Appendix epistolorum. Ep
VIE DÉRAS.ME.
vie ' .Tout ail plus pourrait-on croire à cette affinité mystérieuse, déjà relevée par Butïon. entre les mères et les fils, mais qui ne saurait devenir un principe de critique littéraire.
La mort de Gérard, qui suivit de près celle de Marguerite, livra Érasme à des tuteurs avides de son bien. Ceux-ci l'envovèrent vers 1480 avec son frère à Herzogenbusch (Bois-le-Duc), dans une communauté de moines dont tous les efforts tendaient à inspirer à leurs élèves, de gré ou de force, le goût de la vie religieuse. C'est à cette époque qu'il faut sans doute rapporter l'influence décisive qui fit d'Érasme dans la suite le redoutable ennemi des moines. Cette lutte contre les obsessions de ses tuteurs, contre les flatteries ou les menaces des moines d'Herzogenbusch et bientôt après de Stein, ne pouvait qu'aigrir inie âme faible et ardente. Bien des années après, dans une lettre écrite à Lambert Grunnius, scribe apostolique, et qui devait être lue à Léon X ^ Érasme racontait, avec toute la vivacité d'une colère qui ne s'était pas encore calmée, les intrigues dont on l'avait entouré et comme enlacé. Il accuse les moines d'Herzogenbusch qui, dit-il, « trouvent moyen de poser leur nid partout, » de ne faire de l'éducation qu'un vil trafic, de pousser les enfants dans la vie monasticpie, en troublant, au besoin, leur esprit par des sortilèges et des exorcismes. Erasme passe trois annt'es dans cette école, et revient à Ter-Gouw auprès cb' ses tuteurs irrités d'une résistance aussi décidée. Alors commence un siège e.n règle. On ;ilta({ne son àme '« à coups de béliei'. » On lui (b'-liiclie loiiles sortes de personnes, « moines, demi-
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moiiios, iîmis cl inconims. )> L'un vieiil lui peindre les douceurs de la vie religieuse; l'autre, les dangers de la vie séoulière. On lui répète à satiété l'apologue du voyageur qui s'est assis sur le corps d'un énorme serpent, qu'il prenait pour un tronc d'arbre. Le monstre s'est réveillé et l'a dévoré. Ce dragon, c'est le monde : il tue les imprudents qui ne le fuient pas assez vite.
Il fallait un piège moins grossier pour triompher d'Érasme. Ce piège ([ui le fit trébucher dans une vie qu'il détestait fut son goût passionné de l'étude. Un jour qu'il visitait non loin de Ter-Gouw le couvent d'Emaûs ou Stein, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint- Augustin, il retrouve un ancien camarade de Deventer, Cornélius ^Yerden, qui lui vante les charmes de sa vie consacrée à la prière et aux Muses. Séduit par ce tableau, impatient surtout d'échapper à ses tuteurs, il se décide à éprouver sa vocation, et, quoi qu'en ait dit Gui Patin ' , il prononce ses vœux , après un an de noviciat. Mais Érasme s'aperçut trop vite ({u'il avait été trompé, qu'il était tombé dans une sorte d'abbaye de Thélcme, « où l'on .ivait le droit de s'enivrer de compagnie, mais où l'on ne pouvait travailler qu'en secret '. » Du moins il savait (dierclnn- dans l'activité de l'étude l'oubli de ses tribulations. Pendant ({ue les moines ses frères réparaient le jeune du matin par de copieux festins, et rendaient plus facile celui du lendemain, il s'enfermait dans sa cellule et avec Werden passait à travailler une partie ib's nuits.
Du séjour d'I^rasme au coiivciil de Siciii. «lui (hira cinq années ( 1 i8(i à Ji9l), datent jdusienrs ouvrages assez courts, et (|ui ne sont à vrai dire ([ue des exercices