PREMIÈRE LECON
Mobilisation.
Diviser pour régner Est une sage politique ; N’avons-nous pas tout à gagner A la mettre en pratique?
Combattre isolément L'une et puis l’autre résistance Est le fait d’un gouvernement Qu'inspire la prudence !
A défaut d'un manége, vous aurez soin, Madame, de vous faire préparer une carrière découverte, bien sablée et entourée de lisses ou d’un talus en planches. Ce terrain d'exercice ne sera pas trop près des écuries. Le cheval doit y être calme, sans distractions et. tout à la leçon que vous lui donnez. Vous voudrez bien, pendant les premiers jours, placer sur le
chanfrein de votre cheval un petit cavecon bien
léger (1); ce n’est qu'une muserolle résistante qui s'adapte à toutes les brides; on y ajoute une petite longe de main, qui suffit pour mamtenir l’animal calme et soumis. Vous donnerez la longe à tenir fort court et près de la tête, à votre serviteur, et procéderez de la manière suivante : Vous plaçant entre l'épaule gauche et la tête de votre cheval, vous saisirez de la main gauche la rêne du filet près de sa bouche, de manière à tenir sa tête fixe et soutenue, et à arrêter ou ralentir le mouvement qu’il pourrait faire, avec le désir de se porter en avant ou de reculer; puis de la main droite, armée d’une longue cravache ou d’une petite gaule, vous le frapperez derrière les sangles et sur le flanc, en laissant la cravache appuyée après chaque coup gradué dans son effet, jusqu'à ce que l’animal, cédant à votre sollicitation, déplace son arrière-main en la portant à droite et en croisant ses membres postérieurs comme cela vous a été expliqué dans le travail de deux pistes. Si le cheval, au lieu de fuir l’action de la cravache, en déplaçant ses hanches, voulait se porter en avant, vous résisteriez de votre main gauche et marqueriez un temps d'arrêt; Si, au contraire, l'animal se couchait sur la cravache et regimbait à son contact, vous lui donneriez une petite sac-
(1) Ce cavecon de mon invention se trouve, 36, rue Basse-du- Rempart, chez M. Hermès, seller,
cade du filet, et, lui parlant sévèrement, vous transmettrez à vos attaques un caractère un peu plus sérieux, jusqu'à ce qu’il en comprenne le but et déplace sa croupe, ne fût-ce que d’un pas; après quoi, vous le flatterez et interromprez la leçon pendant quelques instants. Votre serviteur n’aura d'autre soin que celui de maintenir le cheval calme, attentif, et le tiendra de fort près, je le répète, c'est-à-dire à quelques pouces de la tête. Si le cheval se montrait par trop irritable, il lui donnerait une légère saccade de caveçon. La cravache ou la gaule ne doivent pas être trop flexibles, pour ne pas exciter par trop la sensibilité, et sa pression, après chaque petit coup, doit se faire sentir d’une manière assez Intense. Vous recommencerez ce travail jusqu'à ce que le cheval cède facilement et docilement à la pression de la cravache; alors, Madame, passant toujours devant la tête de votre cheval, vous vous placerez de la manière ci-dessus indiquée, à son épaule droite, tenant alors la rêne du filet de la main droite et la cravache de la main gauche, et chercherez un résultat identique à celui que vous aurez obtenu à gauche. Vous n'omettrez pas de suspendre l’exigence après chaque concession et de prodiguer vos caresses à l'élève soumis. Vous ne demanderez, dans cette première tentative de mobilisation, qu’un déplacement d’un pas ou deux de chaque côté, et, lorsque le cheval
Tahoe
aura compris ce que vous lui demandez, vous passerez rapidement d'une main à l’autre, multipliant ainsi les déplacements, sans insister trop longtemps sur le même côté.
Cette première lecon pourra durer vingt minutes, et sera terminée de la manière suivante : Votre serviteur, placé en face du cheval, prendra, de chaque main, une rêne du filet, tout près de la bouche, et élèvera ses poignets graduellement et sans force, jusqu’à ce que l’animal élève sa tête aussi haut que possible, sans reculer n1 se porter en avant. Il rendra alors la main, flattera le cheval et recommencera, ce que j'appelle des flexions d’élévation, jusqu'à ce qu'il conserve une position de tête et d’encolure élevées, et qu'il accepte sans résistance l'effet des
rènes,
Ce résultat obtenu, on provoquera doucement le cheval à reculer dans cette attitude élevée, et, s'il y résistait, au lieu d'employer de la force, vous lui donneriez, Madame, quelques petits coups de cravache sur les genoux, de manière à le mobiliser et à provoquer la marche rétrograde, qui se bornera à un pas ou deux; puis on l’attirera vivement en avant et le flattera. L'animal ne tardera pas à reculer sans difficulté, mais 1l faudra s'attacher alors
à le maintenir exactement droit et se préoccuper
par-dessus tout de la régularité et du calme dans ce mouvement.
Ainsi la leçon sera terminée, et l'élève devra être promené au pas, en main, par un palefrenier montant un autre cheval, en vue de lui donner l'exercice nécessaire, de le baisser et.de le tenir calme jJusqu'au jour où vous pourrez le monter vous-même cet tirer un part fructueux de vos leçons préparatoires.