‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 88 sur 89 · II · texte numérisé non relu

II

ENTRETIEN XXYI.

Du Blason.

Eraste. Après vous avoir tracé le tableau de notre histoire et vous avoir dit un mot de la chronologie et de l'histoire en ge'nérale, je terminerai ces entretiens' en vous parlant du blason, étude qui, quoique peu importante, ce semble, ne doit point être omise cependant.

Blason dérive d'un vieux terme de notre langue , hlasunner, qui signifie louer. 11 a été consacré à la signification de la science des armes ou armoiries des maisons nobles; de sorte que le blason n'est autre chose que Tart d'expliquer les pièces qui composent les armes ou écus. Tout le blason se réduit à trois connoissances , qui sont : la connoissance des métaux ^ des émaux et des pièces de Xécu. \.z.pl. lo^fig. i, représente l'écu. C'est le fondement du blason. Ce mol provient du latin scutum , qui signifie bouclier.

Pour la représentation des émaux et des métaux, on se sert de traits et de hachures dont on est convenu. Les métaux sont l'or et l'argent, les deux seuls qui entrent dans la composition des armes. L'or se marque par des points, ^^. 2; l'argent est tout blanc, yî^. 3. Les métaux &ont l'azur, qui est bleu, et qu'on représente par des lignes horizontales, fig. 4.; le giieules ou rouge, par des traits perpendiculaires,^^. 5; le sinople ou vert par des lignes diagonales de droite ii gauche, Jîg. S; le pourpre ou violet par des lignes aussi diagonales de gauche à droite ^Jîg. 7; et le sable ou noir par des lignes croisées ^Jîg. 8.

Certains auteurs ont divisé l'écu en soixante-quatre parties; ce grand nombre de divisions ne fait que jeter de la confusion. Voici jusqu'où il convient de porter les partitions de l'écu : En parti, Jrg. 9, coupé 10, haché 11 , taillé 12, écartelé i3, flanqué i4, écu sur le tout i5, gironné 16, tiercé en pal 17.

C'est surtout à l'époque des expéditions militaires des croisades, qu'on a fixé les règles du blason et perfectionné les ar- ■ moiries. Les braves de ce temps prirent d'abord pour pièces

Ton,, 2 A.,, I9S

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de leur blason tout ce qui avoit rapport au casquç , à la lance", à l'epL'e et à tous les instrumc-ns dont ils se servoient pour attaquer et pour se de'fendre ; de là est venu ce qu'on appelle les pièces honorables , parce qu'elles doivent être place'es dans la partie la plus honorable de Tecu. Ces pièces sont, le chef 18, le pal 19, la fasce 20, la bande 21 , la barre 22 , la croix 28, en sautoir 24., le chevron 25 , un cadre à l'entour 26 , les pelleteries 27, rhermine 28. On dit en parlant de ces figures , fasce', bandé, chevronné', etc. On compte encore beaucoup d'autres pièces honorables; il y en a du premier et du second ordre.

L'e'cu a plusieurs ornemens; ceux qui sont à ses côte's, et ceux que l'on met tout autour et au bas. Les supports ou tenans se placent à côte' de l'e'cu, et se tirent ordinairement des pièces qui composent l'armoirie ; ils peuvent être diffe'rens et le blason n'a pas de règles fixes sur ce point. Les ornemens que l'on met autour et au bas de l'écu sont 3e trois sortes, savoir : les colliers des ordres institues par divers princes ; les marques des dignités et des charges, et les grands manteaux doublés d'hermine , qui paroissent être en dessous des écus.

Vous avez sans doute remarqué que les armoiries sont souvent surmontées d'une couronne, facile à distinguer par sa nature , chaque état ayant la sienne. Vous avez dans la planche 16 les couronnes de chaque état , savoir : la couronne impériale ,7?g-, I ; la couronne de France ^fig. 2 ; celle du dauphin de France, ^g'. 3 ; la couronne des rois d'Espagne , de Sicile , de Pologne , de Portugal, de Dancmarck, de Suède est un cercle d'or orné de fleurons et fermé de huit diadèmes , surraiontés d'un globe cintré et sommé d'une croix ,J}g. 4.; la couronne du roi d'Angleterre ,Jig. 5 ; la couronne des princes du sang de France ^fig. 6 ; la couronne du grand duc de Toscane, jfig. 7 ; la couronne des archiducs , électeurs et des princes souverains de l'empire, ^^. 8; la couronne des princes et comtes de l'empire , >%. 9; la couronne ducale, j%. 10; la couronne de marquis,/^. 11 ; celle de com\.e,Jig. 12; celle de baron ,Jig. i3 ; celle de vicomte ,/g^. 14.

EuGÈisfE. J'ai vu quelqefois des armes surmontées de casques divers , au lieu de couronnes , d'où vient cette différence? Eraste. Le casque étoit la marque de la chevalerie, comme

5oo ÉRASTE,

Vdcu étoit la marque de noblesse. C'est dans les tournois et fêtes d'armes qu'on commença à placer le casque avec les ornemens au-dessus des armoiries. On dislingue les casques de chaque état, comme on distingue les couronnes. Ainsi les casques des rois et des empereurs etoient tous d'or, T'a" i5 ; ceux des princes e'toient les mêmes, mais moins ouverts, J/g. i6; les ducs et maréchaux de France l'avoient en argent ferme's de ii grilles, ^g'. 17; les gentilshommes l'avoient de même, el grille' en tiers ,7/^. 18; les gentilshommes d'ancienne race , non chevaliers, le portoient d'acier poli et ^vWlé^Jig. 19; les nouveaux ennoblis d'acier poli, peu ouvert et non grillé, fg- 20.

Outre les couronnes et les casques, vous avez dû remarquer la liare ou bonnet à trois couronnes du pape ,//;§'. 21; les deux clés passées en sauloir, sont ajoutées pour indiquer la juridiction du souverain pontife.

Je vais finir ce dernier entretien et ce qui regarde le blason , en vous en faisant connoître les lois et les règles.

En un écu les émaux font le fond , et les traits y tiennent lieu de pièces.

Plus 11 s traits avec lesquels ont fait les figures sont simples , moins il y a de pièces.

Les pièces les plus honorables sont les plus estimées. Entre les armes composées de pièces naturelles, les plus belles sont celles qui portent les plus nobles animaux, comme l'aigle et le lion.

Les animaux doivent être tournés à droite, etparoître dans la posture la plus noble et qui est la plus convenable à leur naturel; ainsi le lion est ordinairement rampant, et le chien courant.

La principale règle du blason est de ne jamais mettre métal sur métal , ni couleur sur couleur.

On met les fourrures indifféremment pour métal et pour couleur.

Les pièces accompagnées d'étoiles, de molettes, de larmes, de cœurs , de croissans et de coquilles , sont ordinairement la marque d'une noblesse nouvelle, et particulièrement le chevron, lorsqu'il est parti, accompagné de différentes pièces, commede deux étoiles en chef, et d'un croissant en pointe :

ENTRETIEN XXVI. 5oi

il y a cependant quelques familles anciennes qui portent de semblables armes.

On appelle pièces cousues celles qui sont de couleur sur couleur, ou de motal sur métal.

Il faut, pour bien blasonner, commencer par le fond de l'e'cu au champ , que Ton nommoit ainsi autrefois, mais que Ton exprime à présent par le seul mot d'c'maux : on trace les traits de l'ecu, s'il y en a , ensuite les pièces honorables, les autres meubles ou pièces moins honorables : on passe après au couronnement, ensuite aux colliers, de là aux tenans ou supports, aux me'taux et aux pavillons qui enveloppent Te'cu, au cri, et l'on finit par la devise.

Louis, roi de France et de Navarre , porte l'e'cu pointu par le bas et carrt? par le haut , d'azur à trois fleurs de lis d'or, un timbre d'un casque d'or place' de front, assorti de ses lambrequins , et couronne de la couronne impe'riale française, l'e'cu entoure' des colliers des ordres de S. Michel et du S. Esprit , soutenus par deux anges habille's en le'vites , dont la dalmatique est chargc^e d'e'maux de l'e'cu, tenant chacun à la main une bannière de France ; le tout placé sous un grand pavillon d'azur fleurdelisé' d'or, double' d'hermine, le comble rayonné d'or et couronné de la couronne impériale française , sommée d'une fleur de lis à quatre angles, qui est le cimier de France , et entourée du cri de guerre de France ; Montjoîe Saint-Denis : ce pavillon est attaché à la bannière ou oriflamme du royaume , qui est surmonté de la devise : Lilia non laborant neque nent.

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