CONSULAT
Bonaparte, élevé à la dignité consulaire , affecta tous les de'iiors de la modéraîion et de la générosité. Plusieurs arrêtés consolans accrurent la conûixnce qu'avait déjà t'ait naître l'abolition des lois du Directoire; les listes des émigrés cessèrent, l'anniversaire du régicide fut aboli, et le gouvernement désavoua l'exil et la mort de Pie VI ^ en ordonnant qu'il recevrait eniiQ les honneurs de la sépulture, et qu'un modeste monument lui serait érigé. Cependant la guerre se rallumait sur le Rhin el en Italie. Le 20 avril 1800, Moreau passa ce Ileuve sur trois points, et ce premier succès , suivi de plusieurs avantages, força le général autrichien à <lemander un artnistice. Il lui fut accordé; mais on repritl)ientôt les hostilités. Moreau, après avoir battu les Autrichiens à Hoheniinden, pissa l'Inn, et, marciiantsur Vienne, amena l'archiduc Cliarles à 'signer une convention qui prépara la pîixde Lunéville. Pendantles exploits de Moreau, Bouaparte passait les Alpes, pénétrait en Piémont
i^e ABRÉGÉ d'ÉRASTE ,
par la vallée d'Aost , faisait forcer le pont de Cliâlillon, et, sans s'arrêter devant le fort de Bard, franchissait le roc d'Albarédo, et se rendait maîlre d'Ivrée. Le 2 juin, Novarre ouvrit ses portes , et le premier Consul entra triomphant dans Milan, d'où lise porta sur le Pô. Des colonnes françaises gagnaient en ce moment sur les Autrichiens la bataille de Montehello. Quelques revers vinrent troubler la joie de ces heureux succès. Masséna avait rendu Gênes à l'amiral Keith. Ge fut alors que, de concert avec Desaix, le premier Gonsul prépara la journée mémorable de Marengo. Cette bataille sang^lante s'engagea le i4 juin. Le général Mêlas avait fait les dispositions les plus sages; notre armée se débandait, el la victoire se déclarait pour l'ennemi, lorsque l'arrivée de Desaix avec des troupes de réserve , changea la face du combat, et fil triompher les Français; mais Desaix y périt, et pava de son sang l'honneur d'avoir sauvé l'armée. Le fruit de cette journée fut la conquête du nord de l'Italie. L'Autriche, qui n'avait plus d'armée à opposer, demanda la paix et l'obtint. L'AngleJerre posa les armes à son four, et la tranquillité parut rétablie en Europe (1802). Ge temps de c-dme fut marqiié par un événement mémorable. Un concordat de dix-sept articles fut passé entre le pspe Pie VII et le gouvernement français. Alors la religion cathoque romaine fut reconnue religion de l'étal.
En Egypte, les restes de notre armée avaient à combattre les Anglais el les Ot'omans. Kléber voulait ramener ces débris : 1 1 Porte y consentait ; mais les Anghiis s'y refusèrent. Alors ce brflve général, ne consulîant»que son courage, Ijallit les Turcs près d'iiéliopolis , et rentra les arsnes à la main dans la ville du Caire. Il méditait de nouveaux projets de défense, lorsqu'il fut poignardé par un assassin de Giiza. Son successeur Menou ne put suivre ses plans ; les Français , obligés d'aban-
ou l'ami de -la JE¥NESSE. 497 donner l'Egypte , furent jetés par les Anglais sur les côtes (.le leur patrie.
Un Nèore entreprenant , Toussaint- Louverture, avait envihi Suint-Domiugue : ce f;oncurrent qu'on ne put mcpriser, ne se soumit pas sans combat. L'amiral Vilutret et le général Leclerc s'emparèrent des ibrts et du C:ip. Toussaint-Louverture capitula ; mais bientôt arrêté avec toute sa famille, on le conduisit en France, où l'on ne sait quel a été son sort. Son arrestation aigrit les Nègres tient la soumission n'élail point due à leur faiblesse. Ils reprirent les armes , égorgèrent les colons , et fde entière reconnut Dessalines pour roi. En France, Moreau et Picliegru paraissaient redoutables. Pour s'en débarrasser, Bonaparte prit la voie la plus courte. Il trouva mojen de les impliquer dans une conspiration contre sa vie , dont on eut d'abord quelque peine à percer le mystère; car , de sa part, c'était un mystère d'iniquité. Pichegru fut étranglé dans sa prison; Moreau fut exilé j parce qu'on n'osa attenter aux jours d'un général singulièrement clier à l'armée ( t8o3 ). L'année suivante , le duc d'Enghien , dernier rejeton de la race du grand Condé , fut arrêté en Allemagne , contre le droit des gens, ramené en France , et fusillé dans les fossés de Vincennes (i8oi).Cet assassinat, qui rendait Bonaparte l'irréconciliable ennemi de la dynastie royale , fit frémir d'indignation tous les cœurs bonjiêtes.
XXI^ ENTRETIEN
Déjà le peuple fiançais s'était prononcé en faveur de la perpétuité des fonctions du premier Consul ;
498 ABRÉGÉ d'ÉrASTE,
maisLienlot on parut désirer que celui qui avait si bien défendirsa patrie , fiil placé sur un ttône impérial. Le Tribunal fut le premier qui exprima ce Tœu; peu après le Sénat déclara Napoléon Bonaparte, Empereur des Français , et la dignité impériale héréditaire dans sa'famille. Pour donner plus d'éclat à son couronnement, Bonaparte voulut être sacré de la main du souverain pontiié ; Pie YII fit pour lui ce que Saiijt-Boniiace avait fait autrefois pour Pépin ; il consentit à venir lui donner l'onction sainte ( 2 décembre i8o4 ). L'année suivante , le nouve] Empereur se lit couronner roi d'Italie à Milan. Cependant la maison d'Autriche , gagnée par l'or de l'A n-k terre , renonçait à ses véritables intérêls pour rcjjreiidre les armes , et l'empereur de B.us;sie assemblait une armée pour venir à son secours. Napoléon ne se pressa point de répondre à ces liostilités ; mais lorsqu'il apprit qu'une grande armée autrichienne était entrée eu Bavière , et qu'elle s'acheminait vers le Rhin, il transporta sur le Danube les cent mille hommes qu'il tenait ciniipés à Eoniogne et dans les environs. Cette guerre fut courte, mais brilhmte et décisive. L'armée autrichienne fut dispersée presque sans combit, et qîiarante mille honnues enfermés dans Ulm acceptèrent une capitulation des pins honteuses. De là Napoléon courut sur Vienne, suivi de deux cent mille combattans. H ne fit pour ainsi dire que traverser cette capitale; et, tournant vers le Nord , il s'enfonça dans la Moravie à la suite de l'armée autrichienne. Quelque diligence qu'il fît, il ne put empêcher les Russes de faire leur jonction , et bientôt il les vit disposés à lui présenter la bataille. Malgré les rigueurs de l'hiver, les Français, ]>eu effrayés du nombre de leurs ennemis, les attaquent, les coupent , les culbutent et les mettent dans une déroute complète. L'empereur d'Allemagne , abjndonné des Russes ,
ou l'ami de la jeunesse. 4i)9
acheta sur-le-champ la paix. Cette paix agrandit la France du Tyrol et des Etals de Venise ; elle lui valut encore l'érection des deux roja urnes de Bavière et de NVuriemberg- , dont les souverains avaient secondé Napoléon. Tant de succès furent pourtant bahmcés par hi bataille du Cap Trafalgar, où l'amiral anglais Nelson détruisit d'un seul "oup toutes les forces navales de la France et de i'Espagné,^ iSo5 }.
Napoléon , insatiabiJ *ie conquêtes, ne teraun sit une expédition que pouf ^^ entreprendre une U'itre. Déjà il avait Jîiotamorphose M Hoilanle en un royaume , dont li gralifia l'aîné de Ses irerès ^ mais celui-ci , niilureiiement modéré , ayant montré plus d'inclination pour les intérêts de ses nouveaux sujets, que pour ceux de Napole'on , l'ut dépouilié quelques années après , et la Hollande fit partie de l'Empire, En 1806 , Napoléon envahit le royaume de Naples , et le donna à un autre de ses rVères ; il en fit autant de la Westplialie , en laveur d'un troisième. Enfin il se fit cbef d'une f;:rnnde partie de l'Alleoiai^De , sous le noin de protecteur de !a confédération du Rhin ; et la plupart des petits princes allemands devinrent ses créatures.
Guillaume II , roi de Prusse , aviûtété, l'année précédente, sur le point de se joindre à l'Autriche et à la Russie; mais la victoire d'Austerlilz l'avait arrêté au moment où il allait se jeter entre l'empereur Napoléon et la France , pour lui couper le resoar. Napoléon se souvint de cette demiaggression de Gnillaume , et lui en demanda raison. Ce fut en vain que le roi de Prusse se mit en défense. La batiulle d'Iéna suffit pour lui enlever son armée , sa capitale et presque tous ses étals (octobre 1806 ). La Russie vint à son secours. Napoléon tourna ses armes contre elle; mais il n'en triompha pas aussi facilement que de
5oO ABRÉGÉ d'ÉRASTE,
la Prusse. Il faillit perdre à la journée d'Eylau , avec toutes ses couquètes, la liberté ou la vie. On s'y battit au milieu d'une plaine couverte de neige épaisse , et la rigueur de la saison ne diminua eu rien la i'ureur des combattans. Les Français restèrent maîtres du champ de bataille. La journée de Friedland fut plus décisive : elle termina la querelle en faveur de la France , et amena le traité dtî Tilsiit. Par ce traité , la Saxe ^ éiigëe en rovaunie, s'agrandit d'un vaste lerriloire en Pologne ; le roi Guillaume resta dépouillé d'une grande partie de ses poàsessiGiîS , et l'einpereur Alexandre s'eng"agea à fermer lous les ports du la Russie aux flottes anglaises.
N'ayant plus d'ennemis au rsord, Napoléon fit attaquer le Portugal ; et le prince régent , pour ne pas se soumettre aux conditions qivii lui imposerait, alla transporter au Brésil le siège de son gouvernement. Peu de lempsaprès, le nouvel En-.pcreiTr commença cette funeste guerre d'Espa^^iie, qui doit imprimer une tache ineiïaç.ibîe à sa mémoire. Sous prétexte de se rendre l'arbitre des différends qui existaient entre le roi Charles IV et son fils aîné , reconnu roi par tous les Espagnols , sous le titre de Ferdinand VII , et d'après l'abdication de -son père, il attira ce jeune prince à Bavonne, s'empara de sa personne , et fit nommer son propre frère , Josepîi Bonaparte , roi d'Espagne et des Indes. Murât , qui avait épousé une de leurs sœurs , passa au royaume de Naples. Les Espagnols indignés prirent les armes. Bonapirle , après avoir feint de les mépriser, marcha contre eux et vint jusqu'à Madrid. Il en partit presqu'aussitôt pour aller cueillir au-delà du Rhin de non veaux lauriers. En effet;, profitant du séjour de Napoléon en Espagne , deux cent mille Autrichiens se précipitaient vers ce fleuve. Il vole à leur rencontre , les disperse , et Vienne est reprise de nouveau- En^
ou VAMI DE LA JEUNESSE. 5oi
tièrement défait à Wagram , le 6 juillet 1809, Tempereur François signe la paix , le i4 octobre de lu même année , à des conditions qni eussent satisfait tout autre homm;3 que Napoléon.
Divorçant avec sa femme, rim])éralrice Josépliine , il obtint l'archiduchesse Marie-Louise , fille de l'empereur d'Autriche : une telle alliance fit croire que désormais la paix était assurée. Ceux qui avaient tant de fois appelé de tous leurs vœux nos princes légitimes, renfermèrent alors dans le fond de leur cœur des désirs qui paraissaient ne
f)ouvoir plus être réalisés. Mariée le 12 avril 1810, 'impératrice accoucha , le 20 mars 1811, d'un fils qui fut appelé Roi de Rome^ par son père ; et l'on put croire enfin que le titre de dynastie de Napoléon , n'était plus un vain mot. C'est à l'époque de cette guerre avec l'Allemagne qu'il fit enlever de Rome , et mettre dans les fers le souverain pontife Pie VII , auquel il fit souffrir , ainsi qu'à ses cardinaux , une longue captivité. Dès l'année précédente il l'avait dépouillé de ses états. Cependant l'Angleterre s'était emparée de toutes nos colonies , avait détruit notre marine ; et le général Wellington, après avoir défendu le Portugal, pénétrait en Espagne, et en repoussait les Français. Un des articles du traité de Tilsilt, portait que la Russie, à fexemple de la France, romprait toute liaison avec l'Angleterre , et aiderait Napoléon à détruire le commerce de cette importune rivale. Voyant que celui-ci, par un vil monopole , faisait en secret, pour son propre compte , le commerce qu'il interdisait aux princes et aux nations , l'empereur Alexandre permit à ses sujets de renouveler avec l'Anglelerre leurs relations commerciales. Napoléon irrité menaça la Russie. Alexandre répondit que le traité de Tilsitt étant également obligatoire pour les deux parties, celle qui le violait , déliait l'autre de ses engageraens.
5o2 ABRÉGÉ d'ÉR A STE,
Kapoleon lui déclara la guerre , et fil tl'imnie^ises préparatifs. Arrivé à Varsovie, il attacha les Polonais ta sa cause , par l'espoir dont il les flatta de ]es rendre à leur ancienne indépendance. En même tem])S il réunit sous ses draj)eaux les troupes de toutes les puissances d'Allemagne, sans en excepter même l'Aulriche , et bieiilôt il se trouva piêt à entrer en Russie, traînant à sa suite 780,000 hommes , 176,000 chevaux et 1200 pièces de canon.
Ce fut le 24 juin 1812 que Napoléon passa ie rsiémen : il s'avança de là dans laLilhrtanie, et Wilna devint le poste d'où il s'élança dans le cœur de la Russie. A cet effroyable débordement, Alexandre ne pouvait opposer que cent cinquante mille hommes. Il adopta le seul système de dél'ense qui pût le sauver : c'était d'éviter les actions générales, et de se retirer devant le torrent, ne laissant aux aggresseurs qu'un pays nu, désert, stérile, des sables, desforê(s, et deux cent cinquante lieues à parcourir avant que d'en venir à une bataille. Napoléon . comme on l'avait prévu, s'enfonça dans ces contrées affreuses, plus occupé du désir de trouver l'ennemi , que des moyens d'assurer le retour et le salut de ses troupes. On passa sans obstacle la Dv^'ina , puis le Niéper ou Boristhène. Smolensk fut défendu avec opiniâtreté par les Russes, qui, en évacuant la ville , la mirent en cendres , et ne laissèrent aux vainqueurs qu'un monceau de ruines. Sourd aux avis et aux remontrances, Napoléon passa outre, et s'aventura, sans magasins, sans vivres, sans hôpitaux , sur la route déserte de Moscow. Le succès sembla d'abord justifier sa témérité. On arriva à vingt-dnq lieues de cette ville, et les Russes, contraints de faire face , s'arrêtèrent à Borodino , sur la Moscowa. Ils y furent attaqués, se défendirent avec acharnement, perdirent la bataille ( 7 septembre); et Napoléon, dès le lendemain, prit avec cent vingt mille hommes victorieux «t
ou L AMI DE LA JEUNESSE. 5oj
affamés, la roule de Moscow. La ville éti)it abandonnée , presque toute la population avait fui ; et les Kiisses, résolus de tout sacrifier pour ôter à renneii™y|e retraite où il pût se mettre à l'abri des Iroio^ffe Tiiiver, n'avaient laissé dans cette grande et superbe capitale que ce qu'il fallait d'Iionini^s pour l'embraser. Napoléon , en marchant à MoscAvv, il va il comnlé sur la gloire dV signer un li-'ané <le paix, ou du moins sur l'espérance d'y trouver des magasins pour subsister, et un point d'appui pour s'élancer de là sur Pétersbourg au retour du printemps. Tous ces rêves se dissipèrent , mais trop tard pour lui. Il se laissa endormir pendant un mois entier par des propositions que lui faisaient les Russes, en même temps qu'ils travaillaient à l'affamer et à iui fermer le retour.
Enûn le i8 octo])re, il fallut renoncer à l'espérance d'un accommodement, et se résoudre à la retraite. On se mit en marche. A quelques lieues de Moscow, on rencontra les ennemis, et ce ne Fut qu'après un combat de quinze heures qu'on put s'ouvrir un passage. Mais les Russes n'en réussirent pas moins dans leur principal ol)jet, qui était de couper aux Français la route de l'Ukraine, et de les réduire à suivre celle de Smolensk, c'est-àdire, le désert que leurpremierpassage avait formé depuis le Niémen jusqu'à la Moscow<i. La famine croissait de jour en jour; les chevaux n'ayant plus d'autre nourriture que le chaume arraché aux toits des cabanes, périssaient en foule, et déjà la roule se couvrait de voitures et de bagages abandonnés. L'arrière-garde avait de plus à lutler sans cesse contre des ennemis acharnés et inf-aigables. Bientôt à ces (léauxvint s'en joindre nn autre qui co:npléta le désastre. Le 6 novembre, fatinosphère s'enveloppa de vapeurs froides et rembrunies, le soleil disparut, et la neige commença à tomber sur la terre à gros flocons. Une bise glaciale, so'ifflajit
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avec furie, remplissait les forêls de ses sifflemens. Dès ce moment, on ne vit plus que des soldais presque ensevelis sous la neige, faire les derniers adieux à leurs caiiiarades, ou Lien redire en expirant le nom de leur mère ou du pays qui lesava'it vus naître. Il n'y eut plus de bataillons, de compagnies ; les réginiens débandés marchèrent à volcmîé. Les canons, les caissons, les riches étoffes , lej vases précieux , pillés à Moscow, restaient épais çà et là dans les campagnes glacées ; mais un cheval tombait-il mort, des centaines de faméliques couraient à son cadavre, et, comme des chiens dévorans, ils s'en disputaient les lambeaux. Chaque bivouac où l'on s'était arrêté le soir, ressemblait le lendemain malin à un champ de bataille : il était jonché d'hommes et de chevaux qu'avait tués le froid de la nuit. Depuis dix jours que les froids se faisaient sentir, l'armée était réduiteitrente mille hommes, et n'en comptait pas dix niille en élatde combattre. Cependaijt on continua de marcher vers le Niéper, et comme on n'y trouva pas les Russes, on se crut presque sauvé; mais, ils étaient allés attendre les Français sur la Bérésina. Napoléon était perdu, s'ils y fussent arrivés à temps avec toutes leurs forces. Il profita de leur délai pour jeter deux ponts sur la rivière ; carie dégel qui était survenu, avait ôté la ressource des glaces. Dès que les ponts furent conslr 11 ifs, il fut un des premiers à se mettre en sûrelé, et il s'c-nl'uit chargé des malédictions de ses soldais, qui! al^andonnait à leur malheureuse destinée. Il serait difficile de calculer le nombre de Français qui périrent au passage de celte rivière, cù i'ani\ée des Piusses occasiona une telle confubion , que des milliers de victimes se précipitèrent dans les Ilots. Tous les bagages de farmée de réserve , deux cents pièces de canon et plus de Tingtmille hommesy restèrent au pouvoir du vainqueur. En un mot , lorsque les débris de nos trou--
ou L AMI DE LA JEUNESSE. 5o5
pes regagnèrent le Nie'men ( i3cle'cembre 1812). de quatre cent, mille guerriers qui avaient franclii c-e fleuve , il j en eut à peine vingt mille qui Je repassèrent; et de ces vingt mille hommes, il n'y en avait pas le tiers qui eût vu Moscow. Telle fut l'issue de Tenlreprise la plus insensée, mais aussi la plus funeste dont les annales du monde nous aient conservé le souvenir.
Napoléon, échappé de la R.ussie, avait couru, sans s'arrêter , dépolis la Bérésina jusqu'à la Seine, et était rentré de nuit dans la capitale, où il étonna encore pi us par son insensihili lé que par ses revers. La Russie avait déjà pour alliées fAngleterre et la Suède. A peine la Prusse fut-elle délivrée de la crainte de son oppresseur, qu'elle se îiàta de s'unir aux trois puissances confédérées. Napoléon cependant rêve encore des conquêtes : au lieu de garder la barrière du Rhin, il rentre en Allemagne à la tête d'une nouvelle armée, il s'avance jusque dans la Saxe, il prétend s'y maintenir et pousser plua loin.
Tandis qu'il se repaissait de ces chimériques espérances , l'Espagne achevait de lui échapper. Wellington, à la tête des troupes anglaises, espagnoles et portugaises, poussant Joseph et Jourdan devant lui, les contraignit d'en venir aux mains près de Victoria. Toute hi ligne française fut culbutée (juin 181 5); JosepK ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval; et bientôt l'Espagne ne vit plus de Français que dans les places de Catalogne , encore occupées par le général Suchet. Napoléon, de son côté, hasarde toute sa fortune dans les deux batailles de Lutzen et de Bautzen, où il arrache avec peine la victoire à l'armée combinée des Prussiens et des Russes. Quoique lié à Napoléon par le mariage de sa fille, l'empereur d'Autriche avait repris la neutralité : il offre sa médiation et abrégé crÉrasie. 22
5o6 ABRÉGÉ d'ÉTIASTE,
Tjienace de seclécjarei' contre celai des dedx partis qui mettra des obstacles à la puix. Napoléon ne veut de paix qu'aux conditions qiVjl dictera luimême : il jure que quand les ennemis seraient campés à Montmartre, il ne cédera pas un village de ses conquêtes. Cette aveugle obstination détermina François II à entrer dans la ligue Européenne; le roi de Bavière en fit autant, et dès-lors la balance ne lut plus égale. Bientôt Kapolépn se vit chassé de Dresde, cerné de toutes parts, et renfermé dans un espace qui n'avait pas dix lieiies de tour. Knfin il fut attaqué sous les ranrs de Leipsick, par trois cent mille hommes et neuf cents pièces de canon. Il avait pour lieutenans, outre le roi de Saxe , son fidèle allié Murât , qu'il avait fait roi de Peuples; Berthier, le principal instrument de ses anciennes \ictoJres ; les maréchaux Ney , Oudinot, Auoereau , Marniont, Mortier. A la tête de l'armée Européenne paraissaient les deux empereurs, François et Alexandre^ , Guillaume, roi de Prusse; Bernadotte , jadis rtfît^dcs généraux de Napoléon, et alors héritier du royaume de Suède; Platow , chef des Cosaques; Schv^■arlzember^•, généralissime des Autrichiens; Bénigsen , suivi de toutes les forces russes; Bliicher, suivi de toutes, les armées prussiennes. On se battit pendant deux jours avec un égal acharnement ; le 18 octobre parut, et les alliés décidés à l'emporter, reprirent l'actiou avec une nouvelle ardeur. Après une longue résis-' tance, les Français commençaient à reculer, lorsque les troupes saxonnes postées à leur gauche, au lieu d'attaquer l'ennemi , se rangèrent de son coté, et tournèrent leurs armes contre leurs alliés. Cette défection accéléra la défaite des Français. On profita des ténèbres pour se soustraire aux coups de l'ennemi. A quelque distance de Leipsick , une rivière profonde coupait la route; elle aurait du
ou L'AMI DE LA JEUNESSE. Soj être couverte de ponts, et elle n'en avait qu'un seul fort étroit. Dès que Napoléon eut mis ce pont entre lui et les vainqueurs, il le fit sauter , et leur sacrifia ainsi d'un seul coup le tiers de son armée^ qui était encore au-delà de la rivière, avec presque toute l'artillerie et les bagages. Réduit à soixantedix mille hommes, reste de tant d'armées florissantes, harcelé par Jes Cosaques, arrêté près de Hanau par une armée de Bavarois, il ne dut qu'au dévouement 'de sa garde l'avantage de se fbire jour, et de continuer sa retraite jusqu'au Rhin {i8i5).
Alors enfin s'évanouit pour Napoléon le rêve si long- de la monarchie universelle. Rien néanmoins ne put le déterminer à la paix. A peine arrivé à Paris , il doubla les impôts , et ordonna une levée de trois cent raille hommes. Le sénat, depuis long-temps accoutun)é à encenser ses caprices, applaudit à cette mesure désastreuse ; il n'en fut pas de même du corps législatif : il. arrêta de vigoureuses remontrauces, qui lui méritèrent l'honneur d'être dissous sur-le-champ.
Les alliés passèrent le Rhin sur divers points A la ibis ( 21 décembre 181 3 ). Sans s'arrêter au siège des forteresses, ils inondèrent les provinces de l'Est, et se dirigèrent sur Paris. Napoléon étonné d'une invasion si formidable, essaya d'en retarder la marche par des négociations. Elles s'ouvrirent en effet; mais Jes armées combinées n'en avancèrent pas moins de toutes parts. Déjà la Franche- Comté, l'Alsace, la Bourgogne , la Lorraine étaient envahies , et les alliés entraient dans les plaines de la Champagne, lorsque Napoléon entreprit de les arrêter. Chàlons-sur-Marne était le rendez-vous des troupes. Il y trouve soixante-mille hommes avec lesquels il va surprendre Bliicher à Brienne. Ce général forcé de se retirer , prend sa revanclie deux jours après , et réduit Napoléon à rétrograder vers
5o8 Abrégé d'éraste,
Troyes (i*"" février). Cette retraiic pre'cipitée lui coûta plus de vingt mille conscrits qui jetèrent, leurs armes et disparurent dans les bois. De tous les rangs sortaient des plaintes amères et des cris de de'sespoir. L'armée semblait être à la veille de se dissoudre , quand elle fat jointe par la vieille garde impériale : ce renfort la retint sous les drapeaux, et la fit monter à quarante-cinq mille liomnies. •*.
iNapoléon, après avoir arrêté les alliés durant huit jours aux portes de Troves, se relirait suivi par Scliwartzeniberg-, lorsqu il apprit que l'avantgarde de BliicLer était près d'atteindre Meaux.Tout à coup, par nn de ces traits d'audace qui lui étaient familiers, il fait avec quarante raille hommes d'élite une ]narche forcée de la Seine à la Marne, à travers des chemins affreux , tombe le ii février sur cette avant-garde à Montmirel , la renverse et la pousse au-delà de la Marne, d'où elle va se réfugier à R.eims. De là il iond sur Bliicher lui-même, et le force à rétrograder jusqu'à Chàlons. Il n'en fallut pas davantage pour publier que l'armée de Bliicher était anéantie. Battus à Montereau, les alliés qui, après Taffaire de Montmirel, avaient refusé un armistice que dem.andait i^apoléon , proposent à leur tour farmistice ou la paix elle-même; lis lui garantissent son trône, tt n'y mettent pour condition que foccupation temporelle de Paris : mais Napoléon, enivré des succès qu'il vient d'obtenir, déchire le papier qui contenait ces propositions , en s' écriant : Je sais plus près de païenne quils ne le sont de Paris !
Après plusieurs combats où les succès furent également balancés de part et d'autre. Napoléon résolut enfin de se jeter sur les derrières de Farmée ennemie, et de fobliger à reculer pour n'être pas coupée; mais il ne vit pas que cette manœuMo allait ouvrir aux alliés tous les chemins de la capitale. En effet ceux-ci exécutèrent leur projet
ou l'ami DE LA JEUNESSE. Sog
avec une hatilelé et une activité qui ne leur étaient pas ordinaires. Laissant un corps de dix mille chevaux pour faire croire à Napoléon que toute l'armée continuait aie suivre par-delà Vitry, ils se mirent en marche sur-le-champ. Paris n'était couvert qae par Marmont et Mortier. Ils furent rencontrés près de Vilry par Schwartzemberg-, qui les culbuta et les poussi l'épée dans les reins jusqu'à Meaiix, d'où ils portèrent l'alarme dans la capitale." Cependant Napoléon cherchait l'arrnée combinée sur les confins de la Lorraine, et elle touchait aux portes de Paris. Cette accablante nouvelle lui parvint le 27 mars au soir. Il aurait pu en moins de quarante-huit heures, par la route de Châlons, se rapprocher assez des alliés pour inquiéter leurs derrières, et peut-être faire échouer leur entreprise; mais l'esprit de vertige qui le possédait, le fît errerducôté de Vassy, etce ne fut quele 29 qu'il repassa par Troyes, se dirigeant sur Paris. Les alliés y étaient arrivés ce jour-là même , au nom-' hre de deux cent mille hommes. Le lendemain, 5o mars, ils emportèrent toutes les hauteurs du nord : ils allaient forcer les barrières, et pénétrer dansles faubourgs Vépée à la main , lorsque Marmont, renonçant a une défense inutile et périlleuse, demande à capituler. Il en était temps. Napoléon laissant son armée en arrière, était accouru presque seul à quatre lieues de Paris, et avait envoyé l'ortlre de se défendre à outrance, jusqu'à l'arrivée du secours qu'il amenait. Heureusement pour Paris et pour la France , la capitulation était signée lorsque l'ordre fatal arriva.
Paris n'avait plus à craindre les horreurs de la guerre ; mais les esprits flottaient incertains dans Fattente du gouvernement qui allait fixer le sort de la France. Les royalisles profitèrent de ce moment d'hésitation pour s'emparer de l'opinion pu-
5iO AB^±GÈ d'ÉRASTE,
l)li<jue. Dès le matin du 5i mars , ils se répandent dans les divers quartiers de la capitale , et arborent la cocarde Llanclie. Peu à peu leur clan se communique aux Parisiens^ et bientôt l'on ejitend crier de toutes parts : rzW le rai, vivent les Bourbons ! A midi, Alexandre et Guillaume firent leur entrée dans Paris, tous deux à cheval, entourés d'une foule de princes et de généraux , et suivis de cinquante mille liommes d'élite, au son des trompettes et d'une musique guerrière.
XXIII^ ENTRETIEN
LOUIS xviii. (i8j4-i82o).
Le i" avril , la Municipalité de Paris renonça, par un acte solennel, à l'obéissaïice de Napoléon , et redemanda Louis XVIII. Le lendemain , le sénat fît la même renonciation. A Fontainebleau cependant, Napoléon, soit désespoir, soit illusion sur l'état de ses affaires , parlait encore de marcher sur Paris. Il fallut que ses généraux lui apprissent qu il n'était plus Empereur, et que la France avait un Roi. Cette nouvelle lui fit répandre des larmes , et il ne parut se consoler que par la cession que les puissances confédérées lui firent de la petite île d'Elbe, avec six millions de revenu. INi son épouse, ni son fils, ni ses parens ne le snivire'nt. L'archiduchesse Marie-Louise obtint le duché de Parme et de Plaisance , pour elle et so7i fils. Sa mère , ses sœurs et son frère se retirèrent à Rome, où le pape , long-temps son captif, eut la générosité de leur donner un asile.
Tandis que Pex-erapercur , en ro-ite pour son île, traversait, au milieu des imprécations pu-
ou l'ami de la jeunesse. 5li 4jliqiies, cette France cjiii jadis i'clevait jusqu'aux nues , les progrès de la restauration s'étendaient au Join , et les lis reparaissaient d'un tout da royaume à l'autre. Une dépulalion solennelle était allée en Angleterre poiteranxpieds de Louis XVIII les vœux de son peuple. Ce tnt le p.d avril qu'il quitta Douvres, et mit à la voile, accompagné de la ducJiesse d'Angouléme, du prince ,de Condé et <îu duc de Bourbon son fils. Depuis un mois, monsieur, comte d'Artois, était entré en France par l'Est, tandis qu'à l'autre extrémité de la France, le duc d'Angouléme avait été reçu dans Bordeaux avec des transports de joie inexprimables. J^uis XVIir sort du vaisseau ; il met enfin le pied sur le sol de la patrie, au milieu des cris d'allégresse. De Calais, il s'avance vers sa capitale ., oit il lait le 5 mai son entrée solennelle. Les spectaleurs étaient toutes les nations de l'Europe , qui, jujêlées et confondues parmi des milliers de Français , partageaient leur ivresse , et semblaient ne plus former avec eux qu'un même peuple.
Le Roi se hAta de travailler à la guérison des plaies laites à la France par vingt-cinq ans de malheurs. Il conclut avec les souverains alliés une paix ({ui étendait les anciennes limites du royaume , qui lui rendait une p:irlie de ses colonies, qui ne lui coûtait ni places fortes, ni contributions, ni même le sacrifice d'aucuns de ces monumens des arts dont nous étions redevables à nos conquêtes. Tous ces avantages furent le fruit de la pleine confiance et de la haute estime des alliés pour le Roi. lln'y eut pas de -prisonniers à racheter: Louis XVIII, même avant son retour , avait obtenu de l'empereur Alexandre la délivrance de quatre-vingt-dix mille Français captifs en Russie. Bientôt après, il jugea à propos de donner à son peuple une Charte Constitutionnelle, qui établissait deux Chambres, celle des Pait ^ nommés pur le Prince, et cf^lle des Dé-
5i2 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,
pillés cles Dëpartemens : c'était de la coopération de ces deux Chanxbres que les lois proposées par le Roi tiraient leur force et devenaient lois de TEtat. Kn même temps, malgré les seize cents millions de de! tes dont Napoléon avait laissé la nation obérée , l'on vit renaître le crédit public , refleurir les manufactures, et les bienfaits de la paix se répandre dans toutes les classes de la société. ( i8i4) Nous reprenions enfin notre place dans la grande famille de l'Earope, et déjà les bienfaits d'une paix si long-temps désirée , se faisaient sentir jusque dans r.n autre liémispLère.
C'est au milieu de tant de sujets de joie et de prospérité, qne tout à coup Bonaparte s'écKappa de son île. Dès les premiers jours du mois de mars ( i8i5 "), il parut sur les côtes de la Provence. Sa marche fut rapide, et les moyens de résistance qu'on lui opposa devinrent, par la trahison , autant de moyens d'invasion. Le maréchal î^'ey , envoyé contre lui , avait promis aT7 Roi que, s'il pouvait l'atteindre , il le ramènerait à Paris dans une cage de fer; et, quelques jours après , il fait déclarer pour l'usurpateur l'armée destinée aie combattre. Il en fut de même sur toute la route; les forces rassemblées pour arrêter le torrent ne firent que le grossir par leur défection, et en alimenter la violence. Le Roi , trahi par l'armée qui avait juré de le servir , se vit contraint de quitter Paris, et de prendre le chemin de îa Flandre. Le lendemain , 20 mars, Bonaparte se présenta aux portes de la capitale , où il n'entra cependant qu'à la faveur des ténèbres. Quelques heures après, une proclamation apprit aux Français que TEmpereur, qu'ils avaient rappelé, était rendu à leurs vœux.
Cen'-étaient pas seulement les puissances étrang-ères que ce retour appelait aux armes. La Vendée fit entendre le cri de guerre, et plusieurs villes dii midi de iâ France suivirent son exemple. Cepen-
ou l'ami de la jeunesse. 5iS dafJt la (îlle de nos rois faisait de vains efforts à Bordeaux pour ramener à la fidélité les soldats de la garnison; vainement aussi son époux, le duc d'Angoulême, luttait contre l'usurpateur dans les plaines du Dauphiné : trahi par presque tous les soldats de ligne , il se vit dans la nécessifé^de capituler. La ProTidence , qui veillait sur sa tête , voulut que Bonaparte, menacé par un million d'hommes, n'osât lui ôter la vie, et qu'il songeât trop tard à s'en faire un otage contre la vengeance que l'Europe armée s'apprêtait à tirer de lui.
Tous les moyens imaginables pour se procurer des hommes et de l'argent sont mis en œuvre par Napoléon. Il rassemble au champ de Mars un nouveau corps législatif, et, après en avoir harangué les membres , qui tous lui prêtent serment de fidélité, il part pour aller se mettre à la tète d'une armée nombreuse rassemblée sur les frontières du nord. Wellington et Bliicher, à la tète des Anj^lais et des Prussiens , se tenaient également sur les confins de la Belgique. Le i6 juin , Bonaparte eut sur les Prussiens, près de Flenrus, un avantage qu'il ne manqua pas de publier comme une victoire signalée; le i8, il tourna contre Wellinoton, qui l'attendait dans une forte position à Waterloo. Alors eut lieu cette bataille déplorable, où l'on vit périr les deux tiers de l'armée française , malgré les prodiges de valeur de nos vieux soldats, qui avaient résolu de mourir ou de remporter la victoire. Ceux qui avaient échappé au carnage rentrèrent en France dans le plus affreux désordre, et tout ce qui avait été traîné de force auxcombats, se hâta de regagner ses foyers. Bonaparte, échappé de Waterloo, fit cà Paris l'entrée qui convenait à un fugitif. Quelques jours après, il se vit contraint de renoncer au titre d'Empereur. Les deux Cham- J)res instituées par lui , et composées en partie de
5i4 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,
ses créatures, n'ayant plus rien à espérer cTan homme perdu , l'abandonnèrent. Wellingtoi entra brusquement en î>ance à la suite des débris de l'armée fugitive, et bientôt il parut à la Tue de Paris. La partie du nord était encore mieux fortifiée que l'année précédente. Le général anglais la laissa pour se porter au sud , qui étaiî presque sans défense. Il fallut céder. L'armée française fut réduite, en vertu- de la capifulalion , à se retirer au midi de la Loire ; et Paris, débarrassé de son influence, apprit avec transport que le Roi était à Saint-Denis. Le 8 juillet, Louis rentra dans sa capitale au milieu des plus vives acclamations. Bonaparte, tout près d'être saisi , n'eut d'autre ressource que de se livrer lui-même aux Anglais. On lai laissa la vie ; mais , pour lui ôter désormais le pouvoir de troubler les nations, on le confina sur le rocher de Sainte-Hélène, situé dans l'Océan Atlantique, et à une crande distance de toutes les contrées habitables ( i8i5 ).
Tranquille au milieu du carnage, Bonaparte voyait de sang-froid les milliers de victimes immolées à son ambition , les monceaux de cadavres qui lui avaient donné la victoire; et jamais il ne lui échappa un de ces mouvemens de pitié qui caractérisent un cœur sensible aux maux de Thumanité. Dans une bataille , disait-il, les hommes ne sont rien ^ les minutes sont tout. On pourra juger à quel point il fut fidèle à ses maximes, quand on saura que, d'après les calculs les plus modérés, son généralat et son règne ont coûté la vie à trois millions cinq cent mille Français, et à plus de quatre millions d'iiommes des autres nations. Un tel homme, s'il pouvait conquérir un empire, était incapable de le conserver et de le transmettre à sa postérité. Sa première domination avait été de quinze ans, la seconde ne passa pas trois mois;
ou l' A M I DE L A J L U -N HS S L. 3 i 5
DCiaisceiie-ci , dans sacoiirle durée, l'ut iiicomparablement plus funeste à la France , que n'avaient été les quinze nniiées de son consulat et de sou empire. La iiaale estime que les vertus et les malheurs de Louis XVIII avaient insj)irée aux puissiinces alliées, la sauva d'un démembrement ; maiS;, dn reste, [ce ne fut plus la générosité qui décida de son sort. Pour obtenir la paix, il iallut céder plusieurs points importaus su ries iiontières, abandonner pour cinq années presque toutes les forteresses du nord avec leur territoire, à la garde des troupes étrangères, restituer tous les monumens des arts, revendiqués par les diverses nations, et enfin s'engager à des contributions ini- Hienses.
Louis XVill, à peine remonté sur le trône, se bâta de dissoudre les restes de l'armée , échappés au massacre de Waterloo ;, puis il s'ocdipa de Tepuratiou des administrations, des tribunaux, des coups littéraires. Ces actes de rigueur furent tempérés par une amnistie générale, dont on n'excepta qu'un très-petit nombre des principaux auteurs de la dernière rébellion. Il en coûta la 4êèe à deux des plus marquans , au maréchal Ney et au général Labédoyére. Murât venait d'avoir Je même sort dans le royaume de Naples , où il avait entrepris de rentrer à main armée. Louis XYÏII , fidèle interprète des derniers vœux du roi martyr et de son épouse , voulait étendre sa clémence jusque sur les régicides ; mais ils ne purent trouver grâce devant la Chambre des Députés des Départemens qui les condamna à un exil ])erpétuel. Depuis ce temps, quelques légères révoiles ont été heureusement apaisées, et la France jouissait encore une fois d'un bonheur auquel elle ne semblait pas devoir aspirer, lorsqu'un horrible attentat est venu de nouveau la plonger, ainsi que son Roi, dans le deuil et rainiction. Un monstre , sorti
5i6 ABRÉGÉ d'ÉR A STE,
Jes enfers , l'infàine Louve! , avait conçu l'îioiTible projet d'assassiner la famille royale, que son inépuisable Lomé rendait de jour en jour plus chère à tous les Français. Le 12 février ( 1820), cet exécraLIe assassin saisit l'instant où le plus jeune de nos princes, le duc Charles de Berry^ sortait de l'Opéra , pour lui enfoncer un poignard dans le sein. L'auteur du forfait n'avait heureusement aucun complice; arrêté dans l'instant où il venait de le consommer, il ne tarda pas à Fexpier sur un ochafaud.La respectable et couraoeuse épouse du prince intortune ravi a notre amour, portait dans son sein un gage précieux de sa tendresse. Depuis cet événement fatal, nous adressions au ciel les vœux les plus ardens pour qu'il daignât perpétuer par un nouveau rejeton la race chérie de nosRois* Sensible à nos prières, l'Etre suprême a daigné les exaucer, et le c^uc de Bordeaux^ destiné par la Providence à régner un jour sur les Français, ne peut manquer de réaliser pour eux cet espoir de gloire et de félicité qu'ils fondaient, avec raison , sur les vertus de son auguste père.
XXiy»^ ENTRETIEN.
De r étude de la Chronologie et de F Histoire,
Eraste. Je me propose dans cet entretien de vous apprendre comment il faut étudier la Chronologie et l'Histoire.
Pour les éJémens de Chronologie, le moyen le plus court est de copier des tables. En cela, il y a un ordre à suivre , c'est de ne phicer dans vos premières tables que les époques : vous en ferez ens!!ite de plus complètes, observant toujours de li'aagmenter une table que lorsque vous l'aurez plusieurs fois écrite de mémoire. La Ghronolog-ie
ou l'ami de la jeunesse. 5i7
élémentaire ne consiste que dans une série de dates : elle forme la chaîne générale des événemens consignés dans les archives de l'Histoire, et classe les événemens préciséaient à la place et dans l'ordre des temps qui leur conviennent.
La multiplicité des faits ne donne que des idées coni'uses, quand ils ne sont pas arrangés avec beaucoup d'ordre. Un événement fameux et de nature à faire époque^ doit être pour la Chronologie, ce qu'une capitale ou une ville considérable est pour la Géographie. Les événemens d'une moindre importance viennent se ranger autour d'un événement majeur , comme toutes les petites villes , bourgs et autres lieux y sans conséquence. Voici une table chronologique des époques les plus remarquables avant l'ère vulgaire , qui peut vous servir de modèle pour d'autres tables du même genre.
Epoques,
Adarn, ou la Création i
IVoé, ou le Déluo-e universel i656
Ninus et Sémiramis , premier royaume
d'Assyrie. 1806
i\îeaès, premier roi d'Egypte i8i4
1 rcmière dynastie des empereurs de la
Chine 1824
IS'iiissance de Moïse 2433
Céçrops fonde Athènes.. 2448
Cadmus fonde Thèbes 2454
Institution des Jeux Isthmiques. • . . 2683
Expédition des Argonautes 274*
Codnis, dernier roi d'Atbènes 2909
David et Salomon 2992
Lycurgue à Sparte 3078
Didon fonde Carthage 3i2S
Chute du premier empire d'Assyrie sous
Sardanapale • 3i84
Jeux Olympiques établis . 3228
5i8 AunÉGÉ DÉRASTE,
Epoques»
Rome fondée . •.-...• .... 3255 Les Horaces et les Curiaces. ..... .5335
Les sept Sages de la Grèce 34 lo
Fonda[iori du o^rand empire des Perses par
Cjrus 3467
MiUiade à Maratlion 55i4
LéoriiJasaux Thermopyles 5525
Pausanias et Aristide à Platée 3525
Périclès à Athènes 3j55
Temps de Platon 5576
Xénophon et les dix mille 36o3
Mort de Socrate , . . 56o4
Gaulois en Italie. . . • 55i5
Philippe , roi de Macédoine 56^6
Mort d'Alexandre-le-Grand 56So
Arcîiimède 3720
Première guerre punique, dure vingttrois ans 5740
Deuxième guerre punique, dure sept ans. 3786
Scipion l^^ , Africain ■^797
Troisième guerre punique , dure quatre
ans s . 5855
Ruine de Cartliaoe. 5857
Marins bat les Cimbres. » ...... 5go2
Scjlla , dictateur. . 3o22
Cicéron , Cutilina ùq^i
Premier triumvirat, César, Pompée et
Grassus ^94-4
Mort de César 5960
Deuxième triumvirat , César-Octavien ,
Antoine et Lépide J961
Bataille d'Aclium . 3973 •
César-Octavicn , nommé Auguste. • . 0977 Angusle , maître du monde , paix universelle. . . 5995
Naissance de J.-Ch 4oo4
ou l'ami de la jeunesse. 5i9 De r étude de f Histoire,
L'Histoire est le récit tles événeniens passés : sorubut est de nous instruire, en nous présentant le tableau de ce qui a élé , pour prévoir ce qui sera. Elle mérife d'autant plus l'attention, qu'elle présente à l'esprit le grand spectacle des différentes passions qui ont agité les hoiiiraes dans tous les Siècles ; les \ertus qui font le bonheur de rimmanité , et qu'on doit imiter ; les vices qui dégradent les mortels , et qu'on doit iuir. Dans 1 Histoire , on trouve des instructions relatives à tous les étals , à tous les emplois, où l'honnête homme ])eut servir la patrie , en assurant son propre bonheur.
Ce qu'on doit chercher dans l'Histoire, \>véi'érablement à tout le reste , c'est la vérité. Un bon maître ne souffrira jamais que ses disciples fassent plus de cas de l'éloquence d'nn historien, que de son exactitude et de sa fidélité à rapporter -les faits. La plupart des antiquités de tous les peuples , sont pleines de fables et de ténèbres. Cependant l'Histoire des peuples anciens fo'irjiit des particularités fort intéressantes par rapport aux mœurs, aux lois, au gouvernement, aux arts et aux sciences. Avec l'esprit d'une saine critique, on peut en tirer des lumières, et éviter les erreurs de quelques-auteurs trop crédules.
La connaissance du l'Histoire grecque et romaine est principalement nécessaire, puisque les Grecs et les Romains furent nos maîtres et nos modèles. L'Histoire moderne, à commencer depuis l'établissement de la monarchie française, est sans doute d'une nécessité plus absolue que i'Hisioire ancienne ; mais elle })résente beaucoîip de dillicultés , et exige une élude particulière. Il laut consulter ceux qui ont le mieux écrit chaque
520 iLBRÉGÉ d'éraste, etc.
partie séparément , afin de ne point s'égarer dans ce vaste labyrinthe. L'Histoire ecclésiastique , presque toujours liée, depuis Constantin, aux affaires politiques , marche avec l'Histoire profane, et ne peut en être séparée. L'essentiel n'est pas de savoir beaucoup , mais de bien savoir ; et le principal avantage des études publiques , doit être de diriger sur un bon plan les études particulières. Il y a beaucoup d'auteurs où l'on peut puiser des connaissances historiques.
Une des choses qui peuvent le plus contribuer à mettre de l'ordre et de lachirté dans cette étude, est de distribuer tout le corps d'une Histoire en certains intervalles , qui présentent à l'esprit comme un plan général de toute cette Histoire , qui en montrent les principaux événeraens , et qui en fassent connaître la suite et la durée : ces divisions ne doivent pas être trop multipliées ; autrement elles pourraient causer de l'embarras et de l'obscurité. Enfin , pour donner une idée générale de l'Histoire , il ne faut prendre que la substance des choses , et laisser à part les difficultés chronologiques , les recherches infructueuses, les noms et les faits dignes d'oubli.