LES SOLDATS
qu'à l'éloquence *. On y sent, même au milieu de l'inspiration des moralistes anciens, l'accent personnel d'un homme qui a vu avec une indignation profonde les princes s'arroger le droit insolent de troubler le monde entier pour venger une injure privée, et détruire sans pitié les villes que les peuples avaient élevées. Erasme ouvre ainsi le chemin à la reconnaissance des principes essentiels du droit public européen, et dont le premier, a écrit M. Guizot, est « que la paix est l'état normal des nations et des gouvernements, la guerre un fait exceptionnel et qui doit avoir un principe légitime ^ »
Aussi quand Erasme, dans ses Colloques^ met le soldat en scène, il est bien éloigné de lui prêter ce charme séduisant qu'entraîne après soi l'idée du courage et du dévouement. Il le représente au contraire sous les couleurs les plus dures, comme un homme qui fait métier de dépouiller les innocents, de piller les églises, d'incendier les maisons, d'outrager les vierges ^ Le soldat appelle ces détestables excès les droits de la guerre ; il rassure sa conscience par des oraisons adressées à sainte Barbe, à saint Christophore ; au besoin, il irait trouver les Dominicains, grands distributeurs d'indulgences ; enfin il revient chez lui balafré, vieilli, courbé, endetté et l'âme « aussi pure que l'égout de la place Maubert ^ » L'esquisse d'Erasme, quelque désobligeante qu'elle paraisse, ne serait pas démentie par l'histoire. « L'armée du petit roi Charles YIII, dit Brantôme, était épouvantable à voir. De tous ceux qui se rangeaient sous les