Ces excitations alcooliques entre les repas sont surtout dangereuses et malfaisantes pour l'innervation régulière de l'estomac par le nerf grand sympathique.

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Les digestions s'altèrent, Tappétit diminue, devient capricieux, les forces se perdent et c'est ainsi que l'on croit à un mal local, alors qu'il est simplement dans la mauvaise habitude de se remonter artificiellement entre les repas par des excitants alcooliques.

Le cerveau, la moelle épinière et l'estomac sont les trois centres principalement exposés à ressentir les effets de l'asthénie ou débilité nerveuse, quand ils sont surmenés. Dès qu'ils manifestent de la paresse ou de la difficulté à fonctionner, il faut toujours interroger cette cause de l'excès de fatigue, à défaut d'autre plus évidente ou immédiate, et chercher à y remédier avant tout par le repos. Lors même que cette débilité se manifeste ailleurs, sans cause locale appréciable, il faut toujours chercher si elle ne vient pas de l'un de ces centres.

La neurasthénie, dit Beard, est, au début, un état maladif plutôt qu'une affection définie et géométriquement localisée et limitée. Impossible d'en déterminer le siège précis ici ou là, ni la lésion anatomique, même par la douleur et l'affaiblissement local. En dehors de son essence nerveuse, tout n'est que conjectures, suppositions et hypothèses.

En la localisant exclusivement plus tard dans le cerveau par le défaut de contrôle mental, l'incapacité de concentrer son esprit sur un sujet quelconque sans une fatigue, une irritation mentale et le désespoir, Beard s'est évidemment mépris. Les symptômes morbides de craintes et d'impulsions, de dépression, d'insomnie, d'idées vagues, céphalée, perte de mémoire, de la pensée et de la réflexion, observés chez

les neurasthéniques, ne sont pas assez concluants pour avancer une telle assertion. Ce sont là de simples probabilités. Aussi n'en fit-il plus à la fin qu'un défaut d'équilibre entre l'usure et la réparation du tissu nerveux ; ce qui est plus admissible.

Cette essence nerveuse de la neurasthénie, affirmée par son auteur, a été confirmée en France par les expériences physiques de M. Féré démontrant :

1" Que toute impression des sens se manifeste par une vibration physique, mathématiquement correspondante à la sensation éprouvée sur Touïe quant aux sons et sur la vue quant aux couleurs. D'où résulte une excitation proportionnelle à ces sensations sur l'énergie musculaire, l'activité du cœur et de la respiration, démontrées par une augmentation de volume des membres et l'abondance équivalente des sécrétions ; en un mot, une excitation de tout l'organisme. De même des impressions extérieures, perçues ou non, sur les extrémités ou papilles terminales du système nerveux. Lumineuses ou sonores, thermiques ou mécaniques, gustatives ou odorantes, conscientes ou non, elles produisent une excitation proportionnelle à l'impression reçue.

2° Que les phénomènes intellectuels ou moraux produits par l'étude, l'audition, la vue, le toucher, la réflexion, s'accompagnent des mêmes effets physiques et sensibles aux instruments quant à la circulation, la respiration et les sécrétions. Les hommes ,'livrés aux travaux de l'esprit jouissent ainsi d'une plus grande force de pression dynamique, d'une élévation supérieure de température du cerveau et

d'une plus grande rapidité des échanges nutritifs.

3** Que Vexercice musculaire a les mêmes conséquences. Des mouvements faits avec un pied sur une pédale, pour mouvoir une roue, augmentent la pression dynamométrique de la main d'un cinquième et plus. Il active de même la pensée et l'activité cérébrale. Beaucoup de penseurs marchent pour activer et concentrer les efforts de leur intelligence. En rencontrant un samedi le pasteur A. Coquerel se promenant, je lui demandai où il allait. « Composer mon sermon pour demain, me dit-il. »

4° Que les émotions morales retentissent également sur tout l'organisme. C'est l'influence « du moral sur le physique. » Agréables, ces émotions augmentent l'amplitude des mouvements respiratoires ; « on respire. » Au contraire, on éprouve une sensation de constriction de la poitrine, de serrement à la gorge, si l'émotion est triste ou pénible. Le pouls et la circulation en sont aussi profondément modifiés comme les sécrétions : l'eau à la bouche, une sueur froide, la gorge sèche, la diarrhée, les larmes, traduisent ces divers états émotifs suivant les personnes.

Chaque acte de la vie nerveuse retentit donc sur toutes les fonctions essentielles de l'organisme. Aussi bien cette excitation est-elle suivie d'une diminution, d'un affaiblissement proportionnel. Une prostration subite, un épuisement des forces suit ainsi toute grande excitation nerveuse. La neurasthénie en est de la sorte la conséquence, lorsque ces alternatives fatales se prolongent, que ce soit par l'étude, le travail musculaire ou le plaisir à outrance. Il n'y a

pas d'autre mystère à Tépuisemeiit nerveux et à la douleur et l'impuissance qui en sont les corollaires inséparables.

Elle se manifeste aussi uniformément par l'action primitive et directe de certains agents sur les centres nerveux qui en sont anesthésiés, paralysés. L'exercice de plusieurs professions exposent même les ouvriers à en ressentir immédiatement l'influence sur les organes génitaux par exemple, de même que par l'usage de certains médicaments. Parfois c'est en agissant sur le sang, en le diminuant ou l'appauvrissant, que le système nerveux en est affaibli, prostré.

Une fatigue maladive en résulte par l'épuisement des éléments nerveux et leurs propriétés. Ses signes distinctifs essentiels sont presque toujours associés à d'autres maladies nerveuses qui l'ont fait longtemps confondre avec elles. D'où sa distinction et son existence propres.

Sans siège précis ni lésion positive connue, cette névrose n'en est pas moins évidente. Toutes les névroses, d'ailleurs, s'affirment et se dévoilent surtout par leurs caractères extérieurs. Les plus anciennes et apparentes, bien connues par des convulsions effrayantes : la chorée ou danse de Saint-Guy et l'épilepsie notamment, n'en ont pas davantage. Celle-ci en particulier, qui semblerait devoir provenir surtout des nerfs moteurs de la moelle par ses accès épouvantables, ne parait plus devoir y siéger exclusivement. Depuis la découverte récente des localisations motrices du cerveau, des lésions apparentes ont été rencontrées dans cette région, à la suite des accès

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épileptiformes survenant après les fièvres éruptives et autres maladies du tube intestinal. Beaucoup d'autres causes déterminent encore ces accès: blessures, fatigue, coït, émotions, alcoolisme et diverses intoxications ; la convulsion, produite par les nerfs moteurs de la moelle, n'en est pas d'ailleurs l'unique caractère. Elle est toujours accompagnée de la perte soudaine et complète de connaissance et de sensibilité qui émanent directement du cerveau. Les signes extérieurs répondent donc à ce double siège.

L'épuisement nerveux ne se localise pas, mais se manifeste en différents points et un peu partout à la fois. Il n'a que des sièges d'élection particuliers : la tête, la colonne vertébrale, l'estomac et les organes génitaux. Les douleurs en résultant sont également vagues, diffuses, sourdes et jamais aiguës, locales et persistantes comme dans les névralgies : la sciatique et les douleurs atroces de la face, par exemple. C'est la différence fondamentale et le trait distinctif entre ces deux grandes classes des maladies nerveuses : névralgies et névroses.

Les personnes atteintes de neurasthénie, d'après Beard, sont trop faibles pour avoir des névralgies. Celles-ci, comme la goutte, exigent une plus forte constitution que les neurasthéniques ne l'ont d'ordinaire, quoique cette règle comporte des exceptions. Mais un fait instructif et important, confirmé par ceux qui ont étudié ce sujet en dehors de toute idée préconçue, prouve que les neurasthéniques souffrent exceptionnellement de tic douloureux, de gastralgie ou de névralgie faciale et d'aucune douleur iorie lo-

i(o G if.NER ALITES

calisée n'importe où. Et par la même raison qu'ils sont trop faibles pour endurer une telle souffrance, leur organisme manque aussi de résistance pour accumuler une perturbation nerveuse assez intense pour produire une véritable névralgie positive et persistante. Ces malades souffrent souvent, et cruelle^ ment, de vagues sensations douloureuses, diffuses et passagères, qu'ils appellent névralgiques, mais qui n'en sont pas au sens vrai et strict du mot. Les victimes du tic douloureux ou de la sciatique sont comparativement robustes, sinon très forts, au moins à un degré intermédiaire, comme les ivrognes.

La neurasthénie en particulier, distinguée et séparée récemment des autres névroses, en est une toute spéciale. En s'accompagnant souvent de troubles et de lésions des principaux organes, on l'attribuait par erreur à ces complications, en raison de leur importance. Telles sont les palpitations du cœur, les lésions de Testomac, du foie, des reins, la spermatorrhée, Tanémie ou chlorose, certaines diathéses arthritiques ou rhumatismales. Elle n'en provient jamais, même lorsqu'elle survient après ; au contraire, elle les pro^ duit souvent. Ces complications sont assez graves, en se confondant avec la neurasthénie, pour la rendre méconnaissable et la faire négliger dans certains cas.

« Théoriquement, la neurasthénie existe avant quo « le malade puisse en être déclaré atteint. L'obser- « vation le confirme. Les feuilles et les radicules, « les bourgeons et les extrémités des branches d'un « arbre peuvent se faner et se sécher alors qu'il « paraît encore sain et fort. De même la maladie dans

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(( ses progrès de haut en bas, selon sa loi, attaque « quelques-unes des principales branches ouïe tronc. <i Si c'est restomac,base du cerveau et de la colonne <( cpinière, l'homme est aussitôt conscient d'être mate lade. L'indigestion, l'insomnie, la faiblesse sont les « premiers signes éprouvés par les neurasthéniques, « longtemps avant que les plus hautes fonctions de « l'intelligence et de la reproduction soient atteintes. » [Beard, page 69.)

A cette proclamation d'une maladie si vague et sans siège connu, des médecins et des journalistes d'Europe, en France et ailleurs, n'ont pas manqué, pour se donner de l'importance, de révoquer sa réalité et de la mettre en doute. « Qu'est cette nouvelle maladie qui nous vient d'Amérique ? se sont-ils écriés, une entité informe ! » Ils ont ainsi montré leur ignorance. A l'origine même de l'observation médicale, en effet, Hippocrate, en observateur exemplaire, la signalait» sans la nommer, par ses traits les plus caractéristiques et ineffaçables : insomnie, anxiété nerveuse, troubles de la vue, tintements d'oreilles, vertiges, angoisse de la respiration, maux de tête, picotements ici et là. jambes pesantes, faibles, et affaissement consécutif. (Leclerc, Maladies d'Hip'pocratey livre II.)

Pomme en parle à Paris dès 1349 et Cheyne la vise en Angleterre en 1733, en la désignant sous le nom de vapeurs, suivant la mode du temps, entendant par lèi l'abattement, le décauragement^ jl^ ^onflemept de

r estomac, les renvois, le manque d'appétit, les bourdonnements ou tintements d'oreilles, l'agitation, les inquiétudes, les anxiétés ou angoisses, la mélancolie, la tristesse, l'inconstance, l'insomnie qui sont les premiers signes de toutes les maladies nerveuses.

Confondues ensemble jusqu'au commencement de ce siècle, toutes ces névroses consistaient essentiel lement en un trouble fonctionnel, parfois aigu, souvent chronique, du système nerveux, sans altération ni lésion apparente, ni siège précis, bien que des agents matériels et extérieurs parussent les produire dans certains cas, comme blessures, chutes, l'émotion, la commotion et le retentissement simultané du cerveau se manifestant toujours.

Depuis lors, elle a été successivement désignée par les modernes sous les titres d'éréthisme nerveux, en 1819, névropathie ou vapeurs en 1825, d'hystérie, hystéricisme en 1832, d'irritation spinale en 1850, de névrose protéiforme en 1841, de névrospasmie ensuite, puis de nervosisme, de maladie nerveuse, etc., soit une vingtaine de dénominations diverses durant ce xix« siècle, jusqu'à celui venu d'Amérique, qui doit la fixer définitivement. Toute la nouveauté est donc simplement dans ce dernier titre.

Causes

La neurasthénie atteint de préférence les nerveux, qu'ils le soient par hérédité, constitution, tempérament ou le deviennent par les conditions de leur vie ou d'autres maladies. Les enfants, nés de parents

notoirement nerveux, doivent ainsi être élevés particulièrement pour l'éviter. Elle ne se manifeste guère avant la puberté, soit de quinze à vingt ans ; le temps ne manque donc pas pour s'en préserver.

Les enfants nerveux se reconnaissent à leur impressionnabilité excessive et une extrême sensibilité. Colères, emportés, irritables, vifs et irascibles, ils agissent souvent sans réflexion. Prédisposés aux accidents nerveux, bruit ou rire des amis les irrite, même leurs jeux ; ils sont agacés, énervés par les moindres faits et se mettent en colère pour des riens, s'inquiètent et s'agitent de la moindre futilité.

Des enfants calmes et patients peuvent présenter ces phénomènes accidentellement, étant fatigués ou surmenés ; mais avec cette différence caractéristique qu'ils se dissipent bientôt par le repos, tandis qu'ils persistent chez les nerveux. Il n'y a donc pas de confusion possible.

Le tempérament nerveux, source des maladies nerveuses en général, la neurasthénie en particulier, est souvent héréditaire, même par atavisme, c'est-à-dire à la deuxième ou troisième génération. La prédisposition neurasthénique, sans être aussi directe et immédiate, se transforme alors en une source de névroses diverses, qui se tiennent et s'engendrent réciproquement, de manière à ne pouvoir les distinguer. Les enfants nerveux, héritiers de ces tares, sont particulièrement exposés à s'adonner de bonne heure aux diverses formes de l'onanisme qui les mène directement à l'épuisement génital. Ces nerveux héréditaires y sont ainsi les plus prédisposés et les premiers

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atteints. Elle se borne alors aux simples phénomènes classiques de l'épuisement nerveux et se révèle, dès le premier âge, sans cause appréciable, par une émotivité exagérée, des migraines précoces, des terreurs morbides inexpliquées et une grande susceptibililé à la fatigue musculaire. Cette forme est par ce fait même Tune des plus rebelles au traitement.

Le tempérament nerveux et la neurasthénie s*acquiérent aussi et cette forme en est évidemment la plus commune par les nombreuses causes qui peuvent les développer. La vie menée à outrance actuellement dans l'étude comme dans le travail manuel, dès que l'enfant est à peine susceptible de s'y livrer, comme les plaisirs à toutes guides ensuite, sont de puissantes causes d'épuisement. Des enfants parfaitement sains et robustes deviennent nerveux de l'adolescence à la puberté, sous l'action de l'une ou l'autre de ces causes déprimantes. Il suffît que leur système nerveux soit surmené dans ses diverses manifestations intellectuelles, morales, sensitives et végétatives pour devenir malades. C'est une affection nerveuse ou tout autre accident selon leur prédisposition native, sinon ils sont épuisés, usés avant l'âge et dans l'incapacité de rien faire d'utile. Telle est la règle, sauf quelques exceptions, de ce qui s'observe actuellement.

L'habitude déplorable de l'éducation hâtive suffît à fatiguer et surmener, dès le premier âge, le cerveau si délicat et facilement impressionnable de l'enfant. On se fait trop souvent un jouet de ce petit être et, sous

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prétexte de l'amuser, de développer plus vite ses facultés, on l'excite de bonne heure par toutes sortes de manœuvres, à essayer ses premiers gestes et à proférer ses premières paroles.

Ce danger est d'autant plus grand qu'il se réalise de préférence chez les enfants vifs, précoces, c'est-à-dire nerveux et excitables. Les plus éveillés et intelligents donnent surtout ces premières réactions ou manifestations de la vie nerveuse qui sont autant de causes de fatigue.

Vient ensuite le surmenage scolaire par la surcharge du programme des études à tous les degrés d'instruction. Les mauvais effets en ont été manifestes par les accidents nerveux survenus. Tel le mal de tête des adolescents, ayant provoqué presque immédiatement une réaction contraire pour les exercices physiques. Autant de causes propres à développer le tempérament nerveux et à prédisposer à la neurasthénie ensuite.

Les émotions morales, sans avoir chez l'enfant l'intensité qu'elles ont plus tard, la frayeur, si souvent incriminée comme cause d'accidents nerveux, n'en ont pas moins leurs dangers. Les récits terrifiants, les contes fantastiques, les craintes religieuses exagérées peuvent devenir le point de départ d'une impressionnabilité extrême et maladive, surtout chez les enfants craintifs, faibles et timorés. Les mauvaises habitudes solitaires ou partagées y contribuent spécialement, en agissant sur l'appareil génital et la dépression générale qui s'ensuit.

Ainsi se forme le tempérament nerveux, favorisé chez l'adolescent par la lecture des histoires de senti-

mentalité, de romans absurdes, le développement de l'instinct sexuel, une éducation religieuse excessive allant jusqu'au mysticisme parfois. Plus tard, le surmenage moral y contribue surtout par le développement des passions. Puis le remords, la jalousie, la haine, l'envie, l'avarice, l'ambition, les chagrins prolongés, les revers de fortune, les déceptions du jeu et de la politique, toutes passions dépressives, dit Bouchut, altèrent notablement la santé et prédisposent aux désordres nerveux.

Les excitations agréables et gaies du plaisir, par leur répétition et leur intensité, y contribuent de même. Tout plaisir est en effet une excitation suivie fatalement d'un épuisement proportionnel. La musique, chez certains névropathes, détermine parfois des syncopes, des angoisses, des crises de larmes et même des souffrances aiguës. L'étude en est surtout énervante et fatigante pour les nerveux et les névropathes, quand elle est savante et recherchée , en exigeant une tension intellectuelle excessive pour son exécution. Elle est donc une cause de fatigue et d'épuisement nerveux.

De même de certains théâtres et spectacles, lorsqu'au lieu de reposer l'esprit et l'attention des gens affairés, soucieux ou tristes qui s'y rendent pour changer le cours de leurs idées par des scènes gaies, ils tiennent l'attention fixée sur des sujets réalistes, des passions ou des vices malsains, des maladies même les plus navrantes, des plus noires misères ou des folies extravagantes, jusqu'à mettre en scène l'hystérie, l'épilepsie et la folie. Dans ces conditions;, Je théâtre,

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au lieu d'être une distraction, un amusement et un repos, devient une excitation morale très nuisible qui s'ajoute aux mauvaises conditions hygiéniques de l'air et de l'éclairage des salles, la fatigue des yeux. Il est donc essentiellement nuisible aux nerveux déjà prédisposés.

Le surmenage des divers sens par des excitations intenses et répétées, que la sensation en soit perçue ou non, amène et produit un ébranlement du système nerveux tout entier. Or, les expériences dynamométriques précitées montrent que cet ébranlement par excitation périphérique est toujours suivi d'une dépression et d'une fatigue proportionnelles à l'intensité et à la multiplicité des excitations.

Telles sont les impressions d'une température trop vive et prolongée sur la peau ; les excitations abusives du goût par les raffinements d'une cuisine variée et épicée; les émanations de parfums capiteux ou de vapeurs irritantes sur l'odorat; les sensations lumineuses intenses, multiformes ou multicolores, sur la vue; les bruits assourdissants, violents, multiples et prolongés sur l'ouïe. C'est en excitant et en surmenant ainsi les sens qu'ils s'affaiblissent et s'épuisent.

De même de toutes les fonctions de l'organisme : exercices musculaires, physiques, exagérés dans le travail comme dans le plaisir, le jeu, et surtout les travaux modernes des professions manouvrières et des grandes industries. La fatigue corporelle en résultant et l'effort des fonctions circulatoires et respiratoires, digestives même par les excès de table, pour entretenir et augmenter momentanément ces forces.

aboutissent à un affaiblissement fatal de l'organisme pouvant conduire à l'épuisement du système nerveux.

Il est aussi favorisé par les maladies chroniques, qui altèrent essentiellement l'alimentation et la nutrition générale. Les affections de l'estomac et les troubles gastriques en résultant par le défaut d'appétit, les mauvaises digestions et l'obstacle à l'assimilation par les douleurs et les souffrances consécutives, jouent le principal rôle. De même celles qui, en débilitant l'économie par l'appauvrissement ou la diminution du sang — ce modérateur naturel des nerfs — mettent également en branle tout le système nerveux avec ses douleurs et ses troubles. Telles sont les hémorrhagies d'où qu'elles viennent et l'anémie qui en est la conséquence. Enfin, les maladies infectieuses : fièvres paludéennes ou des marais, diabète, arthritisme, syphilis, en envahissant tout l'organisme, troublent toutes les sources de la vie. D'où l'état nerveux qui complique si souvent leur convalescence et l'affaiblissement, la diminution de sa résistance y succédant.

Il est rare qu'aucune de ces différentes maladies, agissant isolément, détermine laneurasthénie. Si des auteurs systématiques en ont localisé autrefois la cause dans l'estomac — comme des modernes, aj'ant fixé leur attention sur la dilatation de cet organe, l'y fixent encore, tandis que d'autres la font dériver exclusivement de la diathèse rhumatismale ou arthritique — c'est faute d'observer tant d'autres causes étrangères y contribuant. C'est en se réunissant qu'elles la déterminent surtout dans les grands centres d'agglomé-

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ration humaine, les foyers de civilisation où la latte pour la vie est plus intense. De là sa fréquence dans les grandes villes où les causes multiples de cette maladie se trouvent concentrées. La multiplicité de ses signes variés en est la démonstration.

La neurasthénie acquise s'observe ordinairement de vingt-cinq à cinquante ans, c'est-à-dire aux périodes actives et laborieuses de la vie, où le surmenage par excès de fonction des diverses activités nerveuses est surtout à redouter. Les excès passionnels et professionnels, intellectuels et physiques, en sont les principales causes déterminantes.

Le surmenage intellectuel, ici comme chez Tadolescent, est le plus puissant à la provoquer. Les longues méditations, a dit Tissot, épuisent comme feraient des évacuations abondantes. C'est le travail le plus fatigant de l'activité nerveuse parles efforts de volonté et d'énergie morale qu'il exige. Sauf les rares favorisés, pouvant exécuter aisément ces travaux divers de l'imagination et de l'esprit, la très grande majorité de ceux qui s'y livrent avec excès en subissent une sorte d'épuisement. D'autant plus que la plupart, pour soutenir ces efforts d'études diverses et développer leurs facultés, ont recours à des excitants : café, thé, tabac, alcool, quand ce ne sont pas d'autres poisons comme l'opium ou la morphine dont l'abus suit trop souvent l'usage.

L'emploi habituel de ces stimulants se complique

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souvent de liqueurs : absinthe, bitter, ou autres aussi malfaisantes. L'éther, la cocaïne, le chloroforme sont même employés par les nerveux avec excès pour calmer leurs souffrances. Tous ces moyens sont plus dangereux qu'utiles, en affaiblissant graduellement le système nerveux. En l'exaltant, par l'habitude d'en augmenter les doses, les nerveux arrivent bientôt à son épuisement. Ce sont là de véritables intoxications ou empoisonnements, l'alcool et le tabac surtout qui, en portant une action spéciale sur la substance nerveuse, peuvent déterminer la dégénérescence du cerveau.

Les carrières libérales et artistiques y prédisposent spécialement, en exigeant, une grande dépense intellectuelle pour réussir. Un véritable surmenage du cerveau résulte souvent des concours et des examens qu'elles imposent et nécessitent, aussi bien dans les lettres que dans les sciences et les arts. Combien de jeunes étudiants succombent ainsi victimes d'excès de travail ou deviennent neurasthéniques !

Il s'en rencontre également parmi les grands industriels et les grands commerçants, les inventeurs, les financiers et les politiques, parla suractivité fiévreuse d'intelligence qu'ils sont obligés de déployer pour suffire aux responsabilités pécuniaires et sociales dont ils sont chargés.

L'ouvrier, à l'existence précaire, n'est pas exempt de cet ordre de causes cérébrales, quand vient s'ajouter, à la fatigue physique de son travail de nuit, l'attention surexcitée pour le jeu régulier de machmes compliquées, la responsabilité qu'il encourt et la

crainte continue des accidents et des chocs pouvant se produire à chaque instant. Autant de causes d'excitation et de fatigue du système nerveux qui rendent la neurasthénie aussi fréquente dans la classe ouvrière que dans les classes privilégiées, a dit Charcot : d'autant plus que l'hérédité nerveuse règne parmi elle comme chez les désœuvrés de la vie mondaine et aristocratique. Les conséquences perturbatrices des émotions morales et pénibles, l'anxiété qui s'attache pour les ouvriers les plus prévoyants aux difficultés de la vie, les exposent plus peut-être encore à cette maladie.

Les abus et les excès vénériens^ de toutes sortes, artificiels et naturels, surtout lorsqu'ils sont anticipés et précoces, sont la cause principale de son apparition prématurée. Leur danger s'augmente de ce que les enfants ou adolescents nerveux sont les plus entraîné» à s'y livrer hâtivement. L'influence en est d'autant plus nuisible, profonde et rapide, que ces adolescents sont plus faibles, énervés et surmenés simultanément par leurs études ou leurs travaux professionnels d'apprentissage et souvent une nourriture insuffisante, sinon la négligence apportée aux affections qui en sont la conséquence.

De là la gravité spéciale de l'épuisement nerveux génital où ces causes sont amplement démontrées par de nombreux faits à l'appui.

Les grands accidents, des catastrophes subites, imprévues de chemins de fer, naufrages, incendies, chutes de cheval, de voiture, de bâtiments, mettant

inopinément la vie en péril, agissent de même sur le système nerveux. Outre le choc produit sur le cerveau et la colonne vertébrale, soit directement par les coups ou blessures de ces organes, soit indirectement par la secousse, la commotion qu'ils reçoivent, les vives émotions, les perturbations morales et nerveuses en résultant sont des causes de neurasthénie. Le choc moral agit surtout, car elle s'est développée sans lésions matérielles, physiques sérieuses. Beard en rapporte quatre exemples remarquables à l'appui, dont deux dames : une jeune et une vieille qui, sans lésion notable, en furent saisies. Des exemples analogues en ont aussi été rapportés à Paris par Charcot chez deux hommes. Si les personnes nerveuses sont particulièrement menacées de ces effets, les femmes surtout, il en est qui ne l'étant pas le sont devenues ensuite d'après ces faits.

Lhystérie^ commune aux deux sexes, quoique plus fréquente chez la femme, prédispose à la neurasthénie et en devient une cause évidente, manifeste, dans les cas précédents d'accidents et blessures. Elle semble jouer alors le principal rôle et la provoquer directement. Ces deux névroses s'allient ainsi, se mêlent, s'identifient, au point qu'il est difficile de les distinguer. Leurs caractères apparents, leurs signes les plus tranchés se montrent simultanément. La combinaison, Tassociation en est telle, selon Charcot, qu'il en résulterait un type particulier chez les ouvriers envoyés à l'hôpital à l'occasion de ces graves accidents. Il en a relaté quatre exemples : chez un

boulanger de trente-et-un ans, un maçon de trentedeux et deux employés de chemin de fer.

L'effet de cette alliance est d'être particulièrement grave, tenace et presque incurable, en raison de Théredite nerveuse qui existe souvent dans ce cas et dont l'accident ou la blessure est la première manifestation. De là sa gravité chez les hommes vigoureux qui ont tout à redouter en pareil cas. Exemple : ce père de cinquante-trois ans, travaillant sur un toit avec son fils unique de dix-huit ans, tombé accidentellement. A la vue du cadavre mutilé et ensanglanté de ce fils, objet de toute son affection, cet homme s'évanouit et resta sans connaissance. Sa tristesse profonde transforma rapidement son caractère, des rêves entrecoupaient son sommeil avec maux de tête, affaiblissement musculaire, perte de l'appétit. Bientôt survint une apoplexie nerveuse suivie de paralysie et trouble de la parole qui le conduisirent à la Salpétrière comme incurable. Tel est l'effet à redouter de la frayeur ou choc moral chez les nerveux.

Le surmenage musculaire est Siussi une cause d'affaiblissement nerveux pouvant aller jusqu'à son épuisement. Les muscles ne fonctionnent qu'à l'aide des nerfs; un exercice violent, exagéré, des marches forcées chez les plus robustes, souvent très nerveux, sont suivis de courbatures douloureuses et d'autres signes neurasthéniques passagers. Ils s'aggravent et persistent par cette unique cause, dès qu'elle se renouvelle en s'accentuant. Des manouvriers, après

des excès de travail physique, se sont ainsi trouvés absolument épuisés.

JJ alcoolisme agit surtout sur les centres nerveux, le cerveau en particulier dont il stéatose, durcit la substance nerveuse. 11 en provoque ainsi la dégénérescence démontrée par les affreuses convulsions du delirium tremens ou délire alcoolique.

Il affaiblit ainsi graduellement, même les plus forts et robustes, par les divers troubles nerveux qu'il détermine en persistant dans toutes les fonctions, celles de la digestion en particulier. A ce degré, il se confond parfois avec la neurasthénie et peut donner lieu à des méprises graves dans l'épuisement sexuel, d'après Beard.

La misère, le vagabondage, les émotions morales, souvent accompagnés d'anémie, d'alcoolisme chez un grand nombre de déclassés et de malheureux des grands centres, peuvent aboutir à un état complexe d'hystéro-neurasthénie qui, dans un accès de désespoir, les porte souvent au suicide. Il est ainsi surtout fréquent parmi les misérables, les loqueteux, les gens sans aveu, hôtes ordinaires et tour à tour des prisons, asiles de nuit et dépôts de mendicité.

La forme de la maladie varie selon la cause qui l'a produite. Celle-ci étant légère et passagère la rend simple et bénigne. Sa durée, sa persistance et ses complications surtout en font le danger et la gravité. Exemples :

Provoquée accidentellement par la fatigue, la dou-

SUi^ lA NEURASTHÉNIE 35

leur résultant d'un travail excessif, privation d'aliments, de repos, ensemble ou séparément, c'est un simple accès aigu qui disparaîtra bientôt avec ces causes et l'emploi des moyens opposés, si la personne atteinte est exempte d'hérédité nerveuse : épilepsie, hystérie, mélancolie, folie, alcoolisme, syphilis.

Si l'on n'y prête aucune attention, au contraire, la maladie passe totalement à la forme chronique par riutensité croissante, la permanence ou la récidive des accidents. C'est la plus grave et dangereuse par ralfaiblisscment progressif de la force nerveuse jusqu'à son épuisement.

Elle se distingue encore en espèces spéciales, selon les organes qu'elle atteint de préférence en s'y fixant : cerveau, moelle épiniore, estomac, centre génital ; les blessures et l'hystérie lui impriment aussi des caractères particuliers. L'énuméralion suivante des signes les désigne suffisamment pour les reconnaitre et l'on pourra juger comparativement de leur importance et leur gravité par la description de la Neurasthénie sexuelle et les faits à l'appui.

Différences entre les sexes. — Le surmenage du corps et de l'esprit est la principale cause de la neurasthénie; peu de femmes y étant soumises au même degré que l'homme, elles y semble?it moins exposées. Mais tout est relatif. Ne jouissant en général ni de sa force physique, ni de la puissance de ses facultés, ni de sa résistance morale, elles peuvent, à un degré bien inférieur d'intensité de travail, encourir les mêmes

effets. D'autant qu'elles tendent de plus en plus à vouloir chercher à s'y exposer, s'y soumettre au-dessus de la mesure de leurs forces physiques et leurs aptitudes intellectuelles, malgré l'empêchement de la nature et la protection de la loi à cet égard. Sans qu'il y ait encore de statistique positive établie à ce sujet, ia neurasthénie féminine semblerait donc moins fréquente de ce fait que celle de l'homme.

Mais l'affectivité, la nervosité et la sentimentalité de la femme, son émotivité et sa sensibilité excessive doivent l'exposer plus que l'homme à cette névrose par toutes les angoisses, les soucis et les tourments que lui créent ses fonctions de la maternité. Obligée de partager le lit conjugal, elle est forcée d'en supporter toutes les exigences et les excès, sinon exposée à en subir les abus et les turpitudes. Par son extrême impressionnabilité et ses fonctions spéciales, la femm^ est ainsi condamnée, surtout à la suite de grossesses et d'allaitements répétés, à en éprouver et en ressentir les effets sur son système nerveux plus profondément que son conjoint.

En vertu même de ces causes, il est généralement admis que la femme est plus souvent atteinte de la névropathie ou maladie nerveuse que l'homme ; il en doit donc être de même de la neurasthénie. Si, en raison de sa faiblesse constitutionnelle et son défaut de résistance, elle en éprouve plutôt les moindres effets en s'exagérant les désordres sensitifs et moraux, et en s'abandonnant facilement aux sensations de fatigue, ce n'en est pas moins la même maladie que celle de l'homme, les symptômes étant identiques. La seule

différence est dans leur intensilé, mais elle en soufl're autant, sinon plus, réellement.

La neuraslhénic masculine est plus intense, grave et tenace, parce qu'à un faible degré, l'homme n'y fait pas attention. Il persiste dans ses travaux ou ses plaisirs en bravant ses premiers troubles : vertiges, syncopes ou douleurs, jusqu'au moment d'être arrêté forcément. Dès lors, il s'assombrit davantage, en ressentant des souffrances plus vives, des accidents plus marqués; il est désespéré, immobilisé, paralysé par leur intensité au cours de ses travaux.

Les formes les plus graves et accusées s'observent ainsi dans les classes ouvrières et le peuple, où la misère, les chocs traumatiques, l'alcoolisme, le tabagisme s'ajoutent aux causes de l'épuisement de la maladie. Les sujets plus délicats et plus impressionnables des classes lettrées n'offrent pas ces accidents au même degré, a dit Charcot. Ils sont moins accusés chez ceux qui se rapprochent de la femme. Aucune autre différence n'a été observée jusqu'ici entre les deux sexes.

Symptômes ou Signes.

La neurasthénie se décèle tout d'abord par l'âge du malade, vingt à cinquante ans. Plus tôt ou plus tard, cette maladie n'est pas accidentellement ni franchement acquise; elle se rattache presque toujours à une tare nerveuse héréditaire ou de naissance, sinon à des aberrations acquises de bonne heure. Tardivement, elle se manifeste chez les nerveux avec une maladie

38 GEiNERALITES

chronique de restomac, le rhumatisme ou la goutte, sinon par suite d'émotions ou de chagrins profonds, de grands malheurs, de pertes ruineuses ou d'autres événements analogues. Elle est frustre ou obscure alors et si Tun ou l'autre de ses signes attirent l'attention, comme le mal de tête, l'insomnie, une douleur nerveuse locale insolite, ils sont toujours accompagnés d'autres plus saillants qui lui sont étrangers.

C'est le contraire si, entre ces deux âges, une personne ayant trop travaillé, par un surmenage de ses forces physiques ou morales, de son corps, ses sens ou son intelligence, éprouve un affaiblissement du système nerveux mêlé d'irritabilité et autres malaises ; elle doit penser à un accès de neurasthénie, surtout si elle est nerveuse ou née de parents nerveux.

L'aspect très divers et varié de ces malades ne permet guère de les distinguer au premier abord. Les plus déprimés sont pâles, l'œil alangui, le regard vague, les traits tirés. Sombres et tristes, ils marchent seuls, parlent peu, lentement et ne sourient guère. Refroidis, ils sont toujours fatigués, rompus, brisés. Interrogés, ils répondent qu'ils sont faibles, ayant mal partout, notamment à la tête, l'estomac.

Au contraire, d'autres ont de l'embonpoint, de la gaieté, de la vivacité, malgré leurs accidents nerveux. Ils passent ainsi pour des malades imaginaires en se plaignant. Les médecins eux-mêmes s'y trompent parfois.

Enfin, il en est d'ennuyeux pour ceux-ci par les papiers qu'ils présentent et où sont inscrits en détail leurs moindres sensations, leurs plus légers malaises.

Leurs récils sont diffus, incohérents et témoignent d'idées fixes, de craintes préconçues, d'inquiétudes sans fondement trahissant un affaiblissement intel-; lectuel. '\>

Les malaises primitifs sont des maux de tête ou céphalée avec des caractères particuliers. Au lieu d'une vraie douleur, c'est une sensation de pression, constriction ou serrement, appelée casque de la céphalée neurasthénique. C'est un signe significatif, surtout lorsqu'il s'accompagne des troubles digestifs spéciaux énumérés ci-devant, page 28, et page 54. En paraissant résulter directement de la céphalée spéciale, ils la confirment tout en n'en étant qu'une simple complication.

Ce signe initial de la céphalée neurasthénique est des plus fréquents et caractéristiques, comme le clou hystérique. Il s'observe quatre fois sur cinq cas. Et sa forme spéciale le distingue facilement de tous les autres maux de tête analogues. Ce n'est ni la douleur de la migraine, ni celle de la névralgie, mais la sensation d'un casque lourd et étroit serrant la tête, surtout en arrière, comme les malades le déclarent presque unanimement. Quelques-uns la comparent à la pression d'un anneau circulaire, ou un cercle de fer, sinon un bandeau de métal serrant progressivement la tête par une vis de pression placée à l'occiput, c'està-dire au-dessus de la fossette. Il en est qui racontent vavoir autour de la tête comme une bague énorme dont le chaton très lourd, fixé en arrière, l'entraîne en bas. D'autres sentent une calotte de plomb ou sont simplement incommodés par leur chapeau, comme s'il devenait progressivement trop élroit.

Ces différentes sensations expriment bien, du plus au moins, l'intensité de la céphalée neurasthénique, à ce point que beaucoup d'hommes, dans la vie courante, accusent cette sensation du chapeau lourd et étroit lorsqu'ils ont le cerveau fatigué par un travail intellectuel trop prolongé ou sous le coup d'idées fixes ou de graves soucis, phénomène de neurasthénie instantané ou passager dont le repos et la tranquillité de l'esprit sont le plus sûr remède.

Une sensibilité exagérée du cuir chevelu accompagne et complique assez souvent cette sensation du casque à l'endroit limité où elle règne. Le contact de la coiffure la plus légère et la plus simple, le nettoyage des cheveux à la brosse et surtout au peigne en sont rendus douloureux. La longue chevelure des femmes en est plus lourde et pesante; cette sensibilité est souvent plus persistante que la céphalée même, au point de rester permanente parfois.

Outre cette plaque de derrière la tête, le plus fréquent et le meilleur signe de cette maladie, le maximum de la pression a lieu parfois ailleurs. Le front en est rarement le siège et la pression douloureuse règne alors sur toute sa surface et même au-dessous, sur la figure. Elle est si pénible que la vue en est gênée par l'effort nécessaire pour ouvrir les paupières et les tenir relevées. Elle se localise aussi sur les côtés de la tête, plus souvent que sur le front, et avec les mêmes caractères.

N'importe où il siège, ce mal de tête n'est heureusement jamais continu. Il règne exclusivement le iour et rarement d'une manière permanente et sans

' trêve; il cesse ordinairement pendant la nuit. En général, il est atténué par le calme, le repos et l'alimentation. Au contraire, toute tentative de travail intellectuel l'exagère, ainsi que les émotions pénibles et toutes les influences qui ont déterminé la maladie. Telle est la règle du stigmate capital de la neurasthénie, sauf quelques exceptions inséparables des affections nerveuses surtout. Sans être douloureux en général, ce mal de tête se traduit, dans quelques cas rares, par une douleur lancinante qu'un mouvement brusque, un faux pas, la descente d'un escalier, rendent très pénible. D'autres fois, au lieu de la sensation de casque ou de serrement de la tête, c'est celle de vide ou de légèreté qui se manifeste par un malaise indéfinissable : « Je ne puis exprimer ce que j'éprouve, » disent les malades. Des bourdonnements d'oreilles, avec ou sans vertiges, des éblouissements avec picotements des yeux, des mouches volantes et autres accidents passagers, paraissent liés au mal de tête en apparaissant et disparaissant avec lui. Il devient dès lors un véritable tourment, quand il s y joint de l'obtusion intellectuelle, une paresse d'esprit et d'anxiété morale empêchant les malades de travailler, de penser et de parler comme d'habitude, ce qui augmente encore leur irritabilité ordinaire.

Il est rare que la céphalée, premier phénomène de la neurasthénie, s'établisse d'emblée avec toute son intensité et ses complications. Elle débute plutôt par accès, de plus en plus rapprochés et de mieux en mieux caractérisés. Quand elle n'est pas très grave au début, elle est plus favorable qu'inquiétante en formant

une sorte de dérivation aux accidents cérébraux plus dangereux. Sa brusque disparition exposerait à de sérieuses complications, d'après Beard qui en cite un exemple de paralysie agitante, consécutive à la disparition subite du mal de tête. C'est un symptôme très pénible par l'état cérébral et l'impuissance intellectuelle où il réduit les malades; mais sa diminution progressive sous l'influence du traitement est ordinairement l'indication de l'amélioration générale et la promesse d'une guérison définitive.

Dans certains cas, ces accidents atîectentune moitié du corps plus que l'autre. La douleur siège souvent d'un seul côté, à gauche plutôt qu'à droite, comme l'afTaiblissement nerveux. La paupière gauche est ainsi plus faible et tombante, alors que le clignotement est souvent uniforme, tandis que les troubles de la vue, les taies même existent de ce côté, comme ceux de l'oreille. L'engourdissement du bras et de la jambe existent aussi, particulièrement à gauche, comme le tremblement, la faiblesse et le froid, les fourmillements et les picotements y sont aussi plus intenses. Cette différence est presque constante.

Malgré son importance, cette céphalée est si commune dans d'autres affections que les malades peuvent toujours la confondre avec la névralgie douloureuse, la migraine, le mal de tête des adolescents, hystérique, syphilitique, urémique et celle qui résulte des tumeurs du crâne. 11 serait donc superflu de les différencier ici, le médecin pouvant seul les distinguer ^vec certitude.

SUR LA iNEURASTHÉNIE 43

Insomnie. — Un sommeil troublé, incomplet et non réparateur est, après la céphalée, compliquée surtout de mauvaises digestions, le signe le plus fréquent et grave, pour en affirmer le caractère neurasthénique. Il en est la conséquence et les malades incertains de leur état, par la bénignité des premiers accidents, doivent être fixés définitivement.

Les troubles du sommeil s'opposent encore plus que son insuffisance à la réparation de la force nerveuse, dit M. Féré. Si fatigué soit-il, l'homme sain dort en général d'un sommeil calme et répare ainsi la fatigue de la veille qui ne saurait s'accumuler sans l'affaiblir. Chacun éprouve, en se remettant au travail après un sommeil insuffisant, qu'il n'est pas assez reposé. Mais l'homme surmené, ou le nerveux héréditaire, ne goûte qu'un sommeil imparfait, agité, troublé, surtout si lexcès d'excitation ou de fatigue persiste. Une profonde inquiétude, des peines vives et surtout do^ abus sexuels, en amenant l'insomnie, dé- Icrminenl bientôt l'épuisement génital. La neurasthénie augmente ou se développe ainsi par défaut de réparalion. Exemple :

« Nous donnons en ce moment nos soins à une jeune

« malade, que ôe^ peines morales vives et des revers de

« fortune ont jetée dans la neurasthénie. Elle souffre,

« depuis plu>i<'urs mois, d'une insomnie persistante et de

« névralf^'ie.s fui».ices, qui ne suffiraient certes pas à carac-

« tériser sprciliquoniont Létat neurasthénique; mais de

;« temps en temps, sous ri.-jîîuence de fatif;ues inteilec-

c< tueiles et morales, elle a un accès passager de céphalée

( à casque frontal, avec hyperesthésie du cuir chevelu et

« quelques troubles gastriques qui permellent de donner

44 GENERALITES

(( à son insomnie l'étiquette de neurastliéDique. Un séjour <( à la montagne ayant amélioré le symptôme dominant, «( c'est-à-dire l'insomnie, l'état général a subi une amélio- « ration parallèle et supprimé pendant ce séjour en Suisse « tous les autres accidents. » (Levillain, la Neurasthéniey page 82.),

Loin d'être absolue et réelle, cette insomnie neurasthénique est relative. Au lieu d'une privation complète, totale du sommeil, elle en est plutôt la difficulté, rinstabililé et le trouble par les cauchemars, les rêves et les réveils. Elle varie d'ailleurs dans ses manifestations. Des malades s'endorment rapidement pour s'éveiller bientôt, sans pouvoir se rendormir, malgré le besoin qu'ils en éprouvent avant de se lever. D'autres ont la plus grande difficulté à s'endormir, malgré les artifices et les moyens employés pour garder et obtenir le repos; le sommeil est impossible et une lourde somnolence s'empare d'eux vers le matin dont ils sortent plus fatigués que la veille. Il en est d'autres qui dorment seulement par fragments, arrachés par de mauvais rêves à la douce quiétude du repos. D'aucuns, en proie à ces cauchemars toujours pénibles et fatigants, peuvent même rester endormis, sans en être plus reposés en se levant.

Les rêves sont donc l'escorte ordinaire et la cause de l'insomnie fatigante et fiévreuse des neurasthénies. D'autant plus qu'ils ont pour caractère d'être pénibles et douloureux, comme l'expression organique de répuisement. Des cauchemars effrayants et une somnolence lourde, accablante, en est la conséquence»

SUR LA NEURASTIIÉiNIE 45

Il est d'observation journalière que ces malades rêvent de morts, d'assassinats, de peines morales de toutes sortes, plutôt que de sociétés agréables, de prairies vertes et do jardins, dit Beard, et qui sont l'équivalent physiologique de la force et de l'excitation, selon M. Féré.

Ces rêves pénibles ont lieu particulièrement à la suite de surmenage moral : émotions, chagrins, accidents. Le rêve cauchemar est spécial aux blessés, reproduisant l'accident dont ils ont été victimes.

L'insomnie est surtout fréquente à la suite de surmenage intellectuel, chez les neurasthéniques préoccupés d'une solution quelconque, artistique, commerciale ou scientifique. Cette préoccupation empêche surtout le sommeil de venir par l'agitation ou l'obsession en résultant. Les excès de la veille y donnent également lieu.

Les neurasthéniques s'exagèrent ainsi leur insomnie. En général, ils dorment plus qu'ils ne croient et le disent, parce qu'ils rêvent beaucoup et sont souvent réveillés. Ne se sentant pas reposés en s'éveillant, sinon plus fatigués le matin en se levant, ils se figurent n'avoir pas dormi.

Ce signe de la fatigue matinale, avec courbature musculaire, céphalée frontale, impuissance intellectuelle, plus accusée le matin que le soir, est spécial à cette affection nerveuse. Il nuit essentiellement à son amélioration et est l'un des plus difficiles à faire disparaître par les raisons suivantes : un sommeil agité, pénible, plein de rêves, d'obsessions et la fatigue en résultant ; puis le défaut même du repos nocturne

46 GENERALITES

augmentant les phénomènes de l'épuisement, étant démontré que, chez les nerveux, le défaut d'excitation le produit comme son excès.

Le docteur Cowles a consacré un long article à ce signe, sous le nom de Morning tire ou Mlscry, comme le plus évident de la neurasthénie. Longtemps observé dans la mélancolie, il en fait le symptôme le plus commun, apparaissant de bonne heure dans les cas légers. Ce réveil en détresse, dont le mécanisme est ie problème le plus complexe de la physiologie du sommeil, le rythme du repos nocturne, le relâchement du jour et la pathologie de la nuit, forme, ditil, la première condition spéciale résultant de l'altération des sensations produites dans cette maladie. Or c'est justement, d'après Haig, à ces heures matinales que l'excès d'acide urique est le plus grand dans le sang et ses effets sur. la tension artérielle les plus marqués. [Boston med. and surg. journ., 20 août 1891, n-' 8.)

Cette insomnie neurasthénique est très rebelle aux narcotiques habituels. L'opium, au heu do procurer le sommeil comme d'ordinaire, joue parfois le rôle stimulant du café. Tl est de ces malades <iui supportent mieux l'alcool qu'à l'état normal. C'est pourquoi un si grand nombre s'adonnent aux stimulants par le bien qu'ils en éprouvent. Effet des bizarreries de leur système nerveux.

De même des grands bains et de l'exercice, la marche en particulier; leurs effets varient, comme do remplacer la nuit par le jour pour mieux dormir. Ces divers moyens peuvent être essayés, l'insomnie étant

SUR LA xNEURASTIIÊNlE 47

le plus grand obstacle à la guérison des neurasthénies. Il est impossible de rien fixer sur leur succès ; l'usage seul peut l'apprendre.

Ce signe, seul et isolé, même avec rêves et cauchemars, au point d'inquiéter ceux qui l'éprouvent, n'est pourtant pas absolument spécifique. La moindre excitation physique ou morale : une indigestion ou trouble digestif quelconque, un simple malaise, une contrariété suffisent à le produire et l'entretenir chez les personnes impressionnables , durant plusieurs nuits, si la cause persiste. Il n'a d'importance et de gravité qu'en s'accompagnant des symptômes précédents et de ceux qui suivent.

Cette forme cérébrale est la plus commune et fréquente. Elle manque rarement de se manifester la première avec plus ou moins d'intensité et prédominance de l'un ou l'autre de ses symptômes, dont quelques-uns peuvent manquer parfois.

Une douleur le long de la colonne vertébralej avec sensibilité de la peau au toucher ou à la pression, en est aussi l'un des principaux signes. Ses rapports avec les plaques de la céphalée sont marqués par la sensibilité même du cuir chevelu parfois. Le passage de l'éponge mouillée, chaude ou froide, le contact de la douche, l'électricité, suffisent à la déceler. Le simple contact des vêtements peut même en devenir douloureux. De là une gêne pénible, une raideur de toute la colonne vertébrale, qui en immobilise les articulations, pour éviter la douleur de leurs mouvements, comme s'il s'agissait d'un rhumatisme ou lumbago.

48 GÉNÉKALITÉS

La marche en est gênée, impossible môme. Des douleurs aiguës s'ensuivent parfois dans les jambes, comme dans les affeclions de la moelle. Mais la persistance de ces accidents au repos suffit à montrer qu'ils dépendent exclusivement de la neurasthénie.

Cette douleur se localise parfois dans certains points, le dos en particulier, entre les épaules et au niveau des reins. Il ne faut donc pas la conicndre avec une maladie de ces organes, le rhumatisme ni le lumbago. Elle se manifeste aussi au cou par une sensation de points douloureux et la fatigue des bras, ou au niveau du sacrum par celle des membres inférieurs. Elle règne plus bas encore chez la femme, c'est-à-dire au coccyx, sans doute en raison de ses fonctions spéciales.

Comme toutes les affections nerveuses, ces pénibles sensations ont pour caractère distinct de varier d'un jour à l'autre de lieu, de place et d'intensité, de se modifier en simulant le torticolis au cou et le lumbago aux reins; leur siège seul est invariable. D'où l'affaiblissement considérable des membres condamnant les malades à un repos presque absolu, tandis que le cerveau et l'estomac sont libres, Fintelligence apte au travail, sauf un mal de tôtc passager. Malgré les douleurs en éclair, les sensations d'étincelles électriques, de coup de couteau ou de fouet dans les membres inférieurs, les malades n'ont qu'à se rassurer, d'après l'exemx^le suivant relaté par Beard :

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