‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 80 sur 84 · GOUVERNEMENT RÉPUBLICAIN · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT RÉPUBLICAIN

En même temps que la Convention immolait Louis XVI à ses fureurs, les armées françaises, Abrégé d'Éraste, 21

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SOUS la conduite de Dumouriez , couvraient la Belp'iaue et uicnacaient la Holliinde. Bal tu à JNerwinde, ce gênerai , qui avait ose menacer les jacobins , fut accusé par eux de trahison. La Convention ayant envoyé cinq coioniissaires pour Tarrèler, il les fit saisir, et les livra au prince de Cobourg-, après quoi il passa lui-ujéuie chez les Autrichiens : sa tête fut mise à prix. Pendant que ces évéoemens avaient lieu en Belgique, le général Houchard battait le duc d'Yorck à Honscoot , et Cusiine perdait Mayence. Ce dernier, de retour à Paris, lut condamné à la ])eine capitale, et son fils, pour avoir pris sa défense , le suivit de près. Celte même année ( 5i mai ), beaucoup de députés suspects aux démagogues furent arrêtés ; les prêtres non assermentés se virent déportés à la Guianne, et la Convention créa le comité de salut public, centre de la plus alfreuse tyrannie. Le peuple français, par un décret du 16 août, reçut l'ordre de se lever en masse, et c'est de cet instant que peut dater le règne de Robersnierre et de la terreur.

Marat, qui avait propose 1 arrestation de cent mille parens ou arais d'émigrés , comme garans de la vie des cinq députés détenus à Olmulz, périt sous le poignard de Charlotte Corday , fille républicaine par caractère , et reçut les honneurs du Panthéon, tandis que celle qui avait délivré la France de ce tyran, marcha au supplice avec une résolution digne d'une meilleure cause. Dtius ce même temps, la ville de Lyon fiiisait juger Chalier, monstre émule de Marat, et l'envoyait au supplice. Cet acte de justice attira la loudre sur cette ville infortunée. Assiégée ])ar Dubois- Crancé, et défendue par le brave Précy, elle résista depuis le 8 août jusqu'au 10 octobre, où, forcée de se rendre par famine, elle devint le tliéâtre de toutes les horreurs. La loi du Mcuci-^ Vium vint frapper le comnierce et ouvrir la porte

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à tons ]es geiires d'accapra-eniens et de brij^ and âges ; la loi des suspects appela les délateurs, et donna naissance aux massacres juridiques, qui , bientôt organisés d'un bout à l'autre de la France, firent couler des fleuves de sang. Les guillotines dress<^es de toutes jjarts , mais trop lentes encore aa grë des assassins, furent secondées par les canonnades, les fusillades, les iioyades , etc. , cjui , dajjs un même instant , immolaient des milliers de victimes.

Le i" octobre fut signale' par le décret qui mettait en jugement les députés Girondins, auxquels Tes factieux imputaient le dessein de donner à la république un gouvernement fédératit'. Ils furent traînés au tribunal révolutionnaire, et subirent la Éiorl. Ceux qui étaient écliappés à la guillotine , périrent presque tous misérablement. Leur supplice fut précédé par celui de la reine. Digne émule de son auguste époux, Marie- Antoinette supporta le mallieur avec toute l'énergie et toute la majesté de la vertu. Elle mourut le iQ octobre, entourée, mais en vain, de tout ce que la raog républicaine avait imaginé de plus avilissant. Peu de temps après, le duc d'Orléans subit le même sort.

Dans les provinces de l'Ouest éclatait une guerre terrible , excitée par les émigrés et les Anglais. Le département de la Vendée en devint le foyer, et cet incendie menaça même les provinces qui avoisiuent la capitale. Les idées religieuses exaltées au dernier point, et les principes-Tépublicains , poussés à l'excès, y amenèrent un cpnflit que ne purent faire cesser les rigueurs militaires exercées par de nombreuses troupes, accoutumées à vaincre les ennemis du dehors. La guerre civile prenait chaque jour de nouvelles forces, et servait d'aliment ù la guerre étrangère. Cette année si fertile

en événemeiîs se termina par la reprise de Toulon , qui avait proclamé Louis XYII , et reçu en qualité d'auxiliaires des troupes espagnoles et anglaises. En évacuant cette place , les Anglais avaient emmené tous les habitans qu'ils purent recevoir : deux mille de ceux qui restèrent lurent sacrifiés.

1794. La Convention décréta la liLerîé des Nègres dans toutes les possessions de la France ; mesure impolitique, qui amena le massacre des malheureux colons et la perte des colonies. Plusieurs lois immorales se succédèrent avec rapidité. Un décret permit, dans les procès criminels, de recevoir comme témoins les dénonciateurs. Un autre bannit les nobles , non-seulement de Paris , mais encore de tontes les places fortes ou maritimes. Un orcîge subit éclata entre les démagogues : une partie, sous les ordres de Roberspierre, tenait ses séances aux Jacobins; l'autre partie, dirigée par Kébert , siégeait aux Cordeliers. Tout à coup ce dernier est arrêté avec dix-buit des siens, du nombre desquels était Ronsin , qui se Taisait appeler le général des sa7is-culottes. Ce coup inattendu affermit la domination de Roberspierre. Les échafauds rougirent chaque jour du sang de ses nombreuses victimes ; et l'on vit tomber pêle-mêle avec la tête des riches et des suspects, celles des

généraux et le savant chimiste Lavoisier , périrent en même temps. Deux jours après, le 9 mai , vingt-six victimes furent sacrifiées;, du nombre desquelles fut l'illustre sœur deLouis XVI. Fouquier Tainville, accusateur public, lui reprocha d'avoir aidé k la reine à mordre les balles qu'on devait tirer sur les patriotes, le 10^01111792.

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L'innocente princesse entendit, sans clianger de visage, Ja lecture de sa sentence, et Tïioiirut en Lc'ioïne chrétienne , â^ée de irente ans.

Cependant rauîurifé do Roberspierre comlJîeI^çait à cliânceler. Déjà le l-ourrcau de Lyon , le comédien Collot d'Herbois avait été assassiné. Les craintes du tyran croissaient de jour en jour, ses soupçons se multipliaient, et cet état pénible, loin d'arrêter sa cruauté, Tirrilait toujours da- Vtiiiiage. Il proscrivit plusieurs membres puissans de î;i Convenlion. Barrère, Billaud de Varennes, Tallien et Fréron furent dévoués à la mort; mais cette liste fut trouvée, et les victinies désignées précipitèrent leur proscripleur. En vain ses partisans ameutèrent les sans-culottes , en vain ils soulevèrent les sections de Paris, Robeispierre el cent cinq de ses suj^pôts périrent le 28 juillet.

A la chute de Pioberspierre , la P'rance opj^rossée respira; les prisons s'ouvrirent , les tribnii-uix révolutionnaires lurent suspendus, et leurs membres consternés ])resseirtire!it le sn]»plice mér.'ré qu'ils ne lardèrent pas à sabir. Dans Fespace de peu de mois, le féroce Fouqaier-Talnviile, Carrier, tyran de Nantes, et leur émuîe Joseph-le- Bon , furent con.damnés à la mort. Soixante-treize députés de la Convention, dont îe seul crime était d'avoir, dans le procès du roi, voté l'appel, au peuple, recouvrèrent leurliLerté. Pendant cette guerre intestine, les soldats delà république chassaient de tous côtés les armées étrangères auxquelles la trahison avait facilité des victoires passagères, et lorsque la guerre civile dévastait nos plus belles provinces, les Autrichiens étaient repoussés jusque dans le cœur de la Belgique, par la bataille de Fleurus; les Prussiens perdaient Mayence, et les Espagnols, après avoir l'ait quelques pas sur le territoire français, étaient rejetés jusque sur les frontières de la Catalogne.

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J795. Ce fut dans Je courant de janvier que périt le fiîs iinique de Louis XVI. Ce jeune enianl, arrache a !" ^'""^ ''^' mère , avait été mis sous la garde et ]a tuleile au ^^.'"'"^"l^^l^^^^l^^^'/^^^- Lin féroce , qui prit à lâche de depu?^'*^' ^^^ l«cullés physiques et morales. Après avoir ian^jui ^^^^ de irois ans dans les fers, il succomba sous le poids des mauvais traitemens , et mourut tout couvert d'ulcères. A sa mort, Monsieur, com'te de Provence, prit le titre de roi, et Je nom de Louis XVlII. Madame RovaJe, dernier rejeton de Louis XYI , fut échant^ée contre Itts cinq commissaires de laCon\ention que Dumouriez avait Jivréi aux Autrichiens. Qualre ans après, en 1799 , cette princesse alla en Russie, où elle épousa le duc d'Angoulême, fils aine du comte d'Artois, et s'attacha à la destinée de Louis XVIII. Ces illustres proscrits errèrent de climats en climats jusqu'en i8o5, que l'Angleterre leur offrit un asile honorable.

Des mouvemcns sédiliei?x tendant à renouveler la terreur, agitèrent les sections, surfont parmi les haijifâns ciu iaubouro- Saint-Antoine; mais la convention 1 emporta , et les moteurs de ces soulèvemens furent aussitôt immolés. Bientôt après , les clubs, foyers de l'anarchie, furent dissons, les tribunaux révolutionnaires anéantis, et la troisième constitution fut présentée et ensuite acceptée le 18 avril. Par cette constitution . le pouvoir exécutif était concentré dans cinq individus appcr \és Directeurs ^ et le Corps Législatif , divisé en deux Chambres ou Conseils, le Conseil des Anciens et celui des Cinq Cents. La Convention, jalouse de 6e perpétuer, avait résolu de faire entrer dans les Conseils qui devaient la remplacer , les deux tiers do ses membres. Plusieurs assemblées primaires de la capitale osèrent s'élever cmlre cette dispot^ilion; les esprits s'échaulîtrenl ; des sections eu-»

ou l'ami de la jeunesse. 487 iières prirent les armes, et se dis})osèrent à appuyer , pnr la violence, les arrêtés qu'elles avaient pris contre la Convention. Une explosion terrible éclata ; ruais le canon dirigé sur toutes les avenues des" Tuileries ayant balayé les insurgés, ceux qui purent échapper furent forcés de rentrer dans leurs loyers. Débarrassée de ses ennemis , la Convention termina ses séances; le Directoire et les deux Conseils furent inst^tllés ( 29 octobre 1795).

De grands événemensne lardèrent pas à signaler les commencemens de ce nouveau gouvernement. Une armée française, au milieu des rigueurs de l'hiver, avait envahi la Hollande ; une autre passa le Rhin . et en soumit la rive droite, depuis Bàle jusqu'à Dnsseldorf. L'armée des Pyrénées , après avoir fait des prodiges de valeur, avait forcé l'Espagne alarmée à demander la paix; un autre traité avait été signé avec la Prusse quelques mois aupar.ivant; le général Hoche, par sa diligence, avait empêché les royalistes de la Vendée de se joindre aux émigrés et aux Anglais débarquée à Ouiberon, et la défaite de ces derniers ;>vait amené les Vendéens, fatigués d'une lutte inégale, à se prêter à une pacification générale. L'arrestation et le supplice de Stofflet et de Charrette terminèrent enfin cette guerre désastreuse : les insurgés mirent bas la armes, et le calme se rétablit. En Allemagne, l'archiduc Charles vint arrêter la marche des Françiis. La sanglante bataille de IXéresheim dura dixsept heures avec des succès balancé^, et ne se termina qu'à la nuit, que les de^ix armées passèrent sur le champ de bataille. Jourdau, après plusieurs échecs, fut contraint d'évac'ier Nuremberg* et Bamberg- , et remit le commandement de l'armée de Sambre- et-Meuse au général Beurnonville. De son côté le général Moreau , abandonné en Bavière et forcé de se replier, exécutait une retraite de cent lieues , qu'il ijlustrait par plusieurs vie-

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toires, tandis que l'archiduc Charles perdait au siège de Kelh, qui le retint pendant deux mois, l'occasion de secourir l'Italie, où tout cédait anx armes victorieuses de Kellerman. Deux cent mille hommes, commandés par Beaulieu, vinrent remplacer les vaincus , et les Français étaient près de succomber, lorsque Bonaparte, à qui les dépositaires actuels de l'autorité devaient leur victoire sur les Parisiens , obtint , pour prix de ses services, le commandement de l'armée d'Italie. Il justifia le choix qu'on avait fait de lui par les journées de Montenotte, de Mondovi et de Lodi , qui le rendirent maître de ritalie septentrionale.

Ce succès effraya les cours de Ts'apies et de Turin; elles demandèrent la paix; et Bonaparte l'accorda, dans le dessein sans doute de diviser l'Italie ^ et d'en atténuer les forces. iNjilan et Pavie furent châtiées dans leurs chefs; Crémone ouvrit ses portes au vainqueur, et les coalisés n'eurent bientôt d'asile que dans Mantoue. La consternation s'empara de Venise : elle voyait l'orage s'approcher, et Vérone, une de ses places les plus importantes, était menacée. Masséna y ^^ son entrée, tandis que Bonaparte ordonnait l'investissement de Mantoue. Vers le même temps, le pape Pie VI acheta la paix par la cession de Bologne, de Ferrare et de la citadelle d'Ancône , ainsi que par le don de ses tableaux les plus précieux, de cinq cents manuscrits et de vingt-un millions; ensuite la citadelle de Milan capitula, et une colonne de l'armée française s'empara de Livourne. Cependant les Impériaux, après s'être recrutés dans le Tyrol, reparaissaient sous les ordres de Wurmser, reprenaient Vérone, et faisaient lever le siège de Mantoue. Ce fut dans ces momens critiques, où Bonaparte fournit à l'histoire un de ces traits de présence d'esprit dont on trouve bien peu d'exemples. Il n'avait <{ue douze cents hommes: quatre

ou .l'ami de la jeunesse. 489 îïiiJle Autridiiens, soutenus par du canon el de la cavalerie^ le somment de se ren.îre : il feint d'être suivi de toute son armée, les menace, les épouvante, elles contraint de mettre tas les r.ri.es.

Vers ce même temps les débris des armées, si sourent dispersées , s'étaient réunis sous les ordres du leld maréchal Alvinzi, et campaient près d' Aréole, au milieu des marais. Ce fat là que s'engagea ce combat terrible qui , avec des succès Lalancés, se prolongea pendant trois jours. Les sanglantes journées d'Arcole furent suivies de six combats et des deux batailles de Rivoli et de la Favorite , où. les Français furent toujours vainqueurs. La paix momentanée que depuis peu de mois le pape avait achetée au prix de tant de sacrilices, fit place à de nouvelles hostilités. Après s'être emparé du trésor de Lorette , le général Victor se dirige avec Bonaparte sur la métropole. Pie VI obéit aux ordres du vainqueur, et, par le traité de Tolenlino ( 19 février i797), il reçoit dans Ancône une garnison de Français, et paie trente-un millions un second moment de tranquillité. Bonapirte se dispose ensuite à lutter contre le prince Charles , qui s'avançait avec les Hongrois : il gagne la bataille de Neuïnarck , et renforce sou armée de caUe de trois génér<jux, qui, en traversant le Tyrol, viennent se joindi-^e à lui par la vallée de la Drave. L'empereur désirant terminer cette guerre, qui, depuis cinq années désolait l'Italie, et voulant ariêterla marche de Moreau, qui se dirigeait sur sa capitale, envoya les généraux Merveld et Bellegarde à Judemhourg , pour traiter de la paix. Les négociations commencèrent aussitôt , et les préliminaires furent signés le 16 avril. Par ce traité, l'empereur renonçait à ses droits sur la Belgique et la f.ombardie, et consentait que le Pthin séparât ses états de ceux de la république. L-e traité de Léoben était à peine conclu que Bonaparte s'avança sur Venise.

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Celte ville capilula, et fut cédée peu Je temps après à la maison ti'Autriche , en déclommagemeut <îe la Belgique et du Milanez. Gènes , voisine de la France, était alors déchirée par les factions ; Bonaparte change la iorme de son gouvernement; une conslitution nouvelle y remplace l'aristocratie, et elle prend le nom de république Ligurienne. Cette même époque vit naitre aussi la république Cisalpine, dont Bonaparte établitle siège à Milan. Dans l'intérieur, le Directoire, par son despotisme, aliénait de jour en jour l'opinion publique; mais loin de songer à plier, il ne cherchait que les moyens d'humilier ses adversaires. La veille du 18 fructidor ( 3 septembre 1797 ), des troupes parties de Versailles arrivent à minuit aux portes de Paris, s'emparent des postes militaires, et investissent les Tuileries. Deux Directeurs ( Carnot et Barthélémy ) ne partageaient ni les oj)inions ni les projets de leurs collègues : on marche pour les arrêter; Carnot plus méiiants'échaj)pe, Barthélémy est conduit en prison, et la puissance souveraine demeure aux mains des triumvirs. Le poste des Tuileries, où siégeait le Corps Législatif", lut forcé, les Conseils dispersés, et leurs débris , rassemblés à la hâte à l'Odéon et aux écoles de chirurgie, y formèrent un simulacre de Corps Législatif prêt à sanctionner les lois des triumvirs. I^'exil fut prononcé contre Carnot, Barthélémy et cinquante-trois députés ; la proscription s'étendit sur les généraux Pichegru , Murinais, Morgan et Miranda. Le surlendemain, pour remédier à l'épuisement des finances, on rétablit les loteries, on créa les péages qui, sur les roules, devaient à chaque ])as entraver le commerce, et l'on donna àfiinpot du timbre une plus grande extension. Enfin, on décréta la banqueroute, et la dette nritionule réduite des deux tiers, vint mettre le comble à la honte des Français. Les trois Directeurs complétij-cnt leur corps par la no-

ou l'ami de la jeu?îesse. 491 mination de Merlin et de François de Neulbhâteau, et ils se liâtèrentde melire à exécutioi les décrets qu'ils avaient dictés. L'exportation commenra, elles victimes partirent de Paris pour être transportées dans les pays les plus malsains de l'Amérique, où les attendaient des tourmens mille fois pires que la mort. A cette époque , Bonaparte terminait en Italie les négociations de la paix, qui lut définitivement signée à Campo-Formio , le 17 octobre

Apres avoir remj)orte en deux ans plus de victoires que d'autres «énéraux en plusieurs années, Bonaparte revint à Paris recueillir le juste tribut de gloire qu'il avait si bien mérité. T^ommé général en chef de Tarmée d'Angleterre, il pensa que cette puissance ne pouvait être attaquée plus efficacement que dans ses possessions lointaines ; les événemens ultérieurs devaient cbanger ses dispositions à cet égard. Dans le dessein où il est d'opérer une révolution dans l'Inde, il conçoit le projet de s'emparer de l'Egypte. Bientôt^ sous le voile d'un impénétrable secret, il a rassemblé dans nos portï» de la Méditerranée une flotte nombreuse et capable de porter quarante mille hommes. Il a pris ses mesures avec tant de s:igesse, que déjà il s'est emparé de l'ile de Malte , avant que les flottes anglaises aient appris le but de ce grand armement; la même fortune qui Ta guidé dans les plaines de l'Italie, raccompagne sur les Qots. Il louche ai:x rivages de l'Egypte ; il y débarque avec son armée. Uncom])at le rend mahre de la ville d'Alexandrie; et deux victoires remportées contre les Mamelucks , lui ouvrent les portes du Caire, et lui assurent l'entière possession de la basse Egypte , dont il devient le législateur, avivàs en {«voir été le vainqueur.

Pendant les négociations })our la conclusion de la paix, les deux grandes puissances belligérantes, la France etl'Autriche, étaient convenues d'-assen\-

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Lier un congrès, où se trouveraient les plénipotentiaires de tous les princes qui avaient des inde.Tilîités à réclamer de la république française, et de ceux qui, ayant déjà fait leur paix avec elle, avaient ou des limites à déterminer, ou de nouveaux rapports, de nouvelles alliances à former. Ce congw-ès eut lieu à Rasladt ; mais l'Angleterre, qui craignait que le résultat de ses délibérations ne îiît une paix générale du continent, contraire à son ambition, agit sourdement par ses émissaires , et lit tant qu'après plusieurs mois de lenteurs et d'inutiles débats, ce congrès fut dissous, et les plénipotentiaires français assassinés. D'ailleurs , le départ de Bonaparte avait relevé trop baut les espérances de l'empereur d'Allemagne, pour qu'il restât lîdèle au traité de paix, et le Directoire de son côté semblait ne s'être occupé qu'à provoquer de nouvelles boslilités. Deux fois Pie VI avait payé la paix; mais de sourdes intrigues avaient sapé dans Rome même les fondemens de sa puissance. Tout à coup le général Dupbot est tué par des mutins, et Joseph Bonaparte, ambassadeur français, se retire à Florence. Bertbier entre dans Rome, arbore le drapeau tricolore, et, formant à la hâte un gonverneujent provisoire, il reconnaît, au nom de la République Française , la République du Capitole. Le souverain pontife est détrôné, et ce vénérable vieillard se voit traîné d'exil en exil jusqu'à la citadelle de Valence, où il meurt le 29 août 1799-

L'année 1798 fut marquée par la subversion de la Suisse, qui reçut une constitution dictée par les Français, et fut forcée de leur céiler févèché de Baie, l'état de Mulhansen et la principaulédePorentruy. La république de Genève fut entraînée par ce torrent. Animé contre l'Angleterre, le Directoire se flattait de pouvoir je*:er en Irlande des germes de révolution; mais ses efforts infructueux lui firent perdre deux escadres, qui vinrent successi-

ou l'ami de là jeunesse. i^S vemert aLorder et se faire prendre dans la baie de Kilala. Plus heureux en Italie, les Français, commandés par Chauipionnet, ouvrirent la campagne de 1 799 par l'envaliissement du royaume de INapIes. Ce fut alors que les puissances s'unirent de nouveau , et que le Directoire, au lieu de conjurer l'orage, ne lit qu'en hâler l'explosion en déclarant la guerre à l'empereur et au grand duc de Toscane. Trois armées IVançaises passent le Rhin, et entrent en Allemagne; mais celle de l'aile gauche étant Lattue par l'archiduc Charles, celle de la droite est contrainte de se retirer du cœur de la Bavière pour rentrer sur le territoire de la République. En Italie, une nombreuse armée de Russes et d'Autricliiens envahit les étals ci-devant Vénitiens, s'empare de Vérone, de Manfone, de Milan, renverse la république Gis. ilpine, s'approche de Gênes, et menace la Provence iTiine invasion. Elle est arrêtée dans sa marche par le général Macdonald, qui, accouru du royaume d(^ Nnples, o])ère sa jonction avec les débris de l'armée i'rançaise. Le général Moreau va prendre le commandeuient de cette armée d'Italie, qui se tient sur la défensive , en attenilant que l'armée d'Helvélie eût reprisses avantages contre les Austro-Russes, qui s'étaient emparés de Schaffouse , et avancés jusqu'à Zurich. Heureusement une mésintelligence pousse l'archiduc Charles à se séparer des Russes avec un corps de quarante mille hommes. Pendant qu'il assièoe vainement Pliilisb^urg , le général Masséna livre bataille, auprès de Zurich, à Korsakow, général russe , dont l'armée venait d'être affaiblie par le départ des troupes de l'archiduc. La grande victoire que remporta l'armée française, fut le lerme des succès des ennemis, de ce col-é, et la défaite d'un corps russe, amené d'Italie en Suisse par Suwarovy, compléta leur déroute et hâta leur retraite. En Hollande, le général Brune venait de défaire les

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Anglo-Russes débarques dans ce pays , et le duc d'Yorck avait été trop heureux de se rembarquer avec ses troupes, à ]a faveur dune capitulation.

La joie causée pnr les premiers succès de Bonaparte en Egypte, fut troublée p^r la nouvelle du désastre de la flotte française à Aboukir. Les Français pris entre deux feux par Tamiral Nelson . ne pouvaient manquer de succomber; mais ils se battirent en désespérés; leur amiral de cent-vingt canons sauta en l'air , un autre alla se briser à la côte plutôt que de se rendre; deux se sauvèrent r tous les autres^ sur le point découler bas, amenèrent leur pavillon. Bonaparte n'avait plus de flotte : prisonnier, pour ainsi dire, en Egypte avec son armée, il poursuivit et acheva la conquête du pays. Néanmoins les Mamelucks et les Ei:yptiens se soulevèrent autant de lois qu'ils en trouvèrent l'occasion, et les violences que Bonaparte employa pour les contenir , achevèrent d'exaspérer les esprits contre le vainqueur. Le mauvais succès du siège d'Acre fit tort à sa réputation et à ses alFaires : les avantages même qu'il obtenait, contribuaient à le miner. Il le sentit, et, dégoûté de l'Egypte , il tourna ses vues et ses espérances du côté de l'Europe (1799)

Rappelé en France ];ar une faction déjà puissante , il abandonne son année, riionte sur une frégate, aborde les côtes de Provence, et se rend droit à Paris. La Piépublique , depuis long-temps languissante, louchait à s» 'dernière heure. Le Directoire et les conseils n'inspiraient plus de confiance : des plans étaient tracés; l'arrivée de Bonaparte hcàfa leur développement. So!îtenu par l'éclat de ses victoires, et ayant pris des mesures, il fit demander leur démission aux membres du Directoire; elle fut donnée sur-le-champ. Il fit entrer dans ses vues le Conseil des Anciens où il avait des |>artisans. De là il se rendit aux Cinq-Geais où on

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l'accueillit par un cri de fureur. Il sort : quelques instans après des soldats arjnés entrent dans la sn lie, hi bayonnette en avant; les députés effrayés se retirent en désordre, et se dépouillent , dans leur fuite, du costume qui pouvait les trahir. On re-> forme à la hâte une nouvelle assemblée dévouée à Boniparte; on fabrique une nouvelle constitution, trois Consuls remplacent le Directoire,- et lionaparte, le premier d'entre eux, se trouve investi de l'autorité la plus absolue. Ainsi se termina la journée, dite du 18 brumaire.

XXI« ENTRETIEN

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