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CHAPITRE III

I. État de la société à la fin du quinzièaie siècle. — Affaiblissemeut générai de la foi et de la morale. — Influence de l'Italie. — Situation confuse de l'Allemagne. — Caractère particulier de la satire de la Renaissance. — \lEl(j(je (le la Folie; ses défauts, son originalité. — II. Érasme personnifie l'avènement de l'esprit laïque dans la société. — Satire religieuse : le clergé séculier, les croisades, les pèlerinages, les moines. — Renaissance monastique du seizième siècle. — III. La satire politique chez Érasme : les rois, la guerre, les soldats. — Ce qui manque à la satire politique de cette époque. — IV. La satire morale chez Érasme. — Caractère des Français et des Allemands. — La bourgeoisie. — Érasme et La Bruyère. — Les portraits satiriques de V Eloge de la Folie. — Place d'Érasme dans l'histoire de la satire.

Nous n'avons pu considérer Erasme, dans ses luttes contre la scolastique et la Réforme, sans rencontrer plus d'une fois le satirique ; mais il ne suffit pas, pour faire connaître cette partie essentielle du talent et de l'esprit d'Erasme, de présenter quelques extraits isolés, destinés surtout à appuyer des considérations d'un ordre différent. Erasme satirique mérite une étude à part. En effet, bien qu'à vrai dire l'Elo(/e de la Foliey noua l'avons remar(|ué, soit le seul ouvrage d'Erasme qui appartienne tout entier au genre de la satire, l'esprit satiri(pic circuits dans toutes ses œuvres, comme un sang jeune et vif qui court à travers \o corps entier. Théologien,

moraliste, littérateur, Erasme, à la moindre occasion, se laisse entraîner à des digressions saliriques, au risque d'oublier le lieu et l'heure, et de renouer ensuite avec quelque peine le fil brisé de sa discussion. Ainsi dans les notes du Nouveau Testament, dans les Colloques et bien plus encore dans les Adages, la satire tient une place considérable, passant tour à tour du ton de gaieté plaisante qui domine dans l'Éloge de la Folie à des accents plus âpres, qui ne sont plus, si l'on peut dire, dans la voix d'Erasme. Ce que nous devons chercher ici, c'est à dégager, en prenant nos exemples un peu partout, les traits propres d'Erasme dans la satire religieuse, politique et morale, sans revenir toutefois à ses démêlés avec la scolastique ou Luther, et en réservant d'autre part la satire littéraire, qui tient étroitement à ses vues de réforme dans les lettres et l'enseignement. Notre sujet ainsi limité ne manquera encore ni d'étendue ni d'intérêt.

La satire est comme un verre grossissant : elle en a les avantages comme les défauts. Si elle accuse le mal trop vivement, si elle donne trop de relief à certains détails qui, replacés dans l'ensemble, reprendraient leurs vraies proportions et ne feraient plus saillie, elle permet aussi l'étude plus attentive, plus pénétrante d'une société, et comme elle nous en offre l'image non flattée, elle indique avec vérité les vraies causes de sa décadence.

Dans unc! page pleine de verve, Erasme montre la Paix cherchant un refuge en tous lieux, chez les prin-

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