‹ Errata du Dictionnaire de l'Académie françaiseChapitre 12 sur 55 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

tremper ^ elc.j termes dont les uns sont hors d'usage maintenant que l'on compte par points, et dont les autres présentent des définitions ou des exemples difliciles à comprendre).— Nous en dirons autant de la plupart des figures de grammaire et de rhétorique, dont on a saturé les élèves pendant leurs humanités : elles ne sont guère connues que des savants, et intéressent bien peu le commun des lecteurs*, qui ne les rencontre jamais sans une sorte d'ennui et même de répulsion. — Nous sommes loin de demander qu'on supprime complètement ces deux classes de mots ; nous désirons seulement qu'ils soient dans une juste proportion avec le reste.

Quant aux mots orientaux, empruntés aux langues turque, chinoise, persane, etc., et qui, à notre avis, étaient h peu près superflus il y a dix ans, ils pourront devenir utiles par suite des relations quï commencent à s'établir entre la France et ces pays lointains. Néanmoins on ne voit pas sans surprise que l'Académie indique la valeur correspondante en mètres ou en toises de la paramntjê chez les Perses, du schène chez les anciens, surtout en Egypte; — h valeur de la bourse et du rize turcs, et même de petites monnaies telles que Va^pre et le para; — tandis qu'elle nous laisse ignorer la différence qui existe entre les milles d'Angleterre, d'Italie et d'Allemagne, et qu'elle ne nous indique pas la valeur de la pièce de monnaie appelée cent en Hollande, en Belgique, etc. Il ne serait pas inutile non plus de dire que cette expression vulgaire , Avoir des mille et des cents, signifie Posséder des milliers et même des centaines de milliers de francs, être fort riche. Il croit que j'ai des mille et des cents.

Nous terminons en proposant de supprimer quelques locutions telles que ablativo tout en un tas, ergo-glu, potron-minet et potronjaquet, tarare-pompon, etc, etc.; puis les locutions triviales, les proverbes inusités ou de mauvais goût, les phrases qui pèchent contre la grammaire, etc. En voici quelques exemples :

En apprenant cette nouvelle, son front, son visage s'est rasséréné.

Ils burent tant qu'à des noces.

Comment vous en va ?

Attrape-toi »cela.

Cela n'est pas tant chien.

Il fait bien crotté dans les rues.

Vienne qui plante, sont des choux.

1. A ce dernier mot le Dictionnaire donne un exemple dont le sens est difficile à saisir. Au lieu de, Le papier se trempe ordinairement une fois par main, il aurait fallu dire : Le papier se trempe par mains ou par demi-mains, suivant sa grandeur, sa force, etc. On ne comprend pas ce que peut signifier une fois par main.

2. Parmi ces figures il en est quelques-unes que nous sommes supris de voir consacrées par l'Académie ; Vhypallage est une de celles qui nous choquent le plus : // n'avait point de souliers dans ses pieds (pour, aux pieds, ou, comme elle l'explique, // n'avait point ses pieds dans des souliers) ; Enfoncer son chapeau dans sa tête, au lieu de. Enfoncer sa tête dù7is son chapeau. Nous croyons qu'on pourrait très-bien dire , Enfœicer son chapeau sua ta tête.

— XXXH —

// a été le plus fort, U a porté les coups.

Manger, ronfler, rire comme un crevé.

Il en a menti par la gueule, par sa gueule.

Ne comptez pas sur les promesses de cet homme, il wms pétera dans la

main, La gtMule du juge en pétera, il faut que la gueule du juge en pète. Tenir quelqu'un au cul et aux chausses.

Prendre son cul pour ses chawses.

Cet argument l'arrêta sur cul.

Je m'en bats les fesses. Etc. etc.

Après avoir présenté sommairement les points qui réclament de la part de TAcadémie une attention particulière, nous nous faisons un devoir de répéter que la rédaction et l'impression d'un ouvrage aussi considérable sont un travail immense, et que s'il était exempt de tout défaut, ce serait un vrai chef-d'œuvre. D'ailleurs ce travail ne pouvait être fait par une seule personne, et c'est ce qui explique en grande partie les inconséquences et même les contradictions que nous avons signalées. Il faut donc convenir que le Dictionnaire de V Académie française est encore le meilleur guide que l'on puisse consulter pour la langue.

Mais il n'en est pas moins constant que cet ouvrage demande à être rectifié, perfectionné, complété, et il est à désirer que l'Académie ne fasse pas attendre trop longtemps ces importantes réformes. Les instituteurs et les typographes, particulièrement ceux-ci, appellent de tous leurs vœux une nouvelle édition qui réponde aux besoins actuels et qui facilite leur travail en supprimant le luxe de variantes que présente celle dont on se sert aujourd'hui. Espérons que la savante Compagnie s'empressera de répondre le plus tôt possible aux réclamations qui s'élèvent de toutes parts, et qu'elle accomplira sans désemparer une œuvre qui porte son nom et sera toujours pour elle un titre de gloire.

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