LE TRAVAIL DU MATIN
dliygièiie pratique que Rabelais, avec son sans-façon habituel, pousse jusqu'aux plus répugnants détails. Il détourne du travail de la nuit, qu'il juge malsain pour la santé. Il aime que la lumière du jour, « cette joie des yeux, » a dit Bossuet, éclaire son livre d'étude ou son manuscrit commencé. « J'ai reconnu par expérience, dit-il, qu'une heure de la matinée vaut plus pour l'étude que trois heures de l'après-midi. Toutes les fois que l'éclat doré du soleil entre dans la chambre, ne semblet-il pas gourmander le dormeur et lui dire : Insensé, pourquoi perdre de gaieté de cœur la meilleure partie de ta vie? Je ne brille pas pour que tu dormes caché sous tes couvertures, mais pour que tu te livres à d'honnêtes travaux. Le crépuscule du matin est au jour ce que la jeunesse est à la vie. Ne sont-ils pas également fous, ceux qui perdent leur jeunesse dans des sottises et les heures du matin dans le sommeil ^ ? » — « L'aurore est l'amie des Muses, » répète-t-il souvent.
On doit nous pardonner notre complaisance à suivre quelque temps ]^]rasme dans ces minutieux détails, toujours relevés par le charme de l'expression. Mais, sans parler du profit qu'un maître y 'pourrait encore trouver, cette application à tout prévoir, à tout disposer pour dérober à l'étude tout son fruit, n'est-ce pas le secret même de cette merveilleuse activité, de ce fécond labeur dont les érudits do la Renaissance nous ont laissé l'exemple, humiliant pour notre faiblesse - ?