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gile, les moines ont corrompu sa morale. En se séparant des uns et des autres, l'Église rétal>lira la paix chrétienne et redeviendra ce qu'elle aurait dû toujours rester, l'épouse immaculée du Christ, l'heureuse messagère chargée d'apporter au monde la loi nouvelle, qui est une loi, non de servitude, mais d'affranchissement. »
Certes, dans ces vœux d'Erasme, résumés presque avec ses propres paroles, il reste encore assez de témérités pour inquiéter l'orthodoxie,' et trop de lacunes pour qu'on puisse penser cj[ue ce fût là une base sérieuse de rapprochement entre les réformés et les catholiques. Mais ce qui est vrai, c'est qu'Erasme n'a pas dépassé cette limite dans ses affirmations puldiques ; et l'on comprend ainsi qu'après avoir favorisé la Réforme à ses débuts, il se retourna contre elle quand il la vit se précipiter dans des excès bien plus graves que ceux mêmes qu'il reprochait à l'Eglise romaine.
Le rationalisme répète avec complaisance que le principe luthérien des droits de la foi individuelle renfermait implicitement le principe de la subordination de la foi à la raison, et logiquement celui de la délivrance même de l'esprit humain. Pour applaudir à ce résultat, il est sage d'en attendre les derniers fruits : il faut savoir si l'esprit humain, ainsi remis en possession de ses droits de souverain, après avoir secoué lejoug des religions positives, ne trouvera pas trop pesant encore celui du spiritualisme lui-même. Malgré tout, on ne saurait reprocher à Erasme de n'avoir pas pressenti une conséquence si éloignée de la pensée même de Luther. Ce qui était visible pour lui, c'est que la Réforme avait trompé les espérances du monde chrétien, c'est que Luther n'avait pas reconnu aux autres ce droit do libre intorprélation (pi'il nvait si impérieusement réclamé pour lui-nu'-me.
Remplacer une autorité établie sur la tradition et le consentement universel par une vraie dictature spirituelle, qui ne relevait que d'une affirmation personnelle, c'était là un échange funeste qu'Erasme n'accepta pas. D'ailleurs, qu'avait fait Luther pour la renaissance de cette liberté chrétienne qu'Erasme avait redemandée avant lui ? Par sa doctrine de la justification, il ruinait, on l'a dit très-justement, « trois idées fondamentales de notre raison, qu'il est difficile d'appeler des illusions : d'abord notre idée du mérite et du démérite, puis notre idée de la justice de Dieu, enfin notre idée du libre arbitre *. » Avait-il du moins, en donnant à la foi une sorte de vertu miraculeuse, réveillé chez les peuples cette preniière piété évangélique qu'il accusait l'Eglise romaine d'avoir étouffée? Nullement, et lui-même écrivait : « La licence et tous les genres de vices et de turpitudes sont portés bien plus loin aujourd'hui qu'ils ne le furent jamais sous le papisme ^ » Mais Erasme, en jugeant que l'œuvre de Luther était avortée, attendait peu de l'Église romaine, qui lui paraissait plus occupée à défendre ses droits qu'à les justifier par une sévère réforme d'elle-même. Il se retira à l'écart, mécontent de tous, désabusé, reprochant aux uns et aux autres « de tirer chacun sur sa corde, au lieu de tirer tous ensemble la corde du Christ \ » et se résignant à ne pas voir