‹ Ernest Hello, l'homme, le penseur, l'écrivainChapitre 2 sur 15 · SA VIE · texte numérisé non relu

SA VIE

Ernest Hello est iié le 4 novembre 1828, à Lorient, dans ia maison qui fait l'angle du cours des Ouais et de la rue de la Cale-Ory.

Cette maison appartenait à M. J. Rotinat, son grand-père maternel.

Il est de mode aujourd'hui, dans les études psychologiques, morales, littéraires et autres, de tout expliquer d'un homme ou d'une œuvre par le milieu natal et les influences de Tair ambiant, comme il était d'usage, autrefois, de n'en tenir aucun compte. Un homme, une œuvre apparaissaient comme des créations libres de l'intellie^ence humaine ou divine; aujourd'hui, ce sont des productions de la terre.

La vérité, comme toujours, est dans la synthèse et la conciliation des deux systèmes opposés.

Un homme est une création divine et une production terrestre ; le génie est à la fois une étoile et une fleur.

La fleur, vous pouvez la toucher et la suivre jusqu'à sa racine. Cet enfant qui vient de naître n'est pas né dans l'abstrait; il est né en France,

le pays du bon sens et de la clarté de l'esprit, dont il réfléchira les rayons en les renforçant de sa puissance. 11 est né en ce coin de France qu'un poète a nommé :

La terre de gTanit recouverte de chênes,

sous ce ciel habituellemcul voilé de méhiucolic et de tristesse; et, si un tempérament aussi universel, aussi catholique, dans le sens vaste du mot, que celui d'Hello peut être appelé breton, nous retrouverons dans cette àme quelque chose de la tristesse de ce ciel et de la g^-ranitique solidité de cette terre.

Ce n'est pas que rcufant naquît robuste; sa santé était frêle, ses os menus, frag-iles, et sa mère, justement effrayée par une atteinte de croup, qui, à VX^o de cinq ans, menaça cette tremblante existence, l'entoura de soins excessifs qui augmentèrent sa délicatesse. Cette susceptibilité constitutive, açfg-ravée peut-être par l'éducation première, et qui allait faire de sa vie un long^ malaise et de ses moindres souffrances des supplices, cette fragilité physique, comme pour narguer les thèses a priori de nos matérialistes, était l'écorce d'une àme qui devait se révéler fière, indépendante, debout, comme dit le poète.

Debout devant toutes les tyrannies, Pour Dieu seul à «enoux.

C'est àKéromaii qu'Hello fit ses premiers pas.

Kéroman est un assez vaste domaine, à quelques minutes de Lorient ; il se compose : d'une maison antique et modeste flanquée d'une grosse tour, c'est là le château; de plusieurs jardins enfouis dans la haute verdure; puis de basses-cours, de termes où l'on parle breton, de belles futaies de chênes et de chàtaig-niers séculaires où le pauvre, en hiver, trouve du bois mort, l'été de la cire et du miel déposés dans le creux des vieux arbres parles essaims des industrieuses abeilles, et parfois même un abri dans quelque maisomietle gracieusement concédée.

La mer est tout près; les landes Tavoisinent et l'enserrent.

C'est dans ce milieu patriarcal, sur cette terre à la fois douce et sauvage que g-randit le petit Ernest, entre son père et sa mère, c'est-à-dire l'honneur et la dignité. \\\ simple trait nous les fera connaître :

M. Hello appartenait à la haute magistrature. En 1848, lors du procès Barbes devant la Haute Cour de justice de Bourges, l'éminent magistrat nourrissait l'ambition, bien permise et justifiée d'ailleurs par sa science et la sincérité de ses convictions politiques, d'être l'un des magistrats choisis pour composer ce tribunal exceptionnel. Mais, s'il avait ce désir, il avait une crainte : celle d'arriver à son but par un <"hemin, je ne

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dirai pas déloyal, mais siniplciiitMit habile. Il redoutait le bon vouloir de ses amis aulanl cl plus qu'il ne redoutait la malveillance de ses ennemis. Son ambition (Hait dominée par la résolution inéljranlablc d<' ne point faire un pas, do ne pas dire un mol qui tendît à la satisfaire; ce ii'i'lait pas assez, il ledoulail le zèle de ses amis, et, prenant contre eux, à cet égard, des précautions d'un rare courage dans leur simplicité et leur droiture, il s'enferma chez lui, s'interdisaiil toute visite au dehors, n'en recevant aucune, fierde sa maladresse commed'autres le sont de leur habileté.

11 fut élu, car son nom s'imposait, le mé-riic et l'honneur étant, en somme, l'habileté suprême.

Son fils Ernest le diia nu jour el le prali(pu*ra jusque dans son slyle et juscpi'à sa moil.

M""' flello était une noble dame (pudque peu solennelle, portant haut la tète, aussi bien que le cœur, fort distinguée, d'un g^rand esprit, fori instruite, très di^-ne dans son attitude morale et })hvsique et, d'ailleurs, fort jolie.

A la mort de son mari, sa ({ualité de veuve de conseiller à la Coui- de cassation lui donnait droit à une pension (jui lui fut offerte, en effet, par suite dune estimation du domaine de Kéroman établie par son notaire et ses amis et (pudique })eu inférieure à la vaU'u r réelle. M""^ Hello

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