‹ Erehon, ou, De l'autre côté des montagnesChapitre 31 sur 126 · EN PRISON · texte numérisé non relu

EN PRISON

Et alors, pour la première fois, je perdis courage tout à fait. Il me suffira de dire que j'étais sans le sou, et prisonnier dans un pays étranger où je n'avais pas un ami, et parmi un peuple dont je ne connaissais ni les coutumes ni la langue. J'étais a la merci d'hommes avec lesquels je n'avais presque rien de com.mun. Et pourtant, préoccupé comme je l'étais par ma situation extrêmement difficile et douteuse, je ne pouvais m'empêcher de me sentir profondément intéressé par les gens au milieu desquels j'étais tombé. Que signifiait cette salle remplie de vieilles machines, que je venais de voir ? Que signifiait le déplaisir qu'avait témoigné le magistrat en découvrant ma montre ? Ces gens-là avaient fort peu de machines actuellement. Ce fait m'avait frappé à maintes reprises, bien que je n'eusse pas encore passé plus de vingtquatre heures chez eux. Ils étaient à peu près aussi avancés que des Européens du XII^ ou du XIII^ siècle, certainement pas davantage. Et cependant ils avaient dû avoir, à une certaine époque, la connaissance la plus complète de nos inventions les plus récentes. Comment se pouvait-il qu'ayant été jadis tellement en avance sur nous ils fussent aujourd'hui en retard d'autant ? Il était évident que ce n'était pas ignorance. Du premier coup ils avaient reconnu ma montre pour une montre, et le soin avec lequel les machines brisées étaient conservées et étiquetées prouvait qu'ils n'avaient pas perdu le souvenir de leur ancienne civilisation. Plus j'y songeais, et moins je comprenais. Mais enfin j'arrivai à la conclusion qu'ils avaient dû exploiter leurs mines de charbon et de fer jusqu'à les épuiser, ou presque, de sorte que l'usage de ces métaux était réservé exclusivement à la plus haute aristocratie. Ce fut l'unique explication que je pus trouver ; et, bien que dans la suite je dusse apprendre que je m'étais complètement trompé, à ce moment j'étais persuadé que c'était la seule explication possible.

Il n'y avait pas plus de quatre ou cinq minutes que j'étais arrivé à cette conclusion quand la porte s'ouvrit et qu'une jeune femme fit son entrée avec un plateau et une très appétissante odeur de repas. Je la contemplai avec admiration tandis qu'elle étalait une nappe et

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