CATHOLIQUES LIBRES - PENSEURS
avant de mourir se lever le jour de la concorde, ou du moins de la tolérance.
En définitive, aucune secte protestante ne relève d'Erasme, et, s'il fallait le réunir au groupe où il pourrait encore paraître le moins dépaysé, nous le rattacherions volontiers à celui des catholiques libres-penseurs, qui traversèrent l'époque des guerres de religion, se faisant pour eux-mêmes une part discrète d'indépendance, et répétant déjà, mais sans être écoutés, ce que Bayle deux siècles plus tard dira plus librement, « que combattre des erreurs à coups de bâton n'est pas moins absurde que de combattre contre des bastions avec des harangues ou des syllogismes. » Cependant un esprit de gravité tendre pénétrera dans ce groupe par L'Hôpital, ce qui change en pieuse tolérance l'impartialité sceptique de l'école d'Erasme ^ » H y aura ainsi dans cette école tempérée et sage comme une double direction. Les uns plaideront avec prudence la cause de la réconciliation et de la tolérance, parce qu'ils ne seront pas assez sûrs de posséder eux-mêmes la vérité pour se croire le droit de l'imposer aux autres; les autres, conciliants par amour des hommes et tendresse de cœur, réprouveront les violences comme autant d'injures faites à la vérité, dont elles retardent et peuvent déshonorer le triomphe. Est-il l)esoin de dire ceux à qui nous réservons la meilleure part de notre reconnaissance? Erasme fit entendre de sages paroles, mais qui se perdirent bientôt dans le tumulte de la lutte, parce qu'elles venaient de sa raison et ne jaillissaient pas de son cœur ; et aujourd'hui encore, au milieu de ses meilleurs conseils, il nous semble entrevoir comme le pli de ses lèvres rieuses, qui arrête
\. Saint,-.Marc-<livarilin, Tnl/lenii du xrizirmn nircle : Morale.
notre émotion et nous empêche de nous livrer. Avec son bon sens si fin, sa raison souvent si droite, il manqua à Erasme de verser quelques-unes de ces larmes brûlantes que venait pieusement essuyer la fille de Mélanchthon.