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CHAPITRE II

VIE d'Érasme depuis son départ d'italie jusqu'ai-

MOMENT ou IL SE FIXE A BALE (i oOO-l .■)22).

I. Érasme en Angleterre (1510). - L'É/oge de In Folie. — Divers séjours d'Érasme à Cambridge (1511-1313). — Le traité De la double uhon dance. —L'htstitution du Prmce, — Érasme quitte l'Angleterre. — II. Rôle d'Érasme dans l'affaire de Reuchlin. — L'édition gréco-latine du Nouveau Testament [VùiÇ,). — L'imprimerie de Froben. — Efforts pour attirer Érasme en France. —Admiration universelle qu'il excite. — III. Première polémique contre Le Fèvre d'Étaples (1317). — Dispositions hostiles des théologiens de Louvain. — Fondation à Louvain du collège des Trois-Langues (1317). — Le nom d'Érasme mêlé à celui de Luther (1318). — Retour d'Érasme de Bàle à Louvain (1318). — .Vttaque indirecte de Latomus. — IV. Érasme approuve l'élévation de Charles-Quint à l'empire (1319). — Lettre de Luther à Érasme (1319). — Réponse d'Érasme. — Sa démarche auprès de Frédéric en faveur de Luther. — V. Érasme se défend de prononcer sur Luther. — Il désapprouve la bulle de 1520. — Ses dispositions moins favorables à l'égard . de Luther (1521). — Les luthériens s'éloignent de lui. — Attaque d'Édouard Lee (1521). — Le carme Nicolas d'Egmond. — Érasme quitte Louvain pour B.11e (1322).

En quittanl Rome, Erasme fit route par la Toscane, la Lombardie, les Alpes de la Suisse, et traversa rapi-. dément TAllemagne et la Hollande. Une lettre du 8 février lolO nous avertit qu'il était à cette époque à Londres. Il descendit chez Thomas Morus. Les fatii<ues (lu voyage avaient réveillé les douleurs de la maladie ({u'il traîna toute sa vie (la gravelle), et dont il avail ressenti à Venise les premières atteintes, (^e fut pour

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distraire ses loisirs forcés i[u"il t'crix il \ Ehxjt' di- ht fol'ir. imprimé seulement en 1512 par Badins '. Il lo dédia à Morus, dont le nom en grec a quoique rapport avec le mot qui signifie folip dans cette langue iii.ojpia). Les allusions satiriques que Ton peut y relever contre Jules II nous rendent dans leur vivacité les dernières impressions de son voyage d'Italie. Mais c'était surtout contre les moines et les théologiens que Tattaque était sans merci. Sous le eoiivert d'une ironie cpii ne nous paraîtra pas toujours assez fine pour ne pas blesser notre goût, il était facile de reconnaître que la haine d'Erasme était ardente contre ces deux classes d'hommes dans lesquels il se hâtait trop de personnifier le charlatanisme et l'ignorance hautaine. Ouand ce phamplet parut, il eut un retentissement immense, et servit plus à répandre le nom d'Érasme que ses plus savants ouvrages. A Paris (iii en fit sept éditions en quelques mois. On le traduisit eu plusieurs langues. Gérard Lystrius, sous le nom duquel on a cru parfois deviner lù-asme lui-même, le commenta. Holbein, peu de temps après s'être fixé à Bâle, illustrait le manuscrit original de ses desseins à la plume toujours recherchés des amateurs, et qui ont souvent toute la malice et toute la verve de la parole écrite. Mais Érasme ne tarda pas à ressentir d'une autre manièi-e les etïets d'une satire au moins inq)rudente. D'anciens amis le blâmèrent, prirent mauvaise idée de sa religion, et lui reprochèrent, comme fil Martin Dorpius, docteur de Louvain, « d'attacher des oreilles d'àncs aux têtes des théologiens et des juristes, au moment même où ils manifestai<'nl |»oiir lui mie sincère adiniralioi». - On l'en-

1. liu.-liulccr. ilaiis ~(iii liiilc.r chriiitiiliiiiirii^. nù il inaKiiii- la dati; de c|iiflqui's iHivra^r- irKra-iiif. s'csl Iroiiiii- pniir \' Ebxjr dr la F"/"' (jiiiil il placr la ]Hili| irai imii au '• juin l'HIS. \'. Itaylc. art. tùfisnir.

ij,a^f';iil à ('(M'irc, eu niaiiicrc de ])aliii()(li<', 1 «Moi;»' df la Uaisôii ou encoro celui de la Grâce. Erasme se plaignit de loul le hruit qui se faisait autour d'un simple badiiiage, inspiré de Lueieu ; il protesta qu'il n'avait voulu attaquer que les ahus, ([u'il révérait tous les ordres, (ju'il ne croyait pas avoir dépassé les droits de la satire. I^nlin il n'avait noniuK' personne, il n'avait composé ce petit livre que pour ses amis, il s'en voulait de l'avoiicontîé à des mains qu'il croyait discrètes, (»t voloidiers il écrirait quelque jour l'éloge^ de la Crràce, quand les lettres et la théologie lui donn«'raient <les loisirs. Au l>esoin les amis qu'Erasme retrouvait en Angleterre l'eussent rassuré contre ses propres scrupules. La réponse (pie Thomas Morus adressa à Doi'pius t('>moigne en effet (|ue les hardiesses satiriques d'Erasme ne lui avaient pas <léplu, et d'autres suffrages se joigin'renf à celui de ce grave esprit.

L'empressement llatteur (pi'Erasnie avait rencoMlr«' dans ses premiers voyages en Angleterre ne fut pas moindre en l.'ilO. (luillaunK^ Warham. archevêque de (^antorbéry. primat du royaume et grand chanc(dier. rivalisait de l)ienveillanco à son égard avec Jean Fisher. /'vèque de Ilochester. Erasme trouvait encore les douceurs d'uiu' intimité facile dans le commerce de Colet. doyen de Saint-Paul, qui cette année même aban<lonnait généreusement la succession de son père pour fonder à Londres uiu' école où devaient être enseignées lesh;ttres grecques et latines; de (ïuthhert ïonstall. de Pierre ^Egidius qu'un peintre représentait sur la même toile qu'l^^rasme lui-même, de Richard' Pace, ({ui snccéda à Eolet conune doyim de Saint-Paid. .Mounljoy ne laissait [»as de c(»iitiiiner à l'j'asme la pension cpi'il lin a\ail |)romisr ; son a mil ic cependant paraît a\ nii' (''l/' ]M'n acli\ e.

m VIE D'ÉRASME.

iM'asme même, dans les années où nous sommes parvenus, s'abstenait de descendre chez lui, pour éviter certain visage qu'il ne souhaitait pas d'y rencontrer, et sur lequel il ne dit rien de plus : <( Tant que ce Cerbère assiégera la maison de Mountjoy, il est plus sur de la fuir '. » Déjà même il recevait d'hommes inconnus, épris de sa renommée et de son talent, des avances empressées. Marianus Accardus demandait à être troisième dans l'amitié d'Erasme et d'.Egidius - ; Thomas Bédillus lui écrivait d'Oxford qu'il aurait voulu être Dédale pour voler jusqu'à lui ^ Mais celui avec lequel Erasme entretient en ce moment la plus active correspondance est André Ammonio. Né à Lucques, il était venu chercher fortune en Angleterre, et il l'avait trouvée. Erasme même lui écrivait des lettres plaisantes sur l'art de se faire valoir auprès des puissants. « Puisque vous le voulez, voici l'avis que je vous donne, mais seulement à l'oreille. Vous connaissez la vanité jalouse des Anglais. Usez-en à votre profit. Ayez deux sièges pour vous asseoir. Faites mine de préparer votre départ ; montrez des lettres qui vous pressent de venir avec force promesses. Eloignezvous quelquefois pour augmenter le regret de votre absence *. » A lire chez l'abréviateur de Jortin la longue liste des titres et dignités d'Ammonio, on serait teiilé de soupçonner que celui-ci ne dédaigna pas Ions les conseils (h' son ami '\

Ouoi qu'il en soit, la série des lelti-es adressées par

I. Ep. 1:j8. - 2. App. Ep. 12i. - '.]. A/,p. Ep. 142. - i. Ep. 112.

•'). Ammonio était h la fois notiiiic aposlDliipic, collcclfur di'^ (Icuiors du pape en Anfiloterre, secrétaire de Henri VIII juiur la langue latine, prébende de la cliajielle de Saint-Etienne de Westminster et de celles de FordinjJiton et de Writliinyton à Salisl)ury. Il iinMiruI delà suette en 1520. V. T/ir lifc af Ernsnwn, rediKpd froin tlu' hniicr inn-l,- nf n< .J(,hii .Ifirli,, //// I. I.nrrri/ iLoluIdll. IHO.'IU p. :iti.

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