L" ETUDE DU GREC
avaient ordre de fouiller ceux qui allaient s'embarquer. Érasme fut ainsi dépouillé de vingft livres sterling. « Avant de monter en vaisseau, écrivait-il quinze ans plus tard à Gonellus, j'avais déjà fait naufrage *. » Ainsi allégé d'un bagage qui d'ordinaire le gênait peu, Erasme repassa en Flandre, et de Tornhoens. où il séjourna encore quelque temps, il revint à Paris <{u"il ne fit ({ue traverser, et alla demeurer plusieurs semaines chez son ami Jacques Tutor, à Orléans ^
Au mois de décembre 1 i99, Erasm(^ était de retour à Paris. Ses lettres nous le montrent à cette époque plein d'ardeur pour l'étude du grec. C'était alors une entreprise hardie que d'apprendre la langue grecque. Il fallait tout à la fois être son propre maitre, faire venir d'Italie des éditions souvent pleines de fautes, dédaigner enfin les attaques publiques des théologiens qui appelaient le grec la langue des hérésies, et prédisaient qu'en répandant cet enseignement on livrerait à l'esprit d'examen les monuments de la primitive Eglise ''. Aussi l'étude du grec, suspecte aux yeux de la foi et rendue presque impossible par le manque de livres et de maîtres, était à peu près nulle dans l'Université de Paris. En loOO, cette
1. Ep. 173. — Boisard dit qu'Érasme retourna auprès du roi, que celui-ci s"amusa beaucoup de sou aventure et doubla la somme qu'on lui avait enlevée. Mais les lettres d'Érasme ue confirment pas ce fait que rend encore invraisemblable lavarice célèbre d'Henri VII.
2. Sur Jacques Tutor v. la Vie d'Érasme de M. de Burigui, t. i, \i. (52.
3. Budé combat vigoureusement cette opinion au livre ii du de P/ii/ologia. N. p. 63 de l'édit. de Bàle. 11 conclut que la science grecque n'est pas nécessairement contraire à ïinnocence tkéologique. Mais laSorbonne, même en 1530, n'était pas revenue de ses préventions, puisqu'elle citait les professeurs royaux (du collège de France ) « pour leur être fait défense d'expliquer les livres saints selon le grec et l'hèbriMi. sans la • ermission de l'Université. »
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langue n'était régulièrement enseignée dans aucune école '. Aucun texte grec n'était sorti d'une presse française '. On se rappelait qu'en 1438 un Grec, Grégoire Tiphernas, était venu en France, qu'il avait donné des leçons à Robert Gaguin et à un Allemand, nommé Jean Stein. L'un et l'autre avaient été les maîtres de Reuchlin, mais ils n'avaient pas fait d'autres élèves. Un autre Grec, Hermonyme de Sparte, « un de ces exilés, dit M. Egger, qui promenaient leur misère de pays en pays, » était venu à son tour en 1476 : il avait donn<^ quelques leçons à Budé, qui s'en était fort peu loué; " il lialliutiait le grec, nous dit de lui Erasme, il n'aurait pu renseigner, s'il l'avait voulu, et ne l'aurait pas voulu, s il lavait pu '. " Erasme s'adressa à un Michel Pavius. ({ue nous ne connaissons que par lui, « un Grec deux fois Grec, écrit-il, toujours affamé et cpii lui fait de dures conditions \ » Il le congédia et résolut d'être son propre maître '\
Cependant quels obstacles ne s'abaissaient pas devant l'ardente volonté des hommes de la Renaissance ? A ces théologiens qui abritaient leur paresse sous le couvert de
1. V. Guillounie Btidr, restaurateur t/cx études rjreeques, par D. Rébitté (Pari?, 1846), ]). ol. Selou Duboulav, cp fut Le Fèvre d'Étaples qui le premier en ioOi ex]iliiiiia la grammaire jirercpie de Gaza au collège de Coqueret.
2. Le premier livre grec imprimé en France parut eu 1507. V. l'ouvrage cité de M. Uébilté, p. 33. M. Egger (7* leçon A<i\ Histoire de l'Hellénisme en France) ne fait dater que de l'édition de Sophocle de Simon de Colines (1529) la série des publications savantes. En Italie, la grammaire de Constantin Lascaris avait paru à Milan dès 1476 et de 1476 à 1500 Aille avait pid)lii' jiliisieurs ouvrages iiu|)ortants dans cette langue.