‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 2 sur 89 · II · texte numérisé non relu

II

i8 ÉRASTE,

sortent du pied des collines du milieu , sont l'Hippocrène et Castalie ; et ce fleuve qui coule vis-à-vis, est le Permesse : il suffisoit de boire de leurs eaux pour être tout à coup saisi d'enthousiasme poétique.

Le dieu est environne' des neuf muses , filles de Jupiter et de Mne'mosyne, déesse de la mémoire. Apollon est leur chef, et partage avec elles les hommages qu'on lui rend. Celle qui a l'air si majestueux, qui est couronnée de lauriers et parée de guirlandes de fleurs, qui tient dans la main droite une trompette, est Calliope , fig. 9. Elle préside à l'éloquence et à la poésie héroïque ; et aussi voyez-vous auprès d'elle des trophées d'armes. On y joint aussi les poèmes d'Homère et de Virgile , les deux plus grands poètes qui aient existé.

Celle qui tient d'une main une massue, et dans l'autre un poignard , est Melpomène , muse de la tragédie. La chaussure que vous lui voyez s'appelle cothiû-ne, et la robe superbe qui la pare désigne la gravité du poème tjui est sous sa protection,

fê- *°- . . .

EuG. Sa voisine a l'air plus agréable , et la gaieté maligne

peinte dans sa figure contraste admirablement avec les regards sévères de sa triste compagne.

Er. Aussi est-ce Thalie, muse de la comédie. Elle est couronnée de lierre , et chaussée de brodequins. Ce masque qu'elle tient de la main droite, indique la comédie de caractère, Jig. 1 1 , c'est-à-dire , celle où l'on représente les passions humaines ou les mœurs déréglées , dans l'intention de les corriger en les ridiculisant. On la peint aussi avec un bâton courbé, qui est la houlette des anciens, et qui désigne la comédie pastorale , où l'on imite la vie paisible et l'innocence des bergers.

Cette autre est Polymnie, qui préside à la rhétorique. Elle est vêtue de blanc , pour marquer la pureté du langage , et couronnée de perles , pour signifier les grâces et les figures qui doivent orner le discours. Elle a la main droite en action pour haranguer , parce qu'elle est en même temps la déesse de la déclamation ou de l'éloquence des gestes et du maintien , qui quelquefois est aussi forte , aussi touchante que celle de la parole ; enfin , elle tient un sceptre dans la main gauche, parce qr.e l'éloquence est la reine des cœurs , qu'elle dompte à son gré. On la représente encore jouant

Tonu- 7 /'„.,

ENTFxETIEN II. ,g

(le la lyre, dont on lui attribue l'invention , pi. 2^fig. 12.

Auprès d'elle, cette vierge enjouée, couronne'e de myrte et de rose, est Erato. Elle tient une lyre , parce qu'elle pre'side à la poe'sie lyrique. On lui met quelquefois un flambeau à la main, /g-. i3.

Eulerpe, de'esse de la musique et de la poe'sie pastorale tient , comme vous voyez , un livre de musique et une houlette. Elle est couronnée de fleurs, pour marquer la beauté des campagnes ; à ses pieds vous voyez une lyre ; elle joue de la flùie et du hautbois, parce qu'elle inventa, dit-on, ces instrumens

EuD. Pour celte autre, elle m'a toujours frappe'e. Son air pensif et sa couronne d'étoiles, ainsi (jue sa belle robe couleur d'azur, me l'ont fait d'abord distinguer du milieu de ses compagnes.

Eu. C'est Urnnie , muse de l'astronomie. Elle mesure un globe ce'lcste d'une main , et de l'autre elle paroît démontrer ce qui est trace' sur le globe. Toutes ces figures qui sont à ses pieds sont les instrumens de mathe'matiques,

Celle qui est couronnée de laurier, et qui d'un air inspire' e'crit sur un livre, est Clio qui pre'side à l'histoire, et qui raconte aux races futures les actions célèbres et les e've'nemens nie'morables,^/^'. 16.

Enfin , cette dernière qui paroît si légère , qui est couronnée de fleurs, et qui a une harpe entre les mains , avec tous ces instrumens de musique autour d'elle, c'est Therpsicore, qui préside à la danse, ^^. 17.

EuD. J'ai quelquefois entendu parler d'un certain Pégase : ne seroit-il pas de la cour d'Apollon?

Er. Comment donc ! il y tient un rang très honorable. Vous voyez sur celte montagne ce cheval aile' , qui paroît prêt à s'e'lancer dans les plaines de l'air : c'est Pe'gase luimême.

EuD. Bon! ce n'est qu'un cheval! Aux respects que les poètes lui prodiguent , à ce que l'on dit , je l'aurois pris au moins pour le premier ministre d'Apollon et des muses.

Er. Mais , ne le méprisez pas , ma chère amie ; cet animal est aussi miers'eilleux par sa naissance que par ses fonctions , et les nourrissons des muses ont raison de le chérir, puisqu'il

a le glorieux emploi de porter le dieu des vers et les neuf doctes sœurs; et de plus, il est aux ordres des bons poètes. Pégase naquit du sang de îtléduse , lorsque Pcrsee, que vous ronnoîtrez dans la suite , coupa la tète à cette Gorgone. C'est lui qui fit jaillir, d'un coup de pied , la fontaine d'Hippocrène.

Apollon est fils de Jupiter et de Latone , à laquelle ce maître des dieux, dégoutéde Junon , s'étoit attache. Junon pour punir Latone de l'inconstance de son époux, suscita contre elle un serpent que la teiTC engendra de son limon après le déluge , et qu'on appelle le serpent Python. Ce monstre horrible servit si bien le courroux de la déesse, que l'infortunée Latone fut obligée de se précipiter dans les flots , pour se soustraire à sa dent cruelle. Elle y auroit trouvé la mort , si Neptune n'eût tout à coup fait paroître l'île de Délos, qui lui servit de retraite, et où elle mit au monde Apollon et Diane. Dans la suite , Apollon tua Python à coups de flèches, et cette victoire fit instituer les jeux appelés Pythiens. On représente très souvent ce dieu armé de l'arc ^Jîg. i8.

Latone , durant sa fuite , n'eut pas moins à souffrir de la part des hommes; car, étant fort altérée, et passant par un marais où des paysans travailloient à la terre , elle leur demanda un peu d'eau pour se rafraîchir : elle n'en reçut qu'un refus insultant ; mais Jupiter, pour la venger, les changea en grenouilles.

Apollon fut le dieu le plus fêté de l'Olympe ; on lui bâtissoit des temples dans toutes les contrées de l'univers. C'étoit aussi celui qui pouvoit accorder aux mortels le plus grand nombre d'avantages. Non seulement il étoit poète et musicien , mais encore médecin et prophète : qualités qui ne pouvoient manquer de lui attirer une grande vogue. On alloit le consulter à Délos, lieu de sa naissance; h Claros, ville d'Ionie ; à Ténédos , île de la mer Egée ; à Cyrrha , ville située au pied du Parnasse , et dans presque tous les lieux où le paganisme lui avoit érigé des autels. Mais l'endroit où ses oracles étoient le plus révérés, étoit Delphes, ville de la Phocide, qui passoit pour être le milieu de la terre. La prêtresse qui les rendoit s'appeloit Pythonisse , parce que le trépied sacré sur lequel elle se plaçoit étoit couvert de la peau du serpent Python. C'étoient toujours des prttres ou des prêtresses qui ré-

pondoicnt pour le difu. Ils rinvoquoioiit avec tics hurlcmens horribles; ils entroient on fureur, et donnoient leurs oracles en vers, d'une voix qu'on avoit peine à entendre.

Il faut que je vous parle en passant du Colosse de Rhodes, statue en bronze de deux cent cinq pieds de hauteur, qui etoit dédiée à Apollon. Elevée à l'entrée d'un port de mer, les navires passoient à pleines voiles entre ses jambes. Elle tenoit dans sa main droite un fanal qu'on éclairoit la nuit pour indiquer l'entrée du port aux vaisseaux. On y montoit par un escalier intérieur. Elle fut élevée l'an 388 avant Jésus-Christ , et fut renversée par un tremblement de terre, soixante-six ans après son élévation, Tîg'. ig.

Apollon n'étoit pas le seul qui eut le talent de penélrer l'obscurité de l'avenir. Il y avoit auprès de Dodone , ville d'Epire , une foret consacrée à Jupiter, dont les chênes propliétisoient.

Le dieu des vers fut aussi volage, aussi dissolu que son père. Il aima Coronis, dont il eut Esculufie, qu'il mil sous !a conduite du centaure Chiron. Ce centaure avoit acquis une telle conroissance des plantes et des simples, en parcourant continuellement les montagnes , les bois et les campagnes, qu'il étoit devenu le premier médecin de l'univers. Il enseigna son art au fils d'Apollou. Esculape surpassa son maître, et trouva même le moyen de ressusciter Hippolyte, fils de Thésée. Jupiter, l'ayant appris, le frappa de la foudre. Il fut honoré d'un culte particulier à Epidaure, ville du Peloponèse, où on lui éleva un temple superbe; et à Rome, où on le représentoil sous la figure d'un serpent, ou sous celle d'un vieillard vénérable^ppuyé sur un bàlon autour duquel est un serpent,/-. 20.

La mort d'Esculape affligea tellement Apollon, que ce dieu, pour venger son cher fils, décocha sur les Cyclopes , qui avait forgé la foudre du maître du tonnerre, quelquesunes de ces flèches qui jamais ne manquoient le but. Jupiter, irrité de son audace , le chassa du ciel. Cet illustre exilé se retira chez Admète , roi de Thessalie , dont il garda les troupeaux ; ce qui l'a fait honorer comme le dieu des bergers. Cetti' contrée devint ce qu'avoil. élé l'Italie durant le séjour de Saturne.

En jouant au palet avec son ami Hyacinthe , il eut le mal-

heur de le tuer : il le me'tarmophosa en une fleur qui porte le même nom. Les parens de ce jeune homme poursuivirent le dieu homicide ; il fut oblige , pour eViter leur perse'cution , de se re'fugier à Troie , où le roi Laome'don l'employa à bâtir cette ville, 11 y rencontra Neptune , qui , comme lui banni du ciel pour une re'volte contre son frère, s'e'toit vu contraint de se mettre maçon. Pour comble de malheur, Laom.e'don ne les paya point ; mais ils s'en vengèrent , Neptune en inondant les travaux , et Apollon en envoyant la peste dans tout ce pays. Jupiter, touche' de la triste condition de son fils, le rapp'.la dans l'Olympe, et lui confia le soin d'éciairtr l'univers. Là , monte sur un char e'clatant de pierreries, et tire par quatre chevaux fougueux, appelés Ethon, Pyruïs, Eoiis et Plilégon, il faisoit le tour du monde sous le nom de Phébus, ou de père du jour, et distribuoit la lumière à tous les hommes ,7%. 22. Le soir, lorsqu'il e'toit fatigue de sa course , il se pre'cipitoit dans les eaux, et alloit se reposer auprès de The'tis, de'esse de la mer.

Outre Esculapie , Apollon eut encore plusieurs enfans, dont un , entre autres, appelé' P/m^Vo«, pensa de'truire l'univers. Ce jeune homme , pour prouver qu'il étoit fils du Soleil, supplie son père de lui permettre de conduire son char durant un jour. En vain Apollon lui fait sentir la te'me'rité de sa demande : l'imprudent Phae'ton le presse, et l'obtient. A peine est-il sur l'horizon, que les chevaux, dirige's par une main novice, prennent le mors aux dents; tantôt le soleil embrase le ciel , tantôt il menoce !a terre d'une combustion prochaine. Jupiter, surpris de ce désordre , foudroie Phaélon , et le précipite dans le Pô , fleuve d'Italie que les poètes appellent ordinairement VEridan. Cygnus, ami de cet infortuné, fut si touché de sa fia déplorable , que Jupiter le changea en cygne : enfin , ses trois sœurs, Lampétuse, Larapétie et Phaétuse , que l'on nomme communément les Héliades^ le pleurèrent avec tant de sincérité, qu'elles furent métamorphosées en peupUers, et leurs larmes en ambre.

Le laurier étoit consacré à Apollon , parce que , poursuivant Daphné qu'il aimoit, et qui se déroboit à ses instances, cette nymphe, ne pouvant plus lui échapper, pria le fleuve Pénée , son père, de la changer en laurier.

Elg. En voilà, ce me semble, assez sur le dieu du jour;

7o7,ie 2 Pa.,.23.

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passons à cette chasseuse assise dans un char traîné par des Liclies blanches, et qui a un croissant sur le front , qui porte d'un air si martial s<hi arc et son carquois , et qui surpasse en majesté et en grâces cette troupe de nymphes qui rcnvironnent.

Er. C'est Diane, sœur d'Apollon, de'esse des forets. Une auste'rite' farouche , mie humeur hère et vindicative; tel est le caractère qu'on lui donne. Klle préféra le séjour des bois à celui de rOlympe. Un carquois, un arc,desilèches, tels étoicnt les ornemensqui formoient sa parure, ;;/. 3,^5'. 22. Elle garda une virginité perpétuelle, et voulut que ses nymphes lissent avec elle ce vœu unique parmi les habitans du céleste séjour. Ses amours avec Endymion, berger de la Carie, et petit-fils de Jupiter, sont sur le compte de la Lune, et non de la déesse des bois ; car Diane, avec trois fonctions différentes, avoit trois noms et trois caractères différens. Lorsque dans le ciel elle réfléchissoit durant la nuit la lumière du soleil , on Tappeloit PhSé ou la Lune : elle étoit alors quinteusc, capricieuse et dissolue. Lorsqu'elle faisoit retentir les enfers de ses hurlemcns, on la nommoit Hécate; elle étoit alors cruelle , sanguinaire, impitoyable. Mais lors([ue sur la terre elle poursuivoil les timides chevreuils, elle étoit alors chaste, et tout à la fois hautaine, vindicative, et d'une délicatesse exl:ème sur l'honneur.

Un roi de Calydon , ville d'Etolie , ayant régalé tous les dieux, à la réserve de Diane, cette déesse se verigea de cet affront, en envoyant sur les tern-s de ce prince un énorme sanglier qui fit d'alfreux ravages. Agamemnon , roi d'Argos et de Mycènes , ayant tué, par hasard, une biche consacrée à la reine des furets , c'en fut assez pour allumer la colère de cette implacable divinité. Elle retint les Grecs dans le port d'Aulide , et demanda le sang d'iphigénie, fille cVAgamemnon. Le chasseur Actéon , ayant eu la témérité de la regarder dans le bain, fut changé en cerf, et dévoré par ses propres chiens qui ne reconnurent plus leur maître. Enfin, elle chassa de sa compagnie la nymphe Calysto , qui s' étoit laissé surprendre par Jupiter. Aréthuse, une autre de ses nymphes , étant poursuivie par le chasseur Alphée , fut changée en fou^ taine, et le chasseur, en punition de sa témérité v fut métamorphosé en fleuve.

Le temple de Diane, à Ephèse, qu'un fou nomme Erosîrate brûla pour rendre son nom fameux, e'toit compte' parmi les merveilles du monde. Il e'toit orne de cent vingt-sept colonnes de marbre , hautes de soixante pieds. Trente-six de ces colonnes e'toicnt cisele'es et ornées de bas-reliefs de la plus grande hezulé ,Jîg.'23.

Dans le tableau qui suit, vous voyez Bacclius et les adorateurs de ce dieu du vin.

On le repre'sente en jeune homme , avec un teint vermeil et un air de gaieté, pour marquer que le vin rend la vivacité de la jeunesse. Il tient un thyrse à la main , c'est-à-dire , une baguette entourée de pampres , de lierre, et surmontée d'une pomme de pm,Jig. 24- Sa tète, qui est toujours couronnée de pampres , est quelquefois couverte de deux cornes, parce que, dans tous ses voyages, il se revétoit de la peau d'un bouc. Son char est traîné par des tigres, des lynx et des panthères, pour montrer que le vin inspire souvent la fureur et la brutalité. Vous voyez autour du dieu, des tonneaux, des vignes, des cuves pleines , parce qu'on lui attribue aussi la gloire d'avoir planté la vigne.

Bacchus , qui portoit encore plusieurs auti;es noms , étoit iils de Jupiter et de Se'mélé, fille de Cadmus, roi d'Athènes. Junon , toujours vindicative , persuada à cette princesse abusée d'exiger du maître des dieux qu'il se fit voir à elle dans toute sa gloire , et la foudre à la main. Jupiter résista longtemps , mais enfin il ci'da. L'éclat et la majesté qui environïioient le dieu, effrayèrent une simple mortelle; le feu du tonnerre embrasa son palais; elle fui elle-même réduite en cendres, et Bacchus, dont elle étoit enceinte, fut sauvé par Jupiter, qui l'enferma dans sa cuisse, jusqu'au terme de neuf mois : alors il le confia à sa tante Ino, qui l'éleva secrètement avec le secours des nymphes. Le vieux Silène , satyre plein de gaieté, et buveur infatigable, lui fut donné pour précepteur.

Bacchus, devenii grand, éproiva les plus violentes persécutions de la part de Junon ; mais il en triompha par son courage ; et ses exploits héroïques le firent regarder comme le plus puissant des dieux après Jupiter. Il fut le seul qui osa rester dans le ciel pendant la guerre des géans : on dit qu'il s'étoil changé en lion pour les combattre. Ensuite , il leva de

ENTRETIEN 11. aS

nombreuses troupes d'hommes et de femmes, (jifil arma de tambours et de thyrses, au lieu de boucliers et de lances, fit la conquête des Indes, et revint en Egypte où il e'toit né , et dont il forma les habiîans à l'art de cultiver la terre. On lui érigea des autels dans toutes les contrées du monde , excepté la Scythie, où Ton croyoit ridicule d'adorer une di\ inilé qui faisoit perdre la raison ; on lui faisoit des libations de vin', on lui immoloit une f)ie , parce que le jus de la treille fait parler avec indiscrétion , ou un bouc , parce que cet animal détruit les bourgeons de la vigne. Ses fêtes , qui s'appeloient Orgies ou Bacrharuih's, se célébroient en automne, avec une licence qui tenoit de la fureur. Ses prêtresses, que Ton nommoit BaccJumtes ou Ménadcs, couroient alors sur les montagnes, et mettoient en pièces tous les hommes qu'elles rencontroicnt. Elles étoient habillées de peaux de tigres, et avoient les cheveux épars; chacune tefioit à la main un ihyrse et une torche ardente. Les paysans dt; l'Attique étoient moins furieux et moins cruels, et les bacchanales étoient chez eux plutôt une fête de plaisir qu'un acte de frénésie. Ils sautoient, un pied en l'air, sur des peaux enflées en forme de ballons, et frottées d'huile. Ceux qui se laissoicnt tomber faisoient tout l'amusement de l'assemblée.

Bacchus punissoit sévèrement ceux qui n'étoient pas fidèles à son culte, ou (jui méprisoient sa puissance. Panthée, roi de Thèbes, empêchoit ses sujets de célébrer les fêtes du dieu des raisins. Sa mère fut tout à coup saisie d'uîie fureur sr.ni^uinaire, dans l'accès de laquelle elle le m.it en pièces sans le connoître. Les trois filles de Minée, Thébaincs, peu touchées de cet exemple, afi'ectèrent, par mépris, de travailler à la tapisserie , pour ne point parfager les folies des Bacchanales : Bacchus, pour les punir, les changea en chauves-souris. iLnfin , Lycurgue, roi de Thrace, voulant arracher les vignes qui étoient dans ses états, fut livré à un tel excès de rage , qu'il se coupa lui-même les jambes.

Ce dieu, qui a des ailes à la tête et aux talons, et qui paroît planer dans les airs, est Mercure, (ils de Jupifer et de Maia,y?g'. aS. Il étoit le messager des habitans de l'Olympe , leur confident, leur procureur, menoit leurs intrigues, traitoit les affaires de guerre et de paix , présidoit aux jeux et aux assemblées, répondoit aux harangues publiques, et, pour

teite raison, ëtoit regarde comme le dieu de l'éloquence : aussi le repre'scnte-t-on quelquefois avec des chaînes d'or qui lui sortent de la bouche , et par lesquelles il semble enchaîner ses auditeurs. Il avoit encore l'emploi de conduire les âmes aux;enfers , avec le pouvoir de les en tirer. Ayant trouvé une tortue morte, il la vida, y fit plusieurs trous, l'entoura de cuir, y mit deux cornes, la monta de neuf cordes de fil de lin, en honneur des neuf muses , et en fit une lyre , instrument qu'il donna à Apollon. Ce dieu, par reconnoissance, lui fit pre'sent du caducée ; c'est cette baguette qu'il tient à la main , et qui est surmontée de deux ailerons. Un Jour, ayant aperçu deux scrpens qui se battoient , il les sépara avec ce caducée; aussitôt ces reptiles s'entortillèrent à l'entour, de telle façon que leurs corps formoient un arc. Mercure voulut depuis porter son caducée avec la figure de ces deux serpens, comme un symbole de paix et d'union, ^^. aS. 11 inventa l'art de vendre par poids et par mesures , ce qui porta les marchands à le prendre pour patron. Il fut aimé de Vénus, et en eut un fils nommé lîermajihrodite. La nymphe Salmacis , qui aimoit éperduement cet Hermaphrodite , le vovant un jour dans un bain , pria les dieux que leurs corps fussent toujours unis : elle obtint cette grâce; et l'on appela ce couple Androgyne, c'est-à-dire, homme et femme.

Enfin , Mercure étoit le dieu des voleurs , parce qu'il aidoit à voler, et qu'il avoit donné en ce genre des preuves de son talent. Un jour qu'Apollon faisoit paître les troupeaux d'Ad-mète , Mercure, encore fort jeune , lui déroba quelques-uns de ses bœufs et sa lyre , dont il se sentit pour endormir Argus, qui gardoit la vache lo. Il n'avoit été aperçu que d'un seul berger nommé Battus. Mercure, craignant qu'il ne le décelât , lui donna la plus belle des vaches qu'il avoit prises; mais, ne se fiant point à ce pâtre, il reparut sous une autre forme, et lui offrit une vache et un bœuf, s'il vouloit découvrir en quel lieu le larcin avoit été caché. Battus , séduit par l'appât du gain, dit tout ce qu'il savoit. Alors Mercure se fit connoître, et le changea en pierre qui découvre la nature du métal qu'on lui fait toucher, et que, pour cette raison , on. appelle pierreàe-towhe.

Ei'G. Quelle est cette déesse dont le char est traîné par des colombes r^î^. 26.

Er. C'est Vénus ou Cypris, déesse de la beauté. Les sentiinens sont partages sur son origine : les uns disent qu'elle est fille du ciel et de la terre ; les autres , qu'elle doit le jour à Jupiter et h la nymphe Dionee. La plupart pre'tendent qu'elle est sortie du sein de la mer. Dès qu'elle fut née , Zej)liyre la porta dans l'île de Chypre, où les Heures se chargèrent de la nourrir, et bientôt après elles la conduisirent avec pompe dans le se'jour des dieux, qui la trouvèrent si belle, que chacun d'eux voulut l'e'pouser ; mais, comme vous savez, N ulcain eut la prefe'rence. Venus fut très mécontente d'un choix cpii lui donnoit pour époux le plus difforme des immortels; aussi cette impudi(jue déesse eut-elle une foule de courtisans. Elle s'attacha tour à tour à Mars, à Baccluis, à Anchise, prince Troven, et h Adonis, jeune chasseur d'une grande beauté, qu'elle changea en anémone , après rju'il eut été tué par un sanglier. Le sang de, cet Adonis étant tombé sur la rose, qui étoit blanche auparavant, celte fleur demeura rouge, et fut consacrée à la déesse.

Vénus eut une infinité d'enfans : vous voyez dans ce tableau les plus célèbres. Ces petits génies ailés, qui folâtrent entre eux en regardant leur mère , sont les Ris , les Jeux et les Plaisirs. Ce beau jeune homme au regard malin, qui a des ailes, qui tient d'une main un arc, et de l'autre un flambeau ^fig. 27, c'est Cupidon ou l'Amour. Jupiter, voyant (|ue ce petit dieu causeroit de grands troubles, voulut contraindre sa mère à s'en défaire ; mais elle le cacha dans les bois , où il suça le lait des bètes sauvages. Enfin ces trois filles, jeunes, riantes, et qui se tiennent par la main, sont les trois Grâces, Aglaé, Thalie et Euphrosine,^^'. 28. Compagnes inséparables de leur mère, elles présidoient à tous les arts de goût et d'agrément. Cette ceinture dont vous voyez que Vénus est parée , est ce qu'on appeloit le ceste, tissu merveilleux qui renfermoit tous les attraits, tout ce que les Grâces ont de plus séduisant, et cju'il suffisoit de porter pour se faire aimer.

La déesse des amours avoit des temples dans tous les pays du monde. Les plus connus étoient à Amathonte, à Lesbos, à Paphos , à Gnide, à Cythère , et dans l'île de Chypre. On l'honoroit par des jeux, des chants, des danses, et souvent par des débauches infâmes. Les femmes lui coiisacroient leurs cheveux : Bérénice, reine de Syrie et d'Egypte, avoit

fait atlacher li's siens dans un temple de Ve'nus, afin d'obtenir un succès favorable pour les armes de son mari. La chevelure disparut; et, pour flatter le monarque, on fit croire qirelle etoit placée au nombre des constellations.

EuD. Ah! quelle affreuse figure! Quoi! cet homme tout contrefait, et qui, avec son marteau et son bonnet, a l'air d'un forgeron , est-il aussi un dieu? Jig. 2g.

En. Sans doute; c'est Vitlcaiu, l'époux de Ve'nus. 11 étoit fils de Junon et de Jupiter, qui le pre'cipita du ciel au momer.t de sa naissance, à cause de sa difformité'. Vulcain se cassa la jambe en tombant , et demeura boiteux. Pour le consoler de cette disgrâce, son père lui donna l'intendance de ses foudres. Ces hommes d'une taille gigantesque, et qui n'ont qu'un œil au milieu du front, sont les Cyclopes : c'est par leur moyen que \ulcain, dont ils étoient les ouvriers, fit le palais du Soleil, les armes d'Achille , celles d'Ene'e , et le fameux chien d'airain, qu'il anima ensuite. Vous les voyez actuellement occupés à forger, pour le maître des dieux, une de ces foudres qu'il lance en grand nombre sur la terre. La foudre étoit composée de trois rayons de grêle , de trois rayons de pluie, de trois autres de feu, enfin de trois rayons de vent : on y mèloit aussi des éclairs, de la frayeur, du bruit et de la colère. Les forges du dieu du feu étoient dans les îles de Lem- 110s, de Lvpare, et dans le mont Etna. Les fêtes de Vulcain se nommoient Lampadophorcs , ou Forte-jlumbecm : c'étoit une course où les acteurs tenoient une torche allumée, qu'ils étoient obbgés de porter jusqu'au bout de la carrière , sans l'éteindre. Le vainqueur rerevoit, pour prix, les flambeaux de ses antagonistes.

Ei;d. Hâtons-nous de quitter ces hommes hideux, et contemplons plutôt cette femme douce et majestueuse qui lient à la main ime branche d'olivier, et qui est environnée des attributs dos beaux-arts.

En. li faut envisager cette divinité sous deux rapports; ou comme la déesse de la guerre, et alors on l'appelle Pidlas; ou comme la déesse de la sagesse et des beaux-arts, et on la nomme alors ISIinen^e. Quand on la peint comme la déesse des combats, elle est armée d'une cuirasse , avec un casque sur la tète , une lance à la main et l'égide au bras , fig. 3o ; comme déesse des arts , elle est entourée de leurs attributs.

ENTRETIEN II. 2g

Jupiter, sentant «le grands maux de tête, s'y fit donner un coup de hache parVulcain; et Minerve sortit aussitôt de son cerveau, armée de pied en cap. Son père lui donna l'i'gide : c'étoit un houclier couvert de la peau de la chèvre Amalthée. Minerve le rendit plus redoutable , en y ajoutant la tête de Méduse, Tune des trois Gorgones, qui avoit la vertu de pétrifier ceux qui la regardoient. Celle déesse eut un différend avec Neptune , pour donner le nom à la ville d'Alliènes : cet honneur étoit destiné à celui qui produiroit la chose la plus belle et la plus utile. Minerve fit sortir un olivier tout fleuri, et Neptune un cheval. On jugea en faveur de la déesse; et, dès ce moment, la ville d'Athènes et l'olivier lui furent consacrés.

Arachné , habile ouvrière en tapisserie , se crut en état d'égaler Minerve, et osa la défier. Elfectivement , son ouvrage ne cédoit en rien à celui de la déesse : ce (jui l'irrita si fort, qu'elle déchira la tapisserie de sa rivale , et la frappa au visage. Arachné s'alla pendre de désespoir, et Minerve la changea en araignée.

Eue. Quelle est cette autre guerrière, les yeux étincelans, tenant l'épée d'une main, et de l'autre la foxulrv? J/g. 3i.

Er. C'est Bellone, qui présidoit à la guerre, et dont les prêtres célébroient la fête ea courant les uns sur les autres , armés de sabres, et jusqu'à l'effusion du sang; mais cette cruauté n'éloit que simulée.

EuG. Je crois que nous en sommes aux divinités guerrières; car voyez encore cet homme armé de tontes pièces, et qui a un coq auprès de lui : qu'il a l'air terrible ! On diroit, en montant sur son char, qu'il ne respire que le carnage, fg. 32.

Er. C'est Mars, le dieu des combats et le frère de Bellone : celle-ci lui préparoit son char et ses chevaux lorsqu'il alloit à la guerre. Junon , jalouse de ce que Jupiter avoit tiré Pallas de son cerveau , donna seuje le jour à Mars, et vouhit qu'il fût le dieu des guerriers. Rome lui étoit parîiculièrcment consacrée , et les Romains prétendoient que leur fondateur avoit eu ce dieu pour père. On appeloit ses prêtres Saliens, parce qu'ils célébroient sa fête en dansant et en sautant dans les rues. Numa en institua douze , auxquels il donna de petits boucliers exactement semblables , pour empêcher

3o ÉRA'STE,

qu'on ne pût reconnoître celui des douze, qui e'toit, dit-on , tombe' du ciel , et qui assuroit à Rome l'empire de la terre , tant qu'il resteroit ignore. Le coq étoit l'oiseau favori de Mars , pour montrer la vigilance que demande le métier de la guerre.

EuD. Je vous avoue, monsieur, que ces dieux-là me font trembler ; j'aime la paix , et cette femme couronne'e d'épis, qui tient d'une main une faucille, et de l'autre une poignée d'épis iTièiés de pavots , paroît en être la compagne ^ pi. 4 ?

Eu. C'est Ce/v?^, déesse des moissons. Elle doit le jour à Saturne et à Cybèle : elle enseigna l'agriculture aux mortels.

Ici vous voyez Platon et son empire. 11 commande en maître : sa tète est ornée d'une couronne d'ébène , et il tient à la main un trident ou fourche , ^j§'. 34- Fils de Saturne et de Cybèle, ce dieu qui eut en partage le royaume des morts, étoit si laid, qu'aucune déesse ne voulut l'épouser. Désespéré de ne point trouver de femme, il prit le parti d'enlever Proser/nite , fille de Cérès , lorsqu'elle s'amuSoit à cueillir des fleurs avec ses compagnes. Vous voyez ici cette déesse, devenue reine des enfers; elle y est assise comme dans son palais, portant le sceptre et donnant ses ordres, y/ô'. 35.

Cet aveugle que vous apercevez derrière les deux divinités, et qui lient une bourse remplie d'argent dans ses mains, est Plutus, dieu des richesses , fils de Cérès et de Jasion : il étoit le ministre du souverain des ombres.

L'empire de Pluton contenoit l'Elysée , ou le séjour des hommes vertueux ; le Ténare ou le Tartare , lieu destiné aux supplices des scélérats ; et les frontières en étoient rendues inaccessibles, par cinq fleuves, qui sont le Styx, le Cocyte, l'Achéron , le Léthé et le Phlégéton.

Le Styx, le plus célèbre de ces fleuves , faisoit sept fois le tour des enfers. Quand les dieux avoient juré par ses eaux , ils n'osoicnt point être parjures ; et si quelqu'un d'eux violoit ce serment : T en jure par le Styx , il étoit piivé de la divinité durant cent ans.

Le Cocyte environnoit le Tartare , et ne grossissoit que des larmes des méchans. L'Achéron, fils du Soleil et de la Terre, ayant fourni de l'eau aux Titans, lorsqu'ils faisoient

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ENTRETIEN II. 3t

la guerre au maître des dieux, fut pre'cipite' dans les enfers, et changé en un fleuve dont les eaux e'ioient bourbeuses et amères. Des flammes liquides composoient les eaux du Fhle'ge'ton , et celles du Lethé faisoient perdre aux morts le souvenir du passé.

On met l'Erèbe , fils du Chaos et de la Nuit, au nombre de ces fleuves ; mais alors on le confond avec l'Aclu-ron ou avec quelque autre, ou bien on le prend pour la Nuit même , ou pour le dieu qui préside à cette nuit éternelle dont les affreuses ténèbres rendent si effrayant le séjour des morts.

En arrivant aux enfers, les âmes appelées communément Ombres ou Mânes, trouvoient Charon, vieillard dur et inflexible, fils de l'Ertbe et de la Nuit, dont l'emploi éloit de leur faire passer les cinq fleuves dans une bar{|ue où Ton n'entroit point sans payer : aussi avoit-on grand soin de mettre une obole dans la tombe des morts , afin qu'ils pussent satisfaire Tavide nautonnier.

Lorsiju'on étoit débarqué, on rcncontroit un chien à trois têtes et à trois queues, nommé Cerbère, animal terrible, chargé de garder les enfers et le palais de Pluton , f-g. 34.. Il caressoit tous ceux qui entroient, et dévoroit tous ceux qui vouloient sortir, ou qui se présentoient pour entrer avant leur mort.

Enfin, les mânes paroissoient devant les trois juges, Minos, Eaque et Rhadamante , dont les arrêts s'exécutoient sur-lechamp. Minos, fils de Jupiter et d'Europe, étoit le chef de ces juges : il lenoit une urne, dans laquelle les destinées des hommes étoient renfermées. Eaque, fils de Jupiter et d'Egine, ayant perdu tous ses sujets par la peste , obtint que les fourmis de son royaume fussent changées en hommes , et les appela Myrmidons. Rhadamante, aussi fils de Jupiter, avoit rendu ses peuples si heureux, qu'on lui érigea des autels, et que le sort le nomma pour aider Minos et Eaque à juger les Ombres. Ces trois princes avoient été sur la terre des mo- .narques équitables , et voilà pourquoi on feignit qu'ils étoient juges de tous les mortels.

Le Tartare étoit rempli d'horreur et de tristesse : les scélérats, les méchans, les impies y étoient précipités.Ony voyoit les Titans, el surtout Typhon , le plus redoutable d'entre eux.

On y remarquoit cni'ore d'autres malheureux, dont les plus célèbres sont Sisyphe, Tantale, Ixion, Tilyus, Phle'gyas, Salmonée , et les Danaïdes.

Sisyphe, fils d'Eole , e'toif un brigand fameux, qui désola la Grèce , et qui fut tue' par Thesëe. 11 fut condamne' h rouler au haut d'une montagne escarpée , un rocher qui retomboit sans cesse.

Tantale, fils de Jupiter et de la nymphe Plota, voulant éprouver les dieux, leur avoit servi les membres de Pélops, son fils. Pour punir son parricide , il fut condamné à une faim et une soif éternelles, il étoit plongé dans l'eau jusqu'au menton , et une branche chargée de fruits exquis paroissoit auprès de sa bouche; mais l'eau se retiroit lorsqu'il vouloit boire , et la branche se redressoit lorsqu'il vouloit y toucher.

Ixion, roi des Lapithcs, étoit atlaché avec des serpens à une roue qui tournoit sans cesse. 11 avoit prétendu se faire aimer de Junon; et, par le moyen d'une trappe, il avoit fait tomber Déionée, son beau-père, dans un brasier ardent.

Tityus, géant dont le corps couvroit un espace de neuf arpens , fut tué par Apollon et Diane , pour avoir insulté Latone. Jupiter le fit enchaîner aux enfers, où un vautour lui déchiroit le foie, qui renaissoit toujours.

Phlégyas, père d'Ixion, ayant brûlé un temple d'Apollon, ce dieu le tua, et le précipita dans le 'J'artare , où il fut condamné à demeurer éternellement sous un énorme rocher, qui, paroissant toujours près de tomber, lui causoit une frayeur affreuse.

Salmonée, prince d'Elide, avoit osé s'égaler à Jupiter, et imiter son tonnerre , en faisant rouler sur un pont d'airain son char éclairé de flambeaux : il fut foudroyé et jeté dans les flammes.

Les Danaïdes étoient condamnées h remplir d'eau un tonneau percé. Elles étoient cinquante , toutes filles de Danaiîs, roi d'Argos , et elles épousèrent les cinquante fils d'Egyptus, leur oncle. Danaiis avoit appris de l'Oracle que ses gendres le- détrôneroient. Pour prévenir ce malheur, il ordonna n ses filles d'égorger leurs maris la première nuit de leurs noces. Hypermr.estre fut la seule qui refiisa d'obéir, en

sauvant la vie à Lyncee; elle fut aussi la seule qui ne partagea pas le châtiment de ses cruelles sœurs.

Toutes les Ombres condamnées à habifer le Tartare étoient la proie du feu et des serpens, dévorées par la douleur, la rage , le désespoir, les remords , et tourmentées sans relâche par mille monstres affreux.

Les Furies ou lesEuménides, présidoient à leurs supplices. Elles étoient trois, filles de l'Achéron et de la Nuit. On les appeloit Alectoii, BItgère et Tisi'phone. Leur aspect faisoit trembler ; les yeux livides et pleins de fureur , le teint enflammé, riiorreur de leur figure étoit encore augmentée par les couleuvres qui couronnoient leurs tètes , par les serpens et les torches ardentes qui armoient leurs mains vengeresses. Trois autres sœurs appelées Parques, savoir Clotho, Lachésis et Atropos , filles de la Nécessité , filoient la vie des hommes. La première fenoit la quenouille , la seconde tournoit le fuseau , et la troisième coupoit le fil avec des ciseaux , fîg. 36. On dit qu'elles employoient de la laine blanche , mêlée d'or et de soie, pour exprimer les jours heureux, et de la laine noire, pour exprimer les jours malheureux.

I^es Champs-Elysées, séjour des hommes de bien, renfermoient tout ce que les païens pouvoient concevoir de plus délicieux : aussi n'en accordoit-on l'entrée qu'aux vertus véritables , à ceux qui s'étoient signalés ou par des exploits héroïques, ou par des actions utiles à l'humanité.

EuD. Ah'.j voici des prodiges de la première espèce : un char qui vole sur le sein de l'onde ; une multitude d'hommes et de femmes qui se jouent, comme des poissons, au milieu des flots.

Ek. Vous voyez , dans cette magnifique peinture, toutes les divinités de la mer.

Celui que vous remarcjuez debout sur son char, et qui a pour sceptre un trident , est Neptune , fils de Saturne et de Cybèle, et souverain des ondes. Son char, qui paroît effleurer à peine la surface des eaux paisibles, est une conque , espèce de coquille d'une blancheur plus éclatante que l'ivoire, soutenue sur des roues d'or. Les chevaux marins qui le traînent, plus blancs que la neige, fendent l'onde salée , et laissent loin derrière eux un vaste sillon dans la mer : leurs yeux sont enflammés, et leur bouches fumantes, ^s^. 3? IL 3

3i ÉRASTE,

A côté de ce char , vous voyez celui à''Amphitrile , son épouse, fille de l'Oce'an ; il est traîné par deux dauphins, A- 38.

L'Océan, fils du Ciel et de \esta, étoit regardé comme le père des fleuves , des rivières et des fontaines. Il épousa Thétis, sa sœur, dont il eut Nérée et Doris, qui se marièrent ensemble, et qui eurent un grand nombre de filles que Ton appelle Nymphes, et cjui ont des noms différens, selon la différence de leurs emplois. Les Néréides sont les Nymphes de la mer : vous les voyez couronnées de fleurs , nager en foule derrière le char ; leurs beaux cheveux pendent sur leurs épaules , et flottent au gré des vents. Les Naïades sont les nymphes des fleuves , des rivières et des fontaines ; les Dryades, celles des campagnes ; les Hamadryades, celles des forets ; lesNapées, celles des bocages et des prairies, et les Oréades, celles des montagnes.

Ces personnages, moitié hom.mes et moitié poissons, sont les Tritons, enfans de Neptune et d'Amphitrite. Ils composent la garde de leurs parens. Les uns font retentir leurs conques recourbées , qui leur servent de trompettes; les autres conduisent les chevaux, et tiennent les rênes dorées. Ces petits génies, qui voltigent autour de cette grande voile de pourpre qui flotte au-dessus du char, sont les Zéphyres ; ils s'efforcent à l'envi de la pousser par leurs haleines, et vous la voyez à demi enflée par leur souffle officieux.

Ce rocher, que vous apercevez dans le fond du tableau , est le palais dEole, fils de Jupiter, et dieu des vents. \ous le voyez lui-même au milieu des airs, tenant à la main un tourbillon. Son visage ridé et chagrin , sa voix menaçante , ses sourcils épais et pendans, ses yeux pleins d'un feu sombre et austère , tiennent en silence les Aquilons furieux , et repoussent tous les nuages : il est suivi des quatre vents principaux , Borée, Eurus, Notus et Zéphyre, qu'il a enchaînés, afin qu'ils ne troublent point l'empire du dieu des mers ,/%■. Sg.

Ces monstres, qui ont une tête de femme, des oreilles d'ours, le corps d'un vautour, les ailes de chauves-souris, et des griffes aux pieds et aux mains , sont les Harpyes , filles d,e Neptune et d'Amphitrite. Elles infectoient tout ce qu'elles îouchoient ; les plus connues s'appeloient Aello, Ocypète et Céléno^

A côté dts Tritons, cet homme, que vous distinguez par la longueur de sa barbe, est Glaucus. C'etoit un bon peclieur qui , voyant les poissons qu'il posoit sur une certaine herbe reprendre de la force et sauter dans l'eau , s'avisa de maneer de celte herbe ; aussitôt il se pre'cipita dans la mer. Neptune le changea en dieu marin, et lui donna l'intendance des rivages.

Enfin , celte espèce de berger qui conduit les troupeaux de Neptune , est Prote'e, fils de l'Oce'an. II avoit uneconnoissance parfaite de l'avenir, sur lequel il ne s'expliqiioit jamais que par force. Quand on vouloit l'y contraindre, il se changeoit en eau , en ieu , en bêle féroce , et sous toutes les formes qu'il pouvoit imaginer, pour e'chapper des mains qui le retenoient.

Ces personnages qui sont couronnes de joncs, et appuyés sur une urne d'où coulent les eaux, sont les dieux et les déesses des fleuves, des rivières et des fontaines, qui viennent apporter à Neptune le tribut de leurs ondes.

Ce dieuetoit particulièrement honore' dans laLibye et à Corinthe. 11 avoit dans file Atlantique un temple magnifique , où il etoit repre'senté sur un char traîne' par des chevaux aile's , et toutes les figures de cette repre'sentation e'toient d'or. Le cheval et le taureau étoient les victimes ordinaires que l'on sacrifioit à Neptune. Les Aruspices , c'est-à-dire , les prêtres qui se mèloient d'annoncer l'avenir, lui présent oient ordinairement le fiel des victimes , parce que l'amertume de ce viscère avoit du rapport avec celle de la mer. Les oiseaux appelés Alcyons, et qui ont, à ce que prétendent les poètes, le singulier privilège de faire leur nid sur les flots de la mer, lui étoient particulièrement consacrés, et voici pourquoi : Alcyone, fille d'Eole, inconsolable de la mort de Céyx, son époux, (ju'elle aperçut flotter sur les eaux, s'élança dans la mer pour l'embrasser. Alors les dieux , touchés de compassion, récompensèrent leur fidélité en les métamorphosant l'un et l'autre en Alcyons.

Outre les divinités marines dont je viens de vous parler, il y en avoit encore quelques autres qui ne sont pas dans ce tableau. On remarquoit surtout Mélicerte , les Syrènes , Charybde et Scylla.

Athamas, roi de Thèbes , épousa Lio, fille de Cadmus et d'Hermione , dont il eut Léarque et Mélicerte. Il la répudia

pour donner sa main à Themisto, dont il eut aussi deux fils. Cette femme ne pensoit qu'aux moyens de faire tomber la couronne à l'aîne' de ses enfans , au préjudice de ceux d'Ino , et prit pour confidente Ino elle-même, qu'elle ne connoissoit pas. Elle la chargea de donner des habits blancs aux deux plus jeunes enfans d'Atîiamas, et d'habiller les autres en noir. Ino fit tout le contraire , et Themisto tua ses propres enfans. Elle reconnut son erreur, et se perça de de'sespoir, en chargeant Athamas d'impre'cations. Elles ne furent pas vaines. Athamas , dans un accès de fureur, jeta contre un rocher Léarque , son fils aine'. Ino et Me'licerte prirent la fuite , et se pre'cipitèrent dans la mer. Neptune en eut pitié' , les changea en dieux marins, donna à Ino le nom de Leucothée, en la plaçant parmi les nymphes , et celui de Palémon, à Mélicerte , qu'il fit dieu des ports. Pour Athamas , il fut me'tamorphose' en fleuve ; et au dernier quartier de la lune , on pouvoit, dit-on, allumer une torche dans ses eaux.

Les Syrènes e'toient des filles dont la beauté' et le chant ravissoient. Elles e'toient trois , et accompagnoient Proserpine lorsque Pluton l'enleva. Cet accident les affligea tellement , qu'elles prièrent les dieux de les changer en poissons pour aller la chercher ; leur prière ne fut exauce'e qu'à m.oitie' : les dieux leur laissèrent leur visage et leur voix , et ne leur donnèrent que la queue de poisson,^"', /^o. Si l'on avoit le malheur de rencontrer des Syrènes en mer, on devoit s'attendre à faire naufrage, parce qu'il e'toit impossible de re'sister à leur mélodie. Orphée, qui accompagnoit les Argonautes, pour empêcher ses compagnons d'être se'duits par leiîvs chants , prit son luth , et chanta si divinement les louanges des immortels, que de rage elles devinrent muettes, et se pre'cipitèrent, avec leurs instrumens , dans la mer, où elles furent change'es en rochers.

Scylla , fille de Phorcys , e'toit une belle fille que Neptune aima ; mais la jalousie d'Amphitrite la fit pe'rir, en empoisonnant la fontaine où elle alloit se baigner. Cette nymphe y fut change'e en un monstre effroyable, dont la partie supe'rieure ressembloit à un chien : elle eut tant d'horreur d'elle-même, h la vue de cette métamorphose , qu'elle se précipita dans un gouffre de la mer de Sicile, où l'on entend ses aboiemens et ses hurlemens.

Cliarybde tétait une femme qui tuoit les passaivs et les pilloit : Hercule la tua elle-même , parce qu'elle lui avoit ddrobe quelques bœufs; et elle fut prc'cipite'e clans la même mer de Sicile , ou plutôt changée en un gouffre très dangereux. Comme ces deux écueils étoient très voisins l'un de l'autre , et qu'il n'e'toit guère possible de franchir le premier sans se jeter dans le second , de là est venu le proverbe :// tombe dans Scyîla pour éditer Charyhde.

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Des Dieux de la seconde, de la troisième et de la quatrième Classe.

Eraste. Ce grand tableau , qui de ce côte s'offre h vos regards, vous repre'sente les divinités champêtres et terrestres. Pan étoit leur chef. Fils de Mercure , ce dieu vint au monde avec des cornes sur la tête, des pieds et une barbe de chèvre, Jig. 4-1. Les Satyres, qui étoient des monstres semblables à lui, et dont on dit qu'il étoit le père , l'accompagnoicnt ordinairement. 11 étoit aussi suivi du dieu Faune , qui donna aux hommes quelques connoissances d'agriculture , et d'un autre dieu des forêts, nommé Sybain, qui portoit toujours une branche de cyprès , parce que la nymphe Cyparis , qu'il aimoit , avoit été changée en cet arbre par Apollon.

Pan avoit un domaine souverain sur l'univers dans lequel les homm.es sont confondus avec les animaux, et c'est pour cette raison qu'on lui donne la figure que vous lui voyez. L'espèce de flûte qu'il tient à la main, et qui est composée de plusieurs morceaux de roseaux joints ensemble aves de la cire, représente l'ordre, l'arrangement ci la liaisoj/des parties du monde. On nommoit cettç flûte Syrinv , iVvne nymphe de ce nom , que Pan aimoit , et qui fut métamorphosée en roseau en fuyant ses poursuites. On lui rendoit un culte particulier en Arcadie ; et les Romains célébroient ses fêtes au mois de fé\Tier sous le nom de Liipevcales.

On raconte cjue Brennus, général gaulois, ayant voulu piller le fameux temple de Delphes, Pan jeta l'épouvante

parmi ses soldais qui furent taillés en pièces; de là vient Tcxpression de terreur panique , pour signifier une frayeur dont on est saisi sans raison.

Pan aima encore la nymphe Echo , qui avoit l'esprit fort agréable : Junon se plaisoit à sa conversation; mais, s'étant aperçue qu'elle étoif dans les intérêts de Jupiter, elle lui ôta l'usage de la langue, et la condamna à ne répéter que les dernières syllabes des mots.

Echo devint amoureuse de Narcisse , qu'elle suivit en vain dans les forets : elle en sécha de douleur, et ses os furent changés en pierres.

Narcisse étoit aimé de toutes les nymphes. Il devoit parvenir à une extrême vieillesse, s'il eût pu s'abstenir de se voir. Un jour, revenant de la chasse, il courut à une fontaine, où, contemplant son image, il fut tellement épris de sa figure, qu'il mourut de cette passion. 11 fut changé en la fleur qu'on nomme ISanïssc.

Fauna, épouse du dieu Faune, fut mise au nombre des immortelles, parce qu'aussitôt que son mari fut mort, elle lui garda une fidélité si exacte, qu'elle ne sortit point de sa chambre le reste de sa vie , et qu'elle ne parla depuis à aucun homme. Les dames romaines instituèrent une fête nocturne en son honneur et l'imitoient en gardant une retraite austère durant ses solennités.

Cette femme ornée de guirlandes, et qui répand des fleurs, est Flore, déesse du printemps ,7%. 4-2, épouse de Zéphyre. Ses fêtes, qui s'appeloient Jeux floraux , étoient célébrées par des femmes qui sautoient et dansoient , un jour et une nuit , au son des trompettes. Celles qui remportoient le prix à la course recevoicnt une couronne de fleurs.

Cette autre qui tient une houlette, est Paies, déesse des pâturages et des bergers. On célébroit ses fêtes en pleine campagne : on la prioit d'écarter les loups ; les bergers allumoient , en son honneur , des feux de paille , et sautoient pardessus l'un après l'autre.

Cette déesse assise , ayant des fruits sur sa tête et à ses côtés, est Pomone. Elle épousa Yertumne ; ils présidoient aux fruits de]^ l'automne, ^^. 4-3. Féronie, déesse des bois et des vergers, accompagne ordinairement \ertumne et Pomone*

Plus loin, cet homme, dont la barbe et la chevelure sont

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ENTRETIEN III. Sg

si négligées, et qui tient une faucille à la main, est Priape , lils de Ve'nus et de Bacchus, et dieu des jardins.

Vous apercevez à côté de lui le dieu des festins et des parures, et la coupe qu'il s'apprête à vider vous annonce Cornus, pi. S^Jig. 44-

Cet homme au souris malin est Momus, dieu de la raillerie , fils du Sommeil et de la Nuit. Il se fit chasser du ciel par ses satires perpe'tuelles. Il eut la hardiesse de critiquer le taureau que Neptune avoitfait, disant qu'il auroit dû lui placer les cornes plus près des yeux , afin de mieux diriger ses coups. Il critiqua de même ThoiTime que A ulcain avoit forgé, prétendant qu'il auroit fallu lui ménager une fenêtre au cœur, pour voir ses pensées les plus secrètes. Enfin il Llàma la maison que Minerve avoit inventée, et dit qu'elle éfoit trop pesante pour être enlevée , lorsqu'elle auroit un m^iVais voisin. Cette marotte qu'il tient à la main , et son Lonnet garni de grelots , désignent son caractère satirique ,

EuDOXiE. Sont-ce là toutes les divinités qui habltoicnt aux milieu des mortels?

Ea. Non assurément ; il en est encore une foule d'autres qu'il seroit impossible de vous détailler; car, comme je vous Tai dit , il n'y avoit rien dans la nature qui n'eût sa divinité particulière. Je me contenterai de vous faire connoître les principales.

Le dieu Terme, sous la figure d'une tuile, d'une pierre et. d'un pieu fiché dans la terre , ou sous celle d'un homme sans bras et sans pieds, afin qu'il ne pût point passer d'un lieu dans un autre, étoit placé aux extrémités d'un terrain pour en marquer les limites, y%. 46.

On plaçoit dans les villes, dans les chemins, dans les foyers de chaque maison, et même de chaque chambre, de petites statues qu'on adoroit très dévotement sous le no.ii de Dieux Pénates ou Dieux Lares. Ils étoient fils de Mercure et de la Naïade Lara, ou Larunde , et leur nombre , ainsi que leur pouvoir, dépendoit uniquement du caprice des villes, ou de la superstition des particuliers. On leur attribuoit la prospérité des états et des affaires domestiques de chaque famille ; on leur consacroit des lampes ; on leur immoloit des chiens , symbole de la vigilance et de la fidélité. C'étoit un

4o ERASTE,

usage à Rome de àuspeiidre dans les cîicmins quelques petites figures d'hommes, faites de cire ou de laine, et de prier les Lares de lâcher toute leur colère sur ces images. Lorsque les enfans quittoient l'ornenient qu'on leur pendoit au cou jusqu'à quatorze ans, et qui e'toit en forme de cœur, ils tutoient oblige's de le de'poser aux pieds de ces dieux domestiques.

Chaq^ue homme avoit sa diA^inité particulière qui naissoit et mouroit avec lui ; on l'appeloit Génie. Il y avoit des génies blancs et des ge'nies noirs. Les blancs pre'sidoient aux jours heureux , et les noirs aux malheureux. Ils se faisoient une gueiTe perpe'tuelle , et le plus fort l'emportoit. On les représentoit sous la figure de jeunes hommes , tenant d'une main un vase à boire , et de l'autre une corne d'abondance.

Toutes les vertus, tous les vices , toutes les passions étoient encore autant de divinite's allégoriques, que les païens honoroient , et que les poètes faisoient entrer dans leurs vers.

La Nuit , fille du Ciel et de la Terre , est la déesse des ténèbres. On la représente en long habit de deuil, parsemé d'étoiles. Elle épousa Erèbe , dont elle eut Morphée , dieu du sommeil.

Ce dieu n'est quelquefois considéré que comme le principal ministre du Sommeil , et chargé d'endormir les hommes en les touchant avec !in bouquet de pavots, et de leur présenter les songes sous différentes figures.

Le Sommeil a son palais dans un antre inconnu , où les rayons du soleil ne peuvent pénétrer. La porte est garnie de pavots et d'herbes assoupissantes. Le fleuve d'Oubli roule doucement ses eaux autour de ce palais. Le dieu repose sur un lit fermé de rideaux noirs, et environnné par les Songes, divinités infernales qui lui sont subordonnées , et que l'on représente avec des ailes de chauves-souris , Jîg. 47- Les songes que l'on envoyoit aux hommes passoient par deux portes différentes, l'une de corne et l'autre d'ivoire. La première étoit pour ceux cjui présidoient aux visions véritables ; ceux qui ne formoient que de vaines illusions , sortoient par la seconde.

Le Silence, que les Egyptiens nommoient ffarpocraies , et les Grecs Sigulion, étoit représenté, tantôt comme une femme , et tantôt comme un homme qui tient un doigt sur la

ENTRETIEN III. 4i

bouche ,/?§'. 4^8. Sa statue se trouvoit à l'entrée de la plupart des temples ; ce qui vouloit dire qu'il falloit honorer les dieux par le silence , et que les hommes, qui avoient une connoissance si imparfaite de la divinité , n'en dévoient pas parler témérairement.

On adoroit la Paresse sous le nom de Varuna; on hii immoloit le limaçon et la tortue. Agénoria, ou Slrénua, déesse de l'industrie , lui étoit opposée.

Thémis, fille du Ciel et de la Terre, étoit la déesse de la justice. Elle eut deux enfans de Jupiter : la Loi et la Paix. On la peint quelquefois avec un bandeaix sur les yeux , tenant ordinairement une balance d'une main, et de l'autre une épée,

La Paix est représentée courormée de lauriers , portant d'une main une petite statue de Plutus, et de l'autre une branche d'olivier : d'autres fois avec une corne d'abondance , les attributs des arts et du commerce , ^g'. 5o. Elle se réfugia dans le ciel , quand la guerre vint la chasser du séjour des mortels.

La Renommée , dont la fonction est d'annoncer à l'univers toutes les nouvelles bonnes ou mauvaises, vraies ou fausses y est une espèce de monstre tout couvert d'yeux et d'oreilles » qui a cent bouches et des ailes , et qui sonne perpétuellement de la trompette.

La Fortune est représentée debout ou assise sur une roue qui tourne sans cesse , et qui est le symbole de son inconstance ; et répand au hasard des richesses. Les poètes disent qu'elle est chauve , aveugle , et la regardent comme l'arbitre souverain de tous les événemens humains, ^/g-. 5i.

La Nécessité , sa mère , est désignée par de longues chevilles et des coins qu'elle tient dans ses miains de bronze. Toute la terre l'adoroit ; et sa puissance étoit telle, cjue Jupiter ne put point se dispenser de lui obéir.

Némésis, fille de Jupiter et de la Nécessité, étoit la déesse de la vengeance. Sa tête étoit ornée d'une couronne faite en forme de bois de cerf; elle avoit des ailes pour signifier qu'ordinairement la peine suit de près le crime, et elle étoit armée de serpens et de torches ardentes ; sa fonction étoit de punir, ou de récompenser selon le mérite. Ses châtimens les plus sévères étoicnt pour les ingrats , et pour ceux qui abu-

4a ÉRASTE,

soient des dons de la fortune , ou qui se laissoient séduire par la flatterie.

La Liberté' e'toit souvent repre'sentée avec un chapeau à la main , car le chapeau en e'toit le symbole. On la voit encore appuye'e sur une table des lois, et tenant une épée pour les de'fendre, 7^^. 52. LesPvomains, qui furent ses plus fervens adorateurs lui bâtirent plusieurs temples, et lui érigèrent un grand nombre de statues.

La \ ictoire , ou Nice , étoit fille de la déesse Styx , qui présidoit au fleuve du même nom, et du géant Pallas. Elle présidoit aux triomphes, et protégeoit les grands capitaines. On la peint sous la figure d'une jeune fille toujours gaie , avec des ailes , tenant d'une main une couronne d'olivier et de laurier, et de l'autre une branche de palmier. Les médailles où on la représentoit sur une proue de vaisseau désignoient une victoire navale.

L'Envie , fille de la iSuit , est représentée sous la figure la plus hideuse : un front ridé, un teint livide , un air sombre et sinistre, les yeux enfoncés, le regard inquiet , des vipères au lieu de cheveux , trois serpens d'une main , une hydre de l'autre , et un serpent monstrueux sur son sein, qui la déchire et lui inspire son poison.

La Discorde , que Jupiter chassa du ciel , est venue exciter sur la terre plus de trouble qu'elle n'en causoit parmi les dieux. Ce monstre , qui ne respire que la fureur et les combats , n'est pas moins hideux que l'Envie, Elle est coiffée de serpens ; son teint est livide ; ses yeux sont égarés ; sa bouche est écumante ; et ses mains , armées , l'une d'une torche ardente et d'un poignard, l'autre d'une couleuvre et d'une coupe de poison, sont tout ensanglantées, 7%^. 53.

L'Occasion préside au moment le plus favorable pour réussir dans une entreprise. On la représentoit sous la figure d'une femme nue , ou d'un jeune homme , chauve par derrière , un pied en l'air, tenant un rasoir d'une main et un voile de l'autre , et quelquefois marchant avec vitesse sur le tranchant d'un rasoir, sans se blesser, ^^. 54^.

Les Grecs et les Romains honoroient la Félicité, et lui élevèrent des temples. On la représente comme une reine assise sur son trône tenant une corne d'abondance,^^. 55.

L'Espérance , qui fut aussi honorée par les Grecs et les Ro-

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