‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 77 sur 89 · PHILIPPE PREMIER · texte numérisé non relu

PHILIPPE PREMIER

1 061. Le nouveau souverain n'ayant que huit ans^ Baudouin, comte de Flandre , fut déclaré régent du royaume , et s'ac-

quitta avec zèle de son emploi de tuteur. Il défit les Gascons qui vouloient se soulever , et mourut laissant le roi à l'âge de quinze ans.

1071-10Q3. Battu dans quelques guerres qu'il avoit entreprises avec plus de courage que de prudence , il chercha à oublier, dans la débauche, le malheur de ses armes.

Dégoûté de sa femme Bcrthe, dont il avoit eu quatre enfans, il enlève Bertrade, e'pouse du comte d'Anjou , et lui donne sa main. Un e'vèque de Beauvais, plus ami de la faveur du monarque que de ses propres devoirs, bénit cette alliance scandaleuse; mais le pape Urbain 11 la condamne, et l'analhématise dans les propres états du roi, où il étoit venu chercher un asile. Philippe , craignant la rébellion , promet de renvoyer Bertrade; mais, bien loin de tenir sa parole, il continue de vivre avec elle, et la fait solennellement couronner reine de France. Ce nouveau délit fut suivi d'une nouvelle excommunication , et Philippe se trouva dans un grand embarras. Ses désordres lui attiroient l'aversion du peuple; l'anathème dont il étoit chargé provoquoit les grands à la révolte : pour la prévenir , Philippe associa au trône Louis, son fils aîné, et lui remit les rênes du gouvernement. Ce jeune prince , doux et sage, mais ferme en même temps, empêcha le bouleversement dont la monarchie étoit menacée. Philippe rompt enfin ses chaules ; et , au moyen d'une pénitence publique , obtient l'absolution de ses désordres.

1108. Le voluptueux monarque meurt à Melun, à l'âge de cinquante-sept ans , après avoir été témoin de la première croisade, h laquelle il ne voulut prendre aucune part. Son règne a été le plus long de ceux qui l'avoient précédé, excepté celui de Clotaire; et, de tous ceux qui l'ont suivi, excepté celui de Louis xiv et celui de Louis xv. Il fut célèbre par plusieurs grands événemens ; mais Philippe , quoique brave dans les combats et sage dans les conseils , ne joua aucun rôle important. Il parut d'autant plus méprisable h ses sujets, que ce siècle étoit plus fécond en héros; aussi l'autorité royale s'affoiblit-elle dans ses mains.

LOUIS VI, dit LE GROS.

1109. Louis, quel'énormité de sa taille fit surnommer le Gros, s'étoit acquis depuis long-temps l'affection des peuples

ENTRETIEN XVII. Sai

et le respect des seigneurs. La puissance du monarque étoi^ bien circonscrite par les vastes domaines de ses vassaux, qui, presque tous, levoicnt sans cesse l'étendard de la révolte. Louis les affoiblit ou les subjugue. Les seigneurs de Rochefort , le comte de Coucy , le sire de Puiset , reçoivent la loi de leur maître, qui triomphe encore d'une conjuration forme'e par Philippe, son frère. Par cette courageuse activité , l'autorité du souverain s'accrut, l'harmonie parut renaître; en moins de deux ans tout fut dans l'ordre.

iiio. Ici commence celle haine implacable qui divise, depuis si long-temps, la France et IWngleterre. La forteresse de Gisors, située sur la frontière des deux états, fut la première occasion de rupture. Henri \" ^ roi d'Angleterre et duc de Normandie, s'en étant emparé, quoiqu'elle fut en séquestre, le roi de France lui envoya un cartel; il répondit qu'il n'avoit pas besoin de se battre pour un fort dont il étoit en possession. Au lieu d'un combat singulier , il y eut une bataille. Ce fut là comme une semence de guerres interminables, souvent interrompues par des traités, mais bientôt rallumées par l'ambition et par l'antipathie. Louis fut quelquefois malheureux , et toujours brave. On raconte que , dans une mêlée, un Anglais saisit la bride de son cheval; en criant : « Le roi est pris. » Sans s'étonner du péril : « Ne sais-tu pas , >> lui dit-il, qu'on ne prend jamais le roi aux échecs? » Et , à l'instant, il le renversa mort d'un coup d'épée.

iii5. Louis épouse Adélaïde, fille de Humbert, comte de Maurienne et de Savoie , femme d'un rare mérite. 11 rétablit le comte d'Anjou dans sa charge de grand sénéchal de France, et déclare de nouveau la guerre au monarque anglais. D'abord ses armes sont heureuses ; mais les intrigues de Henri font changer la fortune. Louis est battu à Brenne^^lIe, sans cependant perdre beaucoup de monde; et cette défaite ram.ène la paix entre les deux princes.

II 23. Elle n'est pas de longue durée. Henri vient à bout d'engager l'empereur à se jeter dans les étals de son rival. Le nouvel ennemi approche avec des troupes nombreuses ; mais toute la France vole au secours de son roi. Deux cent mille hommes s'opposent au prince allemand, qui n'ose se commettre contre des forces si redoutables, et qui laisse l'Anglais dans la nécessité de traiter encore une fois avec Louis.

3a2 ÉIBASTE,

112g. Philippe , fils aînd du roi, est couronné h Reims par Tordre de son père ; mais il ne survit pas long-temps à son élévation. Un jour qu'il étoit à se divertir avec quelques seigneurs, dans un des faubourgs de Paris , un pourceau égaré vint se jeter entre les jambes de son cheval qui s'abattit. Le jeune roi fut tellement froissé de sa chute, qu'il expira la nuit suivante. Le monarque ne se consola de cette perte qu'en faisant sacrer son second fils Louis. Ce fut le pape luimême qui le couronna , douze jours après la mort de Philippe. Les troubles de Rome avoient obligé le pontife h se retirer en France.

1137. Louis-le-Gros tombe malade, et meurt à l'âge d'environ soixante ans, dont il avoit régné vingt-neuf depuis le décès de son père. On ne peut lui refuser ni les qualités qui forment le héros guerrier, l'activité, la valeur, l'intrépidité; ni les vertus qui font le bon roi, la douceur des mœurs, l'inclination à faire du bien, l'application au gouvernement, le zèle de la justice, l'amour des peuples , la haine de l'oppression et de la tyrannie. S'il eût excellé dans la politique comme dans tout le reste, il auroit égalé, peut-être même surpassé les plus illustres de ses prédécesseurs. Les rois devroient toujours avoir devant les yeux les dernières paroles qu'il dit à son successeur : « Souvenez-vous, mon fils, que la royauté »> n'est qu'une charge publique dont vous rendrez compte à « celui qui seul dispose des sceptres et des couronnes. •

LOUIS VII , dit LE JEUKE.

ii4.i.Louis-le-Jeune employa les premières années de son règne à réprimer les entreprises des vassaux de la couronne, et surtout de Thibaut, comte de Champagne, dont l'humeur inquièij et séditieuse excitoit sans cesse de nouveaux troubles. Le jeune monarque , c{ui étoit plein de courage et de feu , ne laissa pas ses insultes impunies; mais il poussa trop loin la vengeance. A la tête d'une armée formidable , il fond sur la Cl.ampagne, saccage ^itry, fait mettre le feu à l'église, où périssent plus de treize cents personnes. Cette exécution cruelle est suivie de violens remords : pour les calmer, il fait vœu d'aller à la conquête de la Terre-Sainte.

1 1^5-1 1 55. S. Bernard est chargé de prêcher une seconde croisade. Il se rend au parlement de \ ezelai en Bourgogne.

La vt^iemence de ses paroles subjugue tous les cœurs; le roi prend la croix ; toute sa noblesse l'imite : Tenthousiasme saisit tous les Français; on crie de toutes parts : Lacroix', la cro/t; / Bernard coupe ses habits pour en faire; et comme elles ne suffirent pas encore, il permet h la multitude de convertir en ce signe ve'ne'rable tout ce qu'elle trouvera sous sa main. Suger, abbe' de Saint-Denis, le meilleur citoyen, le ministre le plus lidèle , l'homme d'état le plus habile qui fut alors , est élu régent du royaume. Louis part, suivi de quatrevingt mille hommes. Il arrive à Constanlinople, où l'empereur grec. Manuel Comnène, lui fait beaucoup d'olFres et de promesses qui aboutirent à des trahisons sans nombre. Le monarque français, après des prodiges de valeur, est vaincu par les Sarrasins : il lève le siège de Damas ; et, à son retour en France il est arrêté par les Grecs. Roger, roi de Sicile , le délivre , et lui donne les secours nécessaires pour rentrer dans son royaume.

La conduite peu régulière de sa femme Eléonore , héritière de la Guienne et du Poitou, qui l'avoit accompagné dans sa course aussi longue que malheureuse, fit faire à Louis une faute en politique , en faisant casser son mariage , et en épousant Constance, fille d'Alphonse, roi de Castille. Cette princesse donne ses états et sa main à Henri Plantagenet, duc d'Anjou, qui, déjà maître delà Touraine , du Maine, de la Bretagne et de la Normandie , fut appelé, par droit de naissance , au trône d'Angleterre. C'est de là que date l'influence des rois anglais sur le continent.

II 56. La guerre s'allume entre la France et l'Angleterre, au sujet du comté de Toulouse. Louis, tantôt vaincu, tantôt vainqueur, ne remporta aucune victoire éclatante, n'essuya aucune défaite considérable. Quelques traités suspendirent ces dissensions, qui ne furent totalement terminées qu'en 1177 , par la promesse de mariage du second fils de Henri 11 , et de la fille cadette de Louis-le-Jeune.

1180. Ce prince mourut, à l'âge de soixante ans, d'une paralysie qu'd contracta en allant au tombeau de S. Thomas de Cantorbéry , auquel ilavoit donné une reirai e en France , lors des démêlés de ce prélat avec Henri 11, son souverain. Louis-le-Jeune étoit pieux, bon, courageux, mais sans politique , sans finesse. Il est le premier de nos rois qui se soit

servi des fleurs de lis sur ses armes et sur son sceau. Il défendit le duel pour une dette qui n'exce'deroit pas cinq sous. Une dette de six sous étoit donc une matière suffisante de duel. Une pareille ordonnance est bien capable de prouver tout à la fois et la foiblesse de la législation , et la barbarie de ces temps-là.

PHILIPPE II , surnommé AUGUSTE.

1181, Philippe, à qui ses belles actions ont fait donner le surnom d'Auguste, avoit e'te' couronné quelques mois avant la mort de son père ; il n'avoit que quinze ans lorsqu'il re'gna seul; mais sa jeunesse ne fut pas comme celle de la plupart des princes ; il évita l'écueil des plaisirs , et son courage n'en fut que plus vif. Le roi d'Angleterre paroissoit vouloir profiter de sa minorité pour envahir une partie de ses états; Philippe marcha contre lui, et le força, les armes à la main, de confirmer les anciens Iraile's entre les deux royaumes.

Dès que la guerre fut termine'e , il fit jouir son peuple des fruits de la paix. 11 re'prima les brigandages des grands seigneurs, chassa les comédiens, ordonna des peines contre les blasphémateurs , fit paver les rues et les places publiques , et réunit dans l'enceinte de cette capitale une partie des bourgs qui l'environnoient. Paris fut ferme par des murailles avec des tours. Les citoyens des autres villes se piquèrent aussi de fortifier et d'embellir les leurs.

Les Juifs exerçoient depuis long-temps en France des friponneries horribles; le monarque les chassa de son royaume.

1 184.. La tranquillité de la France fut trouble'e par un différend avec le comte de Flandre ; mais il fut heureusement terminé par la sagesse du prince. Quelque temps après il fit la guerre à Henri II , roi d'Angleterre, auquel il enleva les villes d'Issoudun, de Tours , du Mans, et d'autres places.

1187-1191. Telles étoient les occupations vraiment royales de Philippe , lorsque la funeste bataille de Tibériade fit perdre Jérusalem aux chrétiens de la Palestine. Pour arrêter les progrès du fameux Saladin, sultan d'Egypte, Philippe prit la croix et s'embarqua avec Richard i , roi d'Angleterre , pour secourir les chrétiens de la Palestine , opprimés par Saladin. Ces deux monarques allèrent mettre le siège devant

ENTRETIEN XVII. 3a5

Acre, appeli^e autrefois Ptoléinàis. Presque tous les chre'tieus d'Orient s'e'toient rassemble's devant celte place importante. Saladin étoit embarrasse' vers l'Euphrate dans une guerre civile. Quand les deux rois europe'cns curent joint leurs forces à celles des chreliens d'Asie , on compta plus de trois cent mille combattans. Acre se rendit; mais la discorde, qui devoit nécessairement diviser deux rivaux de gloire et d'intérêt, tels que Philippe et Richard, fit plus de mal que cette multitude de guerriers ne fit d'exploits heureux. Le ttéonarque français, fatigué de ces divisions, et de l'ascendant que prenoit en tout Richard , son vassal , retourna dans sa patrie.

1194. Philippe, pour se consoler du mauvais succès de sa croisade, songe à reculer les bornes de son empire. Il oblige Baudouin viiF, comte de Flandre, de lui laisser le comté d'Artois. Ensuite il tourne ses armes contre Richard , son rival ; il lui prend Evrcux et le Vexin. Cependant les suites de cette guerre ne sont pas heureuses. Le monarque français , repoussé de Rouen avec perte , fait une trêve de six mois. Quelque temps après , la mort de Richard délivra Philippe d'un rival redoutable, et il est bien douteux que, sans cette mort prématurée, son règne eût été aussi fécond en conquêtes et aussi glorieux qu'il le fut depuis.

i2o3. Jean , surnommé Sans-Terre , successeur de Richard, commence son règne par un attentat bien indigne d'un souverain; il fait assassiner Arlhus, duc de Bretagne, pour s'emparer de ses états. Philippe profita de cette occasion la plus heureuse qu'il pût désirer. Il cite devant la cour des pairs le monarque anglais , qui, comme duc de Normandie y étoit vassal de la couronne. Jean , n'ayant pas comparu , est déclaré coupable de la mort de son neveu , et condamné à perdre la tête. Ses terres situées en ITrance sont confisquées au profit du roi. Philippe se mit bientôt en devoir de recueillir les fruits du crime de son vassal. Il prit la Guiennc, le Poitou, le Maine, laTouraine, l'Anjou et la Normandie, quïl réunit à la couronne, dont elles avoient été détachées trois cents ans auparavant.

1214. Cependant les armemens qu'avoit faits Philippe avoient alarmé les puissances voisines. Toutes se liguent contre ce formidable ennemi; l'Allemagne, la Flandre et plusieurs

autres états se réunissent. Le monarque français ne se décourage point : sa fortune et sa bravoure dissipent ses nombreux adversaires. Sa valeur éclata surtout à la bataille de Bouvincs, qui dura depuis midi jusqu'au soir. Les confédérés avoient une armée de cent cinquante mille comhattans; celle de Philippe éîoit plus faible de moitié, mais elle et oit composée de la fleur de sa noblesse. Ce prince courut grand risque de la vie; il fut abattu, foulé aux pieds des chevaux, et blessé à la gorge. On tua trente mille Allemands. Il est vrai que cette mémorable victoire n'augmenta point les domaines du vainqueur; mais elle accrut beaucoup son autorité sur ses vassaux, ce qui valoit bien des conquêtes.

1216. Philippe, vainqueur de TAIlemagne, possesseur de presque tous les états des Anglais en France, fut appelé au royaume d'Angleterre par les sujets du roi Jean , lassés de la domination tyrannique de ce monarque. Le roi de France se conduisit en grand politique ; il engagea les Anglais à demander son fils Louis, pour roi ; celui-ci fait une descente en Angleterre, est couronné à Londres : Jean meurt de douleur. Sa mort éteignit le ressentiment des Anglais, qui, s'étant déclarés pour Henri m, son fils, forcèrent Louis à sortir d'Angleterre.

1223. Philippe-Auguste meurt à l'âge de cinquante-neuf ans. De tous les rois de la troisième race , c'est celui qui a le plus acquis de terres à la couronne , et de puissance aux rois ses successeurs. Après avoir terrassé Jean-sans-Terre , il abaissa les grands seigneurs; et par la ruine des puissances du dehors et du dedans , il ôta le contre-poids qui balançoit son autorité dans le rovaume. Ce prince étoit plus que conquérant, car il étoit grand roi , bon politique , magnifique dans les actions d'éclat, économe dans le particulier, exact à rendre la justice : sachant employer tour à tour les caresses elles menaces, les récompenses et les châtimens; zélé pour la religion , et toujours porté à défendre l'Eglise et à secourir les indigens. Ses entreprises furent presque toujours heureuses, parce qu'il méditoit ses projets avec lenteur, et qu'il les exécutoit avec célérité. On lui a reproché d'avoir fait quelques fatites à la tête de ses armées ; mais il en fit bien peu dans son conseil. 11 commença par rendre les Français heureux, finit par les rendre redoutables; et quoique plus

porte à la colère qu'à la douceur, et h punir qu'à pardonner, il fui regrette' de ses sujets comme un puissant ge'nie et comme le père de la patrie.

LOUIS VIII , dit CŒUR-DE-LION.

1224. Louis, que sa bravoure a fait surnommer Cœw-de- Lion, est le premier roi de la troisième race qui ne fut pas sacre' du vivant de son père. Henri m , roi d'Angleterre , au lieu de se trouver à son sacre , comme il le devoit , lui envoya demander la restitution de la Normandie. Mais le nouveau roi , bien loin de la rendre , partit avec une nombreuse armée , re'solu de chasser les Anglais de toutes les terres tju'ils possédoient encore en France. 11 leur prit Niort, Saint-Jeand'Angeli, le Limousin, le Pe'rigord, le pays d'Aunis, et plusieurs autres contre'es : il ne restoit plus que la Gascogne et Bordeaux à soumettre , lorsque le jeune conquérant se laisse engager dans la guerre contre les Albigeois, hérétiques du pays d'Albi. Il fit le siège d'Avignon , à la prière du pape Honoré m , et prit cette ville en 1226. La maladie se mit en" suite dans ses troupes : il en fut attaqué lui-même , et termina sa carrière à l'âge de trente-neuf ans. Sa valeur, sa chasteté et ses vertus ont rendu son nom immortel.

Usages et Coutumes des Fran- Anecdotes et Faits particuliers çais sous les Rois de la troi- arrivés sous les Rois de la troisième race. sienie race.

Autrefois on n'avoit que son nom Robert, étant à Compiègne, fut propre. On imagina sons la seconde averti que douze scélérats avoient forrace, et surtout dans les commence- mé le dessein de l'assassiner. On les mens de la troisième, d'y ajouter quel- arrêta et leur procès fut instruit. Mais que épithète tirée ou delà dignité, tandis qu'on y travailloit , le bon roi on de la force , on de la couleur , ou leur fit donner la communion , après de quelque qualité personnelle. De là les avoir fait préparer par la pénitences noms de Robert le Fr.-f, deHngues ce. 111e s fit manger avec lui, et envoya \c Blanc, de Hugnes Crt/ief, de Louis dire aux juges, qui les avoient conle Gros, etc. Dès-lors le surnom de- damnés d'une voix unanime, qail ne vint généralement à la mode. Les no- pouvait se i^enger de ceux que son Lies les tirèrent de leurs fiefs on sei- maître avoit reçus à sa table. gnearies, le bonrgeois le prit on du La compassion de Robert pour les

Usages, etc. Anecdotes, etc

lieu de sa naissance , le Picard, le malhenreux alloit quelquefois si loin, AorinanJ; oa da métier qu'il exer- que, lorsque l'argent leur nianquoit, toit, le charron , le meunier; ou de il leur peimettoit de le voler, et trouquelque ridicule, ]e roi , le prince , voit très mauvais qu'on voulût les en Vévéïjue ; ou enfin de quelque défaut empêcher. Les filous le snivoient jus» naturel, le camus , le bossa, etc. que dans son appartement, sous pré-

On rapporte à ce siècle le coramen- texte de lui demander l'aumône, et

cément de la pairie. Le nom de pair lui prenoient impunément tout ce

étoit connu depuis très long-temps : qu'il avoit de plus précieux dans ses

on a voit pour juges ses ^«fW. La pai- poches et sur ses halùts. Un d'eux,

rie devint une dignité, après l'usur- lui ayant coupé la moitié d'une frange

pation des fiefs. Au temps de Hugues d'or, vouloit encore emporter l'antre.

Capet, il y eut sept p.Tirs laïques, dont «Retirez-vous, lui dit le roi avec

les fiefs relevoient immédiatement de » bonté, il doit vous suffire de ce que

la couronne. Les barons avoienl aussi » vous avez; ce qui reste pourra ser-

leiirs pairs; mais on ne voit pas qu'ils » vir aux besoins dé vos camarades. »

en eussent d'ecclésiastiques comme le II se cachoit de la reine pour faire da

roi. bien, tant cette femme altière avoit

Du temps du roi Robert, la mode, pris d'empire dans sa maison! Pre-

parmi les dames de qualité , éîoit de nez garde que Constance ne le sache,

porter de petites cannes légères, dont disoit-il toutes les fois qu'il récom-

la pomme, pourl'ordinaire, étoit or- pensoit ses domestiques,

née de la figure de quelque oiseau. Louis-le-Gros se plaignit souvent

Hugnes Capet et son fils Robert du malheur de la condition humaine,

établirent, à l'exemple Je Clo vis, leur qui réunit rarement le savoir elle

séjour à Paris, qui avoit cessé d'être pouvoir. C'est peut-être de là que vient

la demeure de nos rois pendant toute ce proverbe. Si jeunesse savait et

la deuxième race. "vieillesse pouvait, jamais disette n'y

Hugues fit de son palais une église aurait. nomméeanjonrd'huiirt/«fi?rt«/ie7tf/rt«. Guillaume, que ses triomphes firent Le sceau de ce prince est le premier appeler le conquérant, duc de Noroii l'on voit ce que l'on appelle la mandie et roi d'Angleterre, faisoit main de justice; il la tient de la main diète à Rouen , pour se soulager de <lrjite, et un globe de l'autre; il porte son embonpoint monstrueus. Phisur sa tête une couronne fleuronnée; lippe demandant en plaisantants ses ses cheveux sont courts , et sa barbe courtisans; « Ce gros homme ne releasse/, longue et fourchue. vera-t-il jamais de ses couches.' «

Robert ne possédoit en propre que Guillaume, piqué de la raillerie, lui

les duchés de France et de Bourgogne, fit répondre que quand il seroit ac-

Lc revenu de la couronne consistoit couché , il iroit faire ses relevailles a

dans le produit desterres domaniales, Ste. -Geneviève de Paris, avec dix

, ceux des prévôtés, la guerre, le cens, mille lances en guise de chandelles.

ENTRETIEN XVII. Sag

1/ sages, de. Anecdotes, etc.

les droits d'entrée et de sortie, la En effet, dès qu'il put monter à ciie-

nionnoie, ledroit des gîtes, les taxes val, il désola tout le Ycxin français,

des Juifs. fortça et brûla Mantes; niais il s'échanf-

On doit observer que la couronne, fa si fort dans l'attaque de cette place, toujours héréditaire dans la famille qu'il mourut peu de temps après, royale , étoit élective par rapport aux On fit une perte irréparable a la princes qui la composoient. Les six journée de Fretteval, entre Châteaupremiers rois Capétiens ayant fait sa* don et Vendôme, où le roi d'Anglecrer de leur vivant leurs aînés, cet terre mit en déroute l'arrière-garde do ordre de succession est devenu une Philippe- Aaguste, en i«94- Cette loi fondamentale de l'état, dont on perte fut celle de tous les papiers de ne s'est jamais écarté depuis. la couronne. L'Anglais refusoit opi-

On rapporte au règne de Philippe niàtréraent de les rendre , car il espé-

premier, et au temps de la première roit en profiter. Un garde des regis-

croisade, l'invention des armoiries. Il très, nommé Oaritier, qui avoit une

falloit, à cette foule de seigneurs, des mémoire prodigieuse, eut ordre do

bannières qui les fissent reconnoître suppléer à ce que les recherches ne

de leurs vassaux; et, comme ils pouvoient fournir. Mais tous sessoins

étoient font couverts de fer, ils avoient nepurent remédier au mal; on apprit

besoin de se distinguer par quelque à ne plus exposer des monumens si

emblème. Chacun en mit sur ses ar- précieux, et le trésor des Chartres

mes; on conserva ces symboles, fut établi pour les conserver,

comme des titres d'honneur; ils ser- Le Seigneur de Coiici , blessé à

voient aussi de signe distinctif dans mort au siège d'Acre , se souvient de

les tournois, et la mode s'en établit la dame de Fayel, pour qni il brù-

généralement. loit d'une flamme aussi pure, dit-on.

Sous le règne de Louis-lc-Gros , que vive et constante. Il charge son

les Français portoient des habits écnyer de porter son cœur à cette

traînans, serrés par le corps , avec de dame. Le mari jaloux rencontre l'e^

larges manches qni coavroient les cuyer , le fait fouiller , et se saisit da

mains. Leurs souliers, nommés/)/- présent. Il ordonne qu'on mette ce

gaces, et depuis souliers à la poulai/ie, cœur en ragoût, et qu'on le serve à

finissoient en pointes longues d'an et sa femme. Après qu'elle en eut mange

de deux pieds, tantôt directes, tan- avec appétit, il lui révèle cruellement

tôt recourbées. Cette mode, inventée le secret. La ni;ilheurense dame jura

par Foulques deRecein, comte d'An- qu'elle ne prendroit jamais d'autre

jou, subsista jusqu'à Charles V. aliment, et mourut quelques jours

Louis-le-Gros est le premier de nos après d'inanition et de douleur.

rois qui alla prendre à l'abbaye de Allant un jour à Gisors, avec trois

Saint-Denis celle fameuse bannière cents hommes, Philippe-Auguste ren-

connue sous le nom d'Oriflamme. Ce contre l'armée anglaise. On propose

d-.apeau devint le principal étendard de rebrousser chemin. «Moi, s'écrie

33o ÊRASTE,

Usages, etc. Anecdotes, etc.

des armées françaises, jusqu'au règne » ce prince, que Je fuie devant mon de Charles vir. > vassal? Qui veut vaincre on moa-

Ce futLouis-le-Grosqni commença » rir avec le roi, me suive! » Il fond à mettre les rois, pourainsi dire, hors sur les ennemis, se fait passage l'épée de servage. Il releva et affermit sa à la main, et arrive à Gisors , presque puissance par des établissemens utiles, sans perte.

Le principal fut celui des communes. Louis vitr, étant tombé malade.

Il n'y a^oit alors d'hommes véritable- les médecins lui proposèrent nn renient libres que les ecclésiastiques et mède que la loi de Dieu luidéfcndoit. les seigneurs. Tons les antres étoient On imagina pendant qu'il dormoit, plus ou moins esclaves. On leur per- de faire mettre auprès de lui une jeamit d'acheter la franchise, desechoi- ne demoiselle, qui, à son réveil, lui sir des maires et des échevins; alors exposa le motif qui l'amenoit, «Non, se forma le gouvernement municipal. » ma fille, lui dit le religieux prince, Les villes, devenues de petites repu- » j'aime mieux mourir que de sauver bliqnes sons le nom de communes , » ma vie par nn péché mortel. » En dévoient fonrnir an roi nn nombre de même temps , il appelle Archambaud gens de guerre ; chaque paroisse de- de Bourbon, qui a voit conduit tonte voit marcher sous la bannière de son cette affaire, et lui ordonne de inasaint. Les seigneurs n'avoient plus le rier honorablement cette jeune permême empire snr ces nouveaux af- sonne.

franchis, jaloux de leur liberté. Les Ce prince, par son testament, lé-

droits qu'on leur a voit vendus, étoient gna cent sous à chacune des deux solidement garantis. Cet exemple du mille léproseries de son royaume, monarque fut imité par nn grand Une charité prodigue enrichit ces nombre de seigneurs. Quelques villes hôpitaux { on vit même des gens resecouèrent le joug , soutenues par le chercher la lèpre afin de jouir des roi : enfin les bourgeois acquirent le avantages qu'elle procnroit, droit d'être gouvernés par des officiers pris dans leur corps. Les communes formèrent dans la suite un troisième ordre de citoTcns , sons le nom de Tiers-Etat , qni eut une grande autorité dans les assemblées générales delà nation. Cependant il resta encore beaucoup de serfs jusqu'au règne du Louis- Uutin, époque de l'affranchissement général.

Un autre établissement, non moins utile, fut le droit d'appeler, en plusieurs cas , aux juges rovaux, des sentences rendues parles officiers des seigneurs. Les justices seigneuriales perdirent ainsi une grande partie de leur autorité, au profit de celle du souverain. Celui-ci , étant dès-lors le premier juge, ne pouvoit manquer de devenir bientôt législateur.

Les joutes et les tournois étoient alors fort à la mode. On se rninoit pour y briller : on s'exposoit à perdre la vie pour y signaler son adresse ; plus de vingt princes périrent dans ces jeux , avant qu'il fût possible d'en abolir la eoatame.

ENTRETIEN XXVII. 33r

Le nomtre îles léprenx éloit si considérable sons le règne de Philippe- Auguste, que les plus petites bourgades étoient obligées d'avoir un hôpilal pour cette maladie.

Ce fui aussi sous ce règne qoe Ton vit pour la première fois le maréchal de France commander l'armée.

Philippe-Auguste fut le premier de nos rois qui entretint une armée sur pied, roèriie en temps de paix. Pour être moins dépendant de ses vassaux, il soudoya des troupes, dont il disposoit à son gré.

Ce fut sous le règtie de ce même prince que furent dressés les statuts de la célèbre Université de Paris. Cette savante compagnie ne doit point son existence à Charlemagne, comme on le dit, mais vraisembliibleiucnt à Louis-le- Jenne; et Pierre Lombard peut être regardé coiume son fondateur. Son autorité fut grande, surtout durant le schisme. Le recieur donnoit pouvoir aux prédicateurs. Ni lui, ni ses écoliers ne contribuoient à aucune charge de l'étal. Leurs causes éioient commises devant le prévôt de Paris, qui s'honoroit du lixre i\.e consen'Oteur des privilèges royaux de l'université de Paris. La signature du recteur intervenoit dans les actes publics et les traités, et il envoyoit des députés aux conciles. Ce fut à l'extirpation du schisme, et sous le règne de Charles vu, que l'Université vit son crédit diminuer; enfin, sons Louis XII, le cardinal d'Amboise la mit à peu près sur le pied où elle est aujourd'hui.

La chevalerie, dont on trouve quelque trace dès le temps de Charlemagne, étoit devenue très florissante. Louis vu fut armé chevalier par son père. Cet établissement militaire et politique a été couiparé par nos anciens au sacerdoce et à la prélature. On ne parvenoit à l'ordre de chevalerie qu'après do longues épreuves. Un jeune candidat passoit, dès l'âge de sept ans , dans la maison de quelque illustre chevalier, pour le servir en qualité de page, dainoiseau on n>alet. Il y étoit élevé ordinairement par les femmes. L'amour de Dieu et l'amour des dames faisoieni la matière des leçons également sérieuses. A quatorze ans, le jeune homme, sord hors de page, niontoit au rang des écuyers. Ceux-ci avoient différens emplois , surtout celui d'habiller ou de déshabiller leur maître, de porter son armure , etc. En général, on ne devenoit chevalier qu'à vingt et un ans au moins. Les jeûnes, les veilles dans une église, plusieurs autres pratiques de dévotion, précédoient la grande cérémonie de l'accolade, qui consistoit en un petit soufflet ou en trois coups de plat d'épée qu'on donnoit au novice, en lui disant : De par Dieu, Notre' Darne, monseigneur S. Denis , je te fais chevalier. C'étoit la formule le plus en usage. On juroit de sacrifier sa vie, ses biens pour la défense de la religion et de l'état, des veuves, des orphelins, et de tous ceux qui auroient besoin de secours. Les chevaliers avoient de grands privilèges : leurs femmes seules se faisoient appeler madame. Pleins de passion pour les aventures, la gloire et le plaisir excitoient sans cesse leur émulation. Mais l'histoire ne permet pas de douter qu'ils n'aient été souvent aussi licencieux en amour, que tprribles en faits d'armes.

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Tableau général de l'histoire de France, depuis le règne de S. Louis, jusqu'à celui de François \".

LOUIS IX , dit S, LOUIS.

1227. Le monarque défunt laissoit son trône à un prince âgé de onze ans ; Blanche de Castille , sa veuve , fut déclarée régente du royaume. La minorité du jeune Louis ix fut occupée à soumettre les barons et les petits princes toujours en guerre entre eux , et qui ne se réunissoient que pour bouleverser l'état. L'habile régente les fit rentrer dans l'ordre, et accrut l'autorité de son fils.

1286. Louis est déclaré majeur à l'âge de vingt et un ans , temps fixé anciennement pour la majorité de nos rois, et soutient ce que sa mère avoit si bien commencé. Il contient les prétentions des évêques et des laïques dans leurs bornes naturelles. 11 appelle à son conseil les personnes les plus habiles, met ordre aux troubles de la Bretagne, et ne s'occupe que de la gloire et du bonheur de ses sujets.

Il augmenta son domaine, déjà fort grand, en achetant plusieurs terres considérables. Une administration sage le mit en état de lever de fortes armées contre Henri m , roi d'Angleterre , et contre plusieurs autres vassaux de France , unis avec ce monarque. 11 les battit deux fois, la première à la journée de Taillebourg en Poitou , en 124.2 , et la seconde le lendemain à Saintes , oij il remporta une victoire complète. Le prince anglais fut obligé de fuir devant lui, et de faire une paix désavantageuse, par laquelle il promit de payer cinq raille livres sterlings , pour les frais de la campagne. Le comte de la Marche et les autres vassaux rebelles rentrèrent dans le devoir et n'en sortirent plus. Ainsi finit cette guerre si heureuse pour la France , et si glorieuse pour le monarque qui paya constamment de sa personne, et fit des prodiges de valeur. Elle fil voir que la piété n'est pas un obstacle à la valeur guerrière, et qu'un saint roi peut être conquérant.

pourvu que l'injustice de ses ennemis lui fournisse des sujet* de conquêtes.

Louis n'avoit alors que vingt-sept ans. On voit ce qu'il eût fait , s'il fût demeure' dans sa patrie ; mais il la quitta bientôt après pour passer dans la Palestine. Dans les accès d'une maladie violente dont il fut attaque* en 1244-, il crut entendre une voix qui lui ordonnoit de prendre la croix contre les infidèles ; dès-lors, il fit vœu d'aller arracher les lieux saints d'entre les mains des ennemis de la religion. La reine Blanche sa mère, et Marguerite son épouse, le prièrent do différer jusqu'à ce qu'il fût entièrement rc'îahli; mais le pieux monarque n'en fut que plus ardent à demander la croix. L'e'vèque de Paris la lui donna, fondant en larmes , comme s'il eût prévu les malheurs qui attendoient le roi dans la Terre- Sainte.

1248. Après avoir prépare durant quatre ans cette expédition aussi illustre que malheureuse, Louis laisse à sa mère le gouvernement du royaume , s'embarque à Aigues-Mortes avec sa femme, et ses trois frères, accompagne de presque toute la chevalerie française , arrive à la rade de Damicle et s'empare de cette ville.

i25o. Le monarque français avoit re'solu de porter la guerre en Egypte, pour attaquer , dans son pays, le Sultan, maître de la Terre-Sainte. Il passe le Nil h la vue des infidèles , remporte deux victoires sur eux , et fait des prodiges à la journée de la Massoure. Mais bientôt les Sarrasins ont leur revanche ; la famine et une maladie contagieuse contraignent les chrétiens à prendre le chemin de Damiète ; ils viennent les attaquer pendant leur retraite , les mettent en déroute , en font un horrible carnage. Le roi, dangereusemant malade, fut pris avec tous les seigneurs de sa suite , et la meilleure partie de son armée. Il paya quatre cent mille livres pour leur rançon, rendit Damiète pour la sienne, et accorda au sultan une trêve de dix ans. Son dessein étoit de repasser en France ; mais ayant appris (|ue les infidèles, au lieu de rendre les prisonniers, en avoient fait périr un grand nombre dans les tourmens pour les obliger de quitter leur religion, il se rendit dans la Palestine, où il demeura encore quatre ans. Le temps de son séjour fut employé à fortifier et à réparer les places des chrétiens , à mettre en liberté tous

ceux qui avoient êlé faits prisonniers en Egypte , et à travailler à la conversion des infidèles.

1254. Le saint roi quitte enfin l'Asie, et revient dans ses ëtats qu'il trouve tranquilles et florissans par les soins de son auguste mère, morte deux ans auparavant. Il continue de faire le bonheur de son peuple et la gloire de la patrie. Il établit le premier la justice de son ressort; et ceux qui ge'missoient sous l'oppression des sentences arbitraires, rendues parles juges des baronnies, purent porter leurs plaintes à quatre bailliages royaux , créés pour les écouter. Sous ce sage monarque , les hommes d'étude commencèrent à être admis aux séances de ses parlemens , dans lesquels des chevaliers , qui rarement savoient lire , décidoient de la fortune des citoyens. 11 diminua les impôts, et révoqua ceux que l'avidité des financiers avoit introduits. Il porta des édits sévères contre les blasphémateurs et les impics, bàtit des églises, des hôpitaux, des monastères; interdit aux petits seigneurs ces guerres privées qu'ils se faisoient, les uns les autres, pour les plus légers nnotifs,et abolit dans ses domaines particuliers la preuve de l'innocence par le duel.

laSg. Louis reçoit un honneur qu'on ne peut rendre qu'à un prince vertueux. Le roi d'Angleterre , Henri Jll , et ses barons, le choisissent pour arbitre de leurs querelles. Le comte d'Anjou , son frère , doit au bon ordre de son royaume, l'honneur d'être déclaré par le pape , roi de Sicile. Cependant le religieux monarque augmentoit ses domaines par l'acquisition de Namur, de Péronne , d'Avranche, de Mortagne, du Perche. Il pouvoit enlever aux rois d'Angleterre tout ce qu'ils possédoient encore en France ; mais il préféra la justice à l'usurpation. 11 les laissa jouir de laGuienne, du Périgord, du Limousin, en les faisant renoncer pour toujours à la Touraine , au Poitou , à la Normandie , réunis à la couronne par Philippe- Auguste.

1270. Cependant Louis pensoit à une nouvelle expédition contre les Mahométans , dont les progrès alarmoient toute l'Europe et annonçoient de nouvelles pertes à la religion. Après avoir pourvu à la sûreté du royaume , il part pour la sixième croisade. Il assiégea Tunis en Afrique, et mourut devant cette place , le 2S août i d'une maladie contagieuse qui ravageoit son armée. Dès qu'il en fut attaqué , il

se fit (étendre sur la cendre, et expira à l'âge de cinquantecinq ans, avec la ferveur d'un anachorète et le courage d'un liëros.

S. Louis fut un des plus grands princes et le plus beau modèle que l'histoire puisse offrir aux souverains qui veulent régner selon le cœur de Dieu et pour le bonheur de leurs sujets. Vaillant capitaine, sage législateur, maître vigilant, mode're' , libe'ral , magnifique , tendre ami de ses peuples , respecté au dedans, recherché au dehors, tel fut Louis eu qualité d'homme public et de monarque. Etoit-il rendu à luimême et n'agisscit-il que comme particulier, sa mère et ses officiers disposoient de lui : les pratiques d'humilité , de charité, de pénitence, remplissoient tous les momens que lui laissoient les affaires publiques. Mais ces vertus privées n'avoient rien en lui de foible ou de petit ; tout prenoit en ses mains un caractère de noblesse et de grandeur. Aussi peuton dire que l'union de tant de qualités si difficiles à allier, a 'ait de S. Louis, non-seulement le héros de son siècle , mais encore un des plus grands princes et des plus extraordinaires qui aient jamais porté le sceptre.

PHILIPPE m , dit LE HARDI.

1271. Philippe à qui sa valeur au siège de Tunis, mérita le nom de Hardi, fils de S. Louis, fut proclamé roi de France , eu Afrique, aussitôt après la mort de son père qui répandit une consternation inexprimable dans l'armée chrétienne. Il conclut une trêve de dix ans avec les Sarrasins , rompit les fers de plusieurs milliers de captifs, et acquit à la religion le privilège d'être librement prêchée dans cette terre infidèle. Il vint ensuite se faire sacrer à Reims. Il fut bientôt obligé de porter les armes dans la Casiille, pour maintenir les droits d'Alphonse de la Cerda, fils de Blanche sa sœur, qui venoit d'être exclu de la couronne. Il fit d'abord quelques actions de bravoure ; mais son courage se ralentit ensuite ; il se retira sans avoir pu chasser l'usurpateur du trône de son neveu.

1282. Le règne de ce prince est éternellement mémorable par la journée affreuse des Vêpres Siciliennes : on appelle ainsi le massacre que les Siciliens firent , le jour même de Pâques , de tous les Français qui etoient venus s'établir en

Sicile avec le comte d'Anjou , frère de S. Louis , qui avoit conquis Naples et la Sicile sur l'usurpateur Mainfroy. Jamais la vengeance ne se signala par des fureurs aussi barbares. Cette sanglante cxe'cution se renouvela les jours suivans dans les autres villes de la Sicile. Rien ne peut excuser ces horreurs; mais les Français s'en e'toient rendus dignes par leur excessive licence.

1285. Philippe, à cette nouvelle, jure de venger ses compatriotes, marche en personne contre Pierre , roi d'Aragon, auteur de cette exe'crable boucherie , et prend Gironne ; mais , en revenant de cette expédition, il meurt à Perpignan d'une fièvre maligne , à l'âge de quarante et un ans. Les qualités de ce prince furent la valeur, la bonté, la libéralité, l'amour de la justice et de la religion. La simplicité de son caractère et son peu de méfiance nuisirent aux entreprises qu'il fit au dedans de son royaume. Sa conduite fut plus heureuse au dehors. La France , fut riche et florissante , sans aucune vexation d'impôts. Il y eut cependant sous ce règne des troubles dans le Languedoc et dans la Guienne , excités par les seigneurs du pays : Philippe fut sans cesse occupé à les accorder entre eux, et il y réussit quelquefois.

PHILIPPE IV , dit LE BEL.

1286. Philippe IV, déjà roi de Navarre, du chef de Jeanne son épouse, fut proclamé roi de France à Perpignan. Il cita au parlement de Paris Edouard premier, roi d'Angleterre , pour rendre compte de quelques violences faites par les Anglais sur les côtes de Normandie. Ce prince, ayant refusé de comparoître , fut convaincu du crime de félonie; et la Guienne lui fut enlevée en i2q3 , par Raoul de Nesle , connétable de France. Le monarque anglais implora le secours de Tempereur, du duc de Bar et du comte de Flandre, qui se liguèrent en vain contre le roi de France. Philippe remporta de grands avantages sur les confédérés. Vainqueur à Furnes en 1297 , il obligea les Anglais et les Flamands à accepter les conditions de paix qu'il voulut leur dicter. Ces derniers la rompirent bientôt. Les gouverneurs français , laissés dans leurs pays , se rendirent odieux ; on se révolta. Philippe envoya uiie puissante armée pour étouffer la sédition ; mais la jalousie des chefs fit perdre, en i3o2, la bataille de Courtray, où

péril l'élite de la noblesse française. La r élèbve victoire de Mons en Puclle, gagnée le iSaoùt i3o4.^ fit oublier ces revers. Plus de vingt-cinq mille Flamands restèrent sur la place. C'est en mémoire de cette journée fameuse que fut éleve'e , dans l'église de Notre-Dame de Paris , la statue équestre de Philippe-le-Bel.

i3o5. Les démêlés scandaleux qui s'étoicnt élevés entre Philippe et Boniface viii se terminent. La hauteur du pape et la fierté du roi avoient porté les choses aux extrémités les plus fâcheuses. D'un côté Boniface excommunie Philippe sans garder aucun de ces ménagemens qui conviennent si bien au père commun de tous les fidèles; de l'autre, Philippe indigné le fait arrêter par un officier nommé JSogaret, pour le conduire au futur concile, auquel le prince outragé en avoit appelé ; mais le pontife meurt avant qu'on ait le temps de le convoquer. Benoît XI , successeur paisible de Boniface , termine ces scandaleux différens, et Clément v, qui fut pape après lui, annule , dans le concile de Vienne, jusqu'au moindre vestige de cette malheureuse querelle.

i3o8. Philippe entreprit cette année l'abolition de l'ordre des Templiers. Cet ordre avoit été fondé en 1118 par des gentilshommes français, qui se consacroient à la défense des pèlerins de la Terre-Sainte. Leurs exploits et les services qu'ils rendirent aux chrétiens d'Europe et d'Asie leur acquirent des richesses immenses , qui les perdirent. Bientôt le luxe, l'ivrognerie, la débauche eurent gagné tout le corps. On les vit enfin exercer des violences et des brigandages contre les peuples qu'ils auroient du protéger, et s'entendre avec les mahométans pour trahir les princes chrétiens et accélérer la perte de la Terre-Sainte.

Les Templiers étoient alors universellement décriés. Deux d'entre eux, mécontens , révélèrent le secret de l'ordre. On ne put d'abord ajouter foi aux sacrilèges , aux impiétés , aux faits horribles que cette première déposition fit connoître. Philippe, après en avoir donné avis au pape Clément v, fit arrêter en un même jour tous les Templiers qui étoient dans son royaume. Le pape interroge lui-même soixante-douze Templiers, qui tous firent l'aveu des principaux crimes dont ils étoient chargés. On en interrogea cent quarante autres ; trois seulement nièrent les désordres qu'on leur im.putoit. II. 22

Tous les autres, sans excepter le Grand-Maître, Jacques Molay, se reconnurent coupables des crimes les plus honteux €t les plus atroces. Cent onze , interroge's dans diverses provinces , avouèrent les mêmes crimes. Etonné du concours de tant de preuves , le pape en informa tous les souverains. Sur cet avis les Templiers , arrete's dans les différens e'tats de l'Europe , firent, à Texception d'un très petit nombre, les mêmes aveux que ceux de France. La multitude des te'moins , l'accord parfait de leur de'position , la confession des accusés ne laissa plus de doutes sur les abominations de l'ordre entier. Avant de rien décider contre le corps , on fit une justice exemplaire de cinquante-neuf Templiers , dont les crimes furent prouvés et qui les nièrent , ou qui, après les avoir confessés , rétractèrent leurs aveux. Ils furent brûlés h Paris. Parmi les autres , quelques-uns furent condamnés à une prison perpétuelle , d'autres à la pénitence canonique. Plusieurs furent trouvés innocens et absous. Le Grand-Maître et trois autres chefs avoient par trois fois tout confessé. Destinés à une détention perpétuelle , on exigea d'eux qu'ils renouvelassent en public leurs aveux. Deux d'entre eux obéirent; mais Molay et un autre se dédirent , et déclarèrent en public que leur ordre étoit très saint. Cette conduite ferma les cœurs à la compassion ; leurs juges ne virent en eux que deux fanatiques résolus de tout risquer pour laver la tache imprimée à leur mémoire. On instruisit leur procès à la rigueur, et ils furent brûlés vifs à Paris.

Ainsi se termina ce monstrueux procès qui a donné lieu à tant de fables , à tant de calomnies. Il est faux que les aveux des Templiers aient été généralement arrachés par les tourmens : de tous ceux que le pape interrogea ou fit interroger , aucun ne fut mis à la question. Il est faux que Molay ait ajourné le pape et le roi à paroître dans l'année devant Dieu ; la mort de Clément et de Philippe , qui suivit de près, a seule donné lieu à cette fable , aucun auteur contemporain n'en parlant. Il est faux qu'on ait aboli l'ordre des Templiers pour avoir leurs biens ; il est notoire , au contraire , qu'ils furent adjugés à d'autres reUgieux hospitaliers ou militaires. Les qualités des juges qui étoient les personnages les plus recommandables de l'Eglise et de l'état, nombre infini de témoins qui furent ouïs dans toute l'Europe , le rapport des historiens

contemporains, les décisions du concile-gént^raî de Vienne , ont montre' jusqu'à l'e'vidence, que l'extinction de cet ordre, à laquelle Philippe-le-Bel eut tant de part , est un des services les plus insignes qu'il ait pu rendre h l'Eglise.

Ce fut la dernière action remarquable de Philippe; il mourut en i3i4. , à quarante-six ans. Ce prince fut le plus bel homme de son siècle. Ne' avec un cœur haut , un esprit vif, une âme ferme, ime humeur libe'rale, il auroit pu être adoré de SCS sujets ; mais il aliéna le cœur de son peuple en le surchargeant d'impôts, par les fre'qucntes altérations qu'il se permit dans les monnoies, par la puissance qu'il donna h ses ministres , et par sa sévérité.

LOUIS X , dit nuTiN.

1 3 14.. Louis X, surnommé Hutîn, c'est-h-dire , mutin et querelleur, possédoit déjà le trône de Navarre par Jeanne sa mère , lorsqu'il monta sur celui de son père. Les troubles dont le royaume étoit agité, et le désir d'être couronné avec sa nouvelle épouse, Clémence, fille du roi de Hongrie, qu'il attendoit, lui firent difierer son sacre pendant près d'un an. Influencé par les intrigues de son oncle, Charles-de- Valois, il sacrifia à la haine du peuple , Enguerrand de Marigny, qui avoit été ministre des finances sous Philippe-le-Bel , et il le fit pendre. Charles-de- Valois , frappé d'une nnaladie incurable , quelques années après , reconnut la main de Dieu qui le frappoit , et pour réparer son injustice ^ fit élever un monument à Marigny. Louis x rappela les Juifs, que son père avoit chassés , fit la guerre sans succès contre le comte de Flandre , et laissa accabler son peuple d'impôts , sous le prétexte de cette guerre. Il mourut le 8 juin i3i6, à vingt-six ans.

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