‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 78 sur 89 · JEAN PREMIER · texte numérisé non relu

JEAN PREMIER

i3i6. La reine étoit enceinte lorsque son époux mourut. Philippe , surnommé le Long, à cause de sa longue taille, frère du monarque défunt , prit la régence de l'état ; et la princesse étant accouchée d'un garçon , il fut déclaré tuteur du roi enfant, qui fut nommé Jean. Mais il ne vécut que quelques jours; le trône demeura à Philippe, à l'exclusion de Jeanne, reine de Navarre , fille de Louis-Hutin , et pour la première fois , depuis Hugues Capet, la couronne passa à la ligne collatérale.

34o ÊRASTE»

PHILIPPE V, dit LE LONG.

1817. Le nouveau roi fit la guerre aux Flamands, renouvela ralliance faite avec les Ecossais , chassa les Juifs de son royaume, et mourut le 3 janvier 1822, à l'âge de vingt-huit ans. Sa douceur et sa ge'ne'rosite' avoient donne' des espe'ran- Ces. Son règne est recommandable par un grand nombre de sages ordonnances sur les cours de justice , et sur la manière de la rendre.

CHARLES IV, dit LE BEL.

1822. Philippe ne laissa point d'enfant mâle; la couronne, suivant l'usage constant , passa sur la tote de Charles iv, son frère , qui y joignit celle de Navarre. Le premier acte que le nouveau roi fit de sa puissance , fut de se'vir contre les financiers, presque tous venus de Lombardie et d'Italie pour piller la France.

1824.. La guerre s'élève entre la France et l'Angleterre , Charles-le-Bel de'clare Edouard 11 ennemi de Te'tat, et coupable de félonie. Charles , comte de Valois , oncle du monarque français, passe en Guienne , et s'empare de plusieurs villes : mais la médiation d'Isabelle, e'pouse d'Edouard et sœur de Charles, arrête les victoires du comte , et ramène le calme. Le roi de France rendit à l'Angleterre tout ce qu'il lui avoit pris, à condition que le prince anglais viendroit en personne rendre hommage de la Guienne , ou qu'il en chargeroit Edouard , son fils , en lui ce'dant le domaine de cette belle province. L'arrivée du jeune prince en France fut le sceau de la paix entre les deux nations.

1828. Ce prince porta sur le trône les mêmes vertus que son pre'décesseur, et, après un règne trop court pour le bonheur des Français, il mourut comme lui sans poste'rité. Avec Charles-le-Bel , finit la branche des Cape'tiens proprement dite : elle avoit donne' quinze rois à la France.

ENTRETIEN XVIII. ^t

Deuxième branche des rois capétiens , dite branche DES VALOIS.

PHILIPPE VI, dit DE VALOIS.

1829. Deux princes aspiroient à la couronne; d'une part , Edouard m, roi d'Angleterre, neveu du monarque de'funt , par les femmes ; de l'autre , Philippe-de-Valois , son cousin germain du côte' paternel ; ce dernier fut proclame' roi de France. Les peuples lui donnèrent , à sonave'nement au trône, le nom de Fortuné : le comte de Flandre , son vassal , ayant maltraité ses sujets, et les sujets s'étant souleve's, il marcha au secours de ce prince, livra bataille aux rebelles à Cassel , fit des prodiges de valeur, et remporta une victoire signale'e. Après avoir tout pacifié, il se retira en disant au comte de Flandre : « Soyez plus prudent et plus humain, et vous aurez ■»> moins de rebelles. *

Philippe, vainqueur, consacra le temps de la paix h régler l'intérieur de son royaume. Les financiers furent recherchés , et plusieurs condamnés à mort , entre autres Pierre Rémi , contrôleur-général des finances , qui laissa près de vingt millions.

L'éclat de cette victoire fut marqué par un hommage solennel qu'Edouard , roi d'Angleterre , vint rendre au roi de France à Amiens, genou en terre et tête nue , pour le duché de Guienne; cérémonie humiliante à laquelle se prêtoit difficilement la fierté des rois d'Angleterre.

i336. Le dépit autant que l'ambition d'Edouard ne tarda pas à le brouiller avec Philippe, qu'il ne pouvoit, sans frémir, envisager comme son seigneur.

L'Angleterre commence donc contre la France cette malheureuse guerre qui dura, à diverses reprises, plu» de cent ans. Edouard retira d'abord toutes les places de la Guienne , dont Philippe étoit en possession. Les Flamands révoltés denouveau contre la France , malgré les sermens et les traités , se rangèrent sous ses étendards ; ils exigèrent seulement qu'Edouard prît le titre de roi de France, en conséquence de ses prétentions à la couronne, parce qu'alors, suivant la lettre de leur traité, ils ne faisoient que suivre le roi de France. Les armes de Philippe eurent d'abord quelques suc-

3^3 ERASIE,

ces; mais ces avantages ne compensèrent point la perte de la bataille navale de l'Ecluse, où la flotte française, composée de six vingts gros vaisseaux, monte'e par quarante mille hommes, fut battue par celle d'Angleterre. On doit attribuer en partie cette de'faite au peu de soin que nos rois avoient pris de la marine. Quoique la France, baigne'e par deux mers , soit si heuseusement situe'e , on e'toit obligé de se servir de vaisseaux étrangers , qui n'obéissoient qu'avec lenteur et avec répugnance,

134.5. La guerre, tour à tour discontinuée et reprise, recommence avec plus de chaleur que jamais. Les armées ennemies s'étant rencontrées près de Créci , village du comté de Ponthieu, les Anglais y remportèrent une victoire signa^ lée. Edouard n'avoit que quarante mille hommes , Philippe en avoit près de cent mille ; mais l'armée du premier étoit aguerrie , et celle du second , mal disciplinée , étoit accablée de fatigue. La France y perdit près de quarante mille hommes , parmi lesquels on comptoit environ quinze cents gentilshommes, la fleur de la noblesse française. La perte de Calais et de plusieurs autres places fut le triste fruit de cette deTaite. Quelque temps auparavant , Edouard avoit défié Philippe à un combat singulier. Le roi de France le refusa ; ce n'est pas qu'il ne fût brave , mais il crut qu'un souverain ne devoit pas combattre contre un roi son vassal. Enfin, en 134.7, on conclut une trêve de six mois, qui fut prolongée h diverses reprises. Aux malheurs particuliers de la France se joignit , l'année suivante , une contagion universelle et sans exemple dans l'histoire. Elle parcourut successivement toutes les parties du monde connu. Philippe ne survécut pas long-temps à ces désastres; il mourut en i35o, avec la réputation d'un prince brave , mais imprudent ; bon , mais peu clairvoyant. Il venoit de réunir le Dauphiné à la France. Humbert, le dernier prince de ce pays, ayant perdu ses enfans, légua ses états à Philippe, avec la condition que le fils aîné de nos rois s'appelleroit Dauphin. Il acquit aussi Montpellier et le Pvoussillon ; mais ces contrées épuisèrent ses coffres, par les sommes considérables qu'il fallut donner pour en être le maître.

ENTRETIEN XVni. 343

JEAN IJ, (Ut LE BON.

i35o. Jean, fils de Philippe-de-Valois, n'augmenta pas peu les malheurs dont la France avoit commence' d'être la victime sous le règne de son père. Le premier usage qu'il fit de sa puissance , fiit de faire couper la tête, sans aucune forme de justice , au comte d'Eu , conne'table. Cette violence alie'na tous les esprits , et fut cause en partie des disgrâces du nouveau roi. Charles d'Espagne de la Cerda, qui avoit la charge du comte d'Eu, fut assassiné peu de temps après par le roi de Navarre, Charles-le-Mauvais. Ce prince e'toit irrité de ce qu'on lui avoit donné le comté d'Angoulême, qu'il dem.andoit lui-même pour la dot de sa femme, fille du roi Jean. Ce dernier monarque s'en vengea en faisant trancher la tête à quatre seigneurs amis du Navarrois. Des exécutions aussi barbares ne pouvoient produire que des cabales, et ces cabales mirent le royaume sur le bord du précipice.

i356. Charles, dauphin de France, ayant invité le roi de Navarre à venir à Rouen , à sa réception au titre de duc de Normandie, le roi Jean , qui survint tout à coup , le fit arrêter, et cette détention réunit contre la France les armes de Philippe , frère du roi de Navarre , et celles d'Edouard m , roi d'Angleterre. Edouard , prince de Galles , fils du monarque anglais , connu sous le nom de Prince-Noir , s'avance avec une armée redoutable, quoique petite, jusqu'à Poitiers, après avoir ravagé l'Auvergne , le Limousin et une partie du Poitou. Le roi Jean accourt à la tête de près de soixante mille hommes, l'atteint à Maupertuis, h deux lieues de Poitiers , dans les vignes d'où il ne pouvoit plus se sauver, et lui livre bataille le ig septembre , malgré les offres que faisoit Edouard de rendre tout , et de mettre bas les armes pour sept ans. Jean fut puni de son aveugle opiniâtreté; il fut entièrement défait , quoique les Anglais n'eussent que huit mille hommes; mais la discipline l'emporta sur la bravoure et sur le nombre. Les principaux chevaliers de France périrent ; le reste prit la fuite ; le roi, blessé au visage , fut fait prisonnier avec un de ses fils , par un de ses sujets qu'il avoit banni, et qui ser\'oit chez les ennemis.. Le Prince-Noir mena ses illustres captifs à Bordeaux et à Londres , où il les traita avec autant de politesse que de respecta

iSSy.La prison du roi fut, dans Paris, le signal de la guerre civile. Le dauphin, déclare' re'gent du royaume, le vit presque entièrement révolte contre lui. Il fut oblige' de rappeler ce même roi de Navarre qu'il avoit fait prisoiniier; c'e'toit déchaîner son ennemi. Le Navarrois n'arrive à Paris que pour attiser le feu de la discorde. Marcel, prévôt des marchands, à la tête d'une faction de paysans, appelé la Jacquerie, (siit massacrer Robert de Clermont, maréchal de Normandie , et Jean de Conflans , maréchal de Champagne, en présence et dans la chambre du dauphin. Le régent, après elre longtemps resté comme prisonnier , trouva le moyen de s'échapper en Champagne. La générosité de ses habitans anima d'autres provinces. Les factieux s'attroupent de tous côtés; et dans cette confusion, ils se jettent sur tous les gentilshommes qu'ils rencontrent. Ils portent leur fureur brutale jusqu'à faire rôtir un seigneur dans son château, et à contraindre' sa femme el sa fille de manger la chair de leur époux et de It ur père. Marcel , dans la crainte d'être puni de tous ses crimes par le régent , qui avoit investi Paris , alloit y mettre Je comble en livrant la ville aux Anglais ; mais il fut assommé d'un coup de hache. Dans ces convulsions de l'état, Charles de Navarre aspiroit à la couronne. Le dauphin et lui se font une guerre sanglante , qui ne finit que par une p:iix simulée.

i.3Go. Enfin , le roi Jean sort de la prison de Londres, et convient de donner pour sa rançon environ trois millions d'écus d'or , le Poitou , la Saintonge, l'/Xgénois, le Périgord , le Limousin, le Oucrcy , TAngoumois et le Rouergue. La France s'épuise ; on est contraint de rappeler les Juifs, et de leur vendre le droit de vivre et de commercer. Jean compta six cent mille écus d'or pour le premier paiement; mais, n'ayant pas de quoi fournir au reste de la somme stipulée, il retourna se meltre en otage à Londres , et y mourut en i353, à quarante-lrois ans. Ce prince étoit assurément un preux chevalier ; mais d'ailleurs, sans génie, sans conduite, sans discernement, n'ayant que des idées fausses ou chimériques, outrant la probité comme la bravoure ; d'une facilité étonnante, avec un ennemi qui le flattoit , et de l'entêtement le plus orgueilleux avec des ministres affectionnés qui osoient lui donner 6es conseils ; impatient , fantasque ; et ne parlant que trop

souvent avec humeur au soldat. Un jour qu'on chantoit la chanson de Roland, comme c'e'loit l'usage dans les marches « 11 y a long-temps, dit-il, qu'on ne voit plus de Rolands *> parmi les Français. — On y verroit encore des Rolands , lui » re'pondit un vieux capitaine, s'ils avoient un Charlemagne » à leur tète. »

CHARLES V , dit LE SAGE.

i365. Le dauphin Charles succe'da sans contradiction à son père, et s'efforça de retirer la France de la de'solation et de l'épuisement où l'avoit jete'e l'imprudence de son prédécesseur. 11 reme'dia à tout par ses négociateurs et par ses généraux. Le fameux Bertrand du Guesclin tomba , dans le Maine et dans l'Anjou , sur les quartiers des troupes anglaises, et les défit toutes les unes après les autres. Peu à peu toutes les provinces cédées à l'Angleterre rentrent sous l'obéissance de la France. 11 ne restée plus aux Anglais que Bordeaux, Calais, Cherbourg, Bavonne et quelques forteresses.

Bertrand du Guesclin avoit déjà signalé son courage en Espagne. Il avoit chassé du royaume de Castille Pierre-le- Cruel, meurtrier de sa femme , et avoit placé sur le trône un bâtard, frère de ce roi. Par la valeur et les succès constans de ce grand capitaine, Charles réunit à sa couronne tous les anciens domaines qui en avoient été détachés.

L'empereur Charles iv , s'étant voué à S. Maur-de-France, dans les douleurs de la goutte, et voulant jouir avant sa mort de la consolation de voir Charles-le-Sage, vint de Prague à Paris, comme la reine de Saba étoit venue voir Salomon. Le roi de France le reçut magnifiquement , et mourut peu de temps après , en i38o, à l'âge de quarante-trois ans. Les historiens attribuent sa mort à un poison que le roi de Navarre lui avoit fait donner lorsqu'il n'étoit encore que dauphin. Le médecin de l'empereur arrêta la violence du poison, en lui ouvrant le bras par une fistule qui donnoit une issue au venin. Le jour même de sa mort, il supprima , par une ordonnance expresse, la plupart des impôts. On trouva dans ses coffres dix-sept millions de livres de son temps , dus h l'économie, à Tordre qu'il mit dans les finances, et aux soins de faire refleurir l'agriculture et le commerce. Jamais prince ne se plut tant à demander conseil , et ne se laissa moins gouver-

n;T qae lui par ses courtisans. Edouard disoit qu'il n'yavoiÊ point de roi qui parut si peu à la tète de ses arme'es, et qui lui donnât tant d'affaires. La guerre avec l'Angleterre fit renaître la marine : la France eut une flotte formidable durant quelques anne'es. Charles de'racina, autant qu'il put, l'ancien abus des guerres particulières des seigneurs. Les talens eurent en lui un protecteur ze'lé : il aimoit les livres, il encourageoit les auteurs. Il vint à bout de rassembler environ neuf cents volumes ; collection à la ve'rité mal choisie , mais qui marquoit au moins ce qu'e'toit un prince à qui son père n'avoit laissé qu'environ vingt volumes. C'est à son règne que commence la chaîne de nos poètes français. S'il fit tant de choses dans un temps de barbarie , que n'auroit-il pas fait de nos jours? Mais ce qui relève surtout les éminentes qualités de Charles, ce fut la pureté de ses mœurs , jointe à une piété éclairée , solide et constante.

CHARLES VI , dit LE BIEÎ^-AIMÉ.

i38i. Charles VI, fils et successeur du sage monarque que la France pleuroit, n'avoit que douze ans et neuf mois lorsqu'il parvint à la couronne. Sa jeunesse livra l'état h l'avarice et à l'ambition de ses trois oncles , les ducs d'Anjou, de Berri et de Bourgogne. Ils étoient , par leur naissance, les tuteurs du royaume ; ils en devinrent les tyrans. Louis d'Anjou, après s'être emparé du trésor de son pupille, accable le peuple d'impôts. La France se souleva. Les rebelles de Paris , qu'on nommoit les maîllotins, parce qu'ils s'étoient servis de maillets de fer pour massacrer les financiers , furent punis , sans qu'on pût faire cesser les murmures. La sédition étoit arrivée pendant l'absence du roi. Charles , âgé seulement de quatorze ans, mais guerrier dès l'enfance, venoit de gagner, sur les Flamands révoltés contre leur comte, la bataille de Rosebeck , dans laquelle il leur tua vingt-cinq mille hommes. Cette victoire jeta l'épouvante dans les villes rebelles: toutes se soumirent h l'exception de Gand.

i3g2. Le jeune vainqueur se préparoit h fondre en Angleterre, lorsque, marchant contre Jean de Montfort, duc de Bretagne , chez qui Pierre de Craon , assassin du connétable Olivier Clisson , s'éloit réfugié , il fut frappé d'un coup de soleil qui lui tourna la tête et le rendit furieux. Sa démence

s*étoit fait connoître quelques jours auparavant, partlese'garemens dans ses yeux et dans son esprit. Dans ses premiers accès, le roi tira son e'pée, et tua quatre hommes. Les projets de guerre s'e'vanouirent ; on signa une trêve de vingt-huit ans avec Richard 11 , roi d'Angleterre.

iSgy. La fre'ne'sie du roi duroit toujours ; et pour comble de malheur, il reprenoit quelquefois sa raison. Ces lueurs de bon sens furent fatales : on n'osa point assembler les e'tats, ni rien de'cider, et Charles resta roi. Jean-sans-Peur, duc de Nevers et de Bourgogne vint à la cour , pour exciter des troubles et s'emparer du gouvernement. Ce prince, né sce'lérat, fit tuer le duc d'Orle'ans, frère du roi. Ce meurtre mit le feu aux quatre coins du royaume. Les Anglais ne manquèrent pas de profiter de la division: ils remportèrent, en i4i5, la victoire d'Azincourt , qui couvrit la France de deuil. Sept princes français pe'rirent dans cette journée , avec le connétable ; cinq autres furent faits prisonniers -, plus de dix mille français restèrent sur le champ de bataille. Les ennemis prirent Rouen avec toute la Normandie et le Maine. Les Français , divisés sous les noms d'Orléanais et de Bourguignons , s'immoloient h l'envi aux fureurs de l'une et de l'autre faction. Le duc de Bourgogne fit regorger de sang la capitale et les provinces, et lorsqu'il fut tué, en i^-ig , par Tannegui-du- Châtel , sa mort , loin d'arrêter ce carnage , l'augmenta. Philippe-le-Bon, son fils, voulant venger ce meurtre, s'unit avec Henri v, roi d'Angleterre , et avec Isabelle de Bavière , femme de Charles vi , princesse dénaturée , qui , par ce complot , faisoit perdre la couronne au dauphin son fils. Henri v, fut déclaré régent et héritier du royaume , par son mariage avec Catherine , dernière fille de France. Le roi d'Angleterre vint à Paris , et y gouverna sans contradiction. Le dauphin, retiré dans l'Anjou, travailla vainement à défendre le trône de son père. On croyoit que la couronne de France resteroit pour toujours à la maison de Lancastre, lorsque Henri V mourut à Vincennes, en 14.22. Charles vi le suivit de près. H conserva jusqu'à la fin le titre de Bien-Aimé , qu'il avoit mérité dans sa jeunesse , et que ne purent lui faire perdre les malheurs publics dont on n'ignoroit pas qu'il étoit la pre- ^mière victime.

CHARLES VII, dit LE VICTORIEUX.

i4-23. La France n'étoit qu'un vaste the'àtre de carnage; chaque ville , chaque bourg avoit garnison : on voyoit de tous côte's des forts et des châteaux bâtis sur des e'minences, sur les rivières, sur les passages, en pleine campagne, La mort de Charles vi, et l'ave'nemont de Châles vu, son fils, à la couronne, changèrent la face des choses. Le nouveau roi eut à combattre , en prenant le sceptre , le duc de Bedfort, frère d'Henri v , re'gent du royaume, et aussi habile que courageux. Tous les avantages furent d'abord pour les Anglais. Ils ne nommoient Charles , alors dans le Berri, que le roi de Bourges. Mais ce prince se moqua de leur insolence, et s'en vengea à la bataille de Gravelle , dans le Maine , et à celle de Montargis, en 14.27.

Ces succès ne découragèrent point les anciens ennemis de la monarchie : ils mirent le siège devant Orléans; et bientôt ils réduisirent cette ville à l'extrémité, malgré l'intrépide bravoure du vaillant comte de Dunois , qui la défendoit. Charles vu pensoit déjà à se retirer en Languedoc , lorsqu'on lui présente une jeune paysanne de vingt ans, pleine de courage et de vertu , dont la mission est reconnue divine , et qui lui promet de faire lever le siège d'Orléans , et de le faire sacrer à Reims. On résiste d'abord ; on l'arme ensuite : elle marche à la tète des guerriers , se jette dans Orléans, et délivre la place. De nouvelles victoires augmentent la gloire de cette amazone connue sous le nom de Jeanne d'Aïc, ou de Pucelle d'Orléans.

Le comte de Richemont, connétable de France, défailles Anglais à la bataille de Patay , où le fameux Talbot , l'un des plus grands capitaines anglais , fut fait prisonnier. Louis iif, roi de Sicile, joint ses armes à celles de son beaufrère. Jeanne avoit rempli le premier objet de sa mission ; elle proposa au roi de remplir le second , et d'aller à Reims pour être sacré. Bientôt en effet, Auxerre, Troyes , Chàlons, Soissons, Compiègne, se rendent au roi. Reims, occupé par les Anglais, lui ouvre ses portes: il y est sacré en présence de la Pucelle. Jeanne d'Arc , regardant sa mission finie , voulut se retirer ; le roi s'y opposa, et bientôt cette héroïne fut prise par les Anglais au siège de Compiègne. Leur honte ,

leur ressentiment se changeant en rage , il? se portèrent à la ■vengeance la plus lâche et la plusatroce; et maigre l'innocence et la vertu reconnues de cette fille héroïque , elle fut brûle'e comme sorcière dans le vieux marché de Rouen.

1437. Henri vi, roi d'Angleterre, pour animer son parti , quitte Londres, et vient se faire sacrera Paris. Cette ville e'toit alors aux Anglais. Les Français ne tardèrent pas à s'en rendre les maîtres. Charles y fit son entre'e ; mais ce ne fut qu'en i45o que les ennemis furent entièrement chassés de la France. Le roi reprit successivement toutes leurs conquêtes , et il ne leur resta plus que Calais.

1456, Le dauphin Louis, aigri contre son père par les ducs d'AIençon et de Bourgogne , lève l'étendard de la révolte. Le monarque le poursuit , le désarme , lui pardonne. Mais cette clémence ne corrigea pas le jeune prince, qui persista dans sa rébellion , et se maria avec la fille du duc de Savoie, pour se ménager un appui contre le ressentiment de son père. Ainsi Charles fut malheureux par son fils , comme il l'avoit été par sa mère. La fin de son règne, quoique infortunée pour lui, fut assez heureuse pour la France, surtout si l'on en considère le commencement. Il se laissa mourir de faim h Meun en Berri, en i46i, à cinquante-huit ans, dans la crainte d'être empoisonné. Charles a\ oit des qualités aimables , il en avoit même de brillantes ; mais il se laissa gouverner par ses courtisans et par ses maîtresses. Sans le zèle de ses généraux , il auroit souvent négligé ses armées et ses affaires pour se livrera ses amours. Un jour qu'il étoit occupé d'une fête, il demande à La Hire, l'un de ses plus braves guerriers, qui lui parloit de choses plus importantes, ce qu'il pensoit de ses divertissemens : « Je pense , lui répondit le généreux » La Hire, je pense qu'on ne sauroit perdre plus gaiement un " royaume. »

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