‹ Equitation des damesChapitre 11 sur 68 · UT ME · texte numérisé non relu

UT ME

cheval, sont plus nombreux, Madame, que les nôtres; nous n'avons que la pression des genoux et des jambes pour résister aux déplacements, et nous ne possédons pas, comme vous, cette souplesse, ce liant, qui sont le privilége de votre sexe et la base de toute solidité.

Oui, cette solidité de la femme à cheval serait de nature à rassurer complétement sur son compte, Si elle avait toujours assez de force dans les bras pour maitriser certains élans de sa monture, et si, d’un autre côté, la longue jupe de son amazone ne l’empêchait de se débarrasser de son cheval lorsqu'il vient

à tomber.

Je vous l’ai fait pressentir, Madame, puisque vous devez emprunter la majeure partie de votre savoirfaire à l’assiette, autrement dit à l’équilibre, votre corps devra se trouver posé bien naturellement, bien droit, sans raideur, mais sans nonchalance, sur le milieu de votre cheval; sinon, que d'efforts incessants pour vous ramener vers ce centre, que de contractions inutiles, si le moelleux et le liant des reins ne vous identüfient pas étroitement avec les mouvements du cheval! — Votre position un peu oblique, le poids des jambes d’un seul côté, entrainent déjà la selle et l'assiette, là où le poids est le plus grand. — Vous n'avez à votre droite, comme sauvegarde et comme contre-poids, qu'une espèce de courroie d’étrier, de

surfaix, qui n'empêche pas toujours la selle de dévier du centre, si les sangles se relâächent. C’est bien peu vraiment, Si vous ne songez vous-même à conserver ce centre de gravité et ne reportez de temps en temps votre corps dans l’axe du cheval, que vous quitterez longtemps encore involontairement, mais où vous reviendrez, presque sans y penser, à l’aide de votre étrier, de votre genou gauche et de votre jambe droite.

Quelques écuyers, mettant leurs élèves à la torture, ont voulu que, placées obliquement à cheval, elles eussent cependant les épaules à une mème distance de celles de leur cheval. — Idée absurde, et qui devient la source d’une foule d'erreurs. — Il suffit d’en citer une seule pour dégoûter de cette théorie: c’est l'effort constant qu'il faut toujours faire pour se retourner en sens inverse de sa position. C’est bien là cette contrainte qui bannit la grâce, le bien-être et la justesse, cette contrainte que nous avons ouvertement condamnée.

Il est évident, Madame, que votre côté gauche sera l’objet de recommandations fréquentes; vous aurez une tendance à exagérer l’obliquité de votre position; mais nous la combattrons en vous mettant en garde contre une autre tendance funeste, celle de vous trop asseoir à droite pour ne pas glisser à gan- : che; tandis que c’est de gauche à droite que les dé-

Hope

placements sont le plus à redouter, et amènent presque toujours les chutes.

Mais, revenons aux défauts que je reprocherais à l'attitude de votre buste, si je vous le voyais rejeter démesurément en arrière. Il vous suffit de l'avoir perpendiculaire à votre selle, et, dans certains cas seulement, d’user de la résistance des épaules et des reins portés un peu en arrière, pour paralyser la force du déplacement qui entraîne le corps d’arrière en avant. — Je me récrierais encore, si vos épaules devenues rondes, si votre tête abaissée, si votre taille pliée trop, vous enlevaient vos conditions de solidité et le soutien des lignes qui y concourent.

La respiration n'est libre que lorsque la poitrine est élargie, ouverte, et les épaules bien effacées, car, respirer librement, c’est être déjà solide!

Lorsque la tête vient en avant, le poids du corps est près d'y venir, et l'équilibre de se perdre; le moindre mouvement brusque vous trouverait alors dans l'impossibilité d’une résistance, puisque la tête est lourde comparativement au reste du corps, qu’elle entraine par son poids.

Je verrais enfin, avec peine, que cette tète charmante, qui doit être le foyer d’où rayonne la grâce, où doivent se peindre à la fois l’énergie, la confiance, le plaisir, s’abandonnâät à des mouvements

Lloret

saccadés qui dénaturent le tableau; ou bien qu’elle restât raide et comme piquée sur un buste auquel elle: transmettrait ses défauts, — Je veux donc, partant, mobilité et soutien, fixité sans raideur, laisser-aller sans nonchalance, énergie motivée sans emportement; je voudrais... je rève pour vous, Madame, toutes les qualités réunies; mais vous les posséderez, je gage, après avoir lu l’esquisse de vos défauts présumés.

Nous avons encore quelques mots à dire sur la position de vos bras, de vos mains et de votre pied œauche, que nous ne saurions oublier, car 11 nous a été d’un grand secours pour vous enlever à cheval et vous aidera pour vous y maintenir. Si l’on m’obliceait, Madame, à vous dire ce qui contribue plus particulièrement à vous rendre gracieuse à cheval, je vous répondrais brusquement :

Ma muse sur ce point est trop embarrassée, Et ne saurait m'aider à rendre ma pensée,

Mais, en revanche, si vous me demandiez ce qui pourrait vous rendre disgracieuse, je m'écrierais bien vite, car le ridicule seul doit me frapper :

La critique renferme un charme irrésistible, Et fait vibrer en nous une corde sensible.

Oui, je m'écrierais, Madame : C’est la position de vos bras et de vos mains.

TEAQUE

En effet, supposez un arbuste, à la tige droite et souple, mais dont les branches tortueuses seraient tantôt collées au tronc, tantôt écartées d’une manière anguleuse et bizarre. Que pourriez-vous penser de cette étrange création?

L'harmonie, le rapport intime des parties qui composent un tout, sont un de ces mystères sublimes de la nature, gravés au fond de notre cœur, et qui font naître l'idéal du beau. Une statue n’est belle que lorsqu'elle peut être admirée sous toutes ses faces, et une femme n'est vraiment femme que lorsqu'elle nous offre, de même, la plus parfaitement gracieuse de toutes les images.

Madame, un professeur instruit, sage et modeste, Doit, sans y rien changer, reproduire à cheval

La femme dont à pied il s’est fait l’idéal.

Qu'il n’altère aucun trait, le temps fera le reste !...

Vos bras devront avoir une attitude aussi simple que naturelle; vos coudes tomberont de leur poids sur les hanches, sans s’y appuyer; ils ne se porteront nien arrière, ni en avant. Les avant-bras seront pliés à angle droit, et les mains se trouveront ainsi à 12 ou 13 centimètres de la ceinture. Ces mains devront être fermées régulièrement, les phalanges nettement superposées et fléchies; le poignet n'aura d'inflexion dans aucun sens, il fera suite au

2 HDO UE bras, et le pouce de la main gauche se soutiendra à la hauteur du coude; enfin, si nous supposons une cravache placée dans la main, comme pourrait l'être un cierge, elle restera perpendiculaire au genou de l’amazone, et il y aura généralement entre la main et ce mème genou une distance de 4 ou 5 centimètres, qui pourra varier selon la nécessité et la conformation de la femme.

Nous vous démontrerons, dans les chapitres suivants, pourquoi cette attitude du poignet doit attirer et fixer votre attention à un si haut degré.

Votre main, Madame, préservée par un gant souple, conservera sa fixité et sa facilité à se fermer étroitement et sans contraction. Songez, en outre, que votre vie est confiée à l’habileté de cette main, dont l’attitude ferme autant que moelleuse prêtera d’ailleurs un charme indicible à tous les mouvements que vous exéctiterez avec votre cheval. :

Je terminerai par un dernier conseil: celui d'éviter, par-dessus toutes choses, les déplacements disgracieux et ballottements de bras qu'une assiette mal assurée leur communique généralement, et dont on a tant de peine àse corriger.— Quant à votre pied gauche, il sera posé tout à fait à plat et engagé dans un étrier à large grille, et non à sandale; sa partie

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