‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 72 sur 89 · L OCÉANIQUE · texte numérisé non relu

L OCÉANIQUE

aNQUlÈME PARTIE DU MONDE.

Eraste auroit bien voulu terminer à l'Amérique mc^ridionale les notions géographiques qu'il venoit do donner à Eugène et à Eudoxie; mais celle-ci, qui l'avoit déjà entendu parler d'une cinquième partie du monde , le pria , avec beaucoup d'instance , d'entrer h ce sujet, dans quelques détails.

Eraste. U Océanùiue est le nom que les géographes modernes sont convenus de donner à ce grand nombre d'îles , semées sur la vaste mer comprise entre l'Amérique d'un côté et l'Asie et l'Afrique de l'autre , en exceptant celles qui se trouvent dans la mer des Indes , et dans celle de la Chine et du Japon. Comme ces îles sont situées à une distance presque égale de l'Amérique, de l'Asie et de l'Afrique, ces géographes se sont tirés d'embarras , en les réunissant , pour en faire une cinquième partie du monde, sous le nom d'Océanique.

Eugène. Ils n'ont pas eu grand tort en cela, s'il est vrai , ainsi que je l'ai ouï dire , qu'il y a , dans cette grande^ mer , une lie qui égale en grandeur les deux tiers de l'Europe.

Er. Nous ne connoissons la plupart des îles du grand C^céan que depuis la découverte du détroit de Magellan par le navigateur de ce nom , et de celui de Lemaire , nom d'un navigateur hollandais. Les courageux marins qui , après eux , ont doublé le cap de Horn , pour entrer de l'Océan atlantique dans le grand Océan , ont découvert successivement plusieurs archipels; et c'est Tasman qui, le premier, a vu la Nouvelle- Hollande. Dans les derniers temps, Bougainville , Cook, Kerguelen , La Billardière , envoyé à la recherche de l'infortuné la Pérouse , ont exploré le grand Océan , de manière qu'après eux il n'est guère possible de découvrir [de nouvelles terres de quelque considération.

L'Oc^'am^Kfi se compose , au nord de l'équateur, des îles

Philippines, Bornéo , Sumatra, Java, Timor, Célèbes , Bloluques, Pelew, Carolincs, des Larrons ou]VIariannes,Mul- {^raves, Pescadores, Sandwich, et des îles de leur de'pendance. Cette partie de l'Oce'anique se nomme Polynésie boréale.

La seconde partie, qui est au sud de Te'quateur, se compose des îles de Fidgi, des Navigateurs, des Amis, de la Socie'te, du roi Georges, de l'Archipel dangereux, des îles Marquises , de Pâques, de laNouvelle-Ze'lande, avec les îles de Chatam et de Norfolk , etc. ; des archipels Cale'donien , de Salomon ou de Quiros, de Dampier, où se trouvent la Nouvelle-Irlande et la Nouvelle-Breragne ; de Tarchipel des Papous, qui comprend la Nouvelle-Guine'e , la Louisiade de Bougainville , etc.; enfin , de la Nouvelle-Hollande , et de la Terre de Die'men qui en est sépare'e par le de'troit de Bass. Cette partie de l'Oce'anique se nomme Polynésie austi-ale.

Nous avons de'jà parlé des Philippines, de Bornéo, de Sumatra , de Java, et de quelques autres îles ou archipels que les modernes géographes ont enlevés à l'Asie , et nous ne nous arrêtons ici qu'à quelques îles principales dont il n'a point été question.

L'île Célèbes est une île considérable : les endroits les plus connus sont : Macassar et Bonthaim. Les îles des Larrons ou Mariannes ont reçu leur premier nom de Magellan , qui les découvrit en i52i , et eut à se plaindre du penchant des ir»:sulaires pour le vol. C'est dans l'une des îles Sandwich que le capitaine Cook fut massacré, en 1779. C'est dans une île de l'archipel des Navigateurs que M, de Langle , et plusieurs autres compagnons de la Pérouse furent massacrés par les sauvages. Mais de toutes les îles du grand Océan , celle d'Otaïti , et quelques autres de l'archipel de la Société, sont celles qui offrent aux navigateurs le plus d'agrément, soit par leurs sites et leurs productions, soit par la douceur de leurs habitans. Otaïti , découverte par Bougainville, a été mieux connue par les détails que nous en a donnés le capitaine Cook. La population de cette îie est assez nombreuse , presque civilisée , et très portée au plaisir. Depuis quelques années , les missionnaires anglais ont entrepris de la convertir au christianisme , et leurs efforts ont été couronnés du succès. On trouve à Otaïti un arbre , nommé Vaiirc à pain, parce que l'on peut faire une espèce de pain avec son fruit.

La Nouvelle Zt'lande , découverte par Tasman, et ensuite parCook, est formée de deux îles se'pare'es l'une de l'autre par un détroit. Au sud-est de ces îles , on en trouve quelquesunes assez petites, et c'est dans leur voisinage que sont les anfi/)odes de la ville de Paris.

EuDOxiE. J'ignore encore, ou j'ai oublié ce que l'on entend par antipodes.

EuG. Ce mot veut dire pied contre pied ; j'ai ouï dire que les antipodes d'un lieu se trouvent dans riiémisphère opposé au même degré de latitude et de longitude que ce lieu.

Er. Il me reste à vous parler de la Nouvelle-Hollande. Cette île immense qu'on peut regarder comme un nouveau continent, et comme le centre de tous les archipels de l'Océanique, n'est encore connue que sur ses cotes : en 1774» ^^ capitaine Cook en trouva la côte orientale ; et par l'étendue de celles qu'il a visitées, et l'exactitude des détails qu'il en a donnés , on peut dire qu'il a en quelque sorte de nouveau découvert cette vaste contrée. La partie de la côte sud-ouest a été découverte par M. d'EntrecasIeaux, dans son voysge avec M. La Billardière, à la recherche de la Pérouse. La partie ouest a été visitée dans ces derniers temps par plusieurs navigateurs français.

La Nouvelle-Hollande est séparée, au nord , de laNouvellc- Guinée, par le détroit de Torrès, et au sud , de la terre ou île de Diémen par le détroit de Bass, comme je Tai déjà dit.

Les Anglais ont donné à la côte orientale le nom de Nouvelle-Galles méridionale. L'étendue de cette côte est de six cent soixante-quinze lieues ; il s'y est établi une colonie anglaise, à Botany-Bay , ou plutôt au port Jackson qui en est peu éloigné, et c'est là que le gouvernement britannique envoie les malfaiteurs, hommes et femmes, qui ont mérité la peine de la déportation. Cette colonie , formée depuis environ quarante ans, devient de jour en jour plus florissante.

On a trouvé plusieurs sortes d'animaux à la Nouvelle-Hollande ; le plus grand est le kangnroo, dont les jambes de derrière sont beaucoup plus hautes que celles de devant. Les chiens sont de l'espèce du chacal; ils n'aboient jamais ; ils sont noirs ou blancs avec une teinte rouge ; cpielques-uns sont très beaux. On remarque un singulier anima! , dont la niâchoire se trouve allongée, comme le bec d'un oiseau. Le cygne

noir est une production rare de ce continent ; il est supérieur au blanc pour la grandeur ; son bec est d'une riche écarlate. Tout le plumage est d'un très beau noir, à l'exception des premières et secondes plumes qui sont blanches.

Il n'y a peut-être pas de peuple qui ait fait moins de progrès dans la civilisation que les naturels de la Nouvelle-Hollande. Ils sont très bouffons, petits et mal faits ; leurs bras , leurs jambes, leurs cuisses, sont d'une maigreur extrême. Ceux qui habitent les côtes ne vivent que de poissons , tandis qu'un petit nombre se nourrissent, dans les bois, des animaux qu'ils peuvent attraper , et grimpent sur les arbres poun manger le miel et prendre des écureuils. Les traits des femmes ne sont pas désagréables, quoique approchant de ceux des nègres. On a \ai un de ces sauvages , qui , sans le don de la parole , auroit fort bien pu passer pour un orang-outang ; il étoit extrêmement barbu ; ses bras paroissoient d'une grandeur démesurée ; il marchoit le dos voûté ; dans toutes ses manières , il paroissoit ressembler à la brute beaucoup plus qu'aucun de ses compatriotes. Ils dorment pêle-mêle , autant que le leur permettent leurs inimitiés et leurs nombreux assassinats.

On a donné des noms particuliers à plusieurs terres qui s'étendent sur les côtes de la Nouvelle -Hollande , différentes de celle de l'est. Sur les côtes occidentales sont les terres à'Edel et à^Endracht. La côte du nord-ouest porte le nom de Terre de TVitt, sur une étendue de quatre cents lieues. Les terres de Diémen et d'Arnheim forment la partie de la Nouvelle-Hollande qui s'avance le plus dans la mer des Moluques. La Terre de Carpentarie^ située au nord, est une côte qui entoure tout le grand golfe de ce nom.

Après ces notions générales de géographie, parcourons les annales de notre nation , dans une lecture rapide des prinpaux traits de son histoire. Les faits que je vais vous mettre sous les yeux sont ceux qui doivent fixer votre attention ou piquer votre curiosité , lorsque vous entreprendrez de la connoître plus en détail.

EISTRETIEN XV. aSS

Tableau général de V histoire de France , sous les rois de la première race.

Toutes ces belles provinces qui composent aujourd'hui le royaume de France , porloient autrefois le nom de Gaules. Une nation fort ancienne , et dont on ignore Torigine , étoit venue s'y établir, et s'e'toit rendue fameuse long-temps avant la naissance du Sauveur. Peuple guerrier, les Gaulois ne connoissoient que les armes , et plus d'une fois ils avoient fait trembler les Romains dans Rome même. Mais enfin , ils furent contraints de céder, comme tant d'autres nations, à la valeur constante de ces conquérans redoutables. Jules César, le plus grand capitaine de son siècle , les soumit , et fit des Gaules une province de l'empire , dont il se rendit maître.

Plus de quatre cents ans après la conquête des Gaules , et sous le règne du foible Honorius , fils du grand Théodose , un peuple connu sous le nom de Francs, trop resserré dans les bornes étroites de la Franconie , contrée de l'Allemagne, voulut chercher un établissement plus commode. Sous la conduite de leur roi Pharamond, les Francs abandonnèrent leurs marais et leurs bois , passèrent le Rhin , et se jetèrent dans les Gaules ; mais ils ne purent porter leurs armes plus loin que dans la Gaule Belgique , que nous appelons aujourd'hui les Pays-Bas ; et Pharamond quitta la vie sans avoir eu de grands succès. Clodion , son fils , conserva , augmenta même les pays dont son père s'étoit emparé , malgré la valeur du fameux Aétius , qui commandoit les troupes romaines dans ces contrées. Méroi>ée, qui probablement étoit du sang des rois, mais non pas de la branche régnante, parvint au trône , et s'en montra digne par ses vertus guerrières. Ce prince est regardé comme le chef des souverains de la première race , qui de son nom sont appelés Mérowigiens. 11 laissa la couronne à Childéric i , son fils , moins connu par ses actions que parce qu'il donna le jour au grand Clovis , que

Ton doit regarder comme le premier de nos rois , et le fondateur de la monarchie française.

/J.Si-.'î.gS. Clovis n'avoit que quinze ans lorsqu'il ceignit le diadème, et déjà il montroit fout ce c{u'il dovoit être. Cinq ans après il défait Syagrius, gouverneur pour les Romains dans la Gaule , et s'empare de Soissons, qui devient pour un temps le sie'ge de la monarchie nouvelle. Peu content de ce premier triomphe , le jeune conquérant vole à de nouvelles victoires. Bazin , roi de Thuringe. est rendu tributaire ; les pays entre la Somme , la Seine et TAisne sont soumis; Reims ouvre ses portes parla médiation de Saint Rémi, son évêque.

4.9+. Le monarque français suspend ses conqutHcs pour contracter une alliance digne de lui : il épouse Clotilde , nièce de Gondebaud , roi des Bourguignons , princesse que sa piété plaça dans la suite au nombre des saints. Elle exhorta long-temps son époux à quitter les vains simulacres du paganisme , pour ouvrir les yeux à la lumière de TEvangile ; et il penchoit déjà pour la vérité , lorsqu'un événement miraculeux consomma sa conversion.

4.96. Les Allemands, peuples belliqueux, s'étoient jetés dans la Gaule , à l'exemple des Francs, leurs anciens compatriotes. Clovis l'apprend : il court à leur rencontre , les joint dans les plaines de Tolbiac , près de Cologne , engage le combat. Après une longue résistance , les Français reculent ; tout étoit perdu : le monarque le voit; il lève les yeux au ciel : « Dieu de Clotilde , s'écrie-t-il , tu seras le mien si tu m'ac- » cordes la victoire! » Il dit, tout change ; la terreur passe du côté de l'ennemi : Clovis triomphe. Fidèle à son vœu , il reçoit le baptême des mains de saint Rémi ; et ses peuples et les princes de son sang imitent à l'envi son exemple.

La conversion de Clovis ne ralentit ni son ambition ni ses victoires. En 49^1 il subjugue les pays des Armoriques , ou la Bretagne. En 5oo, il rend la Bourgogne tributaire. En Soj, il gagne sur les Visigoths la célèbre bataille de Vouillé, près de Poitiers, et lue de sa propre main Alaric , roi de cette nation puissante. Le bruit de cette victoire alla jusqu'à Constantinople , et l'empereur Anastase i envoya au prince français les titres et les ornemens de patrice, de consul et même d'Auguste , qui n'appartenoient qu'aux empereurs.

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