‹ ErasmeChapitre 31 sur 247 · CAMBRIDGE ET OXFORD · texte numérisé non relu

CAMBRIDGE ET OXFORD

Erasme à Ammonio contient quelques indications précieuses sur les différents séjours qu'il fit à Cambridge. On ne peut douter que Cambridge ne fût à cette époque en avance sur Oxford, puisque dans cette dernière Université les premiers cours de grec ne furent ouverts qu'en 'lol9, et encore non sans une vive opposition d'une partie des étudiants, qui, organisés sous le nom de Troyens, accueillirent à coups de pierres leurs nouveaux maîtres et forcèrent le roi à intervenir pour rétaldir la paix ' . Aussi Erasme, que Cambridge et Oxford avaient associé à leurs Universités, préféra se fixera Cambridge, et occupa le premier la chaire de grec, où il fut le prédécesseur immédiat du célèbre helléniste Crook ^ Son enseignement d'ailleurs ne dépassait pas les plus simples notions de la grammaire. Il se promettait, si son auditoire devenait plus nombreux, de commenter, après la grammaire de Chrysoloras, celle de Théodore Gaza, qu'il traduisit en latin, pour en populariser l'usage. Mais les élèves étaient rares, ils étaient trop pauvres pourpayer Erasme % et ces premières déceptions commencèrent à lui faire craindre qu'il n'eût trop espéré de l'Angleterre K

A cette époque, on effet, il sembh^ impatient et irré-

1. V. Hallaiii, Litt, de l'Eur. aux xv», xvis xyii^ siècles, di. iv, p. 293, not. 1.

2. On donna à Érasme un loo;ement à Queen's Collège. Au temps de Knight on montrait encore sa chambre, et de nos jours une promenade porte le nom d'Érasme. Sur ses divers passages à Oxford on n"a conservé que des détails fort incomplets. Il y étudia le grec sous W. Grocyn. Mais Gibbon a singulièrement exagéré quand il a dit ■( qu'Erasme apprit le grec à Oxford pour l'enseigner à Caml)ridgc. » \. l'art, sur Érasme dans la Revue britannique, mars 18(10.

:j. Ep. 131.

4. Sur cette partie de la vie d'Érasme, on consultera avec fruil le livre de Sanuiel Knight, intitulé : Tke Hfe of Erasttnis, more jiarliriihtrhi lliat part (if it in/iiefi lie spent in Ëngland. 1726, 1 v. in-12.

50 VIE IJ' El! AS. ME.

sûlu. TaiitcM par Anniioiiio il t'ait parvenir des lettres à plusieurs évèques pour solliciter un canonicat; tantôt il se déclare (lécidé à fixer savie errante en Angleterre, et il écritàFahbé de Saint-Bertin : « Erasme est un Anglais ' ; » d'autres fois il exprime le regret de n'être pas parti pour Rome avec l'évèque de Rocliester -. Ammonio, qui vit à Londres, se prête avec une amitié empressée à tous les désirs d'Erasme; il se charge pour lui d'une négociation auprès du pape, à l'effet d'obtenir une dispense à laquelle Erasme semble attacher un grand prix; mais toute cette affaire reste très-obscure. Nous voyons seulement Erasme, après la mort d'Ammonio, réclamer avec insistance de son frère Pierre les lettres écrites à ce sujet, et il se montre très-irrité du retard qu'il éprouve à recevoir ces papiers \

C'est encore par Ammonio qu'Erasme apprend les graves nouvelles d'Italie, la ligue de Cambrai dissoute par le pape, la sainte ligue formée entre Jules II, Ferdinand et les Vénitiens pour chasser les Français, et dans laquelle Maximilien entre bientôt lui-même. Erasme, avec ce bon sens clairvoyant qui est la première qualité de l'esprit politique, écrit à Ammonio cette phrase rejnarqnable : c Je crains (|ue l'Italie ne fasse aulre chose ([ue changer de maiire, et ({ue, ne pouvant uik^ fois suj)porter les Français, ell(^ ne soit bi*;n tôt contrai nie (le les sup- {)orter deux fois '\ » Certes, rejeter les Frau(;ais hors de J'Jlalie, « notre cimetière. » dit énergiquemeni l^tienne Pasquier, c'était là, il faut bien l'avouer, de la part de Jules II, lUie haute pensée et un droit patriotique. Les Français avaient trop oublié dans leurs expéditions ullraniontainesles généreux juincipes delà ciievaleri(î. et l'on

1. Kp. 13:1. -2. Ki>. V.W. — :t. Ap/,. V.]^. 2'2S. 281. — 4. F.p. i:(n.

Page 1