‹ Equitation des damesChapitre 7 sur 68 · D DE · texte numérisé non relu

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Vous le savez maintenant, choisir un premier cheval avec intelligence, c’est éviter un écueil, c’est presque s'assurer le succès. Une femme vous apparaîtelle grande, mince, svelte, à la physionomie confiante et tant soit peu énergique; son âge est-il celui où la première timidité de la jeune fille fait place à l’aplomb de la femme; n'allez pas lui présenter ce petit quadrupède, vieux, chétif, endormi, décharné, à la tête basse, aux crins rares, une nature morte enfin, espèce d'intermédiaire entre l’âne et le cheval. — Gardezvous même de faire supposer qu'il puisse en exister un semblable. D'ailleurs, 1l aura sa place, celui-là, et Je vous dirai cette fois, comme Horace : Non erat hic locus. I1 faut m’amener vite un idéal du cheval, un fils gracieux du Nedjd, ou le descendant d'Echpse, calmé, adouci par nos soins. Regardez maintenant : les yeux de votre élève viennent de s’animer soudain ; son front se colore, sa physionomie prend une expression nouvelle, car elle est fière de dominer bientôt cet animal qu’elle sait être à la fois beau, souple et vigoureux; elle ne vous voit plus, ne vous entend qu'à moitié, à peine ce qu'il en faut pour apprendre, tant bien que mal, à se placer sur sa monture. Votre élève est dans un de ces moments dont parle Isaïe. menaçant les filles d'Israël : Vous perdrez vos boucles

d'oreilles, vos bracelets, vos voiles.

Professeur, vous êtes sauvé : parlez peu; saisissez

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un moment de calme, où votre voix se fera d'autant mieux entendre, que la nécessité réclamera vos

conseils.

Bientôt, le tableau change, je vous Pavais dit : il nous faut l’animal calomnié, le vulgaire roussin. Ne voyez-vous pas s’avancer timidement, s'appuyant sur le bras de sa vieille mère, elle-mème tremblante, cette toute jeune fille qui n’a jamais eu d’idéal, ni révé bien positivement le beau; qui crant et frémit par soumission et décence. Attention! car un nouvel écuerl est sous vos pas. Cette mère que vous voyez n'a peut-être jamais monté à cheval ! elle craint tout; peut-être y a-t-elle trop monté : sa prudence est raisonnée. Hàâtez-vous de gagner sa confiance, de rassurer sa tendresse.Je vous prédis un double triomphe, car la fille, si ümide aujourd’hui, si embarrassée, sortira bientôt de son joli sommeil; elle vous saura gré d’avoir calmé sa mère; elle croira en vous et deviendra une de vos brillantes élèves.

Si rien n’est indifférent dans une première leçon, si la réussite dépend de votre tact plus encore que de votre science, je dois continuer à vous donner quelques conseils sur la manière de mettre une femme à cheval.

Vous aurez soin de faire placer carrément, dans un

bout de manége, le cheval que vous lui destinez, et vous vous assurerez minutieusement de la bonne disposition des différentes parties du harnachement. Je crois n'avoir pas besoin de vous recommander de bannir tout spectateur inutile, tout regard imdiscret. La femme n’aime à se montrer que rehaussée de tous ses avantages, et craint avant toute chose de paraitre

sauche.

Vous doennerez tout d'abord, à votre élève, quelques notions générales indispensables, telles qu’une nomenclature succincte des'diverses parties de la selle et de la bride; plus tard, en causant, vous pourrez, lorsqu'elle le permettra, lui dire quelques mots de l'extérieur du cheval. Vous rendrez ainsi vos explications ultérieures plus courtes et plus claires. Vous aurez enfin pour premier soin de lui indiquer la manière prudente dont elle devra aborder un cheval, c'est-à-dire en face, ou dans la direction de l'épaule, et non du côté de la croupe. Vous éviterez qu’en se retournant brusquement au moment du montoir, elle ne se rapproche trop de l’arrière-main, et vous vous attacherez, en un mot, à rendre votre élève prudente, et non cramtive, en lui définissant le vrai danger, qu'il est permis de prévoir et d'éviter,

Soyez fier d’un tel sort, il est digne d'envie: La femme confiée à vos soins assidus

Doit apprendre de vous à veiller sur sa vie

Et joindre à ses attraits un agrément de plus.

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Après avoir laissé tomber son amazone dont elle soutient la jupe de la main gauche, l'élève, sur l’indication du professeur, se rapproche de l’épaule sauche de son cheval ; elle tient dans la main droite sa cravache dont elle dirige la mèche en bas, sur le quartier gauche de la selle, en même temps qu’elle saisit fortement de cette même main la branche gauche de la fourche, les doigts tournés en dehors, attendant que le professeur l’aide à s’enlever et lui en indique les moyens.

Il y a plusieurs méthodes d'aider aux femmes à monter à cheval. Après avoir éprouvé les avantages et les désavantages qui en résultent, je suis obligé de reconnaître qu’une seule, entre toutes, est com mode et sûre, quoique cependant la manière anglaise soit peut-être plus scrupuleusement convenable.

Elle consiste à offrir une main, ou les deux ensemble, à la femme qui s’aide de la fourche et s’enlève seule. Je trouve un inconvénient à cet usage prude : c’est qu'au moment où la femme s’élance vers sa selle, si le cheval se déplace, elle lâche sa fourche et tombe infailliblement; et si, d’un autre côté, elle s’enlève mal et lourdement, elle n'arrive que péniblement et peut-être jamais à se mettre seule en selle. — D'après notre méthode, qui est celle adoptée généralement en France, tous ces inconvénients sont prévus.

Je prie la femme d'élever 1c pied gauche en pliant le genou sans exagération, de manière à rester en équilibre sur la jambe droite; puis, ramenant un pli de la jupe sous le pied, je le saisis de la main gauche, le dessus de la main tourné du côté du cheval. Dans ce moment, je me plie moi-même pour éviter à l'élève de trop lever la jambe, ce qui lui ferait perdre son aplomb; puis je place ma main droite sous son bras gauche au-dessous de la taille, bien à plat et de façon à présenter au corps, au moment du saut, un soutien indicateur assez léger, mais à la fois de nature à prévenir une chute latérale. Ainsi préparée, l'élève doit chercher à s’enlever et préluder par quelques petits élans avant de raidir la jambe gauche, comme si elle voulait franchir une marche un peu élevée; car alors, s'appuyant d’un côté sur la fourche, et de l’autre se laissant aider par la main de l’écuyer, elle se trouvera sans s’en apercevoir à la hauteur de sa selle, pour peu que toutes les forces concourant au déplacement aient agi simultanément (1). La grande difficulté, pour la plupart des écuyers, est de saisir le temps où la femme veut s’enlever; on impose généralement, et c’est à tort, une gêne nuisible à l’élan, qui doit être gracieux et sûr.

En arrivant en selle, la femme se tourne pour s’as-

(1) La femme peut encorc s'aider de la main gauche, en s’appuyant sur l'épaule droite de l’écuyer.

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seoir, lache la fourche, sans quitter sa cravache, et, après avoir rangé les plis de son amazone, place sa Jambe droite dans la position qu’elle devra désormais conserver. Il ne vous restera plus qu’à ajuster l’étrier à la longueur de la jambe, qui ne devra être ni trop étendue n1 trop pliée; vous vous réglerez d’après la position du genou etsa distance de la seconde fourche, qui pourra lui prêter son assistance dans les moments difficiles. Il ne faut pas cependant que cette fourche et l’étrier génent l'articulation etemboitent trop fortement la jambe. Vous aurez soin, du reste, de disposer la fourche d'après la conformation de lélève et la longueur de ses articulations. (Ces fourches peuvent s'élever où se baisser à volonté). — Vous vous assurerez, enfin, si l’étrivière est solidement fixée et si le surfaix de selle ainsi que les sangles sont en bon état.

Je ne saurais trop paternellement recommander aux élèves-écuyers de s'exercer à bien mettre les femmes à cheval; 1l n’est point de circonstance où un homme puisse se rendre plus ridicule ou plus agréable. — Ce sera surtout avec les femmes un peu lourdes ou moins sveltes qu'il faudra adroitement dissimuler son effort, rendre la tâche facile, et laisser l’amazonc s'illusionner sur son adresse et son élasticité incomprises. Dans ce cas, au moment de l'enlever, on avance le genou gauche sous la main, concentrant ainsi

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