‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 1 sur 89 · PREMIER ENTRETIEN · texte numérisé non relu

PREMIER ENTRETIEN

Sur la Mythologie en général.

ÉRASTE, EUGENE, EUDQXIE, sœur d'Eugène.

Éraste. Jusqu'ici , ines cliers enfans, je me suis attaché à former votre cœur par Tc'tude de la religion et de la morale , et je vous ai expose' tout ce qu'il importe à l'homme de connoître et de pratiquer pour parvenir à Dieu , qui est sa fin dernière. Vous avez vu que le ve'ritable chrétien est nécessairement bon citoyen , bon sujet , bon époux , bon père , bon fils, ami solide, maître compatissant et généreux, serviteur soumis et fidèle; en un mot, vous avez vu qu'il réunit toutes les vertus qui sont le fondement de la société civile , et qui seules peuvent la rendre heureuse. Actuellement , nous allons commencer un nouvel ordre d'instructions, dont l'objet sera de former et de cultiver votre esprit.

EuGÈisE. C'est-à-dire qu'en présentant de nouveaux alimens à notre curiosité, vous allez fournir de nouveaux motifs à notre reconnoissance.

EuDOXiE. Pour moi. Monsieur, je ne puis vous dire com-

bien je suis sensible à vos soins généreux ; vous m'avez rcn- <âu8 avide tleHecture, j'en vois de plus en plus Tulilite' ; et mon ardeur est telle que je vous supplie d'entrer sur-lechamp en matière.

Er. Occupons-nous d'aboid de la mythologie, science, à la vérité' , plus frivole que ne'cessaire en elle-même , mais qu'il n'est plus permis d'ignorer depuis qu'elle entre dans tous les cours d'éducation. D'ailleurs , on en peut tirer de erands avantages-, comme je vous le prouverai bientôt, et, de plus, elle est très propre à délasser votre esprit de l'attention sérieuse qu'il m'a prêtée jusqu'à présent. Mythologie est un mot grec qui peut se traduire par Connaissance de la Fable , ou Histoire des fausses Divinités du Paganisme , et tel est en effet l'objet de celte science.

La fable , qui est un composé de faits réels et de mensonges embellis , est née de la vérité , c'est-à-dire , de l'histoire , tant sacrée que profane , dont plusieurs événemens ont été altérés en différentes manières et en différens temps, soit par les opinions populaires, soit par les fictions des poètes.

Je dis premièrement que la fable est née de l'histoire , et surtou^ de l'histoire sainte. Pour s'en convaincre , il suffit de comparer le plus grand nombre des traits de la Mythologie avec ceux de l'ancien Testament. Qu'est-ce en effet que le déluge de Deucalion, sinon l'image de celui cjui arriva du temps de Noé? Qu'est-ce cjue l'histoire de Saturne et de ses trois fils, sinon celle de ce même patriarche, qui fut la seconde tige du genre humain? La fable des géans qui escaladèrent le ciel , est un reste de la tradition du projet insensé que conçurent les enfans des hommes en bâtissant la tour de Babel. ÎS'est-il pas évident que le chaos, la séparation des quatre élémens , la formation de l'homme par Prométhée , sont copiés de la Genèse? 11 suit de ces principes, que la plupart des fables sont autant d'enveloppes sous lesquelles les anciens nous ont conservé la mémoire des premiers événemens, et qu'on doit chercher sous leurs écorces les faits historiques qu'elles renferment.

Je dis, en second lieu, que les fictions poétiques n'ont pas peu contribué à donner du cours à la fable. En effet, les poètes , voyant que la fiction étoit Tâme de leur art , s'avisèrent de ne jamais rien dire naturellement , et d'embellir tous

losfaits historiques par des circonstances surnaturelles. Bientôt les bergers furent des satyres ou des faunes, et les Lereères des nymphes; les hommes à cheval devinrent des cenrauresles vaisseaux furent appelés, tantôt des chevaux ailes , comme dans l'histoire de lîellerophon , lantà* des dragons, comme dans celle de Medee. On fit passer les oranges pour des pommes d'or -, et l'argent répandu pour corrompre les gardes de Danae' fut figure par une pluie d'or. Quand (juelque princesse mouroit do douleur de la perte de son mari ou de ses enfans, le dénouement de Tele'gie qui etoit composée sur son aventure étoit de la changer en fontaine ou en rocher. S'il arrivoit que quelque princesse se laissât aller à la dissolution , le poète , })ou.- ménager la réputation de son héroïne, publioit qu'un dieu l'avoit aimée. De là tant de dieui incestueux, adultères et dissolus. On dit qu'Orphée charma les tigres et les lions, et rendit sensibles les rochers, parce qu'il étoit si persuasif, que les cœurs les plus durs ne pouvoient résister à son éloquence ni aux charmes de sa voix. Esculape, qui excella dans la médecine, passa pour être le fils d'Apollon ou du Soled, parce cjue cet astre, par ses influences , donne la maturité' à toutes les productions de la terre. Ceux qui e'toient braves et courageux furent appelés enfans de Mars. Enfin , comme il y eut des princes qui prirent le nom des fleuves qui passoient dans leurs états, ils furent regarde's comme les enfans de ces fleuves. Quant à ceux dont on ignoroit l'origine et cjui s'étoient rendus célèbres, les poètes les regardoient comme les enfans de la terre. Ces fictions passèrent dans les histoires, et de Thistoire dans la the'ologie païenne. On forma un système de religion sur ces ide'es poétiques ; on érigea des temples, et l'on offrit des victimes à des dieux qui navoient de réalité que dans l'imagination des poètes.

EuD. Eh! pourquoi s'est-on avisé de falsifier ainsi la vérité?

Er. C'est l'ouvrage de l'ignorance , de la foiblesse de l'esprit humain, et de l'oubh du Créateur; ajoutez à ces causes l'amour du merveilleux , la varùté , la corruption du coeur, et vous connoîtrez toutes les sources de la fable : rappelez-vous à ce sujet tout ce que je vous ai dit sur l'origine de l'idolâtrie dans notre troisième entretien.

EuG. Quel pays rcgarde-t-on comme le berceau de la fable et de l'idolâtrie?

Er. On croit, avec assez de vraisemblance, qu'elles prirent naissance dans la famille de Cbam , dont les descendans s'e'tablirent dans i'Egypre et dans la Phénicie. D'abord ils n'adressèrent leurs hommages qu'aux astres et aux animaux ; mais ensuite Ninus, roi des Assyriens, introduisit une espèce d'idolâtrie plus marquée, et, en un sens, moins excusable. Ce prince lit e'iever au milieu de Eabylone , capitale de son vaste eiTipire , la statue de Belus , son père , et ordonna à tous ses sujets d'offrir h ce divin simulacre l'encens et les prières qui ne sont dus qu'à la Divinité'. A l'exemple des Assyriens, les nations voisines de'ifièrent leurs rois , leurs guerriers , leurs grands hommes, les instiluteurs des arts, et tous ceux qui, par leur génie ou même par l'e'ciat de leurs crimes, s'étoient tires de l'obscurité.

De TEgypte et de la Phénicie , l'idolâtrie se répandit en Orient parmi les descendans de Sem, puis en Occident parmi ceux de Japhet. La Grèce, où elle fut portée par des colonies phéniciennes, l'adopta, l'embellit et la transmit aux Romains. Ceux-ci bâtirent un temple nommé le Panthéon, où ils rassemblèrent toates les divinités honorées en divers pays ; et le culte des faux dieux fut ainsi propagé avec la puissance romaine jusqu'aux extrémités de la terre.

On comptoit plus de trente mille dieux chez ce peuple conquérant; ce qui ne doit pas vous surprendre, si vous considérez qu'on en avoit imaginé pour présider aux différentes parties de l'univers, aux passions et aux divers besoins de la vie. Saint Augustin remarque une douzaine de divinités différentes toutes occupées autour d'un chalumeau de blé, dont chacune d'elles, selon sa destination, prend un soin particulier dans différcns temps, depuis le premier moment que la semence a été jetée en terre, jusqu'à ce que le blé soit parfaitement mûri. On distinguoit plus de trois cents Jupiter, et plus de quarante Hercule : aussi un poète latin nous représente-t-il Atlas gémissant sous le poids du ciel , à cause de la multitude prodigieuse des dieux qu'on y logeoit.

EuCt. Quels sont, je vous prie , les avantages qu'on peut tirer de l'étude de la mythologie?

En. D'abord, elle nous apprend ce que nous devons à Jésus-

E.N ti\p:tien I. 5

ChiRl , cMi nous taisant connoître tlaiis (jiuUcs triirhrcs «paisses («toionl plonges nos pères, et juscju'à (julIIo folie l'erreur avoit conduit le genre humain avant que ce divin libe'rateur nous eut appelés à Tadmirable lumière de l'Evan-

Sans la mythologie , non seulement il n'est pas possible de bien entendre les poètes grecs et latins , et Thistoire des nations païennes, qui est nécessairement liée à celle de leur religion , mais encore les ouvrages que les saints Pères et les grands docteurs de TEglise ont conipose's contre le paganisme.

De plus, la fable nous présente plusieurs allégories très instructives. Par exemple , les aventures de Plia('ton et d'Icare nous font connoître les suites funestes de l'ambition. L'histoire de Tantale et celle des Harpies peuvent s'ap|)!i(juer aux avares. La métamorphose de Narcisse représente parfaitement ceux qui, par une folle vanité, n'aiment (|ue leur propre personne : on pourroit l'adresser aux égoïstes de nos jours, c'est-à-dire, à cette secte orgueilleuse de prétendus philosophes cjui rapportent tout à eux seuls. Il est aisé de reconnoîlre les reniords ti'une mauvaise conscience, dans les Furies qui tourmentoient Oreste , ot dans le vautour tjui rongeoit le foie de Prométhée. Qui ne voit , dans la fable de Méduse, dont la seule vue pétrifioit, l'effet que produit une passion, qui va souvent jusqu'à faire perdre tout senîiment.

Enfin , la mythologie nous met en état de reconnoîlre et d'apprécier les chefs-d'œuvre des grands peintres et des sculpteurs célèbres, dont la plupart des tableaux et des statues sont empruntés de la fable. Pour vous en faire juges, mes chers amis, et pour vous rendre en même temps l'yfude de la mythologie plus agréable , je vais vous conduire dans une magnifique galerie où sont représentées la plupart des divinités du paganisme * ; par-là vous apprendrez tout à la fois et à goûter les productions sublimes des grands artistes de tous les temps et de tous les pays , et à distinguer les sym-

* Celte fictiuii nous a\;iiit paru inbuffisantc sans la ropi'éseiitatiDii réelle des objets qu'elle i)(>u.s indique , nous y avons .-lUppléé par des gravures, qni, pi)ar la première fois, paroisseiit dans cet ouvrage, et qui reiidroiit cos descriptions plus faïuJliètes ei plus sensibles.

' Noie de l'Edilenr.)

boîes qui caractcriscnt ordinairement chacune des fausses divinités dont Je vous raconterai l'histoire.

Tels sont donc les principaux et même les seuls avantages que nous pouvons tirer de la mythologie , si nous Pe'tudions avec la décence , la sagesse et les précautions que la religion inspire et prescrit ; car, si vous ne considériez cette science que par rapport à Tidée qu'elle nous donne de la Divinité y vous ne trouveriez rien de plus absurde. En effet, quoi de plus bizarre et de plus ridicule que les peintures sous lesquelles les païens nous représentent leurs dieux? Les uns boiteux, les autres aveugles, tous sont matériels ; ils se battent les uns contre les autres; ils sont blessés par des hommes, comme Mars et Vénus par Diomède; ce sont des dieux pour la plupart adultères, voleurs, vindicatifs, cruels, livrés aux plus horribles excès; des dieux réduits h un état de foiblesse et de misère : ils fuient en Egypte, pour s'y cacher sous la forme de différens animaux. Apollon pleure son fils Esculape ; Gybèle pleure Atys ; le même Apollon , chassé du ciel , est contraint de garder les troupeaux ; Neptune, devenu maçon , n'a pas le pouvoir de se faire payer de ses journées ; et mille autres rêveries semblables, qui toutes prouvent cette vérité, que les dieux des nations sont l'ouvrage du père du mensonge.

EuG. Et ces grands hommes de l'anliquité, ces philosophes dont on parle avec tant d'éloges , et qui certainement valoient mieux que leurs dieux, croyoientces extravagances?

Er. La plupart se livroient aux superstitions du vulgaire , tant l'aveuglement étoit général ! Cependant il y en avoit plusieurs qui regardoient ces divinités comme des chimères, et qui blàmoient le paganisme et ses folies, mais timidement, à voix basse , et souvent dans l'enceinte de leurs écoles. Religieux parmi leurs disciples, et adorateurs d'un Dieu unique et souverainement parfait, ils suivoient le peuple dans les temples, et se proslernoient avec lui devant des dieux auxquels ils auroient rougi de ressembler. Tous craignoient de s'exposer au ressentiment d'une populace grossière et fanatique ; et pour justifier cette pusillanimité sacrilège , ils disoient que le sage devoit se conformer à la religion de l'état.

EuD.', Comment les païens pouvoient-ils distinguer cette foule de dieux les uns d'avec les autres? Si j'avois été ido-

lâtrc, j'aurais craint de confondre les dieux des vergers avec ceux des montagnes.

Eu. Pour prévenir cet înconve'nient, la tlieologie païenne avoir distribue tous les dieux en quatre classes. La première comprenoient les dieux suprêmes, appelés encore \c,s grands dieux des nations, parce qu'ils etoient connus et révères de tous les peuples. Ils e'toient au nombre de vingt, et on les subdivisoit en quatre ordres ; les uns pn'sidoient au ciel , les autres regnoient dans les enfers ; ceux-( i avoient Tcmpire des eaux, et ceux-là commandoient à la terre : toutes ces divinités re'unies formoient ce qu'on appeloit le conseil des dieux.

La seconde classe t^toit composée des dieux norame's les dieux inférieurs des nations. Ils n'avoient point de place dans le ciel ; ils étoient regarde's comme des divinités bourgeoises : ils portent encore le"nom à'Indigctes , c'est-à-dire, issus de la terre ; et celui de Semones, c'est-à-dire , hommes divinises.

Les demi-dieux occupoient la troisième classe : c'etoient des divinités qui tiroicnl leur origine d'un dieu et d'une mortelle , ou d'un mortel et d'une de'esse. On mettoit aussi parmi eux les héros que leur me'ritc avoit e'ieve's au rang des immortels indigètes.

Enûn , les divinités de la quatrième classe étoient les vertus qui avoient formé les grands hnmmes et qui font le bonheur des mortels, ou les vices qui les tyrannisent et les dégradent. Telle étoit, mes chers enfans, la division des dieux du paganisme : les premiers avoient une autorité souveraine , les autres étoient sidîordonnés ; mais tous avoient un maître commun, qui étoit le Destin. JMaintenant, pour mieux connoître ces chimériques divinités. Transportons-nous dans la galerie dont je vous ai parlé ; lis tableaux que vous y verrez vous instruiront autant que mes discours.

Des Dieux de la première classe.

EuDOXiE. Quel ordre admirable ! quel spectacle magnifique! Ne diroit-on pas que toutes les merveilles delà nature sont re'unies dans ce lieu?

Eraste. Votre enthousiasme ne m'e'tonne point, ma chère Eudoxie. Voilà précise'ment l'effet que produit le beau sur une âme qui, pour la première fois, éprouve l'empire de ses charmes ; il l'e'lève , la saisit , la transporte. Mais ne perdons point de temps en re'flexions étrangères au sujet qui nous amène ici. .

Ce premier tableau repre'sente ce que les païens appeloient le Chaos; c'est l'état de confusion où l'on suppose qii.'e'loit la matière avant la création du monde, une masse informe qui contenoit les principes des êtres, et qui, se débrouillant , produisit l'univers.

Ce dieu plein de majesté', que vous voyez ensuite , et dont les traits annoncent un caractère inflexible, est le Destin, fils du Chaos , planche i , figure i. Le livre qui est à ses pieds, et cette urne qu"il tient dans ses mains renferment le sort de tous les hommes. A la gauche de la divinité , et dans le fond du tableau , ce magnidque palais , que vous apercevez, est son temple : cent portes d'airain et d'immenses remparts en défendent l'accès aux foibles mortels. Cet homme armé d'une faux, et qui a deux ailes, est le Temps, fig. 2 -, et cette femme sévère , immobile , qui le regarde , est la Nécessité.

Eugène. J'entends ; ces deux personnages sont les ministres du Destin. Mais vous ne nous dites rien de ce monument lugubre , sur lequel je vois un livre ouvert.

Er. C'est un autel de fer, et ce livre est celui du Destin. Comme ce dieu passoit pour étie le maître absolu de toutes les autres divinités, et que toutes étoient soumises à ses décrets irrévocables, lorsqu'il survenoit quelcjue contestation entre elles , elles recouroicnt au livre fatal , et s'y conformoient aussitôt.

Turnr 2 /'.,,, S

/il J/i'/i>,)/ltiri

// r/uUn

Quoique le Chaos et le Destin sou fils fussent regardes , l'un comme le principe , et l'autre comme l'arbitre suprême des dieux, cependant les païens donnoienl le premier ranj^ à Cœius, autrement appelé le Cic/ ou Uranus, qui eut de 7V////.V ou la Terre, nommée encore Cyièlc, deux- fds appelés TUan et Saliime.

Titan , en qualité de fils aîné du Ciel, devoit succéder à la puissance de son père. Mais, cédant aux imporiunilés de sa mère , il abandonna ses droits à Saturne , son cadet , à condition pourtant (|u'il n'élèveroit aucun enfant mâle.

Dans ce tableau, vous voyez Saturne , qui , fidèle à ses engagemens, dévore ses fils au moment d(> leur naissance. Mais Cybèle , sa femme , ayant mis au monde Jupiter et Junon, ne lui présente que la dernière ; et , au lieu de son fils qu'elle cache avec soin , elle lui donne une pierre , que ce père ambitieux et cruel avale aussitôt.

Titan, informé de cette supercherie , déclare la guerre à son frère , qui , prétextant avoir exécuté la condition , refusoit de lui rendre l'empire du monde. Saturne est vaincu et mis aux fers : Cybèle a le même sort.

Jupiter, devenu grand, leva des troupes pour humilier les ennemis de sa famille , gagna sur eux une victoire signalée , et délivra son père et sa mère, qu'il replaça sur le trône. Mais ce ne fut pas pour long-temps.

Vous voyez ici qu'il devient parricide, et voici pourc|uoi. Saturne , ayant lu dans le \\xrc du Destin que Jupiter envahiroit son royaume, voulut prévenir ce malheur. 11 déclare la guerre à son fils, et lui tend des embûches. Jupiter le prévient et le surprend, remporte sur son père un indigne triomphe , et le chasse honteusement du ciel.

Saturne, tristement exilé, cherche un asile en Italie, où Janus , roi du pays latin, l'accueille avec respect. Cette petite peinture que vous apercerez au bas de ce tableau représente les Saturnales, fête instituie en mémoire du séjour que le père de Jupiter fit dans leLalium. On la célébroit tous les ans au mois de décembre; et, tant qu'elle duroit, le sénat romain, les écoles publiques, toutes les professions vaquoienf ; on s'envoyoit des présens, et 'es maîtres servoient eux-mêmes leurs valets.

Remarquez ensuite avec c|ueic richesse de pinceau le peintre

lo ÉRASTE,

nous a tracé l'image du règne de Saturne , de ce temps fortuné, foible esquisse toutefois du bonheur de nos premiers parens dans Tétat d'innocence, et dont la mémoire s'est conserv'ée parmi les païens, sous le nom d''Jge d'Or.

A cet âge d'or succéda celui d'argent : c'est le temps où les hommes commencèrent à devenir méchans : on le rapporte à celui où Adam et Eve perdirent leur innocence.

L'âge d'airain fut le temps de la corruption totale du genre humain ; et l'âge de fer, celui où les hommes commencèrent à se faire des guerres ouvertes : on en fixe l'époque à la construction de la tour de Babel, et à la confusion des langues.

EuD. Quel est ce vieillard triste et pâle , dont la barbe est si longue et si blanche , et qui paroît courbé sous le poids des années?

Er. C'est ce même Saturne , représenté sous l'imago du Temps, ^^. 2. La faux qu'il tient d'une main marque qu'il détruit tout ; les ailes que vous lui voyez aux épaules désignent sa rapidité; Ce sablier qu'il tient à la main exprime la vicissitude des événemens, qui se succèdent et se renouvellent sans cesse. On le représente aussi avec un serpent qui forme un cercle en se mordant la queue.

EuG. Comment appelez-vous ce personnage à double figure ?

Er. Janus. La fable dit qu'il étoit fils d'Apollon et d'une nymphe nommée Creuse. C'est lui qui reçut Saturne dans ses états ; et ce père des dieux, par reconnoissance, lui donna toutes les vertus d'un bon roi , avec le talent de ne point oublier le passé et de lire dans l'avenir; c'est ce que désigne ce double visage. Il lui enseigna l'agriculture , et le grand art de gouverner les peuples ; et Janus profita si bien des leçons du dieu , que l'italie , sous son règne , "vit naître les douceurs de l'âge d'or; c'est ce que représenteni ces troupes de peuples qui nagent dans l'abondance, et qui se livrent à la joie avec une entière sécurité. La clef que Janus tient dans sa main marque qu'il ouvroit ou comme^çoit l'année ; car c'est de son nom que le premier mois a ^é appelé Janvier. Le bâton qu'il porte désigne qu'il recevait bien les voyageurs , et qu'il présidait aux chemins. Le Superbe édifice que vous remarquez dans le fond du tableau est le temple que ÎSuma ' Pompilius , second roi de Ronte , fit construire en l'honneur

ENTRETIEN II. ii

âe ce dieu : il y avoit autant, de fenêtres qu'il y a de jours dans l'année, et les portes en etoient ferme'es pendant la paix, et ouvertes durant la guerre. Dans cette petite peinture qui est au bas, vous voyez le même Jaiius représente avec quatre visages, et cela pane qu'il presidoit aux quatre saisons de Tanne'e et aux quatre âges de la vie humaine : aussi remarquez-vous que l'un de ces visages est celui d'un enfant , ce qui désigne le printemps et l'enfance; l'autre, celui d'un jeune homme, ce (jui marque Tête et l'adolescence ; le troisième, celui d'un homme fait, ce qui amionce l'automne et l'âge viril; le quatrième enfui, celui d'un vieillard accable d'années et de tristesse , ce qui est l'emblème de l'hiver et de la vieillesse.

EuG. Quelle est cette femme assise tenant une corne d'abondance, dont la robe est parsemée de pierres précieuses et de fleurs de toute espèce , et qui a un lion h ses pieds? J/g. 3.

Er. C'est CyLèle, e'pouse du Ciel, mère de Saturne, et déesse de la terre. Elle portoit plusieurs noms ; mais le plus ordinaire, après celui par lequel je la désigne, etoit le titre de Graud'Mère , parce qu'elle e'toit regardée comme la mère de tous les dieux. Elle est assise, pour marquer la solidité' de la terre ; elle porte un disque ou tambour plat, symbole des vents qu'elle renferme. Sa tête est couronnée de créneaux et chargée d'une tour, parce qu'elle apprit aux hommes à s'enfermer dans des murailles. La clef qui est suspendue à sa main indique que la terre ouvre son sein à toutes les productions sublunaires; et les animaux qui l'environnent désignent qu'elle est la mère de tout ce cjui a vie sous le ciel. Ces hommes cjue vous voyez danser devant la déesse , au son des tambours, et oaroissant jeter des cris et faire des contorsions épouvantable:, sont les prêtres de cette divinité. Ils étoient au nombre de dix : on les appeloit Gulli, Dactyles, Corybantes , et Curèlcs. Quelquefois, dans leurs fêtes, ils se pénétroient d'une tele fureur, qu'ils se frappoient à coups d'épéc.

EuG. J'aperçois dans un ciin du tableau un jeune homme qui semble être au désespoir, et prêt h se percer le sein avec un poignard ; ne seroit-ce pasun de ces prêtres?

Er. Oui ; c'est le jeune Aip, Phrygien aimable , qui fut tendrement chéri de Cybèle, irais cjui, bien loin de répondre

à la passion de ci'lte doesse, se livra à la nym[)ho Sungarlde. La mère des dieux, irritée contre son favori, punit son indiffe'rence dans la personne de son amante. Des coups de coignee, donnés h un arbre auquel étoient attachés le sort et la vie de la nymphe , ayant causé sa mort , Atys entra dans des fureurs qui tenoient de la rage : sa frénésie Temporta sur les montagnes de Phr>gie, et le poussa à se donner un cruel coup de couteau : il alloit se priver de la lumière, lorsque Cybèle , touchée du triste sort d'un mortel qu'elle avoit tant aimé, le changea en pin , arbre qui fut depuis consacré à cette déesse.

Vous ne confondrez pas cette Cybèle avec une autre déesse du même nom , fille de celle-ci, et qui fut femme de Saturne. On l'appelle plus communément lesta; elle étoit la déesse du feu. On la peint ordinairement un flambeau d'une main , et répandant de l'autre des parfums sur le feu sacré^ J/g. 4- Ce tableau vous représente l'intérieur de son temple ; vous voy ez l'autel sur lequel brûle le feu sacré. Ces sept filles , qui environnent l'aulel, sont les prétresses delà déesse, qui étoient appelées Vestales : elles furent instituées par Numa Pompiliiis ; on les choisissoit dans les familles les plus distinguées de Rome. Elles étoient chargées d'entretenir jour et nuit le feu sacré; car on se croyoit menacé des plus grands malheurs, s'il venoit à s'éteindre : on interrompoit tous les exercices publics , jusqu'à ce qu'on eût rallumé ce feu , ou avec celui du ciel, ou aux rayons du soleil, et l'on enterroit toute vive la \ estale dont la négligence avoit causé cette calamité. On faisoit subir le même supplice à cellesqui violoient le vœu de chasteté, qu'elles formoient toutes en entrant dans le sacertloce. Elles étoient dix ans à apprendre les fonctions de leur ministère , dix ans en exercice , et dix ans à instruire les novices ; après quoi elles pouvoient re retirer. On leur rendoit les plus grands honneurs , et jaraai/ on n'osoit leur refuser une grâce qu'elles demandoient. Celt/ statue que vous apercevez s;ir le dôme du temple est Vesi^yelle-méme, qui tient entre ses bras Jupiter, pour insinuer ((u'elle le sauva de la voracité de Salurne, son époux. /

EuG. Quittons Vesta, quittous ses prêtresses et son temple : voici un petit enfant qui nous i^éressera pour le moins autant qu'elle. /

ENTRETIEN II. ,;i

Er. C'est celui qu'on appelle le père îles dieux et dos hommes, le grand Jitpilcr. \ ous le voyez ici dans l'ile de Crète, au milieu des Qnyliantes , auxquels Cybèle, sa nièro, Tavoit secrètement confié pour le soustraire à ravidilt' de Saturne : les prêtres de la déesse dansent en frappant sur des bassins d'airain , afin d'empiVher (jue les cris de l'auguste enfant ne parviennent aux oreilles de son père. Cette chèvre qui l'allaite se nomme Amalllicc. Dans la suite, le dieu la changea en constellation , et la plaça dans le ciel avec ses deux chevreaux, et il donna aux nymphes que vous remarquez autour de son berceau Tune des cornes de celle chèvre, avec la vertu de produire tout ce qu'elles désircroient ; c'est ce qu'on nomme la Corne d'yUondaiirc.

Après avoir chassé son père du ciel, Jupiter s'empara de l'empire du monde, qu'il partagea avec ses deux irères, Neptune et Plulon. Le premier eut la. mer ; les enfers échurent au second , et Jupiter se résena le ciel, avec le droit de présider à Tunivei-s.

Le diadème appartenoit à Titan, comme je vous l'ai dit. Ce dieu, désespéré de voir la postérité de Saturne sur un trône qu'il regardoit comme le bien de ses enfans, stiscila contre l'usurpateur les Titans ou Géans, fils de la Terre : c'étoient des hommes d'une force prodigieuse et d'une taille qui égaloit leur singulière vigueur. 'S ous les voyez assemblés en foule dans les champs de Thessalie. Celui qui surpasse de beaucoup tous les autres, et dont vous remarquez les yeux pleins de fureur, est Ertcclade, le plus terrible des enfans de la Terre ; cet autre, qui a cent bras et cinquante télés, est Bn'urcc, appelé encore Egéon; c> troisième, qui est moitié homme et moitié serpent, et dont h corps paroit un colosse, est le géant Typhon, qui de sa tête at?.eignoit le ciel. Enfin ces deux autres monstres sont Othus et hfh'unte, nommés communément Us Alùites, parce qu'ils étoimt fils du géant y//tr//s, qui, étant trop vieux pour partager 1 ■entreprise , s'étoit fait suppléer par ses deux fils. Ces frères c-oissoient de neuf pouces chaque mois. Remarquez avec quele fureur ils s'empressent tous d'escalader l'Olympe ; ceux-ci entassent les monts Ossa et Pélion , et tous les rochers de Tiessalie -, ceux-là montent sur les épaules de leurs compagnon; , et sont près d'entrer dans les cieux. Tous les dieux, cffvayésh l'approche de ces monstrueux

ennemis, prirent la fuite, et se cachèrent en Egypte sous les formes d'animaux, d'arbres, de plantes. Eacchus seul resta auprès de Jupiter, qui, s'etant rendu maître de la foudre, écrasa les Titans sous les montagnes mêmes qu'ils avoient accumulées. Les poètes ont prcienuu que Typhon e'ioit enseveli sous l'Etna, montagne de Sicile, qui vomit des tourbillons de flammes et de fume'e. Ils disent encore qu'il y a plusieurs de ces ge'ans qui ne furent point abîmés par le tonnerre, mais qui demeurèrent attachés au ciel, et que ce sont les astres que nous y voyons.

Jupiter avoit épousé Jiinon, sa sœur, dont il eut plusieurs enfans qui peuplèrent le ciel. Mais il ne s'en tint pas à sa femme; et l'on peut remarquer que le premier dieu des païens ctoit en même temps plus dissolu que les hommes mêmes les plus effrénés. Il se montroit aux déesses qu'il vouloit séduire dans tout l'éclat de sa gloire ; mais , pour tromper les simples mortelles , il n'y a point de forme sous laquelle il ne se déguisât. La mythologie est pleine de ses métamorphoses. Sous la figure d'un satyre, il surprit la belle Antiope; sous celle d'un taureau, il enleva Europe, fille d'Agénor, roi de Phénicie, et la transporta sur son dos, au travers des mers, dans cette partie du monde à laquelle cette princesse donne son nom. Déguisé en cygne, il trompa Léda, fille de Tyndare. Il prit la forme de Diane, pour séduire la nvmphe Calysto; il se glissa dans la tour de Danaé, métamorphosé en pluie d'or; il prit la figure d'Amphitryon, roi de Thèbes, pour tromper la sage et vertueuse Alcmène , épouse de ce monarque , et il en eut le fameux Hercule. Enfin il se transforma en aigle , pour enlever le jeune et beau Ganyinède, fus de Tros, roi de Troie, et donna à ce tendre enfant la charge d'échanson, qu'il avoit ôtée à Hébé, fille de Junon et déessi de la jeunesse , que l'on représente avec un vase et un aiguiire. Elle a aussi une massue, parce qu'elle épousa dans la siite Hercule , fameux héros dont je vous raconterai l'histoire, ^g'. 5. Hébé perdit son emploi , parce qu'en versant le iectar, cette divinité s'étoit laissé tomber, et avoit fait rire toi^ les dieux. Il n'y avoit point au ciel d'autre table que celle di' Jupiter : on y servoit l'ambroisie, mets exquis, dont il sufisoit de goûter une fois pour participera l'immortalité, et le/nectar, boisson ordinaire des dieux , dont la privation étoit leur plus grand supplice.

ENTRETIEN II. i5

Maigre les énormes foiblesscs de Jupiter, les païens altribuoient à ce dieu toutes les sublimes prérogatives qui ne conviennent qu'au Maître absolu de la nature. Les poètes et les peintres le représentent assis sur les nues ou sur un trône éclatant, plus élevé que ceux des autres immortels, ébranlant tout l'Olympe d'un seul signe de sa tète , tenant dans sa main la foudre qui effraie les coupables, et porté sur un aigle qui autrefois étoit un Iiomme Ci\)\)v\{l Pen'p/uis ,y/g. G. Ce Périplias, roi d'Alîkvnes, s'étoit lait tellement aimer de son peuple, qu'il en fui adoré comme Jupiter, ce qui irrita si fort le maître des dieux , qu'il vouloit le foudroyer ; mais bientôt , prenant des sentimens plus doux, il se contenta de le changer en aigle, et mit cet oiseau sous sa protection. Le chêne lui étoit consacré, parce qu'à l'exemple de Saturne, il apprit aux hommes à se nourrir de glands.

Jupiter avoit à Olympie, en Elide, un temple fameux, dans lequel on remanjuoit sa statue , ouvrage de Phidias, et qui passoit pour une des merveilles du monde. Elle éloit d'i\oire, enrichie d'or et de pierreries. Quoiqu'assise, elle avoit 212 pieds ' de hauteur, ^g'. 7.

Eue. Je voudrois bien savoir quel est cet infortuné que celte belle sculpture nous représente enchaîné sur un rocher, et dont le foie est dévoré par ce vilain oiseau?

Er. C'est Promethée, fils de Japet, l'un des Titans. Ouand Jupiter eut vaincu ses ennemis, il s'occupa du soin de créer des hommes. Prométlée voulut égaler le maître du monde. 11 forma quelques statues avec de la terre et de l'eau ; et, pour les animer, il monta au ciel par le secours de Pallas, et déroba du feu au char du Soleil. Jupiter, irrité de cette orgueilleuse audace, le fit attacher par Vulcain sur le mont Caucase , oii un vautour lui îongeoit le foie , qui , en renaissant chaque jour, éternisoit soi supplice.

EuD. Que cette femme ;sl belle ! que sa parure est riche ! Est-ce aussi une divinité?

Er. Les dieux , jaloux dt ce que Juj^iter prétendoit seul avoir le droit de créer des hooimes , firent fabriquer par Vulcain une femme que ce dieu anima. Tous les autres immortels, voulant la rendre parfaite, lui firent chacun leur présent ; ce qui la fit nommer Pandore, nom tiré de deux mots grecs , et qui peut se rendre par douée de tous les dons possibles. Vous

i6 ERASTE,

voyez tous les dieux et toutes les de'esses qui l'environnent. Vénus lui a donne' la beauté , Pallas la sagesse , Mercure Téloquence, Apollon la connoissance de la musique , etc. Jupiter, feignant de vouloir aussi combler Pandore de ses dons , lui présente une boîte, avec ordre de la porter à Epimélhée, frère de Prométhée. Cette boîte, qu'on appelle la boîte de Pandore, fut ouverte, et aussitôt tous les maux de la nature, qui y étoient renfermés, se répandirent sur la terre : l'espérance seule resta au fond.

Eue. Oh! oh! voici encore une figure singulière : un homme avec une tète de loup!

Er. Lycaon, prince d'Arcadie, étoit si cruel, qu'il faisoit mourir tous ceux qui passoient dans ses états. Jupiter étant allé loger chez lui , ce prince affecta de ne le pas connoître, et lui fit servir les membres d'un de ses hôtes , qu'il avoit mis à mort. Le dieu , pénétré d'horreur à la vue de ce mets sacrilège , foudroya le palais de ce prince inhumain , et le changea lui-même en loup.

EuD. Quel attelage! Quoi! les paons font ici les fonctions des chevaux! Ah! pour le coup, voilà de la sublime mythologie!

Er. Ne riez pas , ma chère Eudoxie ; vous voyez la reine des dieux, la sœur et l'épouse de Jupiter, la redoutable Junon, fille de Saturne et de Cybèle ; elle présidoit aux royaumes. Son frère se métamorphosa en coucou pour la tromper ; mais la déesse, ayant aperçu l'artifice, ne consentit à l'écouter qu'à condition qu'il l'épouseroil. Jupiter lui donna donc sa main, et peut-être eut-il iieu de s'en repent;r. Junon étoit d'un orgueil et d'une fierté insupportables, uaturellement méchante, implacable dans ses haines et dans ses vengeances; ajoutez à ces défauts la jalousie la plus furieuse.

Jupiter, ayant aimé la nymphe |o, l'avoit métamorphosée en vaclie , afin de dérober à son éoouse la passion qu'il avoit pour cette fille d'inachus, souverain de la Carie. Junon lui «lemanda cette vache, et la confiaau vigilant Argus, qui avoit cent yeux , dont la moitié veillfit et l'autre dormoit tour à tour. Mercure tua ce gardien iicommode , par l'ordre du maître des dieux; Junon le métamorphosa en paon; mais, pour punir lo de la mort de soil favori , eiie envoya un taon , qui, par ses piqûres continuelles, la fit errer jusqu'en Egypte,

où Jupiter lui rendit sa première forme, et en eut Epaphus , que l'on croit être le fondateur de la fameuse ville de Mempliis.

Junon , voyant qu'elle faisoit d'inutiles efforts pour regagner le coeur de son infidèle mari, entra dans une ligue que les dieux avoient forme'e contre lui pour le chasser du trône. Jupiter, après avoir terrasse les rebelles , résolut de punir la trahison de sa femme. Il chargea Vulcain, son fils, de la suspendre en l'air par le moyen de deux pierres d'aimant , et de lui lier les mains derrière le dos avec une chaîne d'or. Aucun dieu ne put la délivrer de ces entraves, et il fallut avoir recours à Vulcain , qui les avoit forgées , ce qu'il ne fit qu'après qu'on lui eut promis de lui donner Ve'nus pour épouse.

Junon presidoit aux mariages , et c'est ce que vous dc'signen! ces deux époux qui se donnent la main derrière le char de la déesse. Elle pre'sidoit aussi aux accouchemens , et alors on l'invoquoit sous le nom de Luc/ne. Le paon que la de'esse tient h côté d'elle est Argus, dont je vous ai parlé; et les taches brillantes c'ue vous voyez sur la queue de l'animal sont les cent yeux de cet espion. Ces nuages qui marchent devant la reine des dieux marquent qu'elle étoit la souveraine de l'air : le sceptre qu'elle tient à la main annonce sa puissance absolue, jÇ^. 8. Ces trois filles qui, dans le fond du tableau , paroissent courir çà et là d'un air égaré, sont Lysippe, Tp/t/no/^ cl Iphianasse, filles de Prœtus, roid'x\rgos. S'étanl vantées d'èlre plus belles que Junon, la déesse, pour châtier leur orgueil , les frappa d'un genre de folie qui leur fil croire qu'elles étoient changées en vaches. Enfin, cet arc-en-ciel qui brille au-dessus de la déesse , est Iris , sa messagère , qu'elle changea ainsi pour la récompenser de ce qu'elle ne lui annonçoit jamais que d'heureuses nouvelles.

EuG. Je n'aime pas Junon ; je l'abandonne pour connoître cet élégant musicien qui joue de la lyre au milieu d'une troupe de vierges attentives à l'harmonie de ses accens.

Er. C'est Jpollon , le dieu de la poésie , de la musique et des arts : aussi en voyez-vous les attributs à ses pieds. Ces agréables collines qui environnent le vallon riant où ( st le dieu , sont les monts Parnasse , Hélicon , Piérus et le Pinde, où il étoit particulièrement honoré. Ces deux fontaines qui

Page 1