VIE DE H AS. VIE
temps à une édition de saint Augustin ' : il atteiul avee une humhle simplicité les décisions des docteurs, des Académies, surtout de celle de Paris, u qui tient le premier rang dans la science tliéologique ; » car les Académies de Louvain et de Cologne, qui ont déjà porté leur arrêt, ne lui semblent pas s'accorder entre elles ; il croit seulement que Luther, écouté avec mesure et réserve, peut être utile, comme Tertuilien le fut à saint Cyprien, Origène à saint Jérôme, Tyclionius à saint Augustin \
Si Erasme n'attendait vraiment, pour se prononcer, que d'être éclairé par de plus savants que lui, il semblait difficile qu'il n'acceptât pas la sentence de la plus haute juridiction qui existât en matière de foi, celle de la cour romaine. Or, le lo juin 1520, le pape avait promulgué la bulle qui condamnait comme hérétiques, fausses ou scandaleuses, quarante et une propositions (extraites des livres de Luther, avec injonction aux évêques de faire une recherche exacte des écrits contenant ces propositions, et de les brûler publiquement. Cet acte, décisif cependant, loin de dissiper les derniers scrupules d'Erasme, sembl^ redoubler- ses irrésolutions. Ainsi débusqué du spécieux motif sous lequel il abritait son silence, il en éprouva un dépit qui ne sut pas se contenir. S'il condamna les violences des luthériens, il blània h'wu [dus vivement la précipitation de la cour romaine. « La bidle a semblé rigoureuse à tout le monde, » (''cri\ail-tl à Ciampége lui-même '. « T^lle résilier la cniaiilt' d<' (-(M'Iains tyrans des humi)les bien plut(')l (|ii(' Ir doux rsprit (b' notre L/'on '. » FjC pa|>e ii(> coiinait |>as rt-tal de lAlleniagne, il ne sait pas coni-
t. E|i. ;;:jo. - ■>. El». ;i47. - a. Ep. lyn. — i. Ep. :339.
ÉUASME MÉCONTENT DE LAIJLLLE DE lo2Û. 93
bien les bruits que l'on répand sur les mœurs de Rome ont rendu impopulaire la cause de rE|2:lise romaine et ruiné son autorité '. 11 fallait agir plus doucement, et ne pas espérer que les meilleurs remèdes étaient ceux qui ébranlaient le corps entier ^ En vérité, Erasme se montrait ici timide jusqu'à l'injustice. Si Léon X, au sein de cette trompeuse sécurité que l'on semblait presque respirer à Rome, n'avait pas reconnu assez tôt le sérieux danger ({ue courait l'imité de la foi, il avait assez longtemps témoigné de ses dispositions conciliantes. Suspendre encore la sentence eût été aux yeux du monde catholique trahir ses devoirs de souverain pontife et proclamer sa propre déchéance.
C'est à cette même année que se rapporte un récit de Spalatin, qui serait un témoignage grave contre Erasme, si le nom même de celui qui le fait ne le rendait suspect. Spalatin affirme en effet dans ses relations qu'Erasme était présent, sans doute comme conseiller de l'Empire, à l'assemblée de Cologne du mois de novembre lo20, dans laquelle Aléandre, au nom du pape, demanda formellement à l'électeur de Saxe que les livres de Luther fussent brûlés, que Luther luimême fût mis à mort ou saisi et envoyé à Rome. Frédéric fit appeler Erasme et, conversant avec lui auprès du feu, lui demanda toutt; sa pensée sur Luther. Erasme, se pinçant les lèvres, resta quelque temps silencieux, pendant que Frédéric, selon son haliitude quand il causait de sujets sérieux, le regardait fixement. A la fin : « Luther, dit Ei'asme, a commis deux crimes : il a touché à la couronne <lu pape et aux ventres des moiniis. » Fré<l('ric sonril à ce mol. Cependant