‹ Equitation des damesChapitre 55 sur 68 · DRESSAGE · texte numérisé non relu

DRESSAGE

MADAME

La force réussit parfois A dominer la faiblesse, Mais l’art joint à de l'adresse Peut tout soumettre à ses lois :

La force irrite, exaspère ; Elle use pour obtenir, Et son succès éphémère Enlève tout au souvenir.

Au contraire, le vrai dressage,

Aimable domination,

Consiste en un muet langage

Qui sait fixer l’attention, .

Qui soumet, assouplit, domine

Les élans d’une humeur chagrine ;

Qui, simple, progressif, discret,

Se parle avec calme et justesse.

Vous en comprenez la finesse,

D'instinct, en avez le secret.

On prétendait autrefois qu'un cheval de femme devait être dressé par les aides puissantes d’un homme. Longtemps nous l’avons cru nous-même,

mais à tort. L'étude et l'expérience nous ont appris que l'emploi de la force était, tout au moins, inutile dans le dressage du cheval, en général, et, en particulier, de celui consacré à la promenade, c’est-àdire liant, souple et vraiment agréable.

Pour savoir l’art du cheval il faudrait deux vies : l’une fougueuse, entreprenante et de tàtonnements ; l’autre, méthodique et toute consacrée aux fruits de l’expérimentation. Mais puisqu'il faut nous contenter de ce que Dieu nous donne de tardive sagesse, profitons-en, et tàchons d’en faire profiter surtout ceux qui n'ont ni le temps ni la vocation exclusive du cheval.

Les femmes, au commencement de ce siècle, mon taient beaucoup moins et beaucoup moins bien qu'aujourd'hui. Leurs chevaux avaient moins de sang, de souplesse naturelle, il fallait beaucoup de palience pour les régler : j'allais dire les briser dans leurs allures. Bien que nous eussions des écuyers fort capables, leurs procédés de dressage étaient lents. Le temps tenait lieu d'art. Aujourd'hui, les fruits de l’éducation ne doivent pas se faire attendre, et les moyens de dressage méthodique abrégent et simplifient le travail. Il est donc permis de dire qu’une femme, montant bien à cheval, c'est-à-dire souple, adroite et douée de ce tact

exquis, de cette intuition que les hommes possèdent si rarement, peut et doit arriver à mettre un cheval Juste, fin et souple dans ses mouvements, pour peu qu'on lui indique des moyens simples et progressifs dont elle puisse disposer.

Charmante lectrice qui jetterez les yeux sur cet opuscule, et dont je réclame l’indulgence pour la partie ennuyeusement didactique de ce dernier chapitre, vous trouverez, Je l'espère, dans ce travail inspiré par l'unique désir de vous être utile, les éléments d'agréables passe-temps et un nouvel attrait, dans votre exercice de prédilection. L'élégant cour- . sier soumis et dressé par vos soins n'aura-t-1l pas pour vous un charme tout nouveau, et n'éprouverezvous pas une Joussance inconnue à constater les progrès de son éducation !

Le cheval de femme est généralement, de nos jours, de pur-sang, ou bien près. Il a l’encolure longue et déliée, une tête bien attachée, du percant, de l’entrain, et, enfin, s’il n’est pas ce qu'on appelle mis, s'il ne répond pas aux aides, il est tout au moins débourré et se porte franchement en avant.

Que lui faut-11? Ramener et placer sa tète, assouplir son arrière-main, et, enfin, le rassembler pour

A VA RCE qu'il soit agréable dans son galop et cadencé dans ses allures.

C'est ce but, Madame, que vous devez chercher à attemdre, et quine peut vous faire défaut, si vous

voulez bien suivre scrupuleusement mes indications.

Le dressage est une gymnastique méthodiquement appliquée; autrement dit, il exerce, fortifie et assouplit toutes les parties, puis les dispose harmonieusement pour donner aux trois allures : le pas, le trot et le galop, la légèreté, la régularité et le moelleux

qu'elles comportent.

J'entends, par gymnastique, l’art d'augmenter la force musculaire, par un exercice raisonné, au point

de vue d’une locomotion bien définie.

L'entrainement qu'on fait subir aux racers que vous admirez tant, Madame, est une gymnastique admirablement comprise dans le but d'atteindre le maximum d'impulsion et d'extension dans le mouvement. Celle dont vous avez besoin pour vos chevaux vise, au contraire, à l'élévation, à la concentration du mouvement. La première de ces gymnastiques développe la plus grande somme de contraction musculaire, la seconde cherche la décontraction pour attemdre à l’exquise légèreté.

Le cheval de course trouve dans ses reins puissants et dans sa croupe, sa force de projection; le hack dont l'allure vous charme, vous transporte sans épuiser vos forces, emprunte sa souple et gracieuse allure, à l’élasticité et à la puissance de ses Jarrets. Sa croupe s’abaisse, son encolure, naguère raide et allongée, s'élève, se détend, se décontracte, et le noble animal, assis sur son arrière-main, semble se complaire à soutenir sa cadence et ces élans réguliers qui sont à l’état latent dans sa nature, et qu'une main habile ne tarde pas à faire briller dans tout leur éclat.

Le cheval de pur-sang, Madame, est le seul qui se plaise à votre domination, le seul qui réponde, infatigable, à vos aimables, mais exigeantes sollicitations. Cherchez-le donc dans les plus purs de sa race, et consacrez-lui vos soins et votre savoir-faire.

Vous l'avez compris, le dressage est bien une gymnastique ; mais, pour en faire l'application rationnelle, 1l faut dominer, c’est-à-dire agir à votre gré, sur toutes les parties séparées et, par conséquent, gràce à des moyens que nous allons indiquer : les mobiliser, les décontracter, les concentrer et, enfin, les détendre.

Vous avez remarqué assurément, Madame, qu'un

cheval n’est gracieux et ant dans son galop qu'autant qu'élevé du devant, ramenant sa tête verticalement et abaissant ses hanches, 1l rapproche en même temps ses membres postérieurs sous lui.

C'est le rapprochement des extrémités sous le centre qui donne aux allures, selon qu'il est plus ou moins prononcé, l'élévation, le tride, puis cette légèreté dont nous parlions tout à l'heure, et qui est la démonstration et l'affirmation d'un parfait équilibre.

Si je me permets, Madame, cette digression un peu longue, et vous fais attendre la solution pratique du problème que je vous offre, c’est qu'il est bon de vous définir le cheval dans tout son charme, répondant à la pensée, au moindre déplacement d’assiette, et donnant le sentiment d’une puissance concentrée qui Ss'épanouit sans excitation et se domine sans efforts.

Vous avez rarement rencontré de tels chevaux, car combien peu ont été mis par des mains habiles et en vue uniquement d’ètre montés par vous, Madame ?

Or si, Je n’en doute pas, écuyers et hommes de

cheval dressaient les chevaux avec la pensée et l’es-

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poir de vous les offrir à monter, ils auraient recours à des aides plus fines et à des actions plus régulières et un sentiment plus parfait du mouvement; or ce qui m'autorise à vous tenir ce langage, c’est que le cheval de femme ayant toujours été le type que je me suis proposé, J'ai dû, à cette pensée intime, de communiquer à mes chevaux une sensibilité et une facilité de concentration de forces qui exeluait tout emploi de moyens apparents.

Vous connaissez, par la lecture des précédents chapitres et par l’application des principes qu'ils renferment, les effets divers de vos rênes et du mors, dont l’action sur la bouche du cheval, règle et modère son impulsion naturelle ou transmise. Vous savez déjà conséquemment la puissance qu'ils vous donnent sur le mécanisme animal, que je crois pourtant devoir vous résumer encore en peu de mots : £

Effet direct, d'avant en arrière pour arrêter, ralentir ou reculer; — Effet direct, latéral pour atti-

rer la tête et l’encolure à droite ou à gauche;

Effet contraire, ou de pression, exercée par l’une ou l’autre rêne sur l’encolure, déterminant le tourner du côté opposé, ou le déplacement du poids d’une épaule sur l’autre ;

Effet direct d’une seule rêne, d'avant en arrière, ralentissant le mouvement d’une épaule ;

Effet d’élévation de l’une des rênes ou des deux ensemble provoquant l'élévation de la tête et de l’encolure ; |

Enfin, effet semi-direct ou diagonal d’une rêne apportant le poids de la masse sur la partie opposée et ayant pour résultat de dégager l'épaule du côté où 1l se produit.

Le cheval qui accepte ces divers effets et en subit l'influence, peut être gymnastiquement exercé dans ses allures et régularisé dans ses mouvements.

Son équilibre, la répartition de son poids ne sont plus qu'une question de tact, et ce tact, dirigé par le sentiment lui-même, n’attemdra son apogée que par la comparaison entre les divers résultats acquis et l’application, plus ou moins juste, des moyens

indiqués.

Le cheval a beaucoup de mémoire, les impressions restent chez lui profondément gravées, à condition qu'elles soient distinctes et précises, et que des actes ou moyens identiques soient appelés à produire les mèmes effets, et qu’on ne passe jamais à une seconde

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exigence, sans que la première ait été bien positivement appréciée.

Le cheval, dont l'éducation n’est pas progressive et ne passe pas du connu à l’inconnu, devient confus, et cette confusion provoque souvent la défense et crée des difficultés ultérieures insurmontables.

Comme vousallez le voir, Madame, les moyens éducatoires sont simples, restreints, et de leur reproduction constante, juste, et toujours la même, résultent la promptitude de l'éducation et la persistance de ses résultats.

Cependant, et je dois vous le faire pressentr à l'avance, 1l y a des causes physiques qui rendent parfois le dressage plus difficile et réclament plus de patience et de savoir-faire. Je veux parler des défectuosités relatives de l’animal dont vous voulez faire votre monture. Par exemple : les tares osseuses qui affectent les jarrets, la faiblesse des reins, la disposition de l’encolure et de la tête qui se prêtent plus

ou moins au ramener.

Nous reviendrons sur cette intéressante question à la fin de ce traité, et, pour le moment, nous suppo-

serons que le cheval de votre choix est non-seule-

ment d'un galbe heureux et régulier, mais encore

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i £ : AS *, fe k > x C1 JE S- + que votre préférence a été éclairée des conseils d’un homme compétent. | 217 NI

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