‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 73 sur 89 · ne fut pas aussi heureux contre Théodoric , roi des · texte numérisé non relu

ne fut pas aussi heureux contre Théodoric , roi des

Golhs. L'ayant attaque devant Arles, il fut vaincu , et , pour la première fois, il se vit contraint de demander la paix. Clovis etoit féroce ; mais les succès adoucissoient son caractère ; l'infortune le rendit barbare, et on le vil, jusqu'en 5ii, flétrir SCS anciens lauriers et souiller la gloire de son règne par des vexations et des cruaute's qu'il exerça envers la plupart des princes de sa maison : il mourut à Paris , dont il avoit fait sa capitale. Grand capitaine, sage le'gislateur, politique adroit , et toujours attentif aux moyens qui pouvoient assurer ses succès ; plein de respect pour la religion qu'il avoit embrassée , mais d'une ambition qui ne connoissoit point de bornes; s'il avoit su la mode'rer, sa gloire eût e'te' plus pure, la fin de sa vie plus innocente ; et l'on n'auroit point à blâmer dans Clovis chrétien des cruautés si contraires aux vertus c}u'on avoit admirées dans Clovis encore païen.

5ii. Après le décès de Clovis, ses quatre fils partagèrent ses états : Thierry 1 fut roi d'Austrasie, dont Metz et oit la capitale ; Clodomir fut roi d'Orléans ; le royaume de Paris échut à Childebcrt i ; Clutuire i eut celui de Soissons. l^'histoire de ces quatre princes ne présente qu'une suite de guerres excitées par l'ambition , la vengeance et la haine , et un affreux tissu de cruautés plus atroces encore que celles dont Clovis leur avoit donné l'exemple. Jamais on n'oubliera la barbarie que Childebert et Clotaire exercèrent à l'égard des trois enfans de Clodomir, leur frère , qui venoit d'être tué dans une bataille , et dont ils vouloient envahir les états. Clotilde s'étoit chargée de l'éducation des jeunes princes ; ils engagent cette vertueuse reine à les leur envoyer : à peine les ont-ils en leur puissance , que Clotaire se saisit de l'aîné, le renverse par terre , et le poignarde. Le second , effrayé , se jette aux pieds de Childebert , et lui demande la vie. Le monarque, attendri , ne peut retenir ses larmes. Clotaire lui reproche sa foiblesse , lui arrache l'enfant , et l'égorgé sur le corps de son frère. Le troisième eut le bonheur d'échapper aux fureurs de ce prince inhumain et dénaturé. Il prit dans la suite l'habit monastique et l'honora par la sainteté de sa vie. C'est lui qui est connu et honoré sous le nom de saint Cîoud.

558. Clotaire vit mourir tous ses frères , et la monarchie française fut tout entière réunie sous ses lois. Mais ce fut

288 ERÎASTE,

dans ce haut degré de puissance qu'il e'prouva les plus vives amertumes. Chramne , son fils bien-aime', lève l'étendart de la re'volte, et contraint son père et son roi à lui livrer bataille. Ce nouvel Absalon est vaincu et brûlé avec toute sa famille dans une chaumière où il s'étoit réfugié. Clotaire , depuis ce funeste triomphe , vécut dans une profonde tristesse qui le précipita enfin dans le tombeau en 662 , un an après , le même jour, dit-on , et à la même heure qu'il avoit ordonné la mort de son fils. Son règne , qui fut de cinquante et un ans, n'offre que des adultères, des incestes, des meurtres , des horreurs.

Le royaume fut encore partagé, suivant la mauvaise politique de ces temps , entre les enfans du monarque défunt. Caribert fut roi de Paris ; Contran , d'Orléans et de Bourgogne ; Sigelert i , d'Austrasie j Chilpéric i , de Soissons.

563. Sigebert attaque et défait les Arabes qui s'étoient répandus dans ses étals, et revient réprimer les entreprises de Chilpéric , qui vouloit envahir ses plus belles provinces : ensuite il épouse Brunehaut , fille d'Athanagilde , roi des Visigolhs , qui passoit pour la princesse la plus accomplie de son siècle.

567. Chilpéric , touché de l'exemple de son frère , renonce h la débauche , et partage sa couronne avec Galsuinde, sœur de Brunehaut. Mais cette épouse , aussi vertueuse que belle , ne peut fixer son caractère volage , il laisse bientôt rallumer dans son cœur des feux illégitimes. Galsuinde s'en plaint dans une assemblée des états , et la nation oblige le monarque de jurer qu'il sera fidèle aux engagemens sacrés du mariage. (Quelques jours après, l'infortunée reine est trouvée morte dans son lit. Le soupçon de cette mort tomba sur Frédégonde, femme d'une grande beauté, et d'une méchanceté plus grande encore. Il fut pleinement confirmé , lorsqu'on la vit occuper la place et le trône de sa rivale.

Caribert fut un roi modéré, pacifique, zélé pour la justice, d'un esprit si vif et si pénétrant, que les ministres qui forraoient son conseil l'écoutoient comme un oracle-. Trop ami des plaisirs, il ruina sa santé et mourut à la fleur de l'âge sans postérité.

568. Sigebert et Contran se liguent pour venger la mort de Galsuinde ; bientôt un traité calme cette guerre naissante.

EISTRETIEN XV. 289

Le premier tourne ses armes contre les Arabes : il est vaincu et fait prisonnier; mais le roi de cette nation barbare , frappé de la noble intrépidité' du monarque français, lui rend la liberté et le comble de présens.

5G9. Gontran , .défait par les Lombards et les Saxons qui ravageoient la Bourgogne , les surprend et les taille en pièces dans une seconde bataille. Mummol , le plus grand homme de guerre cjui fut en France , commandoit ses troupes.

5-jS. Sigebert et Chilpéric se font une guerre cruelle. Tliéodehert, fils du second , périt dans un combat : Chilpéric lui-même , abandonné de tous h'S siens , cherche son salut dans la fuite , et s'enferme dans Tournai. Le victorieux Sigebert vient Vy assiéger; et déjà, malgré les prières des grands de ses états , il se préparoit h immoler son frère à sa ven-geance, lorsque deux scélérats , envoyés par Frédégonde , lui plongent un poignard dans le sein. jMalgré de grands défauts , ce prince étoit le monarque le plus parfait qui eût encore paru sur le trône de Clovis.

576. Chilpéric et Frédégonde, échappés du plus grand pé- . ril , se hâtent de profiter de la mort de leur ennemi. Brunehaut est aiTetée avec ses enfans ; mais un sujet fidèle tire de prison le jeune Childebert il , fils du monarque assassiné , et le place sur le trône d' Austrasie. Chilpéric , outré de ces contre-temps, relègue Brunehaut à Rouen, où bientôt elle lui donne de vives inquiétudes. 11 apprend que Merooee, son fils, épouse cette princesse; et furieux , il vole à Pvouen pour punir la téméraire passion du jeune prince. Les deux époux se réfugient dans une église , et n'en sortent qu'avec l'assurance d'avoir la vie sauve. Mérovée est ordonné prêtre malgré lui , et Brunehaut est renvoyée en Austrasie.

58o. Frédégonde avoit juré la perte des enfans du premier lit de Chil[)éric. Elle fait assassiner Mérovée , qui lui faisoit encore ombrage. Clovis qui rcstoit eut le même sort. Enfin , ne trouvant plus d'autre victime à immoler que son époux , à qui sa fidélité étoit justement devenue suspecte , elle le fit poignarder en 584, par Landri qu'elle aimoit. Telle fut la fin de Chilpéric, qui, par sa cruauté, par son libertinage et son. impiété , mérita d'être rangé parmi ces mauvais princes que le ciel ne donne aux peuples que dans sa colère.

585. Chilpéric ne iaissoit qu'un fils âgé de quatre mois, qui

figo ERASTE,

lui succéda sous le nom de Clotaire il ; Frc'dëgonde , mère du jeune roi, sut regagner la faveur de Gontran, qui la de'clara tutrice et re'genfe des e'tats de son fils. En vain quelques seigneurs , ennemis de cette princesse , voulurent placer la couronne sur la tête de Gondebaud, que l'on croyoit fils de Clotaire I*^ Cet aventurier fut trahi et tue' par ceux qui l'avoient proclamé.

SgS. Le règne de Gontran fut long et sans gloire. Il mourut à Chàlons-sur-Saône , âgé de plus de soixante ans. S'il ne montra pas beaucoup d'habileté ni de vigueur dans le gouvernement , on doit louer la pureté de ses mœurs qui furent irréprochables. Childebert, qu'il avoit adopté, hérita de «es ctats, et réunit ainsi le royaume d'Austrasie h celui de Bourgogne*

5g4.. La mort de Gontran fut pour Frédégonde et pour Chfl- <lebert un signal de rupture. Le monarque austrasien voulut -écraser Clotaire. Le courage de la régente augmente avec le danger; elle assemble des troupes, se met h leur tête, accompagnée de son fils, trompe l'ennemi par un stratagème , remporte la victoire, laisse partout des traces de «a fureur, et revient à Soissons chargée de butin.

596. Le monarque , vaincu par une femme , se vengea de ■sa défaite , en exterminant les Varnes , peuples de Germanie, que Frédégonde avoit suscités contre lui. Ce fut le dernier exploit de son règne : il mourut quelques mois après, laissant ses royaumes à ses deux fils , sous la régence de Brunehaut leur aïeule. Théodebert \i ^ l'aîné, fut couronné roi d'Austrasie: Thierry II , le cadet , eut pour son partage le royaume de Bourgogne.

597. La guerre se rallume entre les deux cours d'Austrasie et de Soissons. Frédégonde , à la tête des troupes , s'empare de Paris et de plusieurs autres places. Brunehaut veut arrêter ses conquêtes : sa rivale , plus heureuse ou plus habile , dissipe ses armées , et fait triompher partout les drapeaux de Clotaire. Frédégonde , au plus haut point de sa prospérité , voyoit croître sa gloire avec la puissance de son fils : on oublioit presque que cette femme ambitieuse , vindicative, cruelle , avoit tout sacrifié à sa grandeur et à sa sûreté. Ce fut ce moment de triomphe que le ciel choisit pour l'enlever de ce înonde, et terminer sa carrière : elle fut inhumée auprès de

ENTRETIEN XV. agi

Chilpcrîc, dans l'Eglise de Saint-Germain-des-Pres , où l'on voit encore son tombeau.

6i3. La mort de Fredegonde fut suivie de quelques batailles où Clotaire ne fut pas beureux. La paix reparut de temps en temps; mais enfin elle fut absolument bannie par les dissensions qui armèrent l'un contre l'autre les petis-lils de Brunebaut. Theodebert exile cette princesse, qui se n'fugic auprès de Thierry, et l'excite à la vengeance. Les deux frères en viennent plusieurs fois aux mains. Tbéodebert vaincu, est massacre'. Thierry, enflé de ce succès , tourne ses armes contre Clotaire; mais il meurt à Metz d'une dyssenterie. Clotaire , à son tour, devient usurpateur et féroce : il fait mourir deux fils de Thierry; fait raser le troisième; le quatrième échappa, et ne reparut jamais. I^ fin tragique de Brunebaut mit le comble à ces atrocités : après l'avoir abandonnée pendant trois jours aux supplices les plus cruels et les plus ignominieux, Clotaire la fit traîner sur les ronces et les cailloux par un cheval indompté.

6a8. Clotaire ii, devenu seul maître de la monarchie française, effaça, par des traits de modération et de justice , les barbaries dont ils'étoit rendu coupable. 11 dissipa des conjurations, convotjua de nombreuses assemblées de ses états , soumit les Gascons et les Saxons, et mourut regretté des peuples, après avoir dissocï^ Dagohert, son fils aîné , à sa couronne. Heureux ce prince, s'il n'eut point affoibli son autorité en faveur des grands! Celle des maires du palais surtout commença , sous son règne, à contre-balancer la puissance royale : bientôt nous les verrons l'éclipser entièrement, et s'établir enfin sur ses débris.

62Q. Dcigohert I avoit un frère nommé Arihert ou Cliari'hert ; il fut contraint de lui donner en souveraineté une partie de l'Aquitaine, qui resta dans la maison de ce prince à titre de duché héréditaire , jusqu'à Louis d'Armagnac , duc de Nemours, tué à la bataille de Cérignole en i5o3, et rjui fut le dernier de cette illustre famille.

Si Dagoberl ne s'étoit pas laissé corrompre par ses passions, et qu'il eût continué comme il avoit commencé, il eût été un modèle dans l'art de régner. 11 fit d'abord fleurir les lois et le bon ordre ; mais bientôt l'amour le précipita dans les plus terribles excès. Trois femmes à la fois, décorées du titre de

reines, et une foule de maîtresses absorboient ses revenus : il

vexa ses peuples , et perdit leur estime.

G33. Vu marchand français, nomme Snmson, étoit devenu roi des Esclavons \ inides, peuples qui habitoient vers le Danube. 11 provoqua Dagobcrt. La guerre s'alluma. Les troupes françaises furent vaincues par la faute des Austrasiens, irrites de la tyrannie du prince. Dagobert, pour les animer à la défense des frontières, leur donna un roi inde'pendant ; ce fut Slgehcrtn^ son fils aine'. L'expédient re'ussit ; les barbares et leur chef, ou n'osèrent rien entreprendre, ou furent toujours repousses.

034. Le monarque français, ayant un fils nomme Clowns 11, voulut lui assurer une couronne après sa mort. En conse- (|uence , il le déclara , du consentement de tous les grands du royaume, son successeur dans ses états de Bourgogne et de Neustrie.

638. Il mourut h l'âge de trente-six ans , peu de temps après avoir n'gle ce partage , et fut le premier de nos rois qui ait ete' inhume' à Saint-Denis cju'il avoit fonde. Le seul bien qu'il fit à la France , ce fut de recueillir et de reviser toutes les lois des peuples soumis à la monarchie. Malgré les scandales de sa conduite, il sut attirer à sa cour des hommes vertueux : on y remarquoit surtout Pépin de Landen, maire du palais, saint et habile ministre; Dadon, connu sous le nom de *S'. Ouen, référendaire ; et S. Eloi, qui fut grand trésorier.

639-654.. Sigebert fut un saint roi. Dagobert 11, son fils , n'hérite de sa couronne que pour se la voir arracher par Grimoald , maire du palais, qui le relègue en Irlande, après lui avoir fait couper les cheveux. L'ambitieux ministre place son propre fils surle trône de ses maîtres, et publie partout la mort du jeune Dagobert, pour lequel même il fait célébrer de magnifiques funérailles. Mais les peuples se révoltent contre l'usurpateur, l'arrêtent avec le prétendu roi , et le conduisent à Clovis, auquel ils se soumettent.

660-675. Le règne de ce dernier n'eut rien de brillant. Il mourut à l'âge de vingt et un ans, laissant trois fils, dont le plus jeune, nommé Thteiry m, n'eut point alors de partage. L'aîné , appelé Clotaire m , fut roi de Neustrie et de Bourgogne ; le second , qui portoit le nom de Cliildéric 11 , eut i'Auslrasie; et tous deux furent confiés à la tutelle de la reine

ENTRETIEN XV. agS

Balhilde , leur mère. Celle sage princesse gouverna quelque temps avec beaucoup de prudence ; mais bientôt, degoûte'e du monde et des grandeurs, elle se retira à Cbellcs, monastère qu'elle avoit fonde. Ce fut une calamité pour Tetat, parce qu'elle laissa une libre carrière à l'ambition d'Ebroin , maire du palais. Clotaire mourut jeune , sans enfans mâles. Tbieixy m, son frère, lui succéda par l'autorité du ministre. Les seigneurs, clioqués de cet acte arbitraire, se révoltent. Ebroin est exilé : TbieiTy est renversé du trône, on lui coupe les cheveux j et Childéric, roi d'Austrasie, est reconnu pour unique souverain ; mais l'abus qu'il fit de sa puissance hâla sa perte. Un seigneur nommé lîodillon , lui ayant fait un jour quelques remontrances, fut baitu de verges. Cet oulrage excita sa vengeance ; il assassina le roi, la reine et l'un de leurs fils, dans la forêt de Livri.

6-4-088. A cet te nouvelle, Thierry quitte l'abbaye de Saint- Denis , où il s'étoil relire depuis sa disgrâce, et reprend le diadème, tandis que Dagobert il , qui éloit revenu d'Irlande, et h qui Chilpéric avoit cédé une parlie de l'Auslrasie, se rend maître du reste de ce royaume. Ebroin reparoît , excite des révoltes, intimide Thierry, recouvre son ancierme puissance, et fait p(;rir S. Léger, évéque d'Autun , son ennemi mortel , parce qu'il éloit vertueux , et qu'il ne donnoit que de sages conseils au monarque. Le despotisme du ministre soulève toute la France , qui toutefois se contente de murmurer : l'Auslrasie seule, que la mort de Dagobert , assassiné par des séditieux, laissoit sans maître, secoue le joug, et au lieu de reconnoître l'autorité de Thierry, elle se choisit pour duc Pépin, surnommé Héristel ou d'Iiéristal. Enfin, un seigneur qu'Ebroin vouloit joindre à tant de victimes qu'il avoit immolées à son ambition , le prévient , lui fend la tète d'un coup d'épée, et délivre l'état d'un bourreau , et son roi d'un tyran.

689-718. Thierry ne fut point assez habile ou assez heureux pour profiter de cette circonstance. Les mécontens, dont le nombre augmentoit de jour en jour, se réunissoient en foule aux Austrasiens. Le monarque, voulant , mais trop lard , arrêter cette retraite séditieuse , déclare la guerre au duc d'Auslrasie : il est vaincu , et cette victoire soumet à Pépin toute la France , qu'il rend heureuse et dont il se fait aimer. Thierry mourut , et Pépin continua de régner sous le nom de.

Clovis m, fils de ce prince; puis Childebert m, enfin Dagobcrt III. C'est du premier de ces trois princes que commence le règne de ces rois nommés Fainéuns , c'est-à-dire , qui ne firent rien de mémorable, parce que, languissant sous l'autorité du maire du palais, ils n'avoient de roi que le nom, et n'osoient rien exécuter par eux-mêmes.

714. Pépin dompta tous les ennemis du royaume , dont il recula les limites , et termina sa glorieuse carrière après une administration de vingt-sept ans. 11 déclara en mourant Théodehalde, son petit-fils , quoique enfant , maire du palais, sous la tutelle de la veuve. Cette disposition déplut : on se révolta. Charles-Martel , fils naturel de Pépin , que la régente avoit fait arrêter, échappa de sa prison , et chercha un asile chez les x\ustrasiens qui le reçurent avec transport ; et le mirent à leur tète.

717. Cependant Dagobeil m mourut; et, quoiqu'il laissât un fils nommé Thierry, on lui donna pour successeur Daniel, fils de Childéric il. Ce nouveau monarque , qui prit le nom de Chilpéric II , et qu'il ne faut pas confondre avec les rois fainéans , voulut résister à Charles-Martel. Il fut deux fois battu , ensuite livré au vainqueur, qui le traita avec respect , et se contenta des titres et de l'autorité de son père.

721-732. Charles , alors parvenu au comble de la grandeur, n'employa sa puissance que pour le bien des peuples et la gloire de la nation. Sous le règne de Thierry iv, fils de Dagobert m, et successeur de Chilpéric, il tailla en pièces plus de trois cent mille Sarrasins , qui , après avoir subjugué l'Espagne, étoient venus sous la conduite d'Abdérame, leur chef, essayer de soumettre la France à la loi de Mahomet.

787. Thierry étant mort, Charles-Martel continua de régner, sous le titre de Duc ou de Prince des Français, sans se mettre en peine de nommer un autre roi. Il conserva cette autorité jusqu'à sa mort, qui arriva en 74.1. Avant d'expirer, il partagea, du consentement des seigneurs, l'empire français entre ses deux fils Carloman et Pépin-le-Bref.

742-748. Carloman ne gouverna que quatre années. Après avoir remporté d'éclatantes victoires , et fait quelques étabHssemens utiles , touché du désir de son salut , il abandonna ses états à Pépin pour aller s'ensevelir dans une retraite , où il vécut et mourut très saintement.

Pt5pin avoit d'autres vues que son frcire. La couronne seule manquoit à sa grandeur : il la souhailoit ardemment , mais il n'osoit la prendre. Telle étoit même la fide'lilé des Français pour le sang de leurs rois, qu'ils murmuroient depuis longtemps de n'avoir point de monarque. Pépin , pour les contenter, leur en donna un, aussi propre que ses prédécesseurs à n'être que le fantôme de l'autorité' souveraine; ç'e'toit le fils de Childéric 11 , et le nomma Childe'ric m,

749. Le duc des Français n'avoit eu cette condescendance pour la nation, qu'afin de gagner du temps. Aimé des peuples, respecté des grands, estimé du clergé; il ne voyoit plus d'autres barrières jusqu'au trône, que la difficulté de paroître y monter sans injustice. De concert avec les seigneurs , il envoya, dit-on , des députés au pape Zatharie , pour le prier de décider, si , eu égard à la situation présente de l'Europe , il étoit à propos que, dans l'empire français, la qualité de roi fut séparée de l'autorité royale. Le pontife, ajoute-t-on répondit que , vu l'état des choses , celui qui étoit en possession de l'autorité pouvoit y joindre le titre de roi (i). La décision de Zacharie (si toutefois il la donna) fut reçue comme un oracle. Pépin fut proclamé roi, cl Childéric enfermé dans un. monastère.

Ainsi fniit la race des Mérovingiens, apri^s trois cent trentetrois ans de règne depuis Pharamond, et deux cent soixantedix depuis le grand Clovis. Elle a donné trente-six rois h la France, dont vingt et un ont régné sur Paris. Les quatre premiers étoient païens , les autres furent chrétiens, mais la plupart de nom plus que de mœurs. Les dissensions domestiques et les guerres civiles ébranlèrent d'abord leur puissance ; la dissolution et la nonchalance achevèrent de la renverser.

(i) CeUe anecdote n'a d'antre garant qne le secrétaire dn fils de Pépin elle devient encore pins suspecte quand on voit Pépin lui-même , apn-s Ijt mort du roi détrôné, demander an pape et en obtenir l'absolation dn eriuieâ^Bsurpalion dont il se reconnoit coupable.

Usages et Coutumes des Fran- Anecdotes et faits particuliers fais sous les Fiais de la pre- arrii-és sous les Rois de la mière race. première race.

Sidomns , poète célèbre en son Après la défaite de iy)«^/"»/5, couitemps, et qui mourat en 480, nous me on se disposoit à partager le butrace ainsi le portrait des Français: lin, Clovis aperçut dans les dépouilles "Ils ont la taille haute, la peau fort nn vase qui appartenoit à l'église de blanche, les yeux bleus; leur visage Reims, et que saint Rémi avoitredeest entièrement rasé , excepté la lèvre mandé. Il va pour le prendre ; nn solsuperieure, où ils laissent croître de dat s'y oppose, et s'écrie que la part petites moustaches; leurs cheveux, du roi doit être tirée au sort comme conpés par derrière, longs par de- celle des autres. Clovis dissimule, et vant, sont d'un blond admirable; leur rend le vase an saint évèqne. Quelques habit est si court, qn'il ne leur con- mois après, faisant la revue de ses vre point le genou; si serré, qu'il tronpes , il remarqua qne les armes laisse voir toute la forme de leur de ce soldat étoient mal en ordre : il corps. Ils portent une large ceintnre , les lui arrache , les jette à terre ; et, au ou pend une épée lourde, mais éx- moment qne ce malheureux se baisse trèraement tranchante. C'est de tous pour les ramasser, il lui fend la tête les peuples connus, celai qui entend en lui disant : Souviens- toi du vase de le mieux les mouvemens et les évo- Soissons. Cette action inspira plus de lutions militaires. Ils sont d'une respect que d'horreur, adresse si singulière, qu'ils frappent L'évêque Didier ayant rapporté à toujours où ils visent; d'une légèreté Théodorel, roi d'Anstrasie , nne si prodigieuse, qu'ils tombent sur grosse somme que ce prince avoitprêleur ennemi aussitôt que les traits téeauxhabitansde Verdun, il ne vouqn'ils ont lancés contre lui; enfin lut point la reprendre, et dit an préd'nne intrépidité si grande, qne rien lat ; Nous sommes trop heureux, vous, ne les étonne: ils penvent perdre le de m'avoir procuré l'occasion de faire jour; jamais ils ne perdent courage. » du bien, et moi, de ne l'avoir pas laissée

Raser un prince, c'étoit, chez les échapper.

Francs, le réduire à la classe des su» La barbare Frédégonde ne ponvoit

jets; il devenoit inhabile à régner, souffrir Piiganlî-e, sa fille; et leurs

Clovis, vonlant s'emparer des états querelles étoient si violentes, qu'elles

de Cararic , son parent, roi des Mo- en venoient quelquefois jusqu'à se

rins, le fil raser, ainsi que le fils de battre. Un jour, la reine feignant de

cet infortanéprince. Ce fils ayant dit vouloir lui donner ce qui lui reve-

que c'étoient des branches vertes qui noit des trésors de Chilpéric son père,

repousseroient nn jour, puisque le Rigunthe pencha la tète dans un des

tronc n'étoit pas coupé, l'usurpaîeur coffres qui les confenoient; aussitôt

lui fit trancher la tète. sa mère le referma brusquement sur

Usages, etc. yliiccdules, etc.

Les maisons de plaisance de nos elle. C'étoit une noavelle victime iraanciens rois n'étoient que de riches molée aux fureurs de cette impitoyamétairies. Un bois , des étangs, des Lie ferauie, si la princesse n'eût été haras, des troupeanx , des esclaves proinpfeuient secourue, occupés à faire valoir, sous les ordres S. Ehn, parvenu par ses talens pour

d'un domestique ou inteudant, tout l'orfèvrerie à la charge de monétaire annonçoit l'utile plus que l'agréable, ou de trésorier de Dagobert , pour le- On en comptoitplns de cent soixante qnel il fit un trône d'or massif, por dans l'étendue du royaume. Nos toit des ceintures d'or garnies de premiers monarques passoient leur pierreries précieuses. Mais , dans la vie à voyager de l'une à l'autre. Les suite, il se dépouilla de ses immenses villages, les abbayes, les châteaux qui richesses en faveur des pauvres et de se trouvoient sur leur route, éloient l'Eglise; et , s'étant consacré à Dieu , obligés de leur fournir tout ce qui il devint évêque de Noyon, éloit nécessaire pour le logement et le voyage, et l'on y ajouluit quelque présent en argenterie.

La chasse étoit l'amusement ordinaire de nos rois; mais ce noble exercice n'étoit permis qu'aux princes, ou tout au plus à quelques seigneurs privilégiés , qui toutefois ne pouvoient chasser que sur leurs terres sculenioiit, et jamais sur l'héritage d'autroi qu'avec permission.

Les princesses, iilles des rois, portoieut le nom de Reines , titre qni présageoit leur future alliance avec quelque souverain ; car on n'en connoil aucune, sons les rois mérovingiens, qui n'ait ou gardé le célibat ou épousé un souverain.

Le maire do paluis, qni représentoit ce qu'est anjonrd'hui le grand-maître, cotnmandoit dans le palais du roi. Le comte do palais en jugeoit les officiers ; le grand référendaire , qui fut appelé chancelier sons le règne des Carlovingiens, signoit les chartes royales, et lesscelloit avec l'annean du prince; le connétable, c'est-à-dire le comte del'étable, avoil seulement l'intendance de l'écurie. Toutes ces charges étoient établies à l'imitation des Romains.

Tous les ans, au mois de Mars ,les troupes s'asseniuloient sous les ordres de leurs chefs, et se présentoient aux yeux du roi ; c'est ce que l'on appeloit Champ de Mars. On y régloit les intérêts de la monarchie ; le roi , ou le niaii e de son palais, proposoit les questions qu'on devoit examiner; l'assemblée débbéroit; la pluralité des voix emportoit la décision ; ce que la diète avoit prononcé devenoit loi de l'état.

CloCaire ii tenoit souvent des assemblées dans ses châîenux : on les noœmoit placita, d'où est venu le mot plaids. C'étoient des espèces de parleraens ambulatoires, composés des évèques, des grands officiers de la <;onronne , des ducs, des comtes, et des faraons , qu'on a depuis appelés barons. Celui de Bonnenil sur la Marne fut un des plus nombreux du règne de ce prince.

693. Clovis XII assembla à Valenciennes les états dn royaame. Ce prince y présida, revêlu de l'habit royal. C'étoit un manteau carré, quelquefois tout blanc , quelquefois mi-partie de bleu, très court 'sur les côtés, long jusqu'aux pieds pur devant, traînant beaucoup par derrière. Le trône ou siège royal, sur lequel il étoit assis, étoit une espèce de tabouret sans bras ni dossier, comme pour avertir le monarque qu'il devoit se soutenir par lui-même et ne s'appuyer sur personne. La couronne qu'il portoit étoit un cercle d'or enrichi de deox rangs de pierreries. Son sceptre étoit une verge d'or, de cinq à six pieds de haulenr y et courbée comme une crosse.

Les Francs combattoient à pied, avec l'arc et les flèches, l'épée, le javelot et Xa francisque , hache à deux tranchans. Le roi commandoit l'armée; les ducs et les comtes étoient ses lientenaris. Ces ducs et ces comtes étoient les gouverneurs des provinces et des villes, dont ils n'avoient l'administration que par commission et au nom d:i prince. On ne connoissoit point alors ce que c'étoit que des troupes réglées. Chaque province avoit sa milice, et l'on faisoit marcher d'ordinaire celle qui étoit plus voisine des lieux où l'Etat portoit ses armes. Il y avoit dans les provinces, et particulièrement sur les frontières, des vivres destinés pour l'entretien de ces troupes. Il ne paroit pas qu'elles eussent d'autre solde que le butin, La coutume étoit de l'apporter, et de le partager en commun. La bannière de France n'étoit alors auire chose que la chape de S.Martin. Cétoit un voile de taffetas qui portoit l'empreinte du saint , et qu'on alloit prendre en grande pompe sur sou tombeau. On la gardoit avec respect sous une fente : on la promenoit en triomphe autour du camp, lorsqu'on étoit près de donner combat.

Qovis rédigea la loi Salique , dans laquelle le droit de succession à la couronne n'est pas expressément réglé, w)mme on le croit communément. Elle dit seulement que, par rapport a la terre salique, les femmes n'ont nulle part à l'héritage ; ce qui ne regarde point la maison royale en particulier; car on appeloit terres saliques tontes celles qu'on tenoit du droit de conquête. La succession à la couronne n'a été affectée aux seuls mâles que par l'usage, qui est devenu une loi constitutive de l'état.

La législation des Francs se bornoit à fixer certaines sommes pour racheter les crimes. Le vol, l'homicide étoient taxés. Il n'y avoit guère que le crimed'état qui fût puni de mort. On se purgeoit en justice par le duel, soit qu'on se battît en personne, soit qu'on prît un représentant; et la victoire décidoit de l'innocence du victorieux, on de la légitinsité du droit qu'il défendoit. La religion et la raison ont long-ieraps fait d'inutiles efforts pour abroger cette barbare coutume, venue du Nord, proscrite par les Bourguignons, adoptée par les Français, et qui s'est soutenue pendant près de douze siècles, malgréf les anatbèmes lancés contre elle.

Pour constaterles choses douteuses, on faisoit prêter serment à un nombre de témoins plus ou moins grand, selon Fimportance du sujet, le mériteou la qualité des personnes. C'est ainsi que Frédégonde prouva au roi Contran , que Qotaire, son fils, avoit reçu le jour de Chilpéric ; elle jura et fit

jarer avec elle trois cenls témoins. Le juge , j>onr avertir les témoins de prendre garde au serioeut qu'ils alloient faire, leur tiroit l'oreille, ou leur donnoit un léger soufflet.

Celui qui blessoit un bomme à la tête payoit une amende de quinze sous d'or. (Le sou d'or valoit environ qninze livres de liotre monnoie, ) On en payoit trente , si l'on dépouilloit un homme tué.

On ne connoissoit point, sous la première race, ce qu'on appelle aujourd'hui les gens de robe. Les jnges laitues rendoient la justice, armés de leur épée, de leur hache et de leur bouclier. Leur commission , qui n'étoit qo€ pour nn temps, leur interdisoit toute acquisition dans l'étendue de leur juridiction.

Les juges donnoient audience dans un lieu public, tous les huit ou qninze jours, selon la multitude des affaires. Chaque particulier plaidoit lui-même sa cause; les veuves et les orphelins, ainsi que les pauvres, étoient sous la protection de l'Eglise, et jamais on ne prononçoit contre eux sans la participation de l'évêque.

Chaque état, chaque profession avoit son tribunal comme ses lois et ses co u tûmes ; l'ecclésiastique étoit jugé par le clergé; les militaires, par des gens de guerre; le peuple, par des centeniers dans les bourgs et les villages; par des comtes dans les villes; par des ducs dans les métropoles ou capitales. Les Français dévoient être jugés suivant la loi salique; les Gaulois d'au-delà de la Loire, suivant le droit romain, et ceux des pays septentrionaux, suivant le droit coutuntier. Il n'y avoit aucun degré de jniidiction parmi les divers tribunaux; on n'appeloit de leurs sentences qu'au roi. Si l'appel étoit fondé, le juge devenoit responsable des dommages et intérêts; si l'appelant avoit été Lien jugé, on le condamnoit à une amende, s'il étoit d'un rang distingué; au fouet , si c'étoit un homme du peuple. Le prince envovoit de temps en temps des commissaires dans les provinces, jamais moins de deux, toujours uu évêque, un duc ou nn comte. Leur emploi étoit d'écouter les plaintes, et d'en faire le rapport an monarque.

Quelquefois le roi rendoit lui-même la justice. L'audience se tenoit toujours à la porte de son palais. Quand il ne pouvoit pas s'y trouver en personne, il commeltoit deux officiers pour recevoir les placets, et répondre sur-le-champ à ceux qui ne demandoient pas une longue discussion. Il y avoit, outre ces maîtres de requêtes, un comte-juge. Il avoit pour conseillers des gens d'épée comme lui , qu'on appeloit éclievins du palais. Ce tribunal jugeoit de tout ce qui regardoit l'état, le prince et le public. Lorsque le roi y présidoit assisté d'évcques , d'abbés et de ducs, il faisoit rapporter l'affaire parle comte-juge, recueilloit les voix, ensuite prononçoit.

Les enfans ne potivjient se marier sans le consentement de leurs pères et mères. Le futur époux devoit offrir une somme aux païens de la fille. Cette espèce d'achat donnoit un si grand pouvoir au mari, que, s'il venoit à disputer la dot ou les successions échues à sa femme, elle n'étoit point en droit de lui en demander la restitution.

3oo ÉRASTE,

L'adoption étoit permise : elle donnoit tons les droits de fils légitime, et se faisoit devant le roi, qui donnoit ses ordres pour en expédier les lettres.

On disfingaoit trois sortes de biens; lea propres, dont on avoit la libre disposition; les bénéfices, qu'on tenoit du prince ou de l'Eglise sous certaines redevances; les terres saïiqiies, qu'on possédoit à condition da service militaire. Les femmes n'iiéritoient que des propres ; les bénéfices n'apparteiioient qu'aux mâles. Il est à remarquer que nos rois, à lenr entrée dans lesCanles, laissèrent aux Gaulois les deux tiers de leurs terres, en les assujettissant au tribut; l'antre fat distribué aux troupes victorieuses. La portion du soldat dépenduitde l'officier. Celui-ci ne possédoit qu'avec une certaine subordination à un plus grand, qui lui même ne jouissoit que sous l'autorité du roi. Ainsi tout relevoitdu monarque.

Quand les Francs entrèrent dans les Gaules, les lettres y étoient en honneur; on y comptoit plusieurs écoles florissantes, et Autun rivalisoit, sur ce point, avec l'Italie et la Grèce. Mais la passion dont les nouveaux dominateurs étoient épris pour la gloire des armes leur fit dédaigner tout ce qui tenoit anx sciences et aux arts. Les études, aux yeux de ces hommes fiers de leurs forces et de leur valeur, étoient l'apanage des cœurs lâches et efféminés. Privées de protection et d'encouragement, elles déclinèrent avec rapidité; et la France, d'ailleurs déchirée par les dissensions civiles , seroil tombée dans une barbarie complète, si la première race de nos rois se fût perpétuée on siècle de plus.

Tableau général de Vhistuire de France , sous les Fwis de la seconde race.

PÉPIN du LE BKEF.

751-754. Pépin- se fit sacrer à Soissons par S. Boniface, legat du pape , et archevêque de Mayence. Par cet acte de religion jusqu'alors inusité en France , et dont le seul Clovis avoit donne' l'exemple , il vouloit rendre sa personne plus auguste et plus respectable aux yeux de ses peuples. Ensuite le nouveau monarque chassa les Sarrasins des provinces méridionales où ils s'étoienl maintenus, et dompta les Saxons qui ne supportoient qu'avec peine le joug de la France.

755-758. Astolphe, roi des Lombards, se rend maître de l'exarchat de Ravenne , qui appartenoit à l'empereur de Constanlinopîe ; il entreprend aussi de subjugtier Rome. Le pape Etienne 11, trop foiblc pour lui résister, vient eu

ENTRETIEN XVI. 3oï

France implorer le secours de Pi'pin, qui passe deux fois les monts, reprend rexarcliat, et force Astolphe à renoncer à ses présentions sur la capitale du monde chre'tien. Pe'pin , regardant les villes ce'decs comme une conquête dont il pouvoit disposer, et sur laquelle l'empereur grec avoit perdu j tous ses droits, en fit une donation solennelle à l'Eglise romaine.

Tels furent les commencemens de la domination temporelle des papes. Tant que l'empire romain s' e'tendit sur la terre, les souverains pontifes partagèrent avec les simples fidèles les perse'cutions et les triomphes de la religion; mais après que la puissance romaine eut disparu pour faire place à tant d'autres qui s'e'levèrent sur ses débris et qui se trouvèrent divisées de vues et d'intérêts, dès-lors il entra dans le dessein de la Providence que les papes devinssent independans et qu'ils se trouvassent eux-mêmes revêtus d'un pouvoir (|ui , sans les rendre redoutables, les mît du moins en état d'exercer librement leur autorité spirituelle , et de ne recevoir l'influence d'aucun des princes cjui partageoient le monde chrétien.

Pépin , de retour en France, châtia les Saxons qui avoient insulté ses frontières, et réunit l'Aquitaine à la couronne.

768. Cette conquête fut le dernier événement mémorable du règne de Pépin. Ce prince mourut de la fièvre , à l'âge de cinquante-quatre ans, dont il avoit régné dix-sept. 11 fut enterré à la porte de l'église Saint-Denis , ainsi qu'il l'avoit ordonné , le visage contre terre , et dans la situation d'un pénitent.

Bon roi , bon père , bon ami , guerrier invincible et profond politique , il fit oublier qu'il n'étoit pas né pour le trône; il eût pu passer pour le plus grand monarque de la terre , s'il n'avoit eu pour père un Charles-Martel, et pour fils un Charlemagne. Son administration fut dirigée par une sagesse si constante, que dans la suite, pour donner la plus haute idée de quelqu'un, on disoit en proverbe : // est jmident comme Pépin. On mit sur sa tombe cette épitaphe : Ci-git Pépin ^ père de Charlemagne , comme s'il avoit été encore plus grand par son fils que par lui-même.

3o2 ERASTE,

CnAllLEMAG>E.

769-778. Les deux fils de Pe'pin partagent ses e'tats ; mais bientôt la mort de Carloman rend Charlemagne , son frère, seul maîlre de la monarchie. Les premiers exploits du nouveau souverain furent contre les Gascons et les Saxons. Il trouva à la tête de ces derniers un homme digne de se mesurer avec lui , le fameux Witikind. Il le battit dans trois batailles sanglantes, et de'sola le pays des Saxons jusqu'à l'Elbe.

774.-777. Tandis que Charles triomphoit des Saxons, l'Italie soUicitoit son secours. Didier, roi des Lombards, venoit d'envahir, sur le 'ç>di'^G. Adrien i, l'exarchat de Ravenne. Le monarque français vole contre l'usurpateur, le fait prisonnier , et se fait couronner roi de Lombardie. Le vainqueur renouvelle au pontife la donation àa patrimoine de S. Pierre; Adrien lui confère, en reconnoissance , le titre de Patrice de Rome. Les Romains , de leur côté , se soumettent à sa puissance.

778-779. Charles passe en Espagne , pour re'tablir J^//anarahi, dans Saragosse , d'où la révolte l'avoit chassé. Il assiège Pampelune, et se rend maîlre du comté de Barcelone. Mais à son retour , les Gascons battent , dans la vallée de Roncevaux , Tanière-garde de son armée ; Roland, que nos premiers romans ont rendu si célèbre , y perdit la vie.

Les Saxons avoient profité de l'absence du prince français pour lever l'étendard de la révolte. Charles accourt , remporte de nouvelles victoires , et soumet enfin à l'état et à la religion l'infatigable Witikind, qui, depuis trente-trois ans, lultoit seul contre toutes les forces de la France. Ce grand général devint aussi bon sujet qu'il avoit été ennemi redoutable. Les Saxons furent dispersés pour la plupart dans la Suisse et dans la Flandre , où ils communiquèrent leur esprit remuant h leurs nouveaux compatriotes.

800. L'illustre fils de Pépin , parvenu par son courage au comble de la gloire, venoit de délivrer le pape Léon m d'une cruelle persécution, et il étoit encore à Rome lorsque le souverain pontife, assuré des suffrages des Romains, lui offrit la dignité impériale, et le couronna empereur d'Occi-

ENTRETIEN XVI. 3o3

dent. On le déclare César et Jugiiste; on lui décerne les ornemens des anciens empereurs romains. Depuis long-temps l'univers lui avoit donné le surnom de Grand : il le méritoit , soit par ses faits héroïques , soit par ses conquêtes , soit par SCS qualités personnelles, soit enfin par l'immense étendue de ses dom.aines. Que l'on suive les limites de son empire , on verra qu'il possédoit toute la Gaule , une partie de l'Espagne, le continent de l'Italie, jusqu'à liénévent; toute l'Allemagne, les Pays-Bas et une partie de la Hongrie. Le calife Ilarounal-llaschid, le plus puissant prince d'Orient, lui envoya des ambassadeurs , avec de magnifiques présens, comme pour rendre hommage à sa vaste renommée , et il lui céda la souveraineté de la Terre-Sainte, ne se réservant que le titre de son lieutenant.

801-812. Dès que Charlemagne eut été proclamé empereur, Irène, impératrice d'Orient , voulut, dit-on , l'épouser pour réunir les deux monarchies; mais une révolution soudaine, chassant du trône cette princesse , fit évanouir ses espérances. Vainqueur par tout , il s'appliqua à policer ses états , rétablit la marine, visita ses ports, fit construire des vaisseaux, forma le projet de joindre le Pxhin au Danube par un canal , pour la jonction de l'Océan et du Pont-Euxin. Ses lois sur les matières , tant ecclésiastiques que civiles, sont admirables, surtout pour un temps moins éclairé que le nôtre. Il ordonna que les poids et mesures seroient miis par tout son empire sur un pied égal : il régla le prix des étoffes , et l'habillement de ses sujets sur leur condition et sur leur rang. Il mit on tempérament si sage dans les ordres de l'état , qu'ils furent contrebalancés , et qu'il resta le maître. Tout fut uni par la force de son génie ; l'empire se maintint par la grandeur du chef.

8i3. Ce grand prince, se sentant près de sa fin , associa à l'empire, iyOUi5, le seul fils qui lui restoit. Il lui laissa tous ses états, à l'exception de l'Italie, qu'il garda pour Bernard, bâtard de son fils Pépin. Charlemagne ne vit pas long-temps son fils sur le trône ; une pleurésie termina sa longue et glorieuse carrière, le 28 janvier 81 4, dans la soixante-onzième année de son âge , la quarante-septième de son règne , et la quatorzième de son empire.

Vaste dans ses desseins, simple dans l'exécution , personne

3o4 ÉRASTE,

ireut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité, et les difficiles avec promptitude. Doux et affable envers tout le monde, simple et modeste dans ses manières, il aimoit à vivre avec les gens de sa cour : il gouverna sa maison avec la même sagesse que son empire ; il fit valoir ses domaines, et en tira de quoi répandre d'abondantes aumônes, et soulager son peuple. Ce prince éloit l'homme le plus fort , le plus grand et le mieux fait de son royaume ; il avoit les yeux grands et vifs , un visage gai et ouvert, et le nez aquilin. Il fut inhumé dans l'église d'Aix-la-Chapelle, dont il avoit fait la capitale de son empire.

Aussi étonnant par ses vertus que par ses talens , le zèle qu'il montra pour la propagation de la foi et le maintien de la discipline ecclésiastique, sa piété, ses jeûnes, ses austérités, la justice exacte qu'il faisoit rendre et qu'il rendoit luimême à ses peuples , les soins paternels qu'il prenoit des pauvres, des veuves et des orphelins, enfin ses bennes œuvres dans tous les genres , lui ont mérité le nom de saint , comme ses exploits lui ont fait donner le nom de grand.

LOUIS dit LE DÉBO^ÎîAIRE.

8i5-8ig. Louis, surnommé le Débonnaire^ en montant sur le trône de Charlemagne , n'y porta point ses qualités héroïques. 11 posséda toutes les vertus qui distinguent l'homme de bien , mais il manqua du génie qui fait les grands princes. A force de pardonner, il rendit le crime audacieux. A force de déférer aux évêques dont sa cour étoit pleine , il s'attira leur mépris. Plusieurs d'entre eux étoient des intrigans qu'il avoit tirés de de la poussière.

820-822. Louis commença son règne par une faute qui devint la principale source de ses malheurs; ce fut d'associer à sa puissance trois fils qu'il avoit eus d'un premier mariage. Quelque temps après , sa seconde femme Judith lui donna un fils, Charles-le-Chauve ; obligé de démembrer les états de ses trois fils, Lothaire, Pépin et Louis, pour former un apanage à Charles , ils se révoltent et se liguent contre leur père ; plusieurs évêques et abbés se joignent à eux. Lothaire se saisit de l'autorité, et n'osant néanmoins enlever à son père le nom d'empereur, il engage des religieux à lui

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persuader de quitter sa couronne. Ces pieux cc'nobites, plus fidiMes sujels que ne pre'tendoit Eolhaire , engagent au contraire les deux autres fils de l'empereur à rentrer dans le devoir. En effet, ils se réconcilie nt avec leur père, et Lolliaire est oblige' de venir implorer son pardon, qui lui fut accorde. Comme le plus criminel des trois princes , il fut déchu de son association à fempire, et réduit à la qualité' de roi d'Italie, que l'empereur avoit cotujuise sur son neveu lîernard, qui avoit fait marcher ses troupes contre lui. Les complices de la rébellion de Lothaire furent exile's, mais l'empereur e'toit incapable de soutenir une conduite sévère. Quelques mois après , il rappela les exiles qui , se joignant de nouveau à Lothaire , Pépin et Louis , engagèrent dans cette seconde rébellion une partie des peuples. Pour y entraîner le reste , Lothaire attira dans son camp Grégoire iv , sous prétexte de le faire médiateur entre le père et les enfans. Le prince perfide fit bientôt courir le bruit que le pape e'toit dans ses intérêts, et tout disposé à excommunier l'empereur. II n'en fallut pas davantage pour ôter à Louis tout ce qui lui restoit de serviteurs fidèles. Demeuré presque si;ul , sa déposition et l'éleclion de Lothaire furent prononcées par l'assemblée tumultueuse des séditieux et des prin( ipaux chefs de l'armée. Le pape, extrêmement mortifié d'avoir, contre ses intentions, prêté son nom et son autorité à un parti de factieux, reprit le chemin de Rome.

Le jeune Charles-le-Chauve , prétexte innocent de la guerre , est mis dans un monastère ainsi que la reine Judith. L'empereur étoit dépossédé, mais Lothaire craignoit une révolution. Pour assurer son autorité, il fit accuser Louis de divers crimes dans une assemblée d'évêques ayant à leur tête Ebbon , archevêque de Reims , prélat impudique et brutal. Oii conduit Louis à l'église Noire-Dame de Soissons ; il y paroît devant les évêques et le peuple , sans les ornemens impériaux ; et, s'avouant coupable de tous les maux qui affligeoient la monarchie , il quiite ses vêtemens et ses armes qu'il pose au pied de l'autel , s'élant revêtu d'un habit de pénitent , et prosterné sur son cilice. Alors les prélats lui imposent les mains : on chante les psaumes , on répète les oraisons prescrites pour cette lugubre cérémonie ; ensuite on le transfère de nouveau dans le monastère de Saint-Mé- IL 20

3o6 ÉRASTE,

dard , où il vécut couvert du sac de pénitent , sans domestiques, sans consolation, morL pour le reste du inonde.

835. Si Louis n'avoit eu qu'un fils, il étoit perdu pour toujours; mais ses trois enfans se disputant ses dépouilles, leur désunion rendit au père sa liberté et sa couronne. L'empereur avant été transféré h Saint-Denis , Louis et Pépin vinrent le rétablir, et mettre entre ses bras sa femme et son fils Charles. L'assemblée de Soissons fut anathématisée par une autre à Thionville; le monarque fut réhabilité; Ebbon , qui avoit présidé à l'assemblée de Compiègne , et quelques autres évêques non moins séditieux que lui , furent déposés; l'empereur ne put ou nosa les punir davantage.

836-84o. Le < aime ne régna pas long-temps. De nouveaux Téglemens du monarque excitent de nouvelles tempêtes. Louis se révolte encore : l'empereur marche malgré lui pour le réprimer : mais bientôt, succombant au chagrin qui le dévoroit, il meurt auprès de Mayence, en disant : Je pardonne à Louis; mais qu'il sache qu'il m* arrache la vie. Ainsi mourut Louis, justement nommé le débonnaire : heureux si sa naissance ne l'eût condamné à porter le sceptre! 11 ne lui manqua aucune vertu , si ce n'est la vigueur et la fermeté , ni aucune «cience , hormis celle du gouvernement. Il avoit régné vingtsix ans, et étoit dans la soixante-deuxième année de son âge. Son corps fut porté à Metz, et inhumé dans l'église de Saint- Arnoul.

Charles ii , dit le chauve.

84-I-84-7' Trois fils armés contre leur père venoient de déchirer le vaste empire de Charlemagne ; trois frères divisés entre eux achevèrent de l'affoiblir. Charles, qui avoit succédé à la couronne de France , et Louis de Bavière s'unissent contre l'empereur Lothaire , et gagnent la fameuse bataille de Fontenai en Bourgogne , batadle qui coûta, dit-on, la vie à plus de cent mille Français. La victoire se déclara pour le parti de la justice. Lothaire, désespéré, s'enfuit presque seul à Aix-la-Chapelle , et fut contraint de se retirer dans ses états d'Italie. Une autre guerre aussi sanglante , aussi ruineuse pour l'état, vint occuper Charles-le-Chauve. Les iSormands, depuis le règne de Cliarlemagne , menaçoient la France. Sous Louis-le-Débonnaire , ils avoient plus d'une fois dévasté

des provinces, ruiné des places fortes, ùi'pouille' des iicnastères. Sous Charles-le- Chauve , ce peuple brigand et guerrier profita de plus en plus des troubles de l'état , pour étendre et multiplier ses ravages ; le foible monarque leur opposa l'or au lieu du fer. Ces ménagemens indignes d'un roi qui auroit dû plutôt combattre que marchander , occasionnèrent de nouvelles courses et de plus fréquentes déprédations.

875-877, Charles devint empereur par la mort de Lothaire et de son fils décédés sans postérité. Le nouvel empereur, voulant profiter de la mort de Louis-le-Germaniqut; , son frère, pour dépouiller les enfans de ce prince, est battu par Louis, l'un de ces enfans. Le jeune vainqueur ne donne aucun relâche à son oncle, qui, pressé de toutes parts, repasse en Italie , et meurt à Brioud ou Brios, village du Mont-Cenis, empoisonné, dit-on, par le Juif Sédécias, son médecin et son favori. 11 étoit dans la seconde année de son empire, la trente-huitième de son règne et la cinquante-quatrième de son âge. Mélange singulier d'ambition et de fbiblesse , d'orgueil et de pusillanimité, il tenta bien des entreprises et n'en termina aucune avec honneur. Incapable de gouverner, il ne sut ni se faire craindre ni se faire aimer de ses sujets. Ce fut sous son règne que les gouvernemens , les duchés, les comtés, les marquisats, qui jusque là, n'avoient été que de simples commissions, devinrent héréditaires et préparèrent à la France cette multitude de petits souverains, qui en furent pendant plusieurs siècles les tyrans. Telle est l'origine et l'époque des fiefs de la féodalité.

Successeurs de Charles-le-Chauve.

878. Louis II, surnommé le Bègue, à cause du défaut de sa langue , monta sur le trône de son père , et ne s'en montra pas plus digne. Il fut contraint de démembrer une grande partie de son domaine en faveur de Boson , comte de Provence , et de plusieurs autres seigneurs mécontens. Il mourut ensuite à Compiègne , à l'âge d'environ trente-trois ans , et après dix mois de règne.

879. Louis III et Carloman, fils de Louis- le-Bègue , lui succédèrent et régnèrent trop peu. Les deux frères partagèrent le royaume de France , et vécurent dans la plus parfaite

3o8 ËRASTE,

union. Louis ddfit Hvgues-Ie-Jlâtard , fils de Lotliaire et de Valdrade , marcha contre lioson , s'opposa aux courses des Normands sur lesquels il remporta une grande victoire dans le Vimeux , en 882. Il mourut sans enfans , le 4 août suivant. Carloman devint seul roi de France ; mais il tie conserva que deux ans une couronne qu'il paroissoit digne de porter : il mourut sans postérité', en 884 1 d'une blessure qu'un sanglier lui fit à la chasse.

884. Le trône français appartenoit à Charlcs-le-Simple , fils posthume de Louis-le-i>ègue; mais ce prince n'etoit encore qu'un enfant , et il falloit un homme pour n'sister aux IJarbares qui ne cessoicnt d'inonder la France. On donna donc la couronne à Cliarles surnommé le Gros, de'jà empereur, proche parent du jeune Charles ; et le nouveau monarque vit sous ses lois presque autant d'étals que Charlemagne; mais il étoit trop foible pour soutenir une si grande fortune : elle l'accabla.

88G. Les Normands forment le siège de Paris, dont les habitans, commandés par le comte Eudes, se défendent avec une bravoure héroïque. Charles, a[)rès de long délais, paroît à la tête de ses troupes pour secourir ses vaillans et fidèles sujets. Mais au lieu d'exterminer les barbares , il les engage h lever le blocus moyennant sept cents livres pesant d'argent, et leur permet de passer l'hiver dans la Bourgogne , qu'il abandonne h leur avidité.

888. Ce honteux traité révolte tous les esprits : Français , Allemands, Italiens, tous se soulèvent, et déposent un prince si peu digne de commander à des nations si guerrières. Il mourut de chagrin et dans la misère peu de temps après sa disgrâce. On ne lui donne pas le nom de CJunles lll , parce qu'on ne le regarde que comme régent de France.

889-898. Les mêmes raisons qui avoient appelé Charles-le- Gros à la couronne, au préjudice de Charles-le-Simp!e, déterminèrent les Français à choisir pour maître Eudes, comte de Paris, qui venoit de les défendre avec tant de gloire et de succès. Ce prince, aussi modeste que généreux, n'accepta la couronne que pour la conserver au jeune Charles en bas âge. Il vainquit plusieurs fois les Normands , et vouloil poursuivre ses avantages contre eux ; mais il fut arrêté par les révoltes continuelles des principaux nobles , jaloux de sa gloire. Il mou-

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rul à la Fère en Picardie , aprcs dix ans de règne, laissant la couronne à Charlos-lo-Siniple.

899. Charles 111, trop digne du surnom do Simple, ne manquoit pas de courage , mais il n'avoir ni prudence , ni génie : aussi son règne n'oiVre-t-il que des revers.

c)ii. Les Normands s'eiablisscnt enfin dans le royaume. Le duc Rulhn, leur chef, etoit digne de fonder un état. Deux fois vainqueur en Angleterre , il se jette sur la France, prend Rouen, et fortifie cette ville. De là, étendant ses conquêtes, il devient si redoutable, que Charles lui offre sa fille, avec le pays que depuis on appela T^ormundie. Il demande seulement que Rollon se fasse chrétien , et se reconnoisse son vassal. Le prince normand v consent, mais exige encore la Bretagne; Charles conteste : Rollon presse et l'obtient. Un de ses officiers vient en son nom rendre hommage au roi , et après lui avoir baisé les pieds , suivant Tusage , il renverse, en se relevant, le monarque du haut de son trùne. On se contente de rire de cette insolence; on éloit trop foible pour la punir. Rollon devint législateur, après avoir été conquérant : sous son règne, on ne vit aucun vol dans ses domaines; et la Normandie, ayant changé tout à coup de face, étoit aussi florissante que le rovaume éloit malheureux.

922. La race de Charlemagne disparoît presque tout entière ; ritalie et l'empire passent dans d'autres maisons ; Charles-le-Simple oublie les droits de sa naissance ou n'ose les soutenir. Icapable de gouverner par lui-même , ce foible monarque se donne un ministre ou plutôt un maître qui l'obsède ; il s'appeloit Haganon, homine d'une origine obscure, mais habile et courageux. La noblesse ne peut plus approcher son roi. Le duc de Saxe arrive pour le voir et sollicite en vain cette grâce. Choqué du refus : De deux choses l'une ^ dit-il , ou Haganon sera bientôt rot avec Charles, ou Charles sera hientôL simple gentilhomme comme Haganon. I>a prédiction se vérifie.

Robert, duc de France , frère du dernier roi Eudes, en \nent h une révolte déclarée et prend la couronne. Il est tué à la bataille de Soissons; mais Hugues-le-Grand , son fils , venge la mort de son père , défait Charles , qui est pris et enfermé au château de Péronne , où il mourut. Soit modération , soit timidité, Hugues refusa la couronne, et la céda h son beau-frère Raoul, duc de Bourgogne, qui l'accepta.

3io ÉRASTE,

qa4. Le règne de Raoul , qui fut de douze ans et demi , fut une suite de se'ditions et de révoltes, et quoique plein de courage et de rares qualite's, ce prince ne changea point la face des affaires. Les petits gouvernements etoient alors he're'ditaires, tandis que la couronne sembloit devenir élective. Tandis que les grands seigneurs tourmentoient le souverain , ils etoient eux-mêmes inquie'te's par les petits seigneurs leurs vassaux. Ceux-ci e'toient ne'anmoins tenus d'entrer dans lesquerelles de leurs seigneurs particuliers , et de les servir même contre le monarque. Tous s'étoient donne le droit de prendre les armes quand ils se croyoient lése's ; de là ces guerres civiles qui désoloient les provinces. Ainsi , un roi que sa prudence , sa fermeté' , son ge'nie ne racttoient pas au-dessus de ces petits tvrans, en devenoit le jouet. Raoul s'en fit craindre, estimer, et aimer. On blâme son usurpation, mais on ne peut s'empêcher de le mettre au rang des princes les plus illustres qui aient jamais gouverné la France.

fj36. Hi/gues-Ie-grand , comte de Paris, duc de France et <le Bourgogne, arbitre du trône depuis long-temps, pouvoit y monter : il y place Loiiis iv , fils de Charles-le-Simple , sarnomméd^ Outremer, parce que sa mère l'avoit emmené en Anolelerre pendant les troubles. Le jeune roi voulut régner par lui-même; l'empereur Othon se déclara pour lui, et les rebelles rentrèrent dans le devoir.

040-954. Louis veut envahir la ^Normandie, de concert avec Hugues, et promet à ce seigneur d'en partager avec lui la conquête. Mais il manque à ses engagemens : la guerre s'allume entre les sujets et le monarque, et ne cesse que par la médiation de l'empereur Othon. Louis n'en jouit pas longtemns : il meurt d'une chute de cheval. Grand prince à plusieurs égards , mais qui ne se méfioit pas assez des hommes , et qui , par conséquent étoit souvent trompé.

955. Louis avoit eu la précaution d'associer au diadème Lulltaire, son fds aîné. Hugues le lui laissa ceindre, protégea le jeune prince, et régna sous son nom. Il mourut en gSô, et laissa ses domaines et son autorité à Hugues son fils, surnommé Qi/jet, ou de la grosseur de sa tète, ou plutôt à cause de sa prudence et de sa fermeté.

964. Lothaire avoit des qualités au-dessus du médiocre, mais il en falloit des héroïques qu'il n'avoit pas. Respecté dans

ENTRETIEN XVI. 3if

ses «flats , il parvint à contenir dans le devoir les seigneurs , et h reprendre sur eux une pari ie de l'autorité'; il formoit peut^ être de plus grands projets , lorsqu'il mourut, en 98G , âge d'environ quarante-cinq ans. Monarque digne d'éloges pour sa bravoure , son activité , sa vigilance.

987. Louis V, son fils, lui succéda, et ne régna qu'un an. On le surnomma le Fainéant, parce que la courte durée de sa domination ne lui donna pas le temps de l'illustrer ; car d'ailleurs jamais surnom ne convint moins qu'à un tel prince : inquiet , turbulent , il fit paroître de la valeur ; et qui sait l'usage qu'il en auroit fait? Avec lui expira la race des rois Carlovingiens , ainsi nommée de Cliarlemagne , le plus illustre des princes de cette famille, qui avoit régné deux cent trente-f six ans. Après la mort de Louis v, !e royaume appartenoit de droit à Charles, son oncle, duc de Lorraine, et fils de Louis d'Outremer; mais ce prince s' étant rendu odieux aux Français , Hugues Capct, le plus puissant seigneur de France , fiit placé sur le trône de Clovis et de Cliarlemagne, et devint chef de la race des rois appelés de son nom Capétiens; race illustre , qui a régné avec tant de gloire, et qui est, encore aujourd'hui , l'amour et l'objet des vœux de la patrie.

Les causes particulières de la chute de cette race, furent d'un côté la puissance excessive des seigneurs , de l'autre la foiblesse et l'imbécillité de la plupart de ses rois. Ceux de la première race avoient abandonné leur autorité à d'ambitieux ministres, ceux de la seconde la laissèrent envahir par leurs vassaux. Sur la fin de la première, les maires du palais disposoient de tout, sous le nom d'un roi qui ne faisoit et ne pouvoit rien : sur la fin de la seconde, les grands seigneurs, devenus plus puissans que le souverain, n'étoient plusses sujets que de nom, et n'obéissoient h ses ordres qu'autant qu'ils les trouvoient conformes à leurs intérêts ou à leur caprice.

3i2 ÉRASTE,

Usages et Coutumes des Fran- Anecdotes et faits particuliers fais sous /es Rais de la se- aniWs sous les Rois de la coude race. seconde race.

Les aulbassaflears de Constantin Le combat des bêtes f<'roces étoit

Coproiiyaie, empereur de Conslaiiti- nn diveitissement très ordinaire sons

nople, parurent dans v^ne assemblée, nos anciens rois. Non seulement ils

tenue par Pépin, en 737, et présen- le donnolent au peuple; mais souvent

tèrent au roi de magnifiques présens, ils le prenoient en particulier dans

entre lesquels on remarqnoit un or- l'enceinte de leur palais. Ce fut dans

eue. Cest le premier qui ait para en an de ces jeux que Pépin humilia l'ar-

France: Pépin en Ct don à l'église de rogance de quelques seigneurs qui

S. Corneille de Compiègne. avoient plaisanté sur la petilesse de

Pépin est le premier roi de France sa taille, qiii le faisuit surnommer le qui ait employé, dans ses ordonnan- Bref. \]i\ lion et un taureau combatces la formule. Parla grâce de D.eit, toient : déjà le premier avoit renversé ce qu'il ne faut pas regarder comme son adversaire, lorsque Pépia, se une marque de souveraineté, puis ]ne tournant vers les satiriques: «Qui non seulement les princes, mais des »de vous, leur dit-il, se sent assez de évêques, des abbés et desimpies pré- » courage pour aller ou séparer, on très en faisoient nsage, sans autre des» » tuer ces furieux animaux!» Chacun sein que d'exprimer leur reconnois- reste mnet. « Ce sera donc moi, » resance envers l'Etre-Suprême. prend froidement le monarque. Aus- Le règne des Giiiovingiens (c'est sitôt il tire son sabre, saute dans l'aainsi qu'on nommeles rois descendans rêne, va droit au lion, lui coupe la de CharLs- Martel ) fut le règne des gorge, et sans perdre de temps décoars pîénières. Cétoient des assem- charge un si rude coup sur le taureau, blées solennelles, où, sur l'invitation qu'il lui abat la tête. Tonte la cour da roi, fous les seigneurs étoient demeura étonnée de cette force proobligés de se trouver. On les tenoit digieuse et de cette hardiesse inouïe, denx fois l'an, à Noël et à Pâques: Les auteurs de la raillerie furent conciles duroient une semaine. La cérê- fondas. « David étoit peîit , leur ditle nionie comroencoit par nne messe, » roi avec une fierté héroïque; mais il durant laquelle le célébrant mettoit la » terrassa l'orgueilleux géant qui avoit couronne sur la tête du roi , qui ne la » osé le mépriser. » Tous s'écrièrent quittoit qu'en se couchant. Pendant qu'il mériloit l'empire du monde, tout le temps de la fête, le monarque Charlemagne scelloit quelquefois ne matigeoit qu'en public. Les évê- ses ordonnances du pommeau de son ques et les ducs les plus distingués épée : «Je les soutiendrai, disoit-il, avoient l'honneur d'être admis à sa » avec la pointe. » table. Il V en avoit nne seconde pour Ce raonarqne si puissant portoit en les abbés, les comtes et autres sei- hiver un pourpoint fait de peaux de

ENTRETIEN XVI. 3i3

Usages f etc. Anecduies, etc.

gneurs. Chaque service étoit lelevô loatres, sur une tunifjue de laine, avec au son des Uùles et des Laut-bois. un simple bord de soie. 11 inettoit sur Lorsqu'on servoit l'entreroeis, vingt ses épaules un say on de couleur bleue; bctautu d'annej, tenant chacun à la jiour chaussure, et j)Our brodequin, main une coupe, crioient trois fois: il se servoit de bandes de diverses Largesse du plus puissant des rois ! couleurs, croisées les unes sur les auet semoient l'or et l'argent, que le très. Il s'onvcloppoit ensuite d'un peuple ramassoit avec de grandes ac- manteau si long par devant et par claïuations. Mille fanfares annon- derrière, qu'il louchoit aux pieds , si coient et célébroient celte distribu- court par les cotés, qu'à peine approtion. J,es divertisseniens de l'après- choit-il des genoux. Ilvouloit, par dinée éloient la pèche, le jeu, la celte noble modestie , ramener la nachasse, les danseurs de corde, les tion à la simplicité de ses ancêtres, plaisantins ou farceurs, les jongleurs L'un de ses exercices les plnsordioa vielleurs, et les pantomimes. Ces naircs étoit de nager. Il le prenoit derniers avoieiit un talent admirable non seulement avec les rois ses cnponr instruire des chiens, des ours, fans, mais souvent avec les personnes des singes. Ils les formulent à imiter de sa cour, quelquefois même avec toutes sortes de gestes, d'actions, de les ofliciers et les soldats de sa garde , postures, et leur faisoient jouer une et il excelloit par-dessus tous les anpartie de leurs pièces. Chaque fois très.

que le monarque tenoit sa cour plé- Charlemagne prévit avec douleur jiière, il étoit obligé non seulement les maux que les Normands, qui comde subvenir à cette énorme dépense, luencèrent à paroîlre sous son règne, mais encore d'habiller ses ofliciers, causeroient un jour à la France. "Si, cens de la reiiie et des princes. De là » malgré toute ma puissance , disoitest venu le mot deZ/ircV, parce qu'on » il en soupirant, ils osent insulter livrait les babils au nom du roi. S'il » les cotes de mou empire, que ne fese trouvoitsiir le buffet du souverain » ront-ils pas lorsqu'il sera partagé .■' » quelque vase de prix, s'il y avoit à II piit cependant toutes les mesures sa couronne quelque diamant rare et les plus sages pour prévenir ces décurieux, l'usage exigeoit encore qu'il sastres. Il visita tous ses ports, et fit en fît présent à quelqu'un. Une sage construire un si prodigieux nombre économie fit supprimer, sous le règne de vaisseaux, qu'il y en avoit depuis de Charles vit , ces assemblées plus l'embouchure du Tibre jusqu'à l'exfastnenses qu'utiles. Irémité de la Germanie. Tous ces bâ- Les assemblées générales de la na- timens dévoient rester toujours armés lion, que l'on appeloit quelquefois et équipés. Ce fut à Boulogne qu'il Parleinens , et qui , sons la première établit le principal arsenal de sa marace, s'étoient tenues au mois de mars, fine : il y fit relever un ancien phare, commencèrent sous Pépin à se tenir où l'on tenoit tontes les nuits des an mois de mai, parce que l'usage de feux aliumés; c'est ce que l'on ap-

3i4 ÉRASTE,

Usages, etc. Anecdotes, etc.

la cavalerie s'étanl introduit dans les pelle encore anjourd'hai la Tour-

armées, il étoit nécessaire de trouver d'Ordre.

des foarrages. Cbarlei&agne convo- Charles-le-Chanve, et Loais de Raquoit ces assemblées deus fois par an. vière, son frère, se lièrent ensemble Dans celle d'Héristal, en 776, on ré- d'nne amitié si étroite, que, se dongla , entre autres choses, qu'an pre- nant publiquement des bâtons l'un à mier larcin seroit puni de la perte l'autre , ils recommandèrent leurs d'an œil; on condamna, pour un se- femmes et leurs enfans aii survivant ; cond, à avoir le nez coupé : la mort c'étoit une manière solennelle de coufat décernée pour peine d a troisième, tracter une alliance.

Un des établissemens les pins ce- Le comte d'Anjou aimoit à chanter

lèbres et les plus utiles de Charle- au lutrin. Ayant appris qne Louis

magne, est celui des écoles pour en- d'Outremer en plaisantoit, il lui écri-

seigner la grammaire , l'arithmétique vit très sérieusement : Sachez, Sire,

et le chant ecclésiastique. Chaque qu'un prince non lettré est un âne

monastère, chaque maison épiscopale couronné.

devoit en avoir une. Alcuin, fameux L'ignorance étoit si profonde, qu'on

moine anglais, étoit inspecteur de ne savoit ni lire, ni écrire. On ne

toutes les étndes de France. Il fonda connoLssoit plus les possessions que

même une espèce d'académie dans le par l'usage; les traités ne se conser-»

palais da monarque, et ce prince en voient que dans la mémoire. Le clergé

voulut être membre sous le nom de seul avoit quelque teinture des lettres^

David. Les académiciens portoient et ce fut surtout dans des monastère*

tous un nom emprunté , l'un de l'E- que se conservèrent les précieuses

criture sainte, l'autre delà Fable. Le étincelles, qui, se développant après

goût du roi mit la science à la mode, plusieurs siècles, dissipèrent enfin les

même parmi les femmes. ténèbres , et amenèrent les beaux

Charlemngne restreignit le droit jours de la littérature moderne, d'asile, dont les abus tendoient à l'im- La longue cheveiure cessa d'être la punité des crimes; en défendant de marque distinctive des princes sous faire violence à ceux qui seréfugioient les rois de la seconde race, dans les églises, il ordonna que des On remarque que, durant cette gens de bien iroient y prendre les époque de noire histoire , il n'y avoit coupables, et les condairoient aux que très peu de fêtes. Les seigneurs juges. Il fixa l'âge de vingt-cinq ans étoient obligés de venir les célébrer pour la profession religieuse, à l'égard dans la principale cité de leur diocèse: des filles; les hommes dévoient avoir les rois mêmes s'en faisoient un dela permission du prince. Il défendit voir. On en trouve le dénombrement de toucher de l'argent pour la récep- dans une constitution de Charlematiori des moines, d'enterrer dans les gne, où l'on voit qu'on les marqnoit églises, d'exercer aucune divination, déjà en lettres rouges. C'étoient Noël, et de faire l'aumône aux mendians S. Jean l'Evaugéliste , les Innocens ,

Usages, etc. Anecdotes, etc.

qai pouvoient travailler; chaqnecan- l'Octave du Seigneur, l'Epiphanie, ton devoit noarrir ses pauvres; et la l'Octave de l'Epiphanie, la Puiiflcamendicité, l'opprobre des nations tien de la Ste. Vierge, huit jours à Pâpolicées, fut sagement interdite. que, les grandes Litanies, i' Ascension ,

La poiiiicjue de Cliarlemagne, à la Petitccôte, S. Jean • Baptiste, S. l'égard des peuples qu'il avoit soumis, Pierre et S.Paul, S. Martin, S. Andrc. fut la aièuie que celle de Clovis à l'égard des Gaulois. Il leur laissa leurs lois et leurs usages; ainsi les lois lombardes continuèrent de régir les Lombards; et les Romains, comme les Gaulois, conservèrent le droit romain. D.'ins les actes, on avoit soin de remarquer sous quelles lois vivoient les contradans ; et il y avoit des tribunaux diiférens, où l'on jugeoit suivant les lois des parties. Les Francs, entre la loi saliqne, se régiitscient par les capitnlaires , oa ordonnances des rois. S'il y avoit quelque article qui regardât une autre nation , il étoit inséré dans le code de cette nation ; autrement il ne regardoit que la France.

Chailemagne envoyoil dans les provinces des officiers chargés d'éclairer la conduite des gens en place, de veillera l'administration de la justice, de recevoir les plaintes des peuples, et de les porter jusqu'au trône. Ces officiers, qui subsistèrent sous la plupart des rois de la seconde race, étoient appelé» envoyés royaux ftntssi dominici ). Ils avoient chacun leur déparlement, et dévoient s'y rendre quatre fois l'année.

Sous le règne de ce prince, le latin cessa d'être la langue vulgaire. Il se forma un jargon mêlé de franc et de mauvais latin, qu'on appela la langue romance , et qni donna naissance à la langue française.

L'usage des cuirasses et des casques, ainsi que celui de l'arc et des flèches, presque inconnu sous la première race, devint une loi militaiie sous la seconde. La chevaltrie commença aussi à être connue. Le chevalier, qui se nomiuoit Miles , avoit un rang dans la milice, indépendant de celui que donnoienl les charges militaires.

Le litre de vicomte commença aussi à être connu dans la personne de Civilane, gouverneur de Narbonne, qui jusque-là ne prenoit que le nom de vidame, vice-doininus , c'est-à-dire, vicaire du seigneur ou du maître.

Sous Louis-le-Débonnaire, de même que sous Charlemagne , l'étiquette de la cour étoit que les seigneurs , en abordant le monarque , lui baisassent les pieds. Quelques-uns néanmoins des plus distingués avoient le privilège de lui baiser seulement le genou, comme les cardinaux font aujourd'hui à l'égard du pape. Les reines elles-mêmes baisoient les genoux de leur mari. Les ducs et les comtes portoient alors des couronnes sur la tête, mais différentes de celles des rois.

Vers la fin de la seconde race, un nouveau genre de possession s'établit sous le nom àe fiefs. Les ducs on gouverneurs des provinces, les comtes ou gouverneurs des villes, les officiers d'an ordre inféi leur, profitant del'affoi-

3i6 ÉRASTE,

blissement de l'antorité royale, rendirent hér<5dltaires dans leur maison des titres que jusqae-là ils n'avoient possédés qu'à vie , el ayant asurpé également et les terres et Isl justice , s'érigèrent eux-mêmes en seigneurs propriétaires des lieux dont ils n'étoient que les magistrats, soit militaires, soit civils, soit tous les deux ensemble.

La noblesse, ignorée en France jusqu'au temps des fiefs, commença avec celte nouvelle seigneurie, en sorte que ce fut la possession des terres qui Ct les nobles, parce qu'elle leur donna des espèces de sujets nommés vassaux, qui s'en donnèrent à leur tour par des sous-inféodadoiu; et les droits des seigneurs furent tels, que les vassaux étoient obligés , dans certains cas , de les suivre à la guerre contre le roi même.

Le paiement en monnoies n'étoit pas le seul en usage sous nos premiers rois. On affinoit l'or et l'argent qu'on recevoit des peuples; on leconservoit en masse dans le trésor du prince; on le donuoit au poids. Cette coutume, imitée des Romains, fut suivie par les particuliers mêmes, jusqu'au règne de rhilippe-le-Bel. Rien de si commun dans les acte» de ces temps-là , que les paieiiiens et les amendes à livre ou à marc d'or ou d'argent. On n'avoit donc besoin de monnoies que pour le petit commerce; aussi en fabriquoit-on fort peu.

Il paroît , par d'anciens monumens , qu'il y avoit alors en France à peu près antant d'argent qu'il y en a aujourd'bui. Ce qui trompe , c'est qu'on veut juger de la valeur de l'ancienne monnoie par celle qu'il nous a plu donner à la nôtre. On se récrie sur ce que les vingt-quatre livres de pain ne valoient qu'un denier sous le règne de Charlemagne; mais ce denier étoit bien différent du nôtre , et vaudroit aojourd'bai trente sous de notre compte. La livre de pain revenoit donc à peu près à cinq liards; ce qui ne s'éloigne pas beaucoup du prix ordinaire dans les bonnes années.

La livre numéraire, sous la première et la seconde race , étoit réputée le poids réel d'une livre de douze onces, qui étoit le seul en usage en France pour peser l'or et l'argent. Sons Pépin, on tailloit yingt-deux sons dans cette livre de poids d'argent. Charlemagne, dont les conquêtes avoient rendu ce métal plus abondant, ordonna qu'on n'en tailleroit plus que vingt, c'est-àdire, qu'alors le sou étoit précisément la vingtième partie de douze onces. Telle e.-t la véritable origine du mot de livre, dont on se sert encore aujourd'bui en France, quoique ce ne soit plus que le signe représentatif de vingt sous de cuivre.

Le marc d'argent de huit onces vaut depuis long-temps qnarante-neuf francs. La livre qui, du temps de Charlemagne, étoit le signe représentatif de douze onces, vaudroit donc de nos jours soixante-treize livres dix sons ; la valeur du^son, qui en étoit la vingtième partie, seroit de trois livres treize sons six deniers; celle du denier, qui étoit la douzième partie du son, de six sons un denier une obole ; celle enfin de l'obole, qui étoit la moitié du denier , de trois sous une obole une pile.

Le droit de faire battre monnoie n'apparlenoit qu'an souverain , qui l'ac-

COI doit qnelqnefois à des seigneurs, à condition d'y mettre le bnste on le nom du prince. La plupart de nos anciennes inonnoies olfient le portrait da roi, tantôt avec un diadème simple, ou à double rang de perles; tantôt avec nne couronne à pointes ou radiales, quelquefois avec une espèce de casque garni de pierreries, souvent avec une couronne de laurier, surtout sous la seconde race. Le revers est presque toujours une croix simple ou double entre un cdpha et un oméga, premièie et dernière lettre de l'alphabet grec, pour exprimer le nom de Jésus-Christ, qui est le commencement et la fin de tout; quelquefois c'est un calice à deux anses; d'autres fois un ange, un saint, une église, quelques instrumens, un vaisseau, quelques caractères inconnus, la figure d'un dragon couché devant une petite croix, ou le nom delà ville où elles ont été frappées. La légende éloit le nom du monétaire, on celui du prince, souvent seul, souvent avec l'épithète de roi. Tbéodebert !"■ prit le titre de Dominns noster (notre maître); Charlemagne , celui de gratia Dei rex (roi par la grâce de Dieu ); Lonis-le-Dëbonnaire fit graver ces mots ; Muiiuf divinum (présent de la Divinité).

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Tableau général de l'histoire de France, depuis le règne de Hugues Capet , chef des rois de la troisième race, jusqu'à celui de S. Louis.

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