‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 75 sur 89 · ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT

998. Le nouveau roi , qui avoit été sacré du vivant de son père , avoit épousé Berthe sa parente , fille de Conrad , duc de Bourgogne. Le pape Grégoire v , ne pouvant obtenir qu'il renonçât à une alliance que réprouvoient les lois de l'Eglise , qui alors défendoit le mariage contracté au septième degré, déclare ce mariage nul, et excommunie le monarque. Cet anathème eut tant d'effet, que tous les courtisans et les serviteurs du prince se séparèrent de lui. 11 ne resta que deux domestiques, qui , pleins d'horreur pour tout ce qu'il avoit touché , passoient par le feu jusqu'aux plats où il avoit mangé , et jusqu'aux vases où il avoit bu. Robert ouvrit enfin les yeux , et se sépara de Berthe. Il se remaria avec la fille du comte d'Arles.

1002. Robert fait, durant cette année , une guerre vive et sanglante au duc Otto-Guillaume , pour le duché de Bourgogne , dont le dernier souverain, mort sans enfans , l'avoit déclaré héritier. Il terrasse enfin son ennemi , et donne ce bel apanage à Henri son second fils.

ICI 7. Le roi associe au trône Hugues, son fils aîné, Flour des Joiwenciaux , dit un ancien, et le fait couronner à Compiègne, le jour de la Pentecôte. Le jeune prince ne porta le sceptre que durant huit ans; il mourut et son père lui donna pour successeur Henri, nouveau duc de Bourgogne, qu'il fit sacrer à Reims , en 1027. Robert, auquel l'histoire ne reproche rien depuis sa première faute, mérita, par sa sagesse, qu'on lui offrît l'empire et le royaume d'Italie, mais il refusa, et mourut en io3i , à l'âge de soixante ans. Son corps fut enterré à Saint-Denis , au milieu des larmes de ses peuples, qui rendoient ce glorieux témoignage à sa mémoire , et faisoient pour lui ces souhaits : « Tandis que Robert a été roi , tandis » qu'il nous a gouvernés, nous n'avons craint personne. Dai- » gne le Seigneur, accorder le salut éternel à ce prince si

» bon, ce père du sénat et de tous les gens de bien! qu'il » daigne le faire monter pvomptement au ciel , et le faire as- » seoir éternellement avec Jesus-Clirisl , le roi des rois. »

Robert fut roi de ses passions comme de ses peuples. Sincèrement pieux, jamais prince ne fut plus assidu aux offices divins; il cbantoit avec le chœur, et portoit la chappe, la couronne sur la tète et le sceptre à la main ; et celte pratique n'avoit rien de bas ou de ridicule dans ces siècles de foi et de simplicité', où rien n'étoit pelit de ce qui appartenoit à la religion. II composa des hymnes et desre'pons encore en usage dans l'Eglise. Sa charité n'avoit point de bornes; il nourrissoit par jour, le plus souvent, jusqu'à mille pauvres : le Jeudi- Saint, il leur lavoit les pieds, et lesservoit à genoux, couvert d'un cilice. Dieu lui accorda, dit-on, la grâce de guérir les écrouelles en les touchant, et en faisant sur elles le signe de la croix. Voilà apparemment d'où vient à nos rois l'usage de toucher les écrouelles le jour de leur sacre.

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