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Érasme, qui avait pris congé de l'Electeur, rentra chez lui accompagné de Spalatin, et écrivit un certain nombre d'articles ou axiomes qu'il lui donna. Spalatin en cite plusieurs de mémoire : « Les hommes bons et qui aiment l'Écriture sont ceux qui ont pris le moins d'ombrage de Luther. Deux Universités l'ont condamné, mais non réfuté. Sa demande d'être éprouvé par des juges impartiaux est très-légitime, car il ne peut être soupçonné de mauvais desseins. Le pape est plus inquiet de sa propre gloire que de l'honneur du Christ, etc '. » Mais le lendemain Erasme pria Spalatin de lui rendre ces articles, qui pouvaient le compromettre auprès d'Aléandre, s'ils fussent tombés sous ses yeux. Si les détails de cette scène ne sont pas tous invraisemblables, si Érasme était bien capable, sous le manteau de la cheminée, de quelqu'une de ces saillies téméraires qu'il s'empressait de désavouer, ses lettres cependant n'indiquent pas quil se fût rendu à cette assemblée de Cologne. Il faut avouer aussi qu'en écrivant ces axiomes, en les livrant à un partisan déclaré de Luther, il eût cette fois bien dépassé les limites de ses imprudences ordinaires ; et ce qui témoigne qu'il avait assez la conscience des dangers présents pour ne pas les affronter si légèrement, c'est cfue dans les lettres de cette époque il s'applique de plus en plus à se maintenir également éloigné des deux partis. Il est semblable, dit-il, au tiguier du livre des Jur/es (fui, appelé à ri']nq)ire par iiiic diqnilatioii d"arl>res. h' refuse j)arce fMi'il ne peu! dcpoiiillcr la (loiicnii' de sdu iialin'(d -. Si le Christ a chassé les marchands (hi leiuidc. il n'a pas (•(imiiiaiidé aux siens de l'imiter ', et, ajoute-t-il,
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sans penser qu'un tel suuvenir est peu fait pour honorer son caractère, il est effrayé de Texemple d'Oza, à qui il arriva mal de vouloir soutenir l'arche qui tomhait.
Cette neutralité d'Erasme, cependant, devenait déjà moins favorable de jour en jour à la cause de la Réforme. Dans ses lettres de lo21 apparaissent des traces sensibles de mauvaise humeur croissante contre Luther. S'il refusait de prendre part à l'assemblée de Worms, s'il n'approuva pas le terrible édit du 8 mai 1321. qui en fut la conclusion plus solennelle queflicace ' . les traits contre Luther se rencontraient plus fréquemment sous sa plume. Il commençait à dire que Luther avait trompé Tespoir du monde chrétien, cpi'il abandonnait la cause du Christ, (|u"il n'avait fait que resserrer les chaînes dont les hommes étaient chargés. qu'il avait aigri les esprits par ses violences et révolté la raison par ses paradoxes -. Répondant au mot souvent cité de l'œuf pondu par Erasme et couvé par Luther, il écrivait déjà : « J'ai pondu un œuf de poule, Luther a fait éclore un petit d'une toute autre (^spèce ^ » Les luthériens comprirent qu'Erasme leur échappait et se retournèrent brusquement contre lui. Plusieurs qui l'accal^laient naguère d'emphatiques éloges, lui prodiguant les titres de prince de la littérature, d'astre de l'Allemagne, de soleil des études, de vengeur de l'antique théologie, ne lui écrivaient plus, n'allaient plus lui rendre visite, l'appelaient même sceptique, athée, arien ou pélagien *. Tls attribuaient à la coiMliiite d'Erasme les moins honorables niolifs. Il
1. .1/'/'. E|i. lîiv. ^ 2. Ei..:is:i. m:;. - :!. E|i.7i'i. ^ 4. Ep. .■'.st. (im.
9C> VIE DEUAS.ME.
avait attendu, pour parler ainsi de Luther, le jour où il pouvait le critire abattu. Lui-même s'était trahi, en écrivant, après la diète de Worms : « La tragédie luthérienne est finie... Luther s'est dissipé en étincelles '. » Comment la foi d'Erasme avait-elle été si subitement éclairée? Il craignait sans doute de perdre les bonnes grâces de l'empereur, et celles du roi d'Angleterre qui venait de publier son livre contre Luther? Il ne pouvait moins faire que de placer le royal défenseur de la foi au nombre des saints ^ ; et alors, comment ménager plus longtemps dans ses lettres celui que son puissant patron avait appelé « homme d'orgueil, de blasphème et de schisme ? »
Erasme portait en ce moment la peine de sa mobilité d'esprit et de ce mélange contradictoire de hardiesse et de timidité qui était le fond même de son caractère. Cependant il n'était nul besoin de donner à sa conduite une aussi injurieuse interprétation. On comprend, en effet, qu'un homme qui aimait la paix jusqu'à repousser la vérité séditieuse dût bientôt se désintéresser d'un mouvement qui, à son début même, faisait appel à l'esprit de révolte. Quand Erasme entendit les paroles de hain(3 que Luther et ses partisans adressaient à la [tapante, quand il vit dans les villes d'Allemagne sallumer ces lnïchers où l'on jetait tantôt les livn^s de Luther, laiihU les décrétales des pontifes, (juaiid il apprit ([ue p«;ndant Ja retraite de Luther à la Wariburg, Cai'jsladt, à Wittemberg, arrachait les prêtres ib' l'autel, il |»iil en défiance! ces nouveaux apôtres, esliinaiil (|u'api'i'S loiil hi Iradilidii calludiciiii'. (|iiinze fois scciilaire, • 'lail [Ktiir la Fui un plus sur abfi (|ii(' cette ]irelendiie