‹ ErasmeChapitre 147 sur 247 · Eli. iifi · texte numérisé non relu

Eli. iifi

partis à d'honorables compromis qui leur fissent déposer les armes et les réunissent sur le terrain d'une tolérance réciproque. Touchant par quelque côté à tous les camps, ayant un pied à Rome par Sadolet et Bembo, un autre àWittembergpar Mélanchthon, Erasme, par ses propres tendances, échappait assez aux entrainements théologiques pour mesurer avec sang-froid les justes désirs des uns, les légitimes résistances des autres. Il était bien placé pour devenir, sinon l'arbitre d'un débat aussi grave, du moins un messager de paix, sans caractère officiel, qui pouvait, en amenant chaque parti à de mutuelles concessions, préparer un rapprochement sérieux. On ne peut douter que sa pensée ne fût pendant un temps séduite de l'honneur d'un pareil rôle, et que ce motif supérieur n'entrât pour quelque chose dans la longue résistance qu'il opposa à ceux qui le pressaient de se dégager de toute apparence de complicité avec la Réforme. Il pressentait qu'une rupture ouverte avec Luther l'entraînerait sur le terrain brûlant des polémiques violentes, des injures personnelles, qu'il perdrait ainsi le droit de se faire écouter de la Réforme, sans donner d'ailleurs à la cause catholique une confiance entière, un appui utile. Le temps où Erasme est dans sa plus naturelle attitude est peut-être celui où il résiste à ceux qui veulent l'attirer d'un côté ou de l'autre, prodiguant à Luther des conseils de modération, pendant qu'il propose à Rome, qui ne l'accepte qu'avec tiédeur, son projet de conciliation. Il est douteux que ce projet ait jamais été rédigé, du moins sous une forme étudiée ; mais, d'après les lettres d'l*>asme, et surtout d'après son livre De laimahlf accord de. [ Eijlkc ', il est facile d'en sup-

1. Ermmi (h (imahili Errlcsir i-oncuriliii fif/cr: rii/u'intio /isa/i/ii r.xxxiu. (1.^33). — KiM:^iiie, (l'aillnurs, nvail i'iiln'|iiis (l'i'crirc un dialo^'iio à

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poser l'esquisse, et surtout d'imaginer les points sur lesquels il eût demandé aux catholiques des sacrifices propres à rétaldir l'unité chrétienne. Il leur eût à peu près parlé en ces termes :

'< Vous avez pour vous les droits d'une longue possession, et les garanties c{ui s'appuient sur une tradition de quinze siècles. Nul ne doit contester la légitimité de votre pouvoir. D'ailleurs, sans Tunité de l'Eglise, la paix chrétienne est impossible, et toute secte n'est qu'un brandon de discorde. Mais dans le cours des siècles l'œuvre de Dieu n'est pas restée pure; l'homme y a mêlé ses souillures. Les constitutions humaines ont détruit la liberté du peuple chrétien '. La piété a été ruinée par l'abus des cérémonies; la théologie, par les subtilités scolastiques ^ Vous avez exigé pour les unes comme pour les autres un respect trop absolu. Le joug clu Christ a été rendu pesant. L'abstinence est devenue la première condition de la piété : nous sommes, dans le choix de la nourriture, c|ue le Christ et les apôtres mé prisaient tant, plus superstitieux que les Juifs euxmêmes ^ Le jeûne recommandé par l'Evangile et les Lettres des apôtres devrait être un conseil et non une obligation \ Si toutes les constitutions des* évoques nous obligent sous peine de damnation, la condition des chrétiens est dure ^ La confession annuelle suffit; car

trois personnages sur les différends religieux. Fasimaque eût parlé pour Luther; Eubule, pour les catholiques ; Philalèthe eût été l'arbitre. Le dialogue avait trois parties : dans la première il eût examiné s'il était expédient de terminer l'affaire par une conférence; dans la seconde il eût exposé la doctrine de Luther, et dans la troisième proposé les moyens de ramener la paix. Mais il est douteux qu'Érasme ait mis seulement la main à cet ouvrage.

1. Ep. 621. — 2. Ep. 635, 718. — 3. Note sur le cli. xiv de \'É/>. aux Kom. — 4. Ep. 767. — ?>. Ep. 120.

on ne saurait dire si en détruisant la simplicité de l'enfance, en donnant de l'orgueil aux prêtres, en rendant les chutes plus faciles par la facilité du pardon qui est offert, elle n'a pas, par la faute des hommes, plutôt nui que servi à la piété * . Trop souvent les vœux prématurés ou forcés ont conduit à de scandaleuses apostasies. Le nombre des fêtes religieuses s'est accru d'une manière exagérée, et l'oisiveté de ces jours n'est rien moins qu'édifiante. On voit des évèques ajouter l'un après l'autre une fête au calendrier, pour laisser un monument de leur épiscopat. Les pauvres qui ont à nourrir femme et enfants n'ont pas le loisir de passer dans les églises un temps si considérable. Les évêques devraient plutôt laisser le souvenir de leur charité et de leurs vertus. Il vaut mieux rappeler le peuple à la pratique de la morale chrétienne, lui enseigner que les cérémonies ne sont que la route qui achemine à la piété, et non la piété elle-même; il faut surtout agir sur lui par la force de l'exemple. L'Église doit donc se réformer dans son chef et ses membres ; mais surtout dans son clergé régulier ; car là est le vrai foyer du mal. Les moines ont trahi l'Église. Oubliant qu'ils se déclarent dans leurs vœux morts au monde, ils se mêlent à toutes les intrigues; ils retiennent les chrétiens dans les plus grossières superstitions ; ils leur apprennent à avoir plus confiance dans les saints que dans le ('hrist, et, comme ils ont établi leur domination sur l'ignorance du peuple, ils se font partout les défenseurs des mauvaises lettres, crient sans cesse à l'hérésie, et, au besoin, allument le bûcher de Savonarole.Les scolastiques, par leurs téméraires définitions, ont altéré la pure doctrine de l'Kvan-

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