‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 87 sur 89 · DE L'ÉTUDE DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE L'ÉTUDE DE L'HISTOIRE

L'hitoire est le récit des événemens passés : son but est de nous instruire et de nous faire prévoir ce qui sera, en nous présentant le tableau de ce qui a été. Considérée comme un simple objet de curiosité, elle mérite d'autant plus l'attention, qu'elle présente à l'esprit le grand spectacle des différentes passions qui ont agité les hommes dans tous les siècles ; les vertus qui font le bonheur de l'humanité , et qu'on doit imi-

1er ; les vices qui dégradent les hommes , et qu'on doit fuir. Elle n'est pas moins utile qu'agréable, puisqu'elle forme des citoyens pour lelat , et des hommes pour la société' ; la morale et la politique ont également besoin de son secours ; elle sert à perfectionner le jugement et à re'gler la conduite : en un mot, elle enseigne en quelque sorte l'art de bien vivre. Dans l'histoire, on trouve des instructions relatives à tous les e'tats , à tous les emplois, où Thonnète homme peut servir la patrie en assurant son propre bonheur.

Ce qu'on doit chercher dans l'histoire, pre'fe'rablement à tout le reste, c'est la vérité, Les bons écrivains ont raison de tâcher de la rendre plus aimable , en s'appliquant à l'orner et à la parer ; et un habile maître ne manque pas de faire sentir toutes les grâces et toutes les beautés qui se rencontrent dans un historien : mais il ne souffre pas que ses disciples se laissent éblouir par un vain éclat de paroles , qu'ils préfèrent des fleurs aux fruits , qu'ils soient moins attentifs à la vérité même qu'à sa parure , ni qu'ils fassent plus de cas de l'éloquence d'un historien , que de son exactitude et de sa fidélité à rapporter les faits.

La plupart des antiquités de tous les peuples sont pleines de fables et de ténèbres. Quelque admirable qu'ait été le travail de plusieurs savans pour débrouiller ce chaos, il n'en résulte que des probabilités et des conjectures douteuses ; il est facile de s'en convaincre en jetant un coup d'oeil sur leur système. L'histoire des peuples anciens fournit cependant des particularités fort intéressantes par rapport aux mœurs , aux lois, au gouvernement, aux arts et aux sciences : ces sujets sont traités avec assez d'étendue par plusieurs historiens , pour en tirer des lumières; et avec l'esprit d'une saine critique, on peut éviter les erreu rs de quelques auteurs trop crédules.

La connoissance de l'histoire grecque et romaine est principalement nécessaire, puisque les Grecs et les Romains furent nos maîtres et nos modèles. L'histoire moderne , à commencer depuis l'établissement de la monarchie française , est sans doute plus nécessaire que l'histoire ancienne; mais aussi elle présente beaucoup de difficultés, soit par la barbarie des siècles et des peuples , soit par la multitude et la différence des états : elle nécessite une étude particulière , car il y a peu d'auteurs qui traitent l'histoii-j d'une manière générale. 11 faut

consulter ceux qui ont le mieux <5crit chaque partie se'parcment , afin de ne point s'égarer dans ce vaste labyrinthe.

La législation et le gouvernement des ctats , les mœurs et les opinions des peuples, les causes des re'volutions remarquables^ les fondemens du droit public trop peu connu , les progrès et les egaremens de l'esprit humain, l'invention des arts, les nouvelles de'couverles, nous sont retracés dans l'histoire, toujours en vue d'établir les meilleurs principes et de fixer les jugemens sur tout ce qui intéresse l'humanité : elle fait aussi mention des hommes illustres qui se sont immorlalisés par leurs actions et par leurs ouvrages. Nous apprenons par exemple, en étudiant l'histoire , que tels peuples ont vu s'adoucir leurs mœurs, perfectionner leurs lois, sortir de l'obscurité où ils avoient langui , de la grossièreté qui leur étoit naturelle , et ces changemens heureux s'opérer à mesure que ces peuples s'adonnoient à l'étude des sciences et des beaux-arts.

L'histoire ecclésiastique, presque toujours liée, depuis Contantin, aux affaires politiques, marche avec l'histoire profane , et ne peut en être séparée.

Ainsi l'histoire est , à proprement parler , un cours de morale et de politique; elle enseigne à l'homme à connoître le cœur humain, et le met à portée de se conduire dans toutes ses actions avec prudence.

L'essentiel n'est pas de savoir beaucoup , mais de bien savoir; et le principal avantage des études publiques doit être de diriger sur un bon plan les études particulières, 11 y a beaucoup d'auteurs où l'on peut puiser des connoissances historiques.

Une des choses qui peuvent le plus contribuer h mettre de l'ordre et de la clarté dans cette étude, est de distribuer tout le corps d'une histoire en certains intervalles , qui présentent à l'esprit comme un plan général de toute cette histoire , qui en montrent les principaux événemens, et qui en fassent connoître la suite et la durée : ces divisions ne doivent pas être trop multipliées; autrement, elles pourroient causer de l'embarras et de l'obscurité. Enfin , pour donner une idée générale de l'histoire , il ne faut prendre que la substance des choses, et laisser h part les difficultés chronologiques, les recherches infructueuses, les noms et les faits dignes d'oubli.

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