‹ ErasmeChapitre 11 sur 247 · I.rlliv ilu 111 M'pl. I(i(i.>. — 2. App. Kl · texte numérisé non relu

I.rlliv ilu 111 M'pl. I(i(i.>. — 2. App. Kl

Il» VIE DÉRASME.

d'école. Sons Je nom supposé de Thierry de Harlem, il écrivait un petit traité, dans lecpud il en^ai^eait Jodocus à quitter le monde, sans pourtant se lier par des vœux perpétuels. 11 composait aussi un éloge funèbre de Bertlie de lleyen, dame de Ter-Gouw, qui avait été sa bienfaitrice. De froides antithèses et de puériles exagérations de sentiments nous montrent que le goût d'Erasme n'est pas encore formé ou que son émotion dans cette circonstance est toute artificielle. Ce qui mériterait plutôt d'être relevé, ce sont les deux lettres qu'il écrit en 1490, et dans lesquelles il défend le célèbre Laurent Yalla contre un prêtre de Ter-Gouw. Erasme l'avertit qu'il a blessé tous les savants, et que les barbares, déjà battus par Yalla une première fois, ne tenteront pas impunément une nouvelle descente. On a ainsi comme la date précise de la déclaration de guerre adressée par Erasme à la scolastique, et lui-même compare ingénieusement ces deux lettres à des féciaux qu'il envoie au camp ennemi. Inspiré par la même pensée, Erasme commençait peut-être au couvent de Stein le livre des Anti- barbares, dont il ne devait publier que la première partie.

Mais ces travaux, auxquels, parait-il, il faudrait joindre une étude légère du dessin et même de la peinture^ ', ne suflisaient pas malgré tout à distraire Erasme du regret de sa liberté pei'due. iXi son corj)s ni son esprit m; pouvaient se pli(U" à la règle monastique, quelque peu rigoureuse (pTil nous la fasse lui-même entrevoir. Si son sommeil \eiiail a êlre troublé, il restait éveillé plusieurs heures de suite. Les jeùni's re[>ui-

1. Ce qu'ÉrasiiiP oi oITel, ôcril en 1524 au sujet de liin de ses portraits montre un homuie qui n'est pap «étranger aux prooéd<^'s de l'art du dessin. Ep. (i69.

M'. (:nijj-:(iE 1)1-: .muntaku'. u

saicnl. Suiidut il voyait sa passion de l'étude sans cesse contrariée. Il se sentait en pays ennemi, et n'aspirait qu'à s'échapper. Un heureux hasard vint enfin lui ouvrir les portes de ce couvent où il n'avait trouvé que des déceptions. En 1491, Henri de Bergen, évèque de Cambrai, lui procura les dispenses nécessaires et l'attacha à sa personne en qualité de secrétaire. Ce personnage avait dessein de le mener avec lui en Italie, et. comme il travaillait à obtenir le chapeau de cardinal, il n'était pas fâché de se faire honneur à Rome de la belle latinité de son protégé . 3Iais le voyage manqua , et Érasme s'aperçut bientôt que la bonne volonté de son nouveau patron était peu active. Nous n'avons d'ailleurs que fort peu de détails .sur cette période de la vie d'Erasme. Une seule lettre de lui, empreinte de tristesse et de découragement, semble se rapporter à cette époque. Nous savons seulement qu'il demeura cinq années à Cambrai, que le 2o février 1492, jour de Saint-Marc, il fut ordonné prêtre, cju'il se fit aimer d'Antoine de Bergen, frère de l'évèque, et se lia d'une étroite amitié avec Jacques Battus, secrétaire de la ville de Bergen.

Erasme obtenait enfin en 1496 d'être envoyé à Paris au collège de Montaigu, avec le privilège d'une bourse et la promesse d'une modeste pension ([ue lui foiu'nirait l'évèque de Cambrai. A ce moment, grâce à l'administration du cardinal d'Amboise , la France était heureuse. La population croissante forçait les villes à élargir leurs faubourgs; l'absence de toute discorde civile permettait à l'industrie et au commerce de se dé-

\-2 VIE DEUASME.

velopper plus li]»romeiit. La littéraUire savante commençait elle-même à se faire jour et à provoquer la curiosité publique. Robert Gaguin, général de l'Ordre des Mathurins, dans une harangue adressée au gouverneur de Paris, avait ouvertement rompu avec le style et la méthode scolastiques '. Ouelques années plus tard (1502) allaient paraître les premiers livres imprimés par Henri Estienne I" du nom -. Erasme put croire un instant qu'il allait trouver à Montaigu la studieuse retraite qui le fuyait toujours ; mais cet espoir fut encore déçu. Dans le colloque intitulé 'I/euDcpayia, Erasme nous a peint sous de bien sombres couleurs la vie de ce collège, où l'on montrait encore au xvui" siècle la chambrette qu'il avait occupée. Le principal, Jean Standonck, homme sans jugement et d'une inflexible dureté, avait affublé les écoliers d'un lourd capuchon (|ui les étouffait; il les faisait coucher dans de misérables lits étendus sur un sol humide, rapprochés même des lieux les plus infects, et, pour mieux dompter la chair, il avait aboli tout usage de la viande. Les œufs étaient pourris, le vin gâté, lùasme assure que plusieurs écoliers moururent dé- Norcs par la ]é|»re, <|ue d'autres devinrent fous. Il demeura un an à peine à Monlaigu, et, en le (piittanl, il (Ml eût sans doute vohmtiers [)arlé comme Habelais : « Si j"élais roi de Paris, le diable m'emporte si je ne mettais h; feu dedans '. » Après un eoiu't voyage à (lambrai et en Hollande, il revint cependant à Paris, et

1. \'. sur coltc Iiiiivui^iio do 1481, qui fit grand bruit. pniTC qu'ollo ■■ up

(• iiiciic;iil |iliis |iiii' un texte, expliijué ensuite et eonuneuté d'uiir lua

nière ^^^■(Jlasti(lue, » (h'évier. llisf. i/r /'l'/iiffrsili'. I. i\. \t. Sn.'l.

2. Essai sur Ucuri E.stiovir. par Li'un l'iii^rrr, ji. 7, rri'dilr au I. ii des Cfirfictrres i'( /Kir/r/u/s Htlrriiirrs iln \\v siri-lr. ^2 vul. iii-S", IS.i!). Didier).

:i. Halxdai-, rdil. Hiuvaud drs .Marcis .•! lîallicrv • IS.w . I. i. p. 1 Ki.

LA .M A RO ri SE DE VÉUA. 13

alla demenrer avec un jeune Anglais, milord Mountjoy, dont il fut vivement aimé. Il payait son écot par les leçons qu'il lui donnait. Sa mauvaise fortune ne découraja^eait pas d'ailleurs son ardeur pour l'étude . A eette époque le goût de la poésie semblait attirer ses préférences, et il n'était presque aucun genre de versification qu'il n'eût déjà essayé. Sans parler d'une pièce en vers saphiques composée en l'honneur de saint Michel, et pour laquelle on lui offrit <( de quoi acheter un setier de vin, » il publiait à Paris un poëme dédié à Fauste Andrelin et un autre sur la crèche de Jésus enfant, adressé à Robert Gaguin.

Il crut enfin avoir trouvé un plus sérieux appui pour l'achèvement de son éducation littéraire. Battus lavait présenté à la mère de son jeune élève, Anne de Borsselen, marquise de Yéra. Cette dame, qui habitait un ehàteau près de Tornhoens, dans les Pays-Bas, était fille d'un maréchal de France, Wolfard de Borsselen, et de Charlotte Bourbon de Montpensier. Elh^ avait épousé sans inclination Philippe, fils d'Antoine de Bourgogne, seigneur de Beuvres, bâtard de Philipp»^ le Bon, duc de Bourgogne, et lui avait apporté en dot la seigneurie de Flessingue et celle de Véra, dans l'île de Yalcheren en Zélande '. Erasme s'était empressé de se rendre auprès d'elle, et les éloges qu'il lui accorde dans une lettre écrite à Battus peu après montrent sa reconnaissance pour la pension de cent florins que lui promit la mai-quise, et qu'elle lui paya rarement.

Si ces lueurs d'une meilhîure fortune s'éteignaient plus rapidement encore ({u'elles ne brillaient aux

1. V. Ausoliiio, Hist.dela maison royale, p. 220, et l'ahfit, Hist. (tes durs ■ e Bourgoffjie, t. r, p. 162. L'élève de Battus, Adolj.lio de Umn-fiognc, l'iit amiral de Flandre d idirvalicr de la Toison d'or. Il n l'ul en iriKi.

14 VIE D'ÉKAS.ME.

yeux d'Erasme , du moins il ne s'abandonnait pas lui-même, décidé à vaincre tous les obstacles par son énergie patiente. A peine assuré du lendemain, il rêvait déjà de visiter l'Italie, cette Italie, disait-il à Piscator, où les murs sont plus érudits et plus éloquents que les hommes en Hollande ' : mais il dut remettre ce voyage à des temps meilleurs. Appelé d'ailleurs en Angleterre par Mountjoy. qui lui faisait déjà une pension de cent couronnes, il voulut tenter le sort dans un pays qui cherchait à s'éveiller à la vie intellectuelle. Le premier voyage d'Erasme en Angleterre peut être sûrement fixé à l'année 1497.

Il ne faudrait pas que le goût des rapprochements nous fit penser à ce premier et célèbre voyage de Voltaire, où s'acheva l'éducation de son esprit par l'exemple d'une liberté encore inconnue en France. Erasme avait plus à donner qu'à recevoir. L'Université d'Oxford, malgré les leçons publiques que l'italien Cornelio Yitelli y avait données, était encore ensevelie dans la barbarie. Mais déjà s'était formé un groupe d'esprits curieux qui cherchaient à dissiper ces ténèbres. Ils s'empressèrent autour d'Erasme, dont le nom cependant sortait encore à peine (b' l'obscurité. Celui-ci de son coté, peu habitué à CCS prévenances flatteuses, les reconnut par des éloges dans lesquels nous ne saurions voir que la vivacité de sa reconnaissance. Il lui échappait alors d'écrire (ju'après avoir jf»ui des trésors d'érudition qui se trouvent en Angleterre, on n'a [)lus à chercher en Italie (fne le plaisir de vovager - . Dans celle |ii'eniièi'e \isile, (|ni dura à peine une .imiee. Ijasme eluilia siiilcnil an coll(''ge (b' S.iiiile-M.iiie ,'i (Kl'unl. e| se li:i ;i\('c plusieurs

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