I. Nature intellectuelle
La théorie de la faculté maîtresse n'a pas attendu la mort de Taine pour tomber dans le discrédit, et je n'ai nulle envie de la réhabiliter. Il y a pourtant telle sorte d'esprits à qui elle s'applique si rigoureusement, qu'elle semble faite exprès pour eux : Ernest Hello est de ce nombre. S'il me fallait donner sa formule intellectuelle, j'écrirais sans hésiter le mot d' « intuition»; et l'idée qu'on prendrait de lui sur cette note sommaire ne serait ni fausse, ni trop incomplète. Hello fut intuitif avant tout, et par excellence; c'était chez lui le don initial. Ce trait est si marqué à chaque page de son œuvre, qu'il frappe dès l'abord les lecteurs les moins attentifs. Qu'est-ce donc au juste que cette faculté mystérieuse? Ici, Hello, qui avaitune confiance un peu naïve en la véracité du langage, ne manquerait pas de consulter l*étymologie; et, pour cette fois, il n'aurait pas tort. L'intuition, c'est exactement la faculté de pénétrer d'une vue rapide et sûre dans l'intérieur des choses. Qu'y a-t-il là de si singulier ? et cette clairvoyance n'est-elle pas commune à tous les hommes ? Je crois en eifet que, plus ou moins, nous la possédons tous ; mais que de différence dans le degré ! Chez la plupart, cette seconde vue est si émoussée et si myope qu'elle reste sans usage, et réside en eux à leur insu; elle sommeille chez d'autres, qui se défient de ses brèves illuminations, et n'ont foi qu'aux tâtonnements de l'analyse, faculté plus humble, mais moins hasardeuse. Il y a peu d'hommes en qui l'intuition soit éveillée et nette;
mais ceux qui se servent d'elle, et qui savent la fortifier et l'affiner par l'exercice, sont plus rares encore. On les voit en si petit nombre, qu'ils semblent les représentants épars d'une race supérieure; on s'étonne de leur vision divinatrice, on les croit doués d'un sixième sens. Or, Hello est un de ces privilégiés-; il a élevé l'intuition jusqu'au génie. Tandis que le commun des hommes n'atteint la vérité qu'à grand labeur, et s'y achemine par de longs détours et de patientes recherches, Hello l'aperçoit tout à coup, d'une vue brusque et totale ; et les objets les plus opaques deviennent transparents à la soudaine acuité de son regard. Cette faculté visionnaire était si active en lui, qu'elle absorba les autres, et en vintjpresque à remplacer les moyens ordinaires de connaissance. Que cette méthode intuitive soit à la fois brillante et périlleuse, c'est ce que nous verrons plus loin ; il nous suffit pour l'instant de constater qu'elle fut la démarche habituelle de l'esprit d'Hello.
Il est difficile, si défiant que l'on soit en matière d'ethnographie littéraire, de ne pas reconnaître ici un des traits les plus constants de la race celtique. Ce n'est point par hasard qu'Hello est né en Bretagne; et je ne puis m'empêcher de croire que son âme tenait par de profondes racines à la terre des menhirs et des chênes. Ce don d'intuition, qui est le secret de sa force, se retrouve à des degrés divers chez presque tous les écrivains d'origine celtique (i); ce signe commun marque les œuvres, d'ailleurs si dissemblables, de Chateaubriand, de Lamennais, de Villiers de l'Isle-Adam (je ne nommerai pas Renan, Celte mâtiné de Gascon, à propos d'un Breton resté fidèle). Mais tous laissent voir en eux quelque alliage ou quelque empreinte durable de l'esprit latin. Le sens de la composition, le goût de la rhétorique, la recherche industrieuse du style, voilà autant d'indices certains d'influence classique. Seul, Hello paraît être un Celte pur. Le vieux génie prophétique de sa race est en lui; il l'incarne aussi com-
(i) La littérature anglaise est riche en exemples qui confirment cette observation.
plètement qu'il se puisse en notre siècle peu enclin au mysticisme. Il semble avoir e'chappé à toute latinisation, et je sens bien que M. Charles Maurras n'hésiterait pas à le traiter de « barbare ». C'est en vain que la culture classique a passé sur Hello; les livres de Rome et d'Athènes n'ont pu lui enseigner ni la vertu d'un discours ingénieusement déduit, ni l'art de lier d'un nœud souple et fort le faisceau de ses pensées. On voit aisément ce qu'il y a perdu ; mais quelques-uns trouveront plus de charme peut-être à cette âpreté savoureuse que nulle douceur étrangère n'a tempérée.
Autant que la faculté d'intuition, le penchant à l'idéalisme est un des caractères propres à la race celtique; aussi Kello n'est-il pas moins idéaliste qu'intuitif. Et cette tendance n'est point acquise, elle est forte et spontanée comme un instinct; elle vient du plus intime de sa nature. M. Brunetière dit quelque part que l'on naît pessimiste; combien il est plus certain encore que Ton naît idéaliste! Ceux qui ont l'esprit fait de la sorte peuvent bien se démontrer l'existence du monde matériel : ils n'auront convaincu que leur raison, et leurs preuves ne descendront pas dans le fond de leur âme. Et rien n'empêchera qu'à de certaines heures, l'antique décor de l'univers ne leur semble, comme à Prospero, illusion bariolée, parade irréelle, « unsubstantial pageant ».
Que là-dessus Ton n'aille point s'aviser que j'accuse Hello d'avoir nié la réalité du monde extérieur. Il y croyait assurément, et je n'entends ici que marquer d'un trait un peu fort un des principaux caractères de son esprit. L'idéalisme, au sens extrême et hétérodoxe du mot, ne peut trouver place dans la pensée d'un catholique aussi rigoureux ; mais c'est bien de ce côté que l'inclinait sa pente naturelle; et je soupçonne que s'il eût ignoré le dogme, il se serait aisément porté à ces excès de spéculation. Qu'est-il resté de cet instinct primitif dans l'intelligence baptisée d'Ernest Hello ? une foi profonde en la suprématie des idées; la double conviction que les réalités matérielles sont d'un ordre inférieur et figuratif, et que les
idées possèdent l'existence à un degré éminent, ont comme une plénitude substantielle qui a été refusée au monde sensible. Que le vulgaire de tous les temps traite les idéalistes de «rêveurs» : Hello, par une fière revanche d'ironie (i), renvoie l'injure aux dupes de la matière.
a Le dix-huitième siècle, quand il est mort, nous a légué par testament l'habitude d'associer l'idée d'un rêveur à l'idée d'un homme qui croit à l'invisible et qui compte sur lui.
« Il n'a pas remarqué que l'idée du rêve devrait s'associer à l'idée d'illusion, et que l'illusion est le partage de l'homme qui nie l'invisible. Prendre le change, être dupe, c'est ne croire qu'à ce qui se voit. L'illusion consiste à prendre les fantômes pour des réalités, et les réalités pour des fantômes.
« Le rêveur est celui qui ne s'éveille jamais, qui ne se tourne jamais vers la lumière incréée, qui habite toujours et uniquement le pays de l'ombre, et pourtant le langage humain, trompé et trompeur, appelle rêveur, surtout depuis cent ans, l'homme éveillé qui voit et qui sait. » [U Homme, p. 24).
Cet idéalisme chrétien est partout présent dans l'œuvre d'Hello ; il en relie les moindres détails ; il en assure l'intime unité ; il est comme la toile vivante qui soutient tout le dessin de sa pensée.
Idéaliste chrétien : le second terme de la formule, pour être ici à l'état d'épithète, n'a pas un sens moins fort que le premier. Le christianisme, qui chez beaucoup n'est qu'un simple accident, s'était si bien incorporé à la nature d'Hello, qu'il fait vraiment partie de sa définition intellectuelle. Ce fut un chrétien absolu, ayant dans sa foi cette profondeur simple qui est peut-être aussi rare que le génie. Il eut la foi totale, ennemie des concessions habiles ou lâches ; tout amoindrissement du trésor dogmatique lui paraissait une dilapidation sacrilège. Rien ne l'indignait davantage que ces transactions hypocrites qui procurent l'illusion de la paix par un abandon partiel de la vérité.
(i) Villiers de l'Isle-Adam a usé du même tour d'ironie, avec une verve agressive et une agilité d'escrime qu'Hello n'a jamais eues. Mais il parlait au nom d'un idéalisme fort voisin de Thégélianisme total. Ce catholique singulier ne paraît pas avoir cru fortement à l'existence du monde extérieur.
« Dans les relations d'homme à homme, quand un rapprochement semble avoir lieu sans que le cœur du coupable soit change', quand il croit qu'une poigne'e de main remplace le repentir et le sentiment de la faute, ce rapprochement menteur s'ouvre promptement pour laisser voir la graine qu'il portait en lui. C'est une seconde séparation beaucoup plus profonde que la première. Il en est de même vis-à-vis des doctrines, La paix apparente, qu'une complaisance achète et paye, est aussi contraire à la charité qu'à la justice, car elle creuse un abîme là où il y avait un fossé, La charité veut toujours la lumière, et la lumière évite jusqu'à l'ombre d'un compromis. Toute beauté est une plénitude, La paix est peut-être au fond la victoire sûre d'elle-même, » [VHomjiie, p. 84),
Personne n'a mieux senti que lui, ni mieux montré (( l'absurdité fondamentale d'un dogme sacrifié, d'une vérité niée par calcul », comme si la vérité était « notre chose » et que nous eussions « le droit d'en faire cadeau ». Le néochristianisme, qui néglige le dogme sous prétexte de sauver la morale, lui serait en horreur, et je pense qu'il en eût parlé à peu près comme il fit du protestantisme.
« Le catholicisme et le protestantisme ont suivi deux routes contraires.
« Le premier est resté inflexible dans son dogme immuable, « Le second s'est déchiré le sein, s'est labouré; il a accordé à l'un ce cadeau, à l'autre, cet autre ; il a démembré la doctrine par amour de la paix, disait Jurieu. Eh bien! les deux expériences sont faites, regardons les résultats. Le catholicisme qui est resté, comme Dieu, dans sa vérité immuable, est resté, comme lui, dans son unité immuable. Il a rencontré la paix, parce qu'il ne l'a voulue que comme Dieu la veut. Le protestantisme, parce qu'il est déchu de la vérité, est déchu de l'unité : parce qu'il a voulu la paix au prix de la vérité trahie, sans comprendre ni le non-sens métaphysique, ni le non-sens moral, il a rencontré la guerre. Le catholicisme, parce qu'il n'a sacrifié aucun dogme, a gardé, maintenu, reproduit, propagé cette race choisie qui pousse la moralité jusqu'à la sainteté, et le protestantisme qui parle tant de morale, a été privé de saints, parce qu'il a été infidèle au dogme. Le sait-il ? Le comprend-il? Regrettet-il ce qu'il a perdu ? Je ne le pense pas. Car il a perdu jusqu'à
la notion de la sainteté, jusqu'à sa mémoire. » [L'Homme, p. 274).
Il eut surtout la foi vivante, il l'eut à un degré qui le classe hors de pair. Les vérités qui, pour tant d'hommes restent à l'état de formules et de notions abstraites, sont pour Hello des réalités toujours présentes et toujours senties, aussi visibles à son intuition qu'à nos yeux les êtres matériels. Les gens de Ravenne disaient sur le passage de Dante : « Celui-ci revient de l'Enfer » ; on peut dire d'Hello, en un sens plus littéral, qu'il revient du monde spirituel, et qu'il nous raconte ce qu'il a vu. Le dogme révélé est la vraie patrie de son génie, qui croît en force et en magnificence à mesure qu'il s'approche du centre de cette patrie. C'est le dogme pur qui a inspiré les plus belles pages d'Hello; mais entre toutes, celles qui commentent quelque mystère situé au cœur même du christianisme sont marquées d'une splendeur suprême. Dans son oeuvre, je ne connais rien de plus admirable que les derniers chapitres de Philosophie et Athéisme; c'est qu'ils traitent de la Rédemption et de la Croix.
Une foi vivante ne va pas sans un grand amour. La froide lumière de l'intelligence ne suffit pas à Hello ; sa contemplation est aussi ardente que lucide. C'est d'ailleurs, à ses yeux, un double signe de vérité.
« Plus ridée de Dieu est pure, plus elle est attendrie. Un des caractères de la vérité, c'est que l'émotion s'unit à la grandeur sur les terrains qu'elle habite. Défiez-vous de la sécheresse. Presque toujours, là où l'idée de Dieu sera froide, une erreur doctrinale accompagnera la froideur. Le sentiment de la Majesté divine peut se fausser dans l'homme, comme tout sentiment. S'il se fausse, il chasse généralement Tintimité. S'il demeure vrai, il produit l'intimité. Plus Dieu apparaît grand, plus l'âme justifiée sent le besoin de s'unir à lui par une union intime. Si le désir de l'intimité manque, c'est que le sentiment de la grandeur pèche par quelque point. Le don des larmes, accordé à plusieurs saints, contient en lui toute une philosophie sublime. » [Philosophie et Athéisme, p. 164).
Cette ardeur intime qu'il admire chez les saints, Hello
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la connaissait bien, et ses lecteurs l'ont souvent éprouve'e. Elle est le foyer central qui pénètre son œuvre d'un rayonnement puissant et doux. Hello aime le dogme ; la Parole de Dieu, que les médiocres méprisent ou reçoivent sans amour, il l'accueille de tout son être, il s*en nourrit avidement, il la médite avec une humble ferveur. Il est pareil à ces disciples d'Emmaus qui sentaient « leur cœur brûlant dans leur poitrine », tandis que Jésus-Christ leur expliquait les Écritures. A la vue des splendeurs révélées, une joie surnaturelle s'empare de lui, exaltant son âme jusqu'à l'enthousiasme, et son langage jusqu'au plus sublime lyrisme.
Certes ! nous voilà loin de la chose flasque et tiède que le commun des hommes décore du nom de piété. Rien de moins vivant, comme l'on sait, que cette prétendue « piété », et donc rien de moins farouche, ni qui s'accommode mieux de tous les voisinages. L'ardente charité d'Hello ne connaît pas de telles complaisances. Comme tous les sentiments profonds, elle tend invinciblement à détruire ce qui lui est contraire. Elle est accompagnée du zèle, qui est proprement la haine du mal et de Terreur ; ou plutôt elle ne fait qu'un avec lui. Cette superbe intolérance est un scandale pour les chrétiens d'une foi timide ; Hello leur a répondu ; il montre en elle une forme nécessaire de toute charité vraie, et comme le visage irrité de la miséricorde :
a La miséricorde, qui donc la vengera du visage niais qu'on lui donne très souvent ? Quand donc comprendra-t-on qu'elle est inséparable d'une haine active, furieuse, dévorante, implacable, exterminatrice et éternelle, la haine du mal? Quand donc comprendra-t-on que pour être miséricordieux, il faut être inflexible ;• que pour être doux envers celui qui demande pardon, il faut être cruel envers l'ennemi des hommes qui a sucé le sang de cet homme à genoux, cruel envers l'erreur, la mort et le péché ? La miséricorde est terrible comme une armée rangée en bataille. Elle a pris un jour la figure de Judith, et l'eau a été rendue à Béthulie qui mourait de soif. » L'Homme, p. 54).
Ne croyons pas, cependant, que la foi d'Hello soit
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toujours en armes, ni qu'elle ait à l'ordinaire une attitude défensive. Elle ne prend qu'à regret cette face courroucée ; et son mouvement naturel est de se communiquer, sa joie est dans l'expansion et le don d'elle-même. Il faut ici pénétrer plus avant dans l'âme d'Hello, et dévoiler son grand secret de douleur. Tout homme qui aime profondément recèle en lui d'inconnues capacités de souffrance : la souffrance d'Hello fut à la mesure de son amour. On a dit et répété qu'il avait un désir éperdu de la gloire, et qu'il était dévoré d'ambition littéraire ; des sages, sans doute petits-ûls des amis de Job, sont venus lui reprocher de manquer de résignation. « Quoi, vous êtes dévot «, et vous ne pouvez supporter d'être inconnu ! — Hélas ! c'est parce qu'il était ardemment chrétien, qu'il ne se résignait pas à rester obscur. Hello avait faim et soif du règne terrestre de Dieu, et il porta toute sa vie la couronne d'épines de l'apostolat inutile. Vrai disciple de Celui qui a dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre », il rêvait de répandre sur le monde le zèle qui incendiait son âme j et toute sa vie il a trouvé devant lui la digue de l'inattention ou de l'indifférence. L'indifférence des incroyants le désolait sans l'étonner ; mais celle des catholiques tièdes lui était inexplicable, et l'épouvantait à l'égal de quelque monstrueux mystère. Qui donc rendra témoignage, pensait-il, et qui parlera, s'ils se taisent, ceux qui devraient centupler de l'écho de leurs voix toute parole qui s'élève pour célébrer la magnificence de leur Credo ? Ce délaissement des siens le frappait au point le plus vulnérable de son génie, en cet instinct d'apostolat qui était vraiment l'âme de son âme. Et sans cesse, le pauvre Hello suppliait Dieu d'employer enfin, comme un instrument très humble au service de sa gloire, ce génie muré dans le silence, et dont il sentait languir en lui la force vaine. A quelle profondeur il était blessé, c'est ce que révèle assez tel de ses chapitres (i), tout empli de
(i) Voir surtout la Charité intellectuelle, dans les Plateaux de la balance.
Je me fais un devoir de remercier ici M. Adrien Duval, qui m'a très obligeamment communiqué d'intéressantes lettres d'Hello.
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gémissements sublimes; et les mêmes accents retentissent dans ses lettres avec une effrayante acuité. Il faut plaindre ceux qui ne verraient dans ces royales douleurs qu'une mesquine déception de vanité littéraire.
Tout cela — intuition, idéalisme inné, foi profonde et vivante — revient à dire qu'Hello fut un mystique. Il en fut un, au noble sens de ce mot si souvent calomnié. L'analyse de sa nature intellectuelle, prise à part, n'explique rien de lui ; car la vraie cause de sa supériorité est ailleurs. Son génie n'est pas dans son esprit, mais dans son âme. Comme tous les mystiques, il n'a montré aux hommes que la face extérieure de sa vie ; le reste, c'est-à-dire le tout, est contemplation cachée, secret entretien avec Dieu, jardin clos où nul regard étranger ne pénètre. Peut-être en verrons-nous quelque chose, si l'on publie, comme on l'annonça, les prières et les méditations d'Hello. M. Joseph Serre nous en a donné des extraits qui sont pour faire impatiemment désirer le recueil entier. Jusque-là, il faut bien nous contenter d'errer autour du jardin. Mais les livres publiés nous laissent assez voir combien la vie intérieure d'Hello fut active. C'est le mystique, chez lui, qui a créé le poète. Une poésie puissante s'exhale d'elle-même du profond courant de mysticisme qui porte sa pensée. Elle n'a rien d'alangui ni de factice; elle est salubre comme l'air marin, elle charme par un mélange unique de fraîcheur et d'âpreté. Rien ne ressemble moins à un jeu littéraire, rien n'est plus éloigné de la fantaisie. C'est la poésie métaphysique, la plus rare de toutes, peut-être ; c'est une contemplation vivante et colorée, un chœur fervent d'idées qui chante vers la lumière.
Les mystiques ne sont guère nombreux dans notre littérature; il n'est donc pas étonnant que l'on ait rapproché parfois Hello de Pascal : simple indication d'ailleurs, à peine suggérée au passage, et qui sans doute méritait mieux qu'une mention si brève. N'y a-t-il pas lieu de noter entre leurs génies des analogies précises? Et d'abord, Pascal, ainsi qu'Hello, est un grand intuitif, qui sait quel précieux
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instrument il a reçu, en connaît la porte'e, et s'en sert avec méthode. Le « cœur » dont il parle si souvent, et auquel il accorde tant de créance qu'il le croit seul maître de certitude, qu'est-ce autre chose que l'intuition ? Pascal encore est un pur idéaliste, qui donnerait « tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes » pour « le moindre des esprits » ; mais parce qu'il est, comme Hello mystique au moins autant qu'idéaliste, il donnerait « tous les corps et tous les esprits ensemble » pour « le moindre mouvement de charité ». Hello lui-même ne fut pas un chrétien plus ardent que Pascal, ni d'une foi plus impérieuse. Ils eurent l'un et l'autre cet étrange « don de profonfondeur » par où, traitant de matières communes et qui semblent décourager l'invention, ils ont su pourtant renouveler tout ce qu'ils touchaient. Combien Pascal est poète, il serait superflu de le montrer ; mais remarquons que sa poésie, comme celle d'Hello, est surtout d'ordre métaph}»^sique, et procède d'une contemplation passionnée. Tous deux, enfin, sont hommes de méditation, qui doivent beaucoup moins à la lecture qu'à l'effort solitaire de leur pensée.
Voilà bien des affinités; on en pourrait relever encore. Il faut dire sans ambages qu'Hello, malgré quelques revanches de détail, est nettement inférieur à Pascal. Je ne pense pas que sa mémoire en soit déshonorée. Pascal avait un esprit plus riche et plus étendu, et d'une autre fermeté. Il possédait, comme Hello, le génie intuitif, mais il eut excellemment les facultés d'analyse dont Hello fut presque dénué. Ainsi, Pascal peut passer au crible les données souvent troubles de l'intuition; sa pensée y gagne une précision et une sûreté singulières. Cette intelligence si complète a reçu un surcroît de puissance de la culture scientifique, et s'y est encore assouplie et fortifiée. De tout cela s'est formé son étonnant génie de dialecticien. Hello n'a jamais eu cette argumentation agile et forte, filet aux mailles d'acier d'où l'on n'échappe point, ni les attaques nerveuses et sûres de ce rétiaire formidable. Sa dialectique est un peu lente et lourde; on voit trop qu'il n'est point
géomètre. Enfin, le style de Pascal est d'un tissu plus serré et qui n'a pas de trous. Moins inégal, il est aussi plus varié. Trois ou quatre tons, d'une sonorité limpide et rare, c'est tout le registre d'Hello'; au contraire, il n'y a guère d'accent que l'on n'entende dans les Provinciales ou dans les Pensées^ et l'on peut dire que Pascal possède la gamme complète du style.
Mais gardons-nous de sacrifier Hello* il a en propre certains dons qui manquent au grand écrivain de Port- Royal. Les pages comme le Mjstcre de Jésus se comptent dans l'œuvre de Pascal, logicien contmu, mais mystique intermittent. Chez Hello, le génie contemplatif a plus de plénitude. Et qu'avait-il besoin de tant de dialectique? Il ne s'adressait pas à des « libertins », qu'il faudrait convaincre à coups d'arguments, mais plutôt à des croyants tièdes, qu'il faut réchauffer par des effusions de ferveur. Au lieu de l'ardeur sèche et de l'étroitesse janséniste qui attristent les Pensées^ Hello nous présente les fortes tendresses et l'expansive bonté d'une âme vraiment catholique. Enfin, la foi d'Hello ne méprise point la nature, et n'est pas établie sur le pessimisme; elle se détache sur un fond lumineux de joie supérieure. La joie est fiévreuse et courte chez le lutteur Pascal ; mais Hello en est inondé. Sonœuvre, comme l'antique Paradis, est traversée par de larges fleuves de joie puissante. Certaines pages d'Hello, pures inspirations lyriques, sont d'un essor si prodigieux, qu'on en chercherait vainement, je ne dis pas d'égales, mais de semblables, dans les Pensées même. Par là, peut-être, Hello, qui du reste lui est inférieur, a eu quelquefois la gloire de dépasser Pascal.
n. Ses idées.
Il y a un genre d'intérêt qu'il ne faut pas chercher dans les livres d'Ernest Hello : c'est celui de la diversité. Personne n'écrira l'histoire de ses variations, et cela sans doute
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lui fait grand honneur ; mais personne aussi ne montrera que son esprit se soit, avec le temps, enrichi ni développé, et cela est un peu regrettable. C'est le signe d'une nature plus forte que souple. D'autres talents paraissent infinis en ressources, et gardent en réserve un tel trésor de virtualités cachées, que sans cesse ils sont à la veille d'un renouvellement. Hello ne ménage pas de ces surprises. Sa personnalité fut dès le premier instant tout ce qu'elle devait être ; mais elle reçut avec sa forme ses limites définitives. Il resta donc toujours identique à lui-même, dans une immobilité rigide qui n'est pas sans grandeur. Ne nous plaignons pas de cette monotonie, si elle est la rançon de l'unité de son œuvre ; et pour achever de le définir, cherchons plutôt quelles images il se forma des principaux objets qui occupent la pensée des hommes.
Hello métaphysicien. — Hello n'a pas inventé de système, et si le titre de métaphysicien était à ce prix, il faudrait le lui refuser. C'est de la théologie catholique qu'il tient la plupart de ses idées, et il s'en fait gloire. A la philosophie de l'Ecole, il emprunte les théories de la Matière et de la Forme, de la Puissance et de l'Acte ; mais il n'en tire pas tous les corollaires qu'elles contiennent; elles restent chez lui à l'état de notions un peu sèches. Parmi les Pères, sa prédilection très marquée est pour le contemplatif par excellence, saint Denys l'Aréopagite, qu'il a beaucoup médité et qu'il cite avec amour. C'est sans doute au théologien des Noms divins qu'Hello doit son sens profond de l'unité. Mystique lui-même, il a pratiqué familièrement les m^ystiques ; ce furent ses vrais maîtres intellectuels. Il en a publié et commenté plusieurs (Ruysbrock, J.-Ch. de Matel, Angèle de Foligno) ; tous lui sont chers, et il leur a fait de nombreux emprunts.
Hello n'a donc pas créé la matière de sa pensée. Mais il faudrait avoir une étrange idée de l'invention pour venir là-dessus lui dénier l'originalité. Sur tout cela, qui lui venait d'ailleurs, Hello a fortement imprimé sa marque personnelle. Si la vérité, en soi, est immuable, son reflet
dans les esprits se colore d'autant de nuances diffe'rentes qu'il y a d'êtres pensants ; et l'on peut affirmer que les hommes, depuis le commencement du monde, n'ont pas conçu deux idées identiques. Etre original, ce n'est donc point dire des choses neuves, mais penser avec force et profondeur. Et voilà un mérite que Ton ne refusera pas à E. Hello. Sans doute, la plupart de ses idées font partie du trésor traditionnel de la doctrine catholique ; dans leur énoncé abstrait, elles sont donc à tout le monde ; mais dans leur vivante expression, elles n'appartiennent qu'à lui. Ces passantes qui visitèrent, avant la sienne, des milliers d'intelligences, n'ont pas en vain traversé son âme ; elles en portent revêtues d'une splendeur nouvelle, et toutes frémissantes d'une mystérieuse vibration.
C'est ainsi qu'Hello, sans être créateur de système, fut cependant original. Il le fut par la triple empreinte que son génie intuitif, idéaliste et mystique laissa sur chacune de ses idées.
Et d'abord, sa pensée métaphysique ne procède point par séries liées et enchaînements rigoureux; l'usage de la déduction paraît lui être aussi étranger qu'il est familier au reste des hommes. On sent que la plupart de ses idées lui sont venues tout à coup, par une voie rapide et cachée. Ses spéculations sont de brèves et directes vues de l'esprit, que la logique n'aide point, qu'elle troublerait peut-être en s'interposant comme un voile entre le regard et l'objet contemplé dans la nudité de son essence. Aussi bien, les régions qu'il hante d'ordinaire ne sont guère accessibles à la pensée discursive, et le syllogisme n'y fait pas merveilles. « Il y a plus de choses au ciel et sur la terre » que n'en peut contenir un rationalisme superbe; et Hello a fort bien vu qu'entre les certitudes il en est, et des plus hautes, que la raison ratiocinante n'atteint pas, ou ne saisit que d'une étreinte indécise et lâche. Faut-il s'étonner qu'il préfère se fier à l'intuition, moins sûre, mais autrement agile en ses audaces? Il est vrai qu'une telle méthode appliquée sans contrôle risque fort de donner indifféremment l'erreur avec la vérité ; et plus d'une fois Hello l'a démontré à ses dépens.
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Mais à lui représenter combien elle peut être décevante, je crois qu'on eût perdu son temps : il était fait de manière à n'en pouvoir pratiquer d'autre. Pour tout dire, il fut moins un métaphysicien qu'un poète épris de métaphysique. Il a écrit d'admirables « élévations » ; je ne pense pas qu'il eût été capable de construire un vaste édifice intellectuel (i).
Mais l'intuition n'est qu'un instrument, et c'est sur les tendances idéalistes et mystiques d'Hello que s'orienta sa philosophie. On suppose bien qu'elle regarde tout juste aux antipodes du rationalisme. Ce qu'Hello déteste le plus au monde, c'est la clarté superficielle ; étant de ceux qui fuient d'instinct les philosophies courtes et les sagesses étroites, il ne saurait admettre que l'on dessèche l'univers afin de le mieux réduire en formule. Pour lui, c'est avec un religieux effroi qu'il contemple la nature et l'homme. Sa faculté d'étonnement est sans cesse en éveil; et l'habitude même, qui « jette sur toutes choses le voile gris de l'indifférence », n'a point terni de sa taie ce regard toujours vigilant. Ainsi, l'œuvre d'Hello n'est qu'une continuelle aspiration vers la profondeur. Qu'un effort si tendu tourne parfois au « tic », et dégénère en un besoin naïf de se suggérer de l'étonnement, d'imaginer au fond des réalités les plus simples d'insondables arcanes, cela n'est pas douteux. Je crois même que l'on a prononcé, à ce propos, le mot de « vaticinateur ». Et voilà un philosophe bien mal payé d'avoir passé sa vie à chercher les secrètes raisons des choses. Comme s'il était difficile de reconnaître en ces défaillances l'usage maladroit d'un don précieux ! Ce n'est ici ni plus ni moins que ce fameux « sens du mystère » dont nos récents idéalistes menèrent si grand bruit, et qu'Hello possédait autant sans doute que les meilleurs d'entre eux. Peut-être, agacés que nous sommes par les snobs du néo-mysticisme, serons-nous tentés de dire que ce n'est pas là une si rare merveille. Mais prenons garde
(i) Les études re'unies en livre posthume sous le titre : Philosophie et Athéisme représentent son plus bel effort pour coordonner des idées en un grand ensemble. Malgré des chapitres d'une rare vigueur, on peut dire qu'il n'y a réussi qu'à moitié.
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qu'Hello écrivait en plein triomphe des doctrines positivistes, en ces temps lointains où M. Berthelot n'était pas seul à penser que « le monde est désormais sans m3^stère ». Nous sommes, Dieu merci, bien revenus de cette belle assurance ; du moins, n'oublions pas qu'il y avait du courage alors, et quelque nouveauté, à proclamer ce qui nous paraît banal aujourd'hui. Est-il bien sûr, d'ailleurs, que les vues d'Hello sur la nature n'aient rien de neuf pour les lecteurs de 1897 ?
La création a une voix profonde, haute, douce et mystérieuse. Elle semble garder un secret, et inviter gravement les hommes à respecter ce qu'ils ne savent pas. L'instinct des animaux est le reflet obscur d'une volonté trop haute pour dédaigner les petits, et la conservation merveilleuse des espèces qui vivent sans prévoir, et trouvent leur nourriture à l'heure où elles ont faim, rend témoignage à l'attention de Celui qui voit tout. Le conflit des forces petites et grandes établit entre la vie et la mort un équilibre prodigieux, — et nos genoux se plient d'euxmêmes, et nous nous inclinons sous le poids des splendeurs de l'ordre. Au delà de ce que nous voyons, nous entendons vaguement l'harmonie des merveilles que nous ne savons pas. Quand nous approchons du rivage masqué par une montagne, nous écoutons, avant de la voir, la colère de l'océan, et dans les nuits d'été, quand nous perdons de vue les dernières traînées lumineuses, qui tremblent noyées dans un océan de lumière, nous oublions presque les espaces que nous découvrons, entraînés par leur grandeur vers ceux que nous ne découvrons pas, et nous nous abîmons, au delà de nos regards, dans la profondeur des choses soupçonnées. Ainsi fait partout la nature. Elle nous conduit plus loin qu'elle-même.
Qu'est-ce donc quand le symbolisme, éclatant sur elle comme un éclair dans la nuit, jette nne lueur nouvelle et plus mystérieuse sur l'ordre universel, qu'il agrandit sans le troubler ? Unissant le monde visible au monde invisible, le symbolisme entr'ouvre un secret étrange, qui est la relation des relations et l'harmonie des harmonies ; et à travers cette complication nouvelle, la simplicité de l'ordre apparaît plus gigantesque. {V Homme, pages 94-5.)
On voit qu'Hello ne se contente pas de proclamer en
termes vagues l'omniprésence du mystère ; il va plus loin, jusqu'à l'affirmation du symbolisme universel. Et ne croyons point ici à une théorie de façade, simple échafaudage drapé de rhétorique : sa vision du monde est bien foncièrement symbolique. C'est en vérité que Tunivers visible lui paraît une figure où il cherche à démêler, comme dans un miroir ou dans une énigme, pe?^ spéculum et in œnigmate, quelque allusion à l'univers invisible ; et c'est au sens littéral qu'il entend, et à la rigueur qu'il commente ces mots de saint Paul : Fide intelligimus aptata esse sœcula a Vei^bo Dei, ut ex invisibilibus visibilia fièrent. Nous touchons ici au cœur de la philosophie d'He lo ; nous sommes au point central où convergent, pour unu rencontre harmonieuse, les deux hommes qui s'efforçaient au fond de sa pensée : l'idéaliste et le chrétien. Ces archétypes mystérieux où le premier cherchait les raisons des êtres, le second lui enseigne à les contempler dans l'intelligence divine ainsi qu'en un tabernacle éternel. Celui-là nomme les Idées; celui-ci proclame le Verbe ; et il se trouve qu'ils ont prononcé l'un et l'autre, en des langues différentes, un mot identique.
C'est dans Philosophie et yi/Zzmme qu'Hello a pris soin d'exposer sa métaphysique; mais elle circule, visible ou latente, à travers chaque partie de son œuvre. Le métaphysicien, partout présent, s'y manifeste diversement : par un sens supérieur de l'ordre, par l'attrait singulier qui le ramène sans cesse aux Types, et le porte à voir toutes choses « sub specie œternitatis » ; enfin par son amour de l'unité, qu'atteste un puissant effort vers la synthèse. Si quelqu'un mérita jamais le nom d'unitaire, ce fut Hello. Séparation, pour lui, est synonyme d'erreur et de mort :
Dans le monde moderne, et depuis Descartes particulièrement, l'art semble étranger à la science; les formes de l'art semblent même étrangères entre elles : la philosophie s'égare loin de la théologie, et la vie, la vie qu'on appelle la vie pratique, s'en va de son côté, tournant le dos à la philosophie, tournant le dos à la théologie, et se constituant à part, non pas comme une science, mais comme une habileté indépendante de toute vérité supérieure, comme une habileté qui ne relèverait
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que d'elle-même, comme une petite sagesse égoïste et sépare'e, contraire à la sagesse. {Philosophie et Athéisme, p. 1 1.)
A cet émiettement de la pensée, il oppose volontiers l'apologue de saint Denys l'Aréopagite sur les rayons du cercle, qui se rapprochent entre eux à mesure qu'ils tendent vers leur centre. Et son rêve est de ramènera la maison du Père ces enfants prodigues trop longtemps égarés, l'art, la science et la philosophie. Ne nous étonnons donc pas, en lisant Hello, de trouver partout de la métaphysique; il nous enseigne d'ailleurs qu'elle n'est nulle part étrangère :
Toujours et partout, ce sont les principes de la métaphysique la plus élevée qui gouvernent les masses les plus ignorantes de la métaphysique, non pas directement, il est vrai, mais indirectement. La vie privée des hommes, dans ses plus humbles détails, est la traduction de la métaphysique adoptée, et cette vie privée est d'autant plus mauvaise que la métaphysique de l'erreur a plus généralement et plus longtemps prévalu. Tout homme qui agit, obéit, en agissant bien ou en agissant mal, à une théorie métaphysique très profonde, qu'il ignore presque toujours, mais que d'autres savent pour lui.
Vous qui coudoyez les passants dans les rues, et qui dites : qiCimporte? en face des vérités sublimes, que vous croyez abstraites, vous ressemblez à un boulanger qui, au fond de son four, en remuant sa pâte, parlerait de la lumière, et dirait : que vi'importe? On dirait, à entendre les hommes, qu'entre les rayons du soleil et le pain qu'ils mangent. Dieu n'a mis aucun rapport. Il ne savent pas comment le blé mûrit. Ils oublient la lumière en se nourrissant d'elle. [Les Plateaux de la Balance, p. 2-3.)
Hello psychologue et moraliste . — On a loué souvent les profondes « analyses » d'Hello. Il faut s'entendre. Si l'on veut signifier par là qu'il a pénétré fort avant dans les mystères de l'âme, j'en tombe d'accord, et je ne fais nulle difficulté d'y reconnaître la partie la plus originale peut-être de toute son œuvre. Mais sa faculté de pénétration n'est point d'ordre analytique. Elle est même d'une sorte nettement opposée. Les esprits analytiques ne sont
guère prodigues d'affirmations générales; en tous cas, s'ils en avancent quelqu'une, c'est pour conclure, et comme dernier terme d'une longue série de déductions. C'est au contraire par où débute Hello. A-t-on remarqué qu'un grand nombre de ses études commencent par une thèse très générale qu'il pose en axiome, et qu'il développe sans se mettre en peine de la démontrer ? (i) D'où vient cet axiome? On l'ignore; il est mystérieux et souverain comme un oracle : c'est un coup d'intuition. Et je sais bien qu'Hello ne s'interdit pas d'appeler à l'aide, en chemin, l'analyse et l'observation, et de compléter (2) ainsi, ou de corriger parfois (bien rarement) la donnée initiale. Mais sa méthode, la démarche de son esprit — et c'est l'essentiel — est tout intuitive, on pourrait dire divinatoire. Ses facultés d'analyse, qui sont, comme on l'a vu, assez infirmes, glanent çà et là des épis oubliés; mais c'est bien l'intuition qui a lié la gerbe.
En psychologie comme en métaphysique, cette méthode est périlleuse, et telle qu'un génie sans intermittence, assisté d'un tact infaillible, pourrait seul l'exercer impunément. C'est ici surtout qu'il faut vaincre le Sphinx ou s'en faire dévorer. Hello ne l'a pas toujours vaincu. L'étude sur le Riî^e et les La7v?ies est une glose très ingénieuse, et même profonde par endroits, sur un texte faux. Il est visible qu'Hello ne s'en est pas aperçu. L'intuition est si bien son alpha et son oméga, que les conséquences les plus paradoxales ne sont point pour l'induire en défiance. Il est comme le scoliaste trop servile d'une bible un peu gâtée par les scribes. Qu'un verset soit altéré, cela n'est point son affaire; il n'en sait rien, et rédige sa glose avec sérénité.
(i) Voir dans VHomme les articles sur /'^o?me«r, le Monde, le Rire et les Larmes. L'admirable étude sur l'avarice, le Veau d'or, est un exemple frappant de cette psychologie a prî'orz qui consiste à creuser une définition. Hello pose d'abord que l'avarice est une idolâtrie, c'est-à-dire une parodie de l'adoration, puis il lui applique tous les caractères de l'idolâtrie. L'adoration est exclusive, jalouse, profonde, avide de sacrifice, synthétique, ennemie du sacrilège : l'avarice sera tout cela.
(2) Voir notamment VHomme médiocre, dans VHomme.
Il est vrai que souvent texte et commentaire paraissent également inspirés. Dans toute notre littérature, si riche en observations morales, je ne connais rien de plus pénétrant que certaines pages de VHomme. Il y a tels vices et tels « états d ame » qu'Hello a scrutés d'une pointe si aiguë, que sa perçante sagacité semble en avoir renouvelé la notion. Il faut avoir lu ses études sur l'Avarice, l'Envie, la Passion du Malheur, l'Homme médiocre, pour sentir tout ce qui manque aux moralistes ingénieux. Rien ne donne mieux l'idée de la profondeur vraie, tout ensemble humaine comme un lieu commun et imprévue comme une révélation. On croit pour la première fois saisir les êtres dans leur essence, et l'on s'étonne d'avoir jamais pu les voir autrement. A ce degré, le don de profondeur est la marque même du génie, dont le propre, selon Hello, est « qu'il pense les choses dans leur réalité intime » et « les nombres dans leur rapport avec l'unité ».
Ce regard si acéré ne se porte pas inditléremment sur tous les objets. Hello est attentif surtout aux passions presque intellectuelles, étrangères aux sens, telles que l'avarice et l'envie. Quant aux passions de la chair, on dirait qu'il s'en détourne volontairement; ou, s'il en parle, c'est à distance, d'un air abstrait et lointain, et comme un ressuscité parlerait de son corps terrestre. Et ce n'est pas sans doute qu'elles lui aient échappé; car on sent bien, à quelques brèves allusions, que sa clairvoyance était aussi nette en ces choses qu'en d'autres. Mais peut-être se fait-il scrupule de jeter publiquement la sonde dans les fétides profondeurs de l'âme, redoutant, non pour lui, mais pour les faibles, l'exhalaison malsaine qui se dégage des boues remuées. Et c'est une vertu précieuse et touchante que cette candeur d'enfant chez un homme qui a exploré tant de secrets du monde intérieur. Il avait pour toutes les choses basses une répugnance native, que la réflexion fortifia. Si la pureté lui était deux fois chère, c'est qu'il voyait en elle la gardienne de son génie. Il croyait fermement que toute souillure de l'âme obscurcit le regard intellectuel : Beati jnundo corde, quoiiiam ipsi Deum videbunt.
Entre les chapitres de psychologie qu'a écrits Hello, il faut tirer hors de pair sa monographie de l'avarice, dans l'Homme {Le Veau d'o?^). (i)
Hello en a vraiment fait sa chose ; et il faudra beaucoup de ge'nie, avec un peu de témérité, pour oser après lui parler de l'avarice. Ici, nul commentaire ne peut dispenser d'une citation :
Tout adorateur éprouve le besoin de condenser tous les amours en un seul amour. L'argent rend à l'avare l'affreux service de lui présenter un abrégé de toutes choses.
L'adorateur a ou croit avoir toutes choses quand il a ce qu'il adore. Or l'argent se prête fort bien à cette illusion, parce qu'il représente non pas toutes choses, mais cependant une foule de choses. L'avare possède mentalement ces choses quand il joue avec les pièces d'or, en qui il croit voir la substance des plaisirs ramassée en un plaisir, et son idolâtrie se nourrit de son rêve.
S'il possédait ces choses en elles-mêmes, il les posséderait une à une, avec leurs limites, et les unes excluraient les autres. Peut-être croit-il les posséder toutes et les posséder à la fois quand il tâte les pièces d'or. Et quand il a tini, il peut recommencer. Les pièces d'or s'usent moins vite que les Jouissances auxquelles il renonce pour elles. Peut-être lui fournissent-elle une parodie épouvantable de ce qui dure.
Mais si l'or s'use lentement, l'avare s'use vite. La mort arrive, et c'est dans la mort que l'avarice dit son vrai nom. L'amour de l'argent redouble dans le moment où augmente l'inutilité de l'argent. C'est au moment de la mort que l'idolâtrie de l'avare, qui adore encore l'argent sans espérance de s'en servir jamais, c'est alors que l'idolâtrie de l'avare apparaît dans sa fidélité risible et son hideux désintéressement.
(i) Je sais qu'il est presque de tradition, parmi les admirateurs d'Hello, de préférer au F^aw <i'or, étude de l'avarice, Ludovic, histoire d'un avare (Contes extraordinaires). Maigre' les grandes beautés de ce récit, je ne saurais être de leur sentiment. Hello ne possédait à aucun degré le génie du conteur ou du romancier, qui est fait d'un certain tour concret d'imagination, et du don spécial de recomposer la vie. Il ne s'intéresse pas aux individus ; il n'est point créateur d'âmes. Aussi Ludovic, comme d'ailleurs tous ses contes, n'est-il pas un récit observéet vivant, maislatranspositionallégoriqued'uneidée abstraite.
Si les pièces d'or pouvaient rendre l'amour qu'elles inspirent, elles seraient touchées sans doute de voir un homme qui, après leur avoir sacrifié sa vie, leur sacrifie sa mort, et, sans illusion sur les services qu'il en peut tirer, leur garde l'adoration de ses yeux qui ne peuvent plus les voir, et de ses mains qui bientôt ne pourront plus lestâter. [VHomme, p. 9.)
Sans doute, tous les avares n'ont pas, ou du moins ne soupçonnent pas en eux de pareilles profondeurs. L'avare d'Hello est un grand idéaliste perverti, qui aime l'or comme une réalite', mais surtout comme un symbole. C'est qu'Hello, fidèle à ses tendances, a étudié l'avarice, culte de l'or, dans le t3'^pe qu'elle parodie : l'adoration. « Toute passion n'cstelle pas une recherche égarée de l'infini? » L'effet de cette méthode est de montrer un vice dans sa hideur totale, à un degré d'intensité qu'il atteint rarement. L'image ainsi dressée n'a peut-être qu'une vérité d'exception; mais comme les avares individuels pâlissent en face de cette effigie monstrueuse de l'Avarice absolue !
Une fois cependant, Hello a su concilier la vérité typique avec la vérité individuelle. Son portrait de VHomme médioœe n'est pas seulement exact : il est vivant, et chacun de nous pourrait le nommer. Vous l'avez rencontré cent fois. Hello, qui le connaissait de trop près, l'a observé comme on guette un ennemi. On ne présente pas, d'un geste plus sûr, un miroir plus révélateur, et l'image est d'une ressemblance si vengeresse, que l'original ne s'y reconnaîtrait pas. La surface polie de ces pages tranquilles cache une formidable puissance de mépris. Une pareille étude est plus cruelle que toutes les invectives : c'est un chef-d'œuvre de colère sereine et meurtrière.
Mais une longue analyse n'épuiserait pas les richesses d'Hello psychologue. A. chaque page, il faudrait relever quelque remarque surprenante de hardiesse et de nouveauté. Que dire, par exemple, de son article sur la Passion du malheur? Hello a découvert dans le repli le plus obscur de l'âme déchue la passion stérile et cruelle de la souffrance, et il compare avec profondeur le goût des
larmes au goût du sang. Là-dessus, l'homme médiocre ne manquera pas de dire : « Vous exagérez », et les naïfs optimistes s'écrieront qu'Hello calomnie la nature humaine. A quoi il est aisé de répondre qu'avec notre misère, notre grandeur aussi ne cesse jamais d'être présente à l'esprit d'Hello, en sorte qu'il est exempt à la fois du mépris sceptique et de l'illusion optimiste. Il voit l'homme dans son infirmité, et portant sur son âme les cicatrices de la chute; mais parce qu'il se souvient du signe royal qui sacra le front de l'antique Adam, il peut, sans le dégrader, accuser ses pires et plus secrètes bassesses. Le sarcasme ravalant d'un Swift ou d'un Voltaire lui fait horreur comme un attentat sur la ressemblance divine. A chaque type incomplet ou vicieux qu'il étudie, Hello oppose une antithèse glorieuse : l'homme de génie à l'homme médiocre, la crainte à la peur, la contrition et les larmes saintes au goût pervers du malheur. Et ce n'est pas là un procédé littéraire, mais l'effet d'un instinct profond, d'un besoin inné de grandeur et de beauté. Personne, sans doute, n'a plus jalousement gardé les titres de noblesse de l'homme. Est-ce un calomniateur de notre nature, celui qui a écrit cette fière paraphrase du Violenti rapiunt illud?
De tout temps l'homme a rêvé une bataille dans laquelle il vaincrait Dieu. Et certes, il ne s'est pas trompé complètement. La vie est cette bataille. Seulement, l'homme a mal vu le tableau. Il n'a pas trouvé le point. La lumière ne venait pas d'en haut. Il a choisi pour champ de bataille la haine au lieu de choisir l'amour. Les Titans voulant escalader le ciel n'avaient pas complètement tort. Jésus-Christ invite à la violence et ne promet Dieu qu'à son vainqueur. Celui qui voit tout du même coup d'œil dit de la même voix : « Devenez semblables à ces petits enfants; » et : « Escaladez le ciel. » Prométhée n'avait pas réussi. C'est qu'il avait oublié de s'allier à Dieu, cet adversaire adoré qu'il faut supplier en le combattant. Les efforts des hommes grands et petits, qui ont voulu la conquête sans vouloir le sacritice : Manfred, Faust, don Juan, ont abouti à l'inutile, au crime, au ridicule. Mais un enfant de douze ans qui fait sa première communion peut être utile aux hommes et forcer Dieu à se rendre [Philosophie et Athéisme, p. 362).
Et voilà une page que 1' « homme me'diocre » va taxer d'orgueil ! C'est qu'il n'a pas appris d'Hello que l'humilité est au seuil de toute grandeur — dalle bénie qu'il faut d'abord toucher du front pour se redresser dans la fierté vraie. « L'homme médiocre semble habituellement modeste, dit Hello; il ne peut pas être humble, ou bien il cesse d'être médiocre. » Et l'homme de génie lui-même sentira croître ses forces, s'il s'agenouille dans l'humble aveu de son néant.
Parmi les grandeurs humaines, le génie est une de'Celles qu'Hello proclame le plus souvent. Il en a donné, en traits épars, toute une théorie. Qu'est-ce donc pour lui que ce pouvoir mystérieux ? Disons d'abord ce qu'il n'est pas. Il uinère prodigieusement du talent, et non point seulement en degré, mais en nature; peu s'en faut que ce ne soient deux idées contradictoires. « L'homme de génie a pour adversaire l'homme de talent, pour ennemi l'homme d'esprit, pour ennemi mortel l'homme médiocre. » L'antithèse est complète : l'un est une sorte d'automate satisfait, qui a la formule pour idéal, et pour salaire la réputation; l'autre est un homme de désir, voué d'avance à toutes les douleurs, et qui partout substitue la vie à la règle : c'est le prédestiné de la gloire. « Son organe est l'intuition » (i), dont l'homme de talent est entièrement dénué. Le génie n'a rien de commun avec une aptitude spéciale \ mais il se reconnaît à sa conception supérieure de l*unité. Il n'est, à vrai dire, « que la plus haute forme de la simplicité humaine ». Les hommes ont des devoirs envers le génie, et pareillement le génie a des devoirs envers lamasse humaine. Car il est bien distinct de la foule, mais il n'en est pas séparé, et sa fin n'est pas en lui. Un Renan ou un Nietzche peuvent croire que la production d'une élite intellectuelle est la finalité du monde, et que les hommes ne sauraient payer
(i) Comme il arrive souvent, Hello n'a fait ici que ge'ne'raliser ce qu'il observait en lui. Il sentait bien que l'intuition seule faisait sa force : l'intuition sera donc le signe du génie. De même, parce qu'il avait du génie et peu ou pas de talent, il est enclin à voir entre ces deux termes une antinomie qui n'existe pas dans la réalité.
trop cher le luxe de nourrir, ainsi qu'en une volière, quelques oiseaux vains et magnifiques : les idées de Hello sont tout opposées à ces doctrines d'égoïsme hautain. Elles se rapprocheraient davantage de celles de Carlyle [Heroes and Heroeivorship)^ plus orgueilleuses cependant, et qui déshumanisent le génie à force de le déifier. Pour Hello, le génie Emission d'apporter à l'humanité le pain spirituel, et son bienfait est sa raison d'être. Mais il est sujet à des douleurs immenses et à des tentations inconnues ; il est le grand Pauvre qui a besoin de la gloire. C'est pourquoi ceux qu'il nourrit de sa pensée doivent l'assister d'un pieux amour et lui rendre la justice de l'admiration.
Un homme de génie ne travaille pas pour lui seul. Il est, par le seul fait de son existence, le bienfaiteur du genre humain... Il est le bienfaiteur de ceux à qui il demande, pour découvrir l'Amérique, Taumône d'un navire. Et ceux qui lui refusent l'aumône demandée, se donnent la mort à. eux-mêmes encore plus qu'à lui-même. » [Plateaux de la balance, p. 395-396.)
Il faudrait citer ici tout le chapitre de la Charité intellectuelle^ où Hello a donné la loi de ces échanges sublimes entre le Génie, sauveur douloureux, et la Foule consolatrice .
Plus haut encore que le génie rayonne la sainteté. Entre le saint et l'honnête homme, il y a la même différence, à peu près, qu'entre le génie et le talent. Ces deux supériorités ont un ennemi commun. « L'homme médiocre peut avoir de l'estime pour les gens vertueux et pour les hommes de talent. Il a peur et horreur des saints et des hommes de génie; il les trouve exagérés. « Le monde se fait de la sainteté l'idée la plus fausse. « Une des grandes erreurs du monde consiste à se figurer les saints comme des êtres complètement étrangers à l'humanité, comme des figures de cire toutes coulées dans le même moule. » Hello a écrit tout un livre pour illustrer d'exemples la notion catholique de la sainteté. A défaut d'une précision biographique qu'il n'a point cherchée, sts Physionomies de saints ont le mérite de montrer les élus tels qu'ils sont : divers par la variété
des dons humains, pareils par l'action commune de la grâce divine.
La morale d'Hello ne fait pas aussi grande figure que sa ps3''chologie; elle me'rite cependant que l'on s'y arrête. Elle a ce trait original de n'être pas restrictive, mais expansive. C'est qu'Hello ne perd jamais de vue la nature métaphysique du mal, qui est un manque, une limitation. Il n'entend pas qu'on le définisse comme un excès : par là, on semble lui attribuer plus d' « être » qu'au bien; on lui prête une valeur positive, on le pare du « prestige de l'action », L'esprit de cette fausse morale « tendrait à insinuer que Dieu est sans vie, et que Satan est l'acte pur ». A cette erreur il n'y a qu'un remède, qui est d'ôter aux vertus le masque d'inertie et d'ennui que le préjugé leur inflige. La charité, nous l'avons vu, est vivante et parfois terrible. La bonté véritable suppose la force. Il n'y a pas jusqu'à la paix qui ne soit un état actif. « La paix, qui est un feu dévorant, brûle éternellement, dans la joie et dans la gloire, l'encens magnifique de l'adoration, sur les hauteurs ou repose l'œil de Dieu. Elle porte dans son sein immense le transport de l'amour et l'activité du sacrifice de louanges. » Et, inversement, c'est le souci d'Hello de révéler la nature négative du vice. Il a scruté surtout ces passions hypocrites, secrètes et froides, l'avarice et l'envie et ces vices stériles entre tous, l'amour-propre et l'égoïsme. L'amour-propre « est le sentiment qu'éprouverait le néant, s'il se repliait sur lui-même pour se complaire en lui, au lieu d'aspirer à l'être ». Mais il n'est rien qu'Hello déteste à l'égal de l'indifférence, parodie de la paix, et souvent forme silencieuse de la haine.
Puisque le bien est plénitude et le mal restriction, ce n'est donc point par excès que pèchent les hommes, mais par défaut. Les vicieux ne vont pas au delà du bien, ils restent en deçà; ils sont moralement médiocres. « Le vulgaire croit qu'égarer ses désirs, c'est être ambitieux. C'est le contraire qui est vrai. Egarer ses désirs, c'est manquer d'ambition, c'est vouloir se contenter de ce qui n'est pas infini. C'est l'infini seul qui peut rassasier l'homme. »
Voilà qui va droit contre une certaine morale courante, où l'odieux ne quid nimis, des « sages » anciens, s'amalgame avec le précepte chinois : « Rapetisse ta vie. » La morale d'abstention pure, nous l'oublions trop, est plus bouddhiste que chre'tienne; elle mène logiquement à la torpeur et au sommeil de l'âme. A ces doctrines de nirvana, préférons la morale d'Hello, aiguillon plutôt que frein, et puissante à stimuler l'énergie humaine.
Idées sur l'art. — L'idée qu'Hello se fait de l'art est à la fois étroite et haute. Elle est très noble. C'est un sujet qu'Hello n'aborde pas sans une sorte de piété révérentielle, où se trahit une crainte touchante d'y restertoujours inégal. Si l'on ne peut dire qu'il ait construit une esthétique complète, du moins il en a dressé l'armature, qui ne laisse pas d'être imposante.
Et, d'abord, il croit fortement au sérieux de l'art. Il n'a pas un grain de dilettantisme, et ceux qui traitent l'art comme un jeu, lui sont matière à scandale. Hello le place au sommet des choses purement humaines; et, comme s'il désespérait d'atteindre un objet si élevé, il semble convier à une joute de définitions les êtres divers qui sont en lui. L'art « est le souvenir de la présence universelle de Dieu )) : voilà pour le mystique. « L'art est symbolique par essence », affirme le symboliste. En sa langue, l'idéaliste répond que l'art est révélation de l'absolu et rappel des types oubliés. Mais cette formule éveille le poète, qui l'accompagne de son lyrisme ainsi que d'un écho magnifique :
Pauvres notes fugitives, pauvres syllabes qu'emporte le vent, majestés invisibles, que vous êtes puissantes ! Vous remuez la terre et le ciel vous écoute. Dans les instants solennels où nous vous appartenons, l'âme a de l'air : elle respire, elle prend conscience d'elle-même. Elle dit : Oui, mon Dieu, je suis grande, et je l'avais oublié. Par vous, Tàme humaine goûte les prémices de sa délivrance. Elle s'étonne alors de ses oublis habituels; elle s'étonne de ne pas se rappeler toujours ce qu'elle se rappelle instantanément. La lumière accidentelle lui découvre
la profondeur des ténèbres ordinaires ! En face du réveil, elle ne comprend plus que lui, et ne se souvient du sommeil que pour s'en e'tonner. Elle s'étonne d'avoir pu oublier les types, au point de s'ensevelir dans les accidents, dans la laideur. Une porte épaisse et lourde, la porte de notre prison, nous masque notre grand amour; elle nous en dérobe quelquefois jusqu'au souvenir. Mais, tout à coup, l'horizon apparaît large et profond, lointain, chargé d'éclairs, ruisselant de feu. Emporté par la parole ei la lumière, enlevé sur les ailes croisées de ces deux aigles, l'art a passé, il a traversé, il a détruit : le mur s'est écarté un instant, déchiré par la puissance impondérable, par la vapeur d'encens, comme une nuée ouverte par la foudre... {UHomme, p. 286.)
Et n'entendons-nous pas ces quatre voix s'harmoniser comme en un chœur, unies et distinctes :
L'art est le balbutiement de l'homme, qui, chassé dn paradis terrestre, et non arrivé au paradis céleste, célèbre encore, et célèbre déjà la beauté perdue. Il est tombé; le lieu de la beauté est fermé pour lui; mais l'exilé trace sur la terre étrangère une esquisse de la patrie. Peut-être l'art occupe-t-il dans l'ordre intellectuel la même place que l'espérance dans l'ordre moral. L'art est une initiation, un essai, un tâtonnement; c'est un coup de main que l'homme tente pour saisir l'idéal, un pressentiment, un souvenir. » [Philosophie et Athéisme, p. 281.)
L'art procède de la foi : « La ne'gation exclut l'art, qui est affirmatif par essence. Toute œuvre d'art est un acte' de foi. » II procède aussi de l'amour, car « la beauté est la forme que l'amour donne aux choses ». Mais cet amour ne bannit point l'ordre ; tout au contraire, il suppose le sens de l'harmonie, qui est le nom supérieur de l'ordre :
La poésie et la musique, qui vivent d'amour, ont leurs racines dans les mathématiques, inflexibles et absolument exactes; comme si l'amour et l'ordre, qui quelquefois nous semblent ennemis, mettaient je ne sais quelle affectation à se proclamer unis dans ces hautes manifestations d'eux-mêmes. [UMovime^ p. 314.)
Malgré l'opinion vulgaire, l'art n'a donc rien de com-
mun avec le caprice. Il a des lois, et l'homme de génie luimême n'y échappe point. Mais ce qui est formule mécanique pour le talent, est pour le génie réalité vivante et féconde.
Certes, voilà une noble conception de l'art. Elle n'est pas très large. Elle fait penser un peu à quelque haute cathédrale, d'architecture sublime et nue, et dont la nef unique n'aurait pas de place pour les autels particuliers. J'entends qu'Hello chasse du temple tout ce qui n'est pas proprement le « grand art » : à savoir, l'exquis et le joli, la grâce, le sourire, tout jeu délicat et léger d'idées ou de formes. Il ignore les régions moyennes et fleuries où Théocrite et Henri Heine font leur séjour familier, mais que parfois traverse un Shakespeare docile à suivre le chant d'Ariel. D'une symphonie, je ne suis pas sûr qu'il n'eût retranché le scherzo. Il condamne la fantaisie, et non point par prétérition, mais d'un arrêt précis et dur. [Plateaux de la balance, ^. 91-2). Son esthétique est cruelle à tous les « petits genres w, qui pourtant ne réclament qu'une place en marge des grandes œuvres. Et sans doute ce sont, si l'on veut, des formes inférieures ou secondaires de l'art; elles ont leur charme cependant, et qui est assez vif. N'envions pas à l'homme les moyens qu'il a trouvés d'ennoblir sa vie : la liste n'en est pas si longue, et les plus humbles valent encore qu'on les estime.
Mais voici qui est plus grave. A serrer sa .théorie d'un peu près, on s'aperçoit bientôt qu'Hello n'admet guère que l'art symbolique. Or, sans doute, en un sens très large, on peut dire que tout art est symbolique, puisque tout art est fondé sur la vertu expressive des formes sensibles (mots, sons rythmés ou lignes). Mais il semble bien qu'Hello entende le mot symbolisme en son sens littéral et strict : traduction d'idées, et d'idées philosophiques, dans le langage des formes. En cette acception, la Divine Comédie est symbolique ; mais la Phèdre dç. Racine ne l'est point. On voit qu'une telle définition de l'art laisse hors de ses prises un grand nombre de chefs-d'œuvre. Même en littérature, elle n'est que d'une vérité partielle; mais elle est presque inap-
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plicable aux arts plastiques, soumis plus étroitement à la loi d'imitation. Comme leur fin propre est de réaliser la beauté au moyen de la forme, le symbolisme, qui les mène droit à l'idéographie, les fait dévier de leur vraie nature. Mais cette décadence n'est point pour affliger Hello. Il la désirait à son insu. A l'art grec, qui est de l'art sans épithèie, il a toujours préféré l'art égyptien, triomphe du symbolisme hiératique.
Tout cela montre assez qu'Hello n'avait pas le sens des formes, ou, pour parler plus crûment, qu'il n'était pas artiste. D'autres erreurs confirment cette induction. Il n'a guère parlé de la peinture; il eût mieux fait de n*en rien dire. C'est en métaphysicien ou en moraliste qu'il juge des choses d'art, ce qui est insuffisant pour les bien entendre. La beauté plastique, en effet, n'a que des rapports très ténus et très lointains avec la vérité ou la vertu (i); et il est mystérieux peut-être, mais il est certain que le plus rare génie pictural peut habiter une âme perverse. C'est donc une naïveté d'estimer une toile uniquement sur les « idées » que l'on croit y voir, ou de condamner, les yeux fermés, la peinture du xvni^ siècle parce qu'elle est l'œuvre d'une société corrompue. Ce sont procédés d'iconoclaste. Je soupçonne qu'Hello ne fréquenta guère les musées; et telle page de lui sur Watteau démontre cruellement que l'on ne s'improvise pas critique d'art.
Idées sur la Littérature. — Hello a quelques vues originales sur la littérature; ce n'est pas un critique. Il lui en manque à la fois la science, la méthode et l'instrument. Il a peu de lecture, moins de dessein suivi, et nul sens critique. A vrai dire, sans intuition, il n'y a pas de critique vraiment supérieur. JNIais sans facultés d'analyse, il n'y a point de critique du tout. Il n'y a qu'un esprit plus ou moins compétent, qui affirme à l'aventure. C'est précisément le cas d'Hello. Comme il néglige de faire aucune
(i) Voir du Beau moral et du Beau formel, par Alphonse Germain. (Paris, 1895. Girard, éditeur.)
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enquête autour de l'œuvre qu'il juge, laissant à d'autres l'étude de la race et du milieu, des imitations et des influences; comme d'ailleurs, sur l'œuvre elle-même, ilse contente de jeter de haut, sans l'analyser, un regard qui n'est pas toujours perçant, on ne s'e'tonnera pas que ses jugements soient loin d'être définitifs. Le malheur est qu'ils soient si souvent péremptoires. Ce sont proprement les jeux de l'intuition et du hasard.
Il faut l'avouer, Hello critique rappelle à tout instant le Victor Hugo de William Shakespeare. J'ai peine à lui pardonner son procédé continuel de simplification sommaire, effet trop certain de l'ignorance. C'est ainsi qu'il emploie volontiers les noms propres comme des symboles abstraits ou de simples étiquettes. Il écrit sans sourciller : « La mythologie grecque, Fichte, Spinosa, Platon et Schelling portent en eux Pyrrhon, qui naît un jour ou l'autre. » Ces raccourcis ingénus lui sont surtout familiers quand il parle de l'antiquité, qu'il connaît mal. Il a tenu les propos les plus fâcheux sur Homère et sur la tragédie grecque. Hello, d'ailleurs, n'aime pas la Grèce. Il lui oppose souvent, et lui préfère, l'entité vague qu'il appelle « l'Orient». Ce mot évoque en son esprit des magnificences et des profondeurs qui le fascinent. Il voit tant de choses en ces deux syllabes! des cèdres et des mages, les trésors de Suse et les énigmes de Saba, les songes prophétiques des pasteurs sous les étoiles de Chaldée, et la séculaire veillée des sphinx autour des traditions endormies. Que peut contre tant de splendeurs confuses le petit peuple ingénieux qui se contenta de léguer aux hommes, avec le sens de l'harmonie, de pures effigies de beauté ? Hello lui reproche de n'être pas assez mystérieux. Il serait bien aise de réduire la Grèce à une poignée de sophistes et de rhéteurs, afin de la pouvoir mépriser sans remords. Et ne lui alléguez pas Homère, ni Eschyle, ni Platon ; il vous répondrait qu'ils sont orientaux plus qu'à moitié, ce qui est une manière amusante de supprimer l'objection.
Pour ses -opinions sur la littérature latine, mieux vaut s'en taire ; elles tiennent en peu d'espace, étant faites d'un
« éreintement » de Cicéron et d'Horace, d'un éloge superficiel de Virgile, et de cette affirmation que « Tacite est le plus grand écrivain de l'antiquité classique ». Ajoutons-y, pour être complet, une comparaison vraiment ingénieuse entre Ovide et nos poètes du xviii^ siècle.
Sur la littérature française, Hello a porté un certain nombre de jugements motivés et intéressants. Voici une vue assez pénétrante sur Pascal :
Il y a un homme qui a été immortalisé par la terreur : c'est Pascal. Pascal avait la peur, il n'avait pas la crainte. S'il avait eu la crainte, il aurait eu la joie. Ayant peur, il fut triste, et cette âme qui avait un besoin immense de dilatation, un besoin immense de lumière, se rétrécit et se replia sur elle-même. Pascal, qui fut uniquement préoccupé de la sainteté, ne devint pas un saint. Il passa sa vie en face de lui, au lieu de la passer en face de Dieu. Acharné sur sa propre substance, il fit de luimême sa pâture, tandis que c'est l'Infini qui est la nourriture de l'homme. [V Homme, p. io5.)
Hello réduit La Fontaine au seul mérite du style ; comme si, à ce point d'excellence, le don du style n'était pas le signe des facultés les plus rares. Mais je lui sais gré d'avoir attaqué rudement la légende d'un La Fontaine « penseur » et « moraliste ». Il a traité aussi avec le mépris qui convient les petitesses et les pauvretés qu'il fut jadis décent d'admirer sous le vocable d' « esprit gaulois ».
Sur Molière, les intuitions d'Hello ont parfois devancé la critique de son temps. Ce n'est pas qu'elles soient exemptes d'erreurs; mais l'un des premiers, avec Veuillot {Molière et Boiu\ialoue), il a montré les lacunes de la pensée de Molière et son anti-christianisme radical. Les belles études de M. Brunetière nous ont accoutumés à de telles idées ; il y a vingt ans, elles durent passer pour scandaleuses, ou tout au moins pour exagérées.
Il est impossible de parler d'Hello critique sans signaler son jugement sur Voltaire. La confrontation de deux êtres aussi opposés ne pouvait manquer d'être curieuse. On pense bienqu'Hello est sans tendresse pour l'homme
de Ferney. L'exécution est sommaire au point de donner à penser qu'Hello a peu pratiqué sa victime. Il est vrai qu'à la connaître mieux, il n'eût fait que la mépriser davantage. Aujourd'hui, on tombera volontiers d'accord avec Hello que le vice de Voltaire fut sa bassesse d'âme et son manque d'intelligence supérieure. Mais il avait toutes les formes agiles et brillantes de l'intelligence moyenne. Qu'il n'y eût pas compensation, j'en conviens sans peine ; la question du moins valait qu'on la posât. Hello n'y a pas songé.
Je ne pense pas que personne veuille défendre contre Hello la poésie du xvni'' siècle. Mais sur la littérature de ce temps qu'il déteste, ses notions paraissent singulièrement simplistes. Il n'a point tort d'affirmer que le xvni'^ siècle, dans son ensemble, n'a pas eu le « sens du mystère «.C'est l'infirmité que Carlyle désigne sous le nom de « paralysie spirituelle ». Mais cette affirmation peut, dans le détail, recevoir quelque démenti ; et c'est à quoi Hello ne prend pas garde. Rousseau, Voltaire, Montesquieu et Buflfon n'ont fait à ses yeux qu'une seule et même œuvre, qui est de supprimer partout le mystère. Et cela est bien superficiel, et inexact de Buffon tout au moins.
Il a mieux pénétré la nature du romantisme. « Le romantisme est le désir de l'infini, destitué de celui qui est l'infini. Leromantismeestun essai demysticismesansDieu.» Adéfautd'unedéfinition,quepersonne peut-être n'a donnée, n'est-ce pas ici une remarque vraiment profonde? Mais surtout, l'étincelant cortège et l'orchestre enragé des romantiques ne lui ont point fait illusion sur le vide de leurs idées littéraires. Il a très bien vu que leur esthétique fut toute de représailles, et que nulle doctrine ne dirigeait leur insurrection d'art. C'est dans deux articles de plus longue haleine, l'un sur Shakespeare, l'autre sur Gœthe [Plateaux de la balance : les Pr^éfugés), qu'Hello a essayé de donner sa mesure commit critique. On y trouve le même mélange singulier de puérilité et de profondeur. L'étude sur Gœthe est une synthèse hâtive et forcée. Elle est faite de deux idées posées a priori : isolement, in-
différence. Voilà, pour embrasser toute l'œuvre de Gœthe, un compas d'ouverture bien e'troite! Du reste, en cet article, nul sens de la souplesse vivante et de l'humaine diversité; c'est une pure construction logique, d'une rigide symétrie. L'étude sur Shakespeare montre une grande dépense d'ingéniosité vaine. Comme Hello ne sait rien du théâtre anglais ni des innombrables emprunts de Shakespeare, il impute sans scrupule au poète les défauts de son temps ou de ses originaux. Toutefois, il y faut noter quelques vues pénétrantes sur Hamlet, et de curieuses pages sur Macbeth, qu'Hello tient pour un chœf-d'œuvre de la mystique infernale.
Avec son vice de méthode et la pauvreté flagrante de ses informations, il est assez étrange que les idées d'Hello sur la littérature ne soient pas toujours négligeables. C'est sans doute que l'intuition sert atout, si elle ne suffit à rien.
Idées sur la science. — Il n'y a pas lieu de s'y arrêter longtemps. Il est évident qu'Hello, sur ce point, n'a aucune érudition. S'il considère l'œuvre scientifique du xix^ siècle, c'est toujours par le dehors ; il n'en connaît guère que les applications pratiques, où il tâche à découvrir, avec une ingéniosité naïve, toutes sortes de profonds symboles. Comme sa vision, ignorante du détail, simplifie et embellit tout, comme c'est en poète qu'il contemple les « merveilles de la science », et qu'enfin l'on n'a pas impunément du génie, il échappe au ridicule des extases industrielles. Dans ces « grandes découvertes » qui induisent la masse des hommes en tentation de matérialisme, l'idéaliste Hello voit des conquêtes de la pensée, l'asservissement du visible par l'invisible. Et, le lyrisme aidant, la méditation tourne à l'ode ; un chapitre sur les railways s'achève en apothéose.
Je sais des lettrés qui s'en contentent ; mais les savants n'y trouveront pas leur compte. C'est dans les hypothèses que réside la vraie poésie scientifique. Il n'en dit mot; on voit trop qu'il les ignore. Et pourtant, il en eût compris et aimé l'austère magnificence. Les théories, par exemple, qui
révèlent une force unique dans les diverses manifestations de l'énergie, eussent fait la joie de cet esprit avide d'unité. Malgré tout, Helloa surla science deux ou trois idéesintéressantes. Ainsi, il a bien saisi le caractère prométhéen et maudit qu'elle avait aux yeux des anciens. Il explique en quelques mots profonds la cécité scientifique du polythéisme : « Pour connaître la création, il ne faut pas l'adorer. « La botanique, en effet, paraît impie à qui voit l'hamadryade sous l'écorce. « Il y a, ajoute-t-il, entre l'idée d'un Dieu et l'idée de la science, quelque affinité plus grande que l'affinité évidente et visible. » Ici, nous retrouvons le perpétuel souci d'Hello : l'unité. Il est en toutes choses l'ennemi du pluriel. La science n'est pas un amas de notions particulières mais la synthèse des connaissances humaines groupées autour de l'idée de Dieu.