‹ Équilibre Physique Équilibre Biologique Équilibre ÉconomiqueChapitre 15 sur 42 · EU OR · texte numérisé non relu

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Wazras et indépendamment de lui; enfin, la notion de l'équilibre économique, évoquée un siècle plus tôt par Hume à propos de commerce international, étendue par TurGoT à toute l’économie, et plus ou moins confuse depuis lors dans l'esprit des économistes.

Wazras ne s’est pas contenté d'utiliser le terme « équilibre » ; il a analysé complètement, grâce à l'emploi des mathématiques, et en prenant comme bases l'utilité et la rareté des richesses, le phénomène qu’il baptisait. Il est donc incontestablement le responsable de l'introduction en économie du concept d'équilibre ; aussi nous importe-t-il de savoir comment il en a effectué la transposition.

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2) Les origines de l'équilibre de Walras. — A cette époque, la notion d'équilibre ne s’était complètement dégagée qu’en mécanique. Le développement de la thermodynamique a commencé seulement au milieu du xix® siècle. Le principe de la conservation de l’énergie n’a été énoncé qu’en 1842 par MAYER, Joue et CoLpiNG ; et c’est à la même époque que CLausius et Lord KELvIN mirent au point le deuxième principe qui avait été énoncé par CARNOT en 1824. Mais l'équilibre ne fut évoqué que plus tard, et les lois de LE CHATELIER sur le déplacement de l'équilibre ne sont que de 1884.

Il était encore moins question de l’équilibre en biologie : Claude BERNARD, encore vivant, venait à peine de fonder la physiologie.

En outre, WALRaAs s’est inspiré des notions de COURNOT et de Dupuir, dont il critique les travaux dans son À brégé (4b., 303). Or, l’œuvre maitresse du premier est de 1837, celle du second de 1844. En fait d'équilibre, ils ne connaissaient que celui des forces, sur lequel s'étaient, au xvir1e siècle, exercés les bons esprits, notamment D’ALEMBERT, et

dont les développements avaient été mêlés à ceux de l’analyse mathématique naissante.

Il n’y à donc rien d'étonnant à ce que WaLras ait de l'équilibre une notion mécanique ; malheureusement le phénomène qu’il a étudié en économie présente beaucoup plus d’analogie avec l’équilibre d’un gaz qu'avec celui d’une balance : c’est, comme nous le verrons, un équilibre de détermination. Aussi la transposition de WaLras a-t-elle rencontré des incompréhensions. Partisans et adversaires ne se rendent d’ailleurs pas toujours compte qu'ils empruntent des manières de penser à la physique, quand ils parlent d'équilibre en économie. Ils seraient peut-être moins opposés s'ils avaient voulu une bonne fois voir ce qu’est réellement chez Wazras l’idée d'équilibre économique.

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3) La logique de Walras. — Malheureusement, WaLras a lui-même embrouillé les choses. S'il a résolu le problème, il l’a fort mal posé et comme toutes les discussions proviennent de problèmes mal posés, l’école de Lausanne ne connaît que des partisans et des adversaires acharnés (1). C’est pourquoi, il est absolument indispensable, pour la compréhension de l’équilibre walrassien, de faire des points de départ de l'Économie pure une critique logique tellement élémentaire que l’on s’étonne qu’elle ne soit pas classique dans le pays d’Auguste ComTE et de Claude BERNARD.

Pour WaLras, l’économie pure est comme l’hydraulique, une branche des mathématiques, une science phy-

(1) « I1 convient de se défendre énergiquement contre cette étourderie pédante qui prétend signaler comme un grand progrès de la science économique la substitution à la recherche de relations causales d’une simple énoneiation de relations soi-disant fonctionnelles d’interdépendance. » M. Nocaro, Le Développement de la pensée économique, p. 277.

sico-mathématique, qui ne doit pas craindre d'employer le langage mathématique (Ab., 30).

La cause est bonne, mais l'argument est faux ; il est même inadmissible en 1874 — et a fortiori en 1900 — car la philosophie des sciences n’était plus dans l'enfance à ces dates. D’autres assertions de WaLras, comme celle-ci : « Les deux marchés sont réellement distincts dans la réalité des choses comme ils le sont au regard de la science » (Ab., 152) laissent entrevoir un certain flottement dans sa pensée logique et dans sa conception de la science.

L’argument de WaLras est que les mathématiques ont pour objet l’étude des grandeurs appréciables (Ab., 30). Mais toutes les autres sciences aussi, dans la mesure où la technique de leur moyen d'observation le permet, s’attachent à l'étude des grandeurs appréciables. Les mathématiques fournissent des méthodes pour faciliter cette étude.

Wazras a donc confondu l’objet et la méthode, ce qui l’a amené à se tromper également sur la méthode scientifique :

« Les sciences physico-mathématiques, dit-il, sortent de l'expérience dès qu’elles lui ont emprunté leurs types. Elles abstraient des types idéaux qu'elles définissent et sur la base de ces définitions, elles bâtissent à priori tout l’échafaudagée de leurs théorèmes. Elles rentrent après dans l’expérience non pour confirmer, mais pour appliquer leurs conclusions » (Ab., 30).

Bien des controverses sont dues à l'erreur contenue dans ces huit derniers mots. C’est bien pour confirmer leurs théorèmes, que les sciences doivent rentrer dans l’expérience. La seule valeur d’une théorie, c’est-à-dire des abstractions faites pour représenter la réalité est dans Îa conformité avec l’expérience ; car toutes les abstractions sont sans valeur s’il n’y a la pierre de touche que WaLras rejette violemment. Ce que ce dernier réclame, c’est le: droit de tirer des conclusions logiques de ces hypothèses par des méthodes mathématiques, mais ce qu’il refuse, à

tort, c’est l'obligation de vérifier le bien-fondé de sa démonstration et l’heureux choix de ses hypothèses par l'expérience.

En particulier, quand il a pris l’utilité comme grandeur fondamentale, il n’a pas le droit d'oublier la nature de l'utilité dans l’usage qu’il en fait.

D'’erreur en erreur, WALRAS en arrive à mal situer la frontière entre la science pure et la science appliquée.

La science pure est en fait l'étude désintéressée de la nature et la science appliquée son utilisation.

Warras établit au contraire une curieuse distinction entre « l'étude des forces naturelles, qui est la science, et celle de l’action réciproque de la volonté humaine et de la nature qui est l’art ou science appliquée » (A b., 17).

Il confond la recherche de l'efficacité immédiate, et l’'étude provisoirement désintéressée qui n’a pas un objectif utilitaire particulier, mais qui a toujours une efficacité lointaine. L’ambiguïté du libéralisme à la fois politique économique et hypothèse scientifique n’est pas étrangère à cette erreur. WALRAS a très justement réagi contre cette confusion, mais dans sa lutte il a réservé un domaine trop étroit pour la science. |

Un peu plus loin, il adopte un autre critère également faux. Il reconnaît que la théorie de la valeur d’échange n’est pas la seule économie, mais il rejette tout le reste de l’économie dans l’économie appliquée (A b., 30).

Ses propres arguments éclairent son erreur : « La théorie mathématique des forces et des vitesses n’est pas toute la mécanique. Il est certain toutefois que cette mécanique pure doit précéder la mécanique appliquée. »

L'erreur est que la théorie des forces et des vitesses n’est pas le seul domaine de la mécanique pure. L'étude des frottements, de la viscosité et de l’élasticité est aussi de la science pure.

En réalité, toute étude de la nature doit, pour commencer, comporter une première approximation : ainsi la

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