Ernest Hello
Il y a une dizaine d'années, au fond de la Bretagne, un écrivain catholique mourut assez obscurément. Quelques lettrés se souvinrent peut-être qu'autour de lui, parfois, avaient résonné les grands mots de gloire et de génie; mais n'étaient-ce point là des exagérations d'amis enthousiastes? Quant au public, il ne connaissait guère le nom de cet auteur peu lu, qui ne l'avait jamais chatouillé d'uneflatterie ni amusé d'un scandale, et comme nulle voix retentissante ne proclama l'éloge du défunt, la France ne se douta point qu'elle avait souvent versé bien des larmes pour de moindres deuils. Cependant, les admirateurs d'Ernest Hello gardaient une foi intacte en l'avenir de son œuvre. Qu'ils se réjouissent : voici que, l'un après l'autre, ses livres émergent enfin de l'oubli. La généreuse étude de M. J. Serre (i) annonça et prépara cette lente, mais définitive résurrection. Puis on vit reparaître VHomme, puis un recueil d'articles, le Siècle; et ce sont aujourd'hui les Phy-
(i) Lire encore sur Hello les deux articles de Barbey d'Aurevilly {les Œuvres et les Hommes : les Juges jugés ; Ecrivains religieux, 2' série); Léon Bloy : Un brelan d'excommuniés {études sur B. d'Aurevilly, Hello, VerlaineV, les articles de MM. Adrien Duval (Revue suisse catholique, 1881), Armand Thiéry {Revue gétiérale de Belgique, sept, et oct. 1895), Oscar Havard {la Quim^aine, i5 avril 1895).
siofiomies de saints. Et plus que jamais s'élève autour de ces livres l'ancienne rumeur de génie et de gloire. Il n'est plus possible d'ignorer le nom d'Hello; bientôt il ne sera pas permis d'ignorer son œuvre. Je viens de la relire, et le moment me paraît favorable pour étudier la physionomie intellectuelle et les principales idées d'un philosophe trop longtemps méconnu.