CHAPITRE TROISIÈME
DES DIVERS EFFETS DE RÊNES ET DES ACTIONS DE LA MAIN . SUR LA BOUCHE DU CHEVAL.
Qui prend le gouvernail, voit, reconnait lécueil. La faiblesse réclame un pardon légitime, Mais de tout grand pouvoir l'abus est un grand crime
La HarPeE.
Toute la science équestre d’une femme se traduit. par le tact. Le fact, c’est le jugement, c’est le sentiment, c’est l’à-propos, c'est, si Je puis m'exprimer ainsi, un fluide magnétique qui se communique à tout et se révèle à nous dans les faits les plus minimes comme dans les choses les plus importantes. — Le tact, c’est, Madame, le sixième sens que votre sexe possède au plus haut degré, et dont la nature l’a gratfié en compensation de sa faiblesse.
Je suis sûr que vous possédez déjà d’une manière intuitive toutes les ressources, toutes les finesses de
notre art; il vous suffira de connaitre par quels moyens, à l’aide de quels leviers, vos puissances agissent, et vous aurez appris tout ce que je me propose de vous enseigner.
Ces moyens sont de trois sortes :
1° Moyens impulsifs, ou qui sollicitent le mouvement ;
2° Moyens répressifs, ou qui modèrent ce même mouvement ;
3° Moyens indicateurs, ou qui impriment la direction au mouvement.
La connaissance raisonnée des effets des rênes et des mains embrasse, tout à la fois, l’idée de direction et de répression, — Je commence à vous initier
à ceux-c1, car le premier désir d’une femme qui .
commence à monter à cheval, est bien évidemment de modérer et de diriger le mouvement. — L'idée d’impulsion transmise, d'accélération d’allure, ne viennent que bien après, et seulement avec la confiance. Or, Madame, vous enlever toute crainte, vous donner le Juste sentiment de votre force, est, je vous l'ai dit, le but de mes premiers efforts.
On excite à marcher, on stimule sans crainte,
Ce que l’on sait plus tard retenir sans contrainte,
HAS ut
Vous savez que les rènes, qui doivent vous servir à diriger votre cheval, sont fixées à l'extrémité des branches du mors, et que ces branches représentent un levier puissant. Eh bien! Madame, ces rênes, l’éducation leur a donné une valeur particulière : elle en à fait comprendre au cheval les effets variés, et c'est par leur intermédiaire que vous allez mettre votre pensée en contact avec l'animal, et lui parler un langage en rapport à la fois avec son mécanisme et la nature de ses mouvements. Veuillez donc étudier avec moi ce langage muet que vous devrez articuler clairement, si vous voulez être comprise.
Chacune de vos rênes possède quatre effets disüincts ou actions, sur la bouche et l’encolure de votre cheval :
l° La tension, qui met votre main en contact avec la bouche;
2° L'écart, c'est-à-dire que la rène, en s’écartant de l’encolure, tire à elle latéralement la tête de l’animal ;
3° L'appur où pression, c'est-à-dire lorsque vous ap-
puyez cette rêne sur l’encolure en lui faisant décrire un arc de cercle;
2° Le soutien où opposition, lorsque vous tirez, ou
résistez à la force que*le cheval oppose en se portant en avant ou en devenant pesant et contracté.
Dans la combinaison de ces quatre effets, que nous trouvons identiques dans chaque rène, mais qui peuvent se produire simultanément ou isolément, réside toute la science de diriger le cheval : vous le verrez tout à l’heure.
« Par quel procédé, me direz-vous, Madame, par- « viendrai-je à me servir de ces quatre effets? Mar- « chons plus vite, vous devenez pédant. »
« Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux. »
J'en conviens; mais un Jour, ce petit grain d’ennui sera racheté par tant de jouissances, que vous me le pardonnerez. — Je continue ma théorie. — Vos rênes et les canons, barre de fer qui se trouve placée dans la bouche de votre cheval, représentent un triangle dont votre main tiendra désormais le sommet. Afin de mieux apprécier la valeur, l’action des rênes, on les sépare dans la, main par le petit doigt. — L'extrémité de ces rènes sera rejetée à droite au sortir du pouce, et ce sera à votre main gauche d’abord que l’on confiera la mission délicate de tenir ce fil conducteur. — Vous conserverez votre main droite libre, et bientôt nous vous montrerons à
Rs
yous en servir et, par elle, à mulüplier vos ressources. es |
Remarquez d’abord que tant que votre main restera fixe et occupera le sommet du triangle, dont les
côtés resteront égaux, votre cheval sera droit, comme enfermé entre deux barrières; alors vos rênes seule-
ment tendues produiront le premier des effets dont nous avons parlé, la tension.
Si vous voulez retenir votre cheval, en tirant sur vos rênes, ou plutôt en augmentant la résistance de votre poignet, vous passerez au second effet, c’est-àdire au soutien.
Si vous voulez, au contraire, tourner à droite, vous donnerez à votre main une légère cambrure dont nous allons vous parler, et, la portant dans cette direction, vous remarquerez un léger écart à droite, et la rêne gauche appuyée sur l’encolure. Voilà donc, en peu de mots, tous nos mystérieux effets analysés et appliqués.
Me pardonnerez-vous maintenant ma définition? Revenons à votre main, et voyons aussitôt quels
sont les mouvements que je lui permets. — Je l’ai quittée tout à l'heure, la supposant à l’état de fixité